21.08.2006

Politique extérieure de la France

Pourquoi la question de la politique extérieure de la France et accessoirement de sa politique de défense est –elle sortie du champ démocratique ?

 

Sans doute, ces sujets sont-ils délicats et une part non négligeable d’éléments d ‘information qui touchent à la sécurité nationale ne peuvent être divulgués. Mais, cette observation n’est pas dirimante sur un sujet majeur, car il conditionne notre sécurité et notre avenir ; Faut-il rappeler que dans les nouvelles formes de conflits auquel notre monde est confronté, les populations civiles sont souvent les premières victimes, et pas seulement sur le théâtre, hélas habituel des hostilités. Les attentats que nous avons connus en 1986 et en 1995 à Paris étaient le résultat de choix de politique étrangère ( la premier en relation avec le contentieux Eurodif et l’Iran, le second avec la politique en Algérie) et ce sont nos concitoyens qui en ont été les victimes, sans qu’aucun débat n’ait jamais eu lieu sur les origines de ces attentats, autres que la recherche de leurs causes immédiates (arrestation des terroristes auteurs de ces crimes).

 

Dans le monde très complexe dans lequel nous vivons, où intérêts économiques et intérêts diplomatiques sont parfois en opposition  frontale  (même si cette opposition n’est pas exprimée et surtout peut-être si elle ne l’est pas), il serait particulièrement important qu’un débat se déroule sur nos choix stratégiques, car une chose est certaine. C’est la communauté nationale qui en paiera les conséquences ;

 

Certes, nos journaux sont remplis d’articles plus ou moins compassionnels sur les horreurs des guerres, avec du reste des indignations très sélectives , inacceptables sur le plan éthique, car une victime civile est toujours une victime civile, et sans autre justification que des choix idéologiques et complètement déconnectés de ce qui devrait être les intérêts de notre pays sur le plan géostratégique. Or, c’est précisément là que le bât blesse ! Quels sont-ils ? L’absence de débat démocratique ne cache- t-elle pas une immense faiblesse quant à la définition de la hiérarchie de nos intérêts et la réalité de nos alliances à ce jour ?

 

L’exemple du Liban et au-delà de notre politique à l’égard de l’Iran sont à cet égard très éclairant. Tout d’abord, quelles sont nos priorités ? S’agit-il d’abord de sauvegarder, voire d’encourager des intérêts pétroliers et nucléaires français en Iran ou de s’inscrire dans une réflexion plus générale sur nos intérêts géostratégiques avec une république islamique iranienne , détentrice de la force nucléaire (à laquelle hélas nous avons pour partie contribué  en laissant à l’Iran 10% du capital d’Eurodif et en vendant notre savoir-faire nucléaire), capable d’atteindre Tel Aviv mais aussi Londres et Paris.

 

Comment expliquer que nous vendions , avec un certain nombre de pays du moyen orient de l’essence à l’Iran pour l’aider à constituer des stocks stratégiques, que nous poursuivions une politique de la main tendue, allant jusqu’à qualifier ce pays de puissance stabilisatrice ? quels intérêts nous animent ? Est-ce la peur d’attentats sur notre sol et dans ce cas, pour paraphraser la fameuse formule de Churchill, ne risquons nous pas d’avoir le déshonneur et la violence ? Est-ce l’intérêt de grands groupes gazier, pétrolier et nucléaire ? Mais , dans ce cas, encore faudrait-il que les choses soient claires et qu’il soit dit que les intérêts économiques de groupes français – qui ne se confondent évidemment pas avec les intérêts économiques de la France- doivent l’emporter sur toute autre considération.

 

 En définitive, quelle est notre politique diplomatique. Certes, la politique arabe de la France est une constante du Quai d’Orsay. Mais l’Iran chiite n’est pas arabe et les « valeurs «  véhiculées par ce pays, qui revendique de surcroît une hégémonie belliqueuse devraient mobiliser tous les démocrates et défenseurs de la laïcité et de l’égalité des droits dans une réprobation massive. Or, il n’en est rien et pire encore, aucun débat public ne s’ouvre réellement sur ce thème. Peur, indifférence, souhait des intérêts économiques de rester dans l’opacité, priorité donnée à l’antiaméricanisme et à la haine antisioniste expliquent probablement ce silence , où convergent des intérêts très puissants.
Mais est-ce profondément notre intérêt collectif ? Ne pas choisir est un choix : celui de laisser les autres le  faire à sa place. C’est aussi l’expression d’une incapacité collective qui nous renvoie à des questions encore plus profondes : celles de notre identité et de nos valeurs en ce début de XXI éme siècle. Or, précisément, notre indétermination, notre non-débat sur ces sujets majeurs est probablement notre plus grande faiblesse.  Quelle que soit la position choisie, elle doit être explicitée et ne pas apparaître comme un véritable choix stratégique et motivé.
Il est impératif que dans les semaines qui viennent, chacun ait le courage de répondre sur ses priorités. Les miennes sont claires. La bataille contre le totalitarisme intégriste est la priorité et ni les intérêts économiques (dont on a vu avec l’affaire pétrole contre nourriture ce qu’ils pouvaient dissimuler), ni l’esprit munichois ne doivent nous en détourner. Cela ne signifie pas entrer dans d’autres dérives liées aux présupposés de la politique américaine, mais choisir clairement son camp et en assumer les conséquences , y compris en terme de choix économiques.

 

 Certes, la tentation de la troisième voie est attrayante, amis encore faut-il avoir les moyens de sa politique ; or, la faiblesse de notre contingent au Liban après les envolées lyriques sur notre volonté de diriger la FINUL au Liban laisse planer plus que quelques doutes sur nos capacités réelles et les conséquences de notre désirs trop éloignés de nos réalités.
Les Français assumeront sur le plan international les décisions prises en leur nom. Le moins que l’on puisse demander, c’est que nous sachions ce que nous voulons et ce que nous défendons .

Commentaires

Afin qu'un véritable débat public soit lancé en France sur le sujet de la Politique Extérieure de nos dirigeants, je propose que CAP 21 demande, à la ville de Paris ainsi qu'à tous les responsables politiques français en charge d'une grande ville, que soit affiché les portraits des deux soldats israéliens ainsi que leurs demandes de libération, et ce au même titre que les différents otages reporters ou politiques (Ingrid Bettancourt) ; doit-on rappeler qu'un de ces otages est d'origne française.
Si notre intérêt est d'abord la grandeur de notre démocratie plutôt que les intérêts des groupes industriels alors cette demande ne devrait trouver aucune objection.

Ecrit par : jfbroggio | 23.08.2006

Effectivement, il s'agit là de sujets délicats mais doit-on pour autant laisser notre gouvernement, au non de la France, dire et faire n'importe quoi ?

Devant l'implication avérée de l'Iran et de la Syrie, dans cette guerre sans nom, la France à montré à quel point, elle agissait uniquement dans son propre intérêt à la recherche d'une grandeur effacée.

Annoncer auprès de l'ONU qu'elle était prête à envoyer immédiatement 2000 hommes au Liban, si et seulement si, il y avait un cessez le feu immédiat, et lorsque ce dernier arrive enfin, diviser par 10 notre capacité à le faire nous a ridiculisé au plus haut point. (l'etat major des armées n'était pas d'accord avec cette annonce grandiloquente)

Les gouvernements libanais et israéliens n'ayant plus confiance en la parole de la France, ce sont tournés, ce lundi 21, vers Béchar Al Assad, le président de la Syrie, afin de trouver des ouvertures de paix en commum ; rappelons que Chirac voue une haine personnelle envers Al Assad. Israël est prêt à engager des négociations sur le Golan contre une paix durable de ce côté ci de la frontière (une claque de plus pour la France).

En ce qui concerne l'Iran, son armée pratique en ce moment des manoeuvres gigantesques exposant par la même un armement dernier cris "made in russie et china".

Le cessez le feu risque donc d'être provisoire et cette fois, ce sont les manipulateurs des "pantins du Hezbollah" qui risquent de montrer au monde leur vrais visage celui de la Révolution Islamique Chiite et de sa volonté de dominer totalement le moyen-orient après avoir éradiquer Israël.

L'Iran, à travers ces 34 jours de guerre, a testé les défenses d'Israël en faisant payer un lourd tribu au Liban ; mais il a également testé les capacités de solidarités des Démocraties entre-elles.

L'Iran compte, pèse, divise et la France par son aveuglement ou pire par intérêts est devenu un de ses aides-comptables.

Ecrit par : jfbroggio | 23.08.2006

Chirac a enfin réagit. La France tiendra sa promesse sur le nombre d'homme à envoyer au Liban et ce près de 15 jours après le cessez le feu.
A t il agit sous la pression de la critique nationale et internationale, ou alors est ce le temps de la réflexion et de l'organisation qui lui était nécessaire, nous ne le serons jamais véritablement et peu importe à vrai dire.

Ce n'est pas parce que notre politique concernant le moyen orient s'appelle "Politique extérieure" qu'elle ne concerne pas ce qui se passe à l'intérieur de notre pays.

En effet quel candidat à l'élection présidentielle pourra s'abstenir d'intégrer dans son programme électorale les choix nécessaires de notre politique extérieure.

Comment, en tant qu'écologiste, pourrons nous être crédible sur notre refus d'énergie nucléaire sans mot dire de l'escalade à l'armement nucléaire de pays comme l'Iran ou même la corée du Nord ? Où est le plus grand risque ?

Comment, en tant qu'écologiste, pourrons nous être crédible sur nos alliances pré-électorales de petits démocrates besogneux sans tenir compte des alliances que nous devons lier dès aujourd'hui pour une paix durable ?

L'avenir de l'écologie ne s'arrête pas à nos frontières aussi larges soient-elles avec l'Europe.
L'avenir d'un programme écologique passe d'abord et avant tout par une stabilisation du Nord.
Outre que les conflits actuellement en cours à travers le monde soient souvent le fait d'idéologie religieuse, il ne faut pas oublier que les problèmes du pétrole et de l'eau y sont également liés.

Aucun engagement éco- écologique, que je souhaite profondément, ne pourra se réaliser, si les moyens financiers nécessaires à sa mise en place sont absorbés par des risques de conflits toujours grandissant.

La différence d'un parti centriste avec les partis de droites et de gauches est justement dans sa valeur à dire la vérité et ne pas saupoudrer des "promesses électoralistes".
Le fond de notre engagement écologique est surtout de ne pas se limiter à l'écologie ; et à l'heure actuelle seule Corinne est le porte drapeau de cette démarche.

Ecrit par : jfbroggio | 25.08.2006

La raison pour laquelle Cap21 ferait preuve de manque de discernement en demandant l'affichage par la mairie de Paris du portrait des deux soldats israeliens est qu'il ne faut pas faire d'amalgame entre victimes militaires et civiles d'un conflit.
Les militaires sont la pour se battre (ie tuer et mourir), et les civils quant a eux essaient de ne pas se trouver dans la tourmente. Dans le cas de reporters, par essence neutres, que ceux ci soient hotages est indeniable et ne porte pas a controverse, et amalgamer des hotages de la presse et des hotages/prisonniers militaires revient a menacer serieusement la distinction faite pour la presse qui protege d'habitude ses membres lors d'un conflit et permet justement aux populations civiles de garder un oeil sur les actions desdits militaires.

Ecrit par : Toorop | 29.08.2006

Peut être, mais lorsque les militaires pris en otage le sont alors qu'ils ne sont pas en guerre, ou qu'au même moment on prend un môme de 17 ans pour lui mettre une balle dans la tête uniquement parcequ'il est juif et ce sur le sol d'Israël, et non pas au Liban, cela s'appelle une prise d'otage - et qu'ils soient militaires ou pas importe peu.
Quant à la "neutralité" des reporters, ou journalistes qui, pour certains l'ont oubliée depuis longtemps, il suffit de regarder la façon dont ils présentent la pré campagne électorale française, sans parler du dernier conflit...

Ecrit par : jf broggio | 29.08.2006

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