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27.08.2007
Quand les consommateurs français pourront-ils engager une action de classe ?
Texte de ma chronique sur France-Culture du 27/08/07 :
Quand les consommateurs français, comme viennent de le faire les consommateurs américains à propos des jouets Mattel, fabriqués en Chine avec des produits toxiques, pourront-ils engager une action de classe ?
L'action de classe est un outil inventé dans les années 50 aux États-Unis, pour établir une égalité des armes entre les consommateurs et la toute-puissance des entreprises. Elle consiste à permettre à la victime d'un dommage, identifié, produits ou services, de faire juger le principe de dommages et de permettre ainsi à tous ceux qui sont dans une situation identique d'obtenir une indemnisation, sans avoir à plaider ni à faire à l'avance de fonds. Le film Verdict avec Paul Newman ,dans le rôle de l'avocat, en est une excellente illustration. Joint à la procédure dite de découvertes sur documents et témoins, qui oblige notamment le producteur à fournir tous les documents devant le tribunal, et au recours au jury qui statue sur le principe et sur le montant des indemnités, cette procédure est un moyen extrêmement puissant ,de rééquilibrer les pouvoirs en faveur des consommateurs,.
C'est sans doute la raison pour laquelle elle n'a, jusqu'à présent, jamais abouti en France. Un premier projet combattu très activement par le MEDEF a accouché d'un texte croupion , qui excluait de son domaine d'intervention, la santé l'environnement et limitait à quelques milliers d'euros le montant des indemnités. Bref, un projet dont le qualificatif se partage entre le dérisoire et le caricatural !
Peut-être, le sujet peut-il paraître à certains, mineur. Il ne l'est certainement pas. L'action de classe est le pendant de la liberté dont jouissent les entreprises de mettre sur le marché des produits, même si la Fédéral Drug Administration est beaucoup plus sévère sur certains produits, notamment cancérigènes, que ne le sont les autorités françaises et européennes. S'il y a liberté, le corollaire c'est la responsabilité. Et la responsabilité doit effectivement pouvoir être mise en cause. Pour ce faire, 2 conditions à la disposition des consommateurs : pouvoir agir en justice, pouvoir apporter des preuves. L'action en justice efficace, pour les consommateurs est précisément l'action collective qui permet d'avoir les moyens matériels et le poids pour agir. Hier contre les cigarettiers, coupables d'avoir durant des décennies dissimulé les effets du tabac sur les jeunes et du tabagisme passif. Aujourd'hui, contre les constructeurs automobiles qui ont au Japon ,choisi la voie de la transaction avec les habitants de Tokyo victimes de la pollution atmosphérique et qui sont mis en cause par le gouverneur Schwarzenegger aux États-Unis.
La montée en puissance du pouvoir des consommateurs, qui constitue en réalité le contre-pouvoir le plus puissant pour protéger la santé publique et assurer la protection du cadre de vie et des ressources naturelles, est une nécessité politique autant qu'économique.
Comme le rappelle Al Gore, dans son dernier ouvrage, ceux qui sont les mieux à même de défendre environnement , ceux sont ceux qui en sont le plus proches. Seule l'action de classe, ouverte largement - sous réserve d'un encadrement très strict des avocats -- peut permettre de rétablir un équilibre entre les producteurs qui veulent plus de liberté et des consommateurs qui veulent plus de sécurité et de juste prix.
L’'épée de Damoclès que constitue un procès en responsabilité, à armes égales, est le meilleur outil pour disposer d'un principe de précaution effective. Socialiser le risque, privatiser le bénéfice se heurte précisément au principe pollueur payeur et à la responsabilité... À la condition qu’elle puisse être mise en en cause. L'action de classe offre cette possibilité dès lors qu'elle ne trouve aucune limite quant à ses domaines d'intervention et quant au quantum qui peut être réclamé.
À moyen terme, bien loin d'être une menace pour l'activité économique nationale ou européenne, l'action de classe constitue au contraire un outil de moralisation des choix, d’allégement de la charge publique (qui en cas contraire est contrainte de payer pour les vrais responsables comme dans le cas de l'amiante ou du sang contaminé) et de pérennité des entreprises qui ont fait le seul choix qui vaille : celui de la soutenabilité.
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10:25 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : class actions, consommateurs, droit







Commentaires
J'ai beaucoup aimé votre site: je suis pour une alliance PS:rénové-modem-cap21-vert-prg-mrc
Cela vous direz t-il de mettre un lien mutuelle entre nos deux sites si vous le désirez!!!
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Ecrit par : arno | 27.08.2007
Cette disposition serait une bonne disposition ; il est plus que normal que des victimes de préjudices causés par des produits, des services ou des pratiques d'entreprises x ou y , puissent accéder collectivement à la justice.
Néanmoins on reste là dans un cadre précis qui est un élément certes important d'une politique environnementale mais qui comme toutes les mesures sectorielles a sa limite : par exemple concernant le domaine de l'automobile , il est évident que cela incitera les constructeurs à proposer des modèles plus propres c'est à dire plus économes, mais l'action judiciaire a sa limite : celle économique et technique des constructeurs et celle du besoin d'utilisation d'une automobile par la population.
On s'inscrit dans une politique de rationalisation, d'économie, on reserre les boulons mais on ne touche pas au fond du problème.
Cela n'est pas gênant tant que les responsables politiques reconnaissent ces limites et proposent donc, en complément , la mise en oeuvre d'une démarche plus globale; mais en règle générale ce n'est pas le cas , le mot global étant mal employé et désignant une accumulution de mesures dans les divers domaines.
Ecrit par : Di Girolamo | 27.08.2007
Corinne,
Il faudrait que vous soyez un peu plus précise sur la séparation des rationnalités entre ce qui relève du social, donc de la responsabilité, du fait à ce niveau de nos interdépendances et de son leurre qu'on appelle autonomie; et ce qui relève de la maitrise ou non - si ce n'est de son acculturation - du pulsionnel qui permet d'émerger à la liberté, au risque de la culpabilité!
Je sais bien que cette distinction peut paraitre subtile, mais il est bien connu que l'on peut être responsable sans être coupable et inversement!
Au 4ème § : " S'il y a la liberté, le corrolaire c'est la responsabilité "; et un peu plus loin tjs au 4ème § : "les cigaretiers coupables" . Ne serait-ce pas en fait les deux, et responsables et coupables? Responsables du fait de leur rôle social. Coupables du fait de bien savoir aujourd'hui les effets cancérigènes du tabac.
Dans le même ordre d'idée, prendre une "décision" sur la base des seuls critères économiques devient un peu léger et ne peut être au mieux qualifié que de choix, alors qu'une décision sous entend d'avance d'assumer un risque de culpabilité...
Ne serait-ce pas là plutôt le fond du problème des questions de précaution, ou de "phronèsis", réhabiliter l'idée d'assumer un risque de culpabilité?
Ecrit par : Christophe Delanoe | 30.08.2007
il ne faut pas confondre responsabilité juridique et responsabilité morale même si assez souvent ils coïncident. je pense que c'est l'idée sous-jacente à votre distinction entre responsabilité et culpabilité
Ecrit par : corinne lepage | 31.08.2007
il ne faut pas confondre responsabilité juridique et responsabilité morale même si assez souvent ils coïncident. je pense que c'est l'idée sous-jacente à votre distinction entre responsabilité et culpabilité
Ecrit par : corinne lepage | 31.08.2007
@Corinne,
Non, pas exactement. Le concept de responsabilité morale me gêne au sens justement ou il associe, regroupe, les deux rationnalités qui font d'une part notre socialité, et d'autre part ce régime en nous mêmes (chacun en son for intérieur) où s'évalue nos honte ou culpabilité.
Par contre, je considère qu'il est de la responsabilité effective du politique de travailler et d'ajuster au mieux cette interférence dans la "responsabilité morale" ds la mesure où et exactement elle définit et construit ces Codes qui font notre monde commun, donc notre liberté.
Pour le redire autrement, ce qui est légal n'est pas forcément légitime ou légitimable, et c'est la raison pour laquelle je partage qd même votre analyse sur les class actions car elles participeraient de cet ajustement des légitimités réciproques. Un gd nbre de pratiques industrielles visant à rendre leurs clients dépendants si ce n'est addicts sont totalement scandaleuses, bien que légales! et ce au nom du sacro-saint marché. Or, que je sache, le marché c'est tjs qqun a priori socialement responsable, et potentiellement coupable de ne pas avoir pris, jus-tement, les précautions qu'il savait nécessaires.
Je ne place donc pas comme vous pouvez le constater au niveau des sciences juridiques, mais sur deux positions théoriques fondamentales où se jaugent d'une part la socialité et ses pathologies afférentes type perversions par exemple, et d'autre part ces processus pour une bonne part 'inconscients' où se légitiment nos désirs; soit deux mécanismes radicalement différents dont la synthèse s'observe ds les Codes ou ce que les philosophes appellent l'éthique, ou encore la tradition les bonnes moeurs c'à d des codes non écrits. C'est pour moi ds cette interférence, ds cette légalisation du légitimable (en chacun) que se situe l'enjeu écologique majeur du siècle puisqu'il ns faut d'une part préserver la liberté de chacun - qui de toute façon n'aurait de cesse d'en revendiquer l'inaliènabilité - d'autre part être en situation de faire cesser les débordements de ceux qui s'autorisent répétitivement tout et n'importe quoi .
La marge de manoeuvre est donc extrêmement étroite: d'une part préserver la liberté via un régime d'autocontrainte ou d'autocontrôle minimal acceptable, se servir de ces processus minimaux acceptables comme seuil permettant de confier un pouvoir quelconque qd ils ne sont pas systématiquement transgressés (tjs de la même façon). Bref, la quadrature du cercle entre morale et politique...
Ecrit par : Christophe Delanoe | 31.08.2007
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