08.09.2007

Corinne Lepage: Modem et droits LGBT.

Monsieur Clément BASCOUL
Monsieur Frédérik GETTON
Monsieur Jérôme PETREQUIN
CENTR’EGAUX
196 rue Saint Maur
75010 PARIS


PARIS, le 21 août 2007


Objet : Charte des Valeurs du Mouvement Démocrate

 

Messieurs,

J’ai bien reçu votre courrier du 10 août 2007 et m’empresse d’y répondre.

Je vous suis tout d’abord infiniment reconnaissante de m’avoir transmis les principes que vous souhaiteriez voir inscrits dans la Charte des Valeurs du Mouvement Démocrate.

Je tenais à vous dire que je suis, pour ma part, d’autant encline à me battre pour qu’ils soient intégrés dans la charte finale du MODEM, que la plupart des principes que vous évoquez figuraient très clairement dans mon projet personnel pour la présidentielle et, qu’en ce qui me concerne, j’ai, à de nombreuses reprises, manifesté aux côtés des défenseurs et lutte contre toutes les discriminations, y compris celles fondées sur l’orientation sexuelle.

J’avais notamment, dans mon projet, indiqué que j’étais favorable à l’adoption par des couples homosexuels et que je proposais une stricte égalité des droits entre tous les couples, même si le terme de mariage n’était peut,être pas le plus adapté s’agissant de couples homosexuels.

Je vous propose donc de soutenir celle-ci dans le cadre des débats que nous aurons sur la Charte des Valeurs au sein du MODEM.

Je vous prie d’agréer, Messieurs, l’expression de ma considération distinguée et bien dévouée.

Corinne LEPAGE

 

ASSOCIATION DES CENTRISTES GAYS LESBIENNES ET GAY FRIENDLY
196 rue Saint Maur, 75010 PARIS - www.centregaux.org - association@centregaux.org – 0684377442


PARIS, le 10 août 2007
CENTR’ÉGAUX
196 rue Saint Maur
75010 PARIS


Mme Corinne LEPAGE, Présidente de CAP21
40 rue Monceau
75008 PARIS


Objet : Charte des Valeurs du Mouvement Démocrate


Madame,
Un peu plus d’un mois avant le Forum des Démocrates, étape importante avant le congrès constitutif du Mouvement Démocrate, l’Association CENTR’ÉGAUX souhaite rappeler avant tout son attachement à ce que le Mouvement Démocrate fonctionne sur la base de l’écoute de tous ses membres et composantes dans le but de mieux appréhender l’expérience de chacun pour mieux comprendre et accepter les différences et aspirations de tous. Plus que dans le dialogue, le Mouvement Démocrate doit s’inscrire dans le débat, pour une parfaite prise en compte de tous ses courants constitutifs.
En particulier, dans le cadre de la rédaction de la Charte des Valeurs, nous souhaitons vous rappeler ici les valeurs défendues par notre Association, telles que nous les imaginons inscrites dans la Charte des Valeurs du Mouvement Démocrate :
1. Lutter contre toutes les discriminations, et en particulier les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle qui constituent encore de véritables habitudes sociales généralisées, tant dans la sphère professionnelle que familiale et qui portent durablement atteinte à la dignité d’une partie non négligeable de nos concitoyens que sont les personnes LGBT (Lesbiennes, Gaies, Bi et Trans) :
• lutter sans relâche contre l’homophobie en donnant à la loi les moyens de condamner tout acte homophobe,
• inclure l’éducation sexuelle dans tous les programmes pédagogiques des lycées et des collèges et la lutte contre toutes les discriminations dès l’école primaire, tant auprès des enfants que des parents et des professeurs,
• s’attaquer efficacement et durablement au fléau du suicide des jeunes homosexuels,
• lutter contre le Sida qui, après plus de 25 ans, continue de se rajouter à la stigmatisation des personnes LGBT.
2. Garantir l’égalité entre tous les citoyens, indifféremment de leur orientation sexuelle (qu’ils n’ont pas choisie mais qu’ils ont seulement choisi d’accepter de vivre) et oeuvrer pour l’indifférenciation de traitement de toutes les formes de famille :
• permettre à toute personne de fonder une famille en garantissant une égalité des droits totale entre tous les couples, qu’ils soient de même sexe ou non,
• donner aux familles déjà existantes les moyens d’une reconnaissance immédiate de cette réalité indiscutable,
• reconnaître l’homoparentalité comme un lien de droit et légaliser l'adoption pour les couples de même sexe, afin notamment de protéger des milliers d'enfants élevés aujourd'hui par des couples de même sexe.
3. Construire une société plus fraternelle dans laquelle le libéralisme moral est une condition nécessaire du « vivre ensemble » et du respect de chaque individu et de tous les modèles de famille qui composent notre société, des familles qui, sous des formes diverses, tissent des liens entre les personnes et les générations.
Nous faisons également parvenir ce courrier à Monsieur François BAYROU.
Nous restons à votre disposition pour tout complément d'information, et vous prions d’agréer, Madame, l’expression de nos salutations distinguées.


Le Bureau National
Clément BASCOUL
Frédérick GETTON
Jérôme PÉTREQUIN
Copie : François Bayrou, Marielle de SARNEZ, Jean-Marie CAVADA, Députés MoDem et Sénateurs UC-UDF

Commentaires

Personnellement,
en tant qu'humain et citoyen du monde d'abord, et en tant qu'adhérent MoDeM ensuite, je suis prêt à soutenir de mon mieux ce juste combat.
Mais quelque chose me gêne dans ce texte. Et cela m'est difficile de l'exprimer car je sais que je mets en lumière une souffrance, que je n'ai pas à subir moi-même. La phrase "permettre à toute personne de fonder une famille en garantissant une égalité des droits totale entre tous les couples, qu’ils soient de même sexe ou non" nie une inégalité contre laquelle on peut rien: celle de l'inégalité naturelle. Ainsi, ma conscience me dicte de dire aux personnes LGBT qu'elles ne peuvent pas demander à la loi de réparer ce que ne permet pas la nature.
MAIS: Je vous rejoins totalement, madame Lepage, quand vous sous-entendez qu'il y a quelque chose à inventer.
(Notamment quand vous écrivez : "[...] je proposais une stricte égalité des droits entre tous les couples, même si le terme de mariage n’était peut,être pas le plus adapté s’agissant de couples homosexuels. Je vous propose donc de soutenir celle-ci dans le cadre des débats que nous aurons sur la Charte des Valeurs au sein du MODEM.")

Seulement, je ne peux pas me résoudre à vouloir donner à la loi un pouvoir auquel elle ne peut prétendre.

En espérant avoir réussi à donner mon avis avec humilité et non avec dédain ni condescendance,
je souhaite à tous ceux qui luttent pour leur dignité que leur combat connaisse la réussite au plus tôt.

Guillaume Desrosiers

Ecrit par : guillaumeD | 09.09.2007

Faire un enfant s'inscrit sur un rapport herterosexuel de quelques instants aussi joyeux soit il...fonder une famille est une histoite au quotidien qui s'inscrit dans la durée et n'a pas de sexualité mais qui necessite pedagogie ,amour et investissement personnel.
Dans la nature certains animaux tuent leur enfants , nous les humains nous pallions à cette injustice et barbarie par des textes de lois...le recours à la nature pour des questions de société ne me semble pas toujours approprié.
Merci Corinne pour cette aide.

Ecrit par : christian ch | 10.09.2007

@christian ch
La nature ne justifie pas tout, vous l'avez très bien montré. Mais elle doit continuer d'être présente dans la réflexion. C'est simplement cela que je voulais dire. Je tiens à préciser que mon intention n'était pas d'amener sournoisement un argument pour contrer les évolutions des mentalités vers l'adoption d'enfants par des couples homosexuels.
Par exemple, à un sondage, je répondrais que je suis "plutôt pour" , mais pas "farouchement pour", je dois bien l'avouer.
(cependant, j'ai déjà pas mal évolué depuis des années, alors qui sait?)

Je pense que l'égalité en droits est quelque chose qui doit correspondre à des réalités sociales, mais aussi naturelles. Il y a donc de nouvelles normes à inventer, pour reconnaitre l'homosexualité comme ayant sa (ses) spécificité(s) naturelle(s) et sa (ses) spécificité(s) sociale(s).
C'est d'ailleurs plus riche pour la société (la diversité est une richesse) et cela permettrait sans doute aux enfants de ne pas se sentir "différents", voire sans doute aussi mal à l'aise, en certaines occasions... (ex: "profession du père?"...etc.)

Il reste qu'inventer nécessite beaucoup d'intelligence et de hauteur de vue, et hélas encore beaucoup de patience si l'on écoute sur ce sujet un certain nombre de Français.

Ecrit par : guillaumeD | 10.09.2007

En ce qui me concerne, je suis tout à fait d'accord avec Corinne et Guillaume sur la question de l'égalité des couples et la volonté d'éviter l'utilisation du terme "mariage", qui désigne l'union d'un homme et d'une femme. Je pense que ce n'est pas en niant les différences qu'on parvient à l'égalité, mais au contraire en les assumant pleinement. Ainsi, ce n'est pas en appelant une femme "Monsieur" qu'on lui donne une réelle égalité avec l'homme, mais en lui reconnaissant les mêmes droits dans sa différence.

En ce qui concerne l'homoparentalité, je suis sensible aux arguments à la fois des couples homosexuels qui désirent adopter et à ceux qui se soucient de l'impact d'une adoption par une famille atypique sur un enfant déjà marginal par sa condition d'adopté — en particulier dans les cas d'adoption d'enfants provenant de cultures différentes. Je crois que la loi ne devrait trancher ni dans un sens, ni dans l'autre ; elle devrait se contenter de dicter que toute décision doit répondre uniquement à l'intérêt de l'enfant. Celle-ci reviendrait alors aux services sociaux qui pourraient se prononcer au cas par cas en fonction des nombreux éléments comme elle le fait déjà avec beaucoup de rigueur pour les couples mariés et les célibataires. Certaines demandes d'adoption par un couple homosexuel pourraient alors être acceptées si l'on juge que c'est l'intérêt de tel enfant, et refusées si l'on estime que l'homosexualité des parents adoptifs pourrait (pour diverses raisons) être un handicap pour tel autre enfant.

Je suis contre le "droit à l'enfant" des couples homosexuels ; je trouve cette conception dégradante et mercantile, comme s'il s'agissait d'un objet ou d'un animal, et non d'un être humain à part entière. Je suis pour le "droit de l'enfant" à avoir des parents homosexuels. La différence est fondamentale à mes yeux.

Ecrit par : KPM | 11.09.2007

je ne suis pas pour un droit à l'enfant, mais pour partir des devoirs à l'égard de l'enfant, et ce, quelque soit le couple.
c'est l'enfant le critère et non le "parent"

Ecrit par : corinne lepage | 11.09.2007

La question de la loi vis à vis des humains et de leurs "instincts" est fondamentale.

La loi a pour objectif également de réparer les agissements naturels de l'humain : d'instinct nous voulons rouler vite, la loi limite la vitesse. Nous sommes défiants face à la différence (ex. les lgbt), la loi tente de combattre les discriminations, etc.

Qu'elle corrige ce que la nature ne permet pas va dans le même sens, nous restons dans l'esprit des lois. Ce qui est important c'est qu'elle soit acceptée par le plus grand nombre pour ainsi devenir une règle... naturelle.

En effet Guillaume, si quelque part tu as évolué dans ta réflexion, c'est que la loi a aussi évolué.

En dehors du thème loi/nature, ce qui important est la notion du Bonheur. Notion qui devrait être en souveraineté de toute action (on y vient petit à petit). Alors oui, la seule question à se poser est celle de l'enfant, va t-il pouvoir évoluer avec le même capital bonheur que les autres ? Pour le reste...

Benjamin Sauzay

Ecrit par : Benjamin SAUZAY | 11.09.2007

Je suis content de voir qu'ici les points de vue et discussion sur l'homoparentalité sont apaisés... Je rejoins totalement le point de vue de KPM. Et j'en profite pour ajouter qqch : les homosexuels ne sont pas stériles ! S'ils ont envie de faire des enfants, ils en font, ils n'ont pas attendu une quelconque loi pour cela, je vous passerais tous les détails techniques. La loi servirait justement à protéger l'enfant, avant même de protéger les parents.

Ecrit par : fkelder | 05.11.2007

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