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24.09.2007

Corinne Lepage : "La machine à nier"

Est-ce un hasard de calendrier si coïncident la journée mondiale sans voiture et le début de la conférence de l’ONU réunissant les chefs d'État pour préparer la conférence de Bali et l’après-Kyoto , suivi d'une réunion organisée par le président Bush le même sujet ?

Que la réponse soit positive ou négative, le lien entre les deux sujets est évident non seulement parce qu'ils s’attaquent à la réduction des gaz à effet de serre , mais parce qu'ils traduisent un même comportement et une même incapacité à faire face à la menace climatique.

1900 villes dont 106 villes chinoises participent à cette journée, ce qui en soi est fort sympathique, mais permet les 364 autres jours de l'année , pour l'immense majorité de ces villes d’oublier la pollution automobile dans ses impacts climatique et sanitaire. Il est vrai que de grandes capitales paraissent avoir pris la mesure des choses : péage urbain à Londres interdiction des voitures les plus polluantes à Berlin (à partir du 1er janvier 2008 seuls les véhicules correspondant la classe euro II pourront circuler) opérations Vélib à Paris... Mais, ces opérations restent encore isolées et les Etats, à commencer par le nôtre, en sont encore au stade de la réflexion. Sans doute, la volonté de défendre l'industrie automobile et l'emploi à très court terme explique-t-elle un comportement qui conduit directement à les condamner à moyen terme. Les contraintes relatives à la baisse drastique des émissions de CO2 (120 g CO2 /km) ne sont pas imposées, ce qui conduira les consommateurs à favoriser les véhicules hybrides que nous ne fabriquons pas. Les particules fines générées par les moteurs diesel, particulièrement toxiques ne sont toujours pas réglementées et les filtres à particules ne sont toujours pas imposés alors que les véhicules Renault et Peugeot vendus en Allemagne le sont depuis longtemps, puisque c'est obligatoire. Dès lors, communiquer autour d'une journée sans voiture, même rebaptisée journée du transport public permet de continuer ces politiques irrationnelles sur les plan climatique, sanitaire et même industriel. Bel exemple de la politique alibi.

Le débat sur le post- Kyoto qui s'annonce aux États-Unis est tout aussi ambigu. En effet, trois difficultés majeures se présentent qui , souterrainement, sont alimentées par un débat toujours présent sur la réalité du changement climatique. La première difficulté est évidemment la position américaine, tout au moins au niveau fédéral, et la croissance incontestable des émissions de gaz à effet de serre aux États-Unis au cours des 20 dernières années (plus 15 %). Il va de soi que le refus des Etats Unis de prendre quelque engagement que ce soit bloque totalement le système à l'égard du reste de la planète et en particulier de la Chine de l'Inde et du Brésil . Car, et c'est la deuxième difficulté, la Chine est en passe de devenir le premier émetteur de gaz à effet de serre alors que son parc automobile passerait, entre 2003 et 2030, de 6 millions de véhicules à 120 millions , que la superficie moyenne consacrée à l'habitat augmenterait de 50 % et la demande énergétique de 4,5 % l’an. Selon l’AIE, les politiques actuelles entraîneraient un doublement du CO2 d'ici à 2050 dont 70 % en provenance des pays en développement. Dès lors, un post- Kyoto ne peut se concevoir sans les pays du Sud. Il ne peut pas davantage se concevoir sans un immense effort des pays du Nord pour s'orienter vers une convergence des émissions de CO2 par être humain, ce qui impliquerait a minima de parvenir à diviser par 4 nos émissions pour 2050. Or, l'Europe à ce jour, n’est pas en passe de satisfaire le modeste objectif de Kyoto.

Et, paradoxalement , plus les efforts à fournir sont importants, plus les voix s'élèvent pour contester l'intérêt économique de ces efforts. Cette contestation est rendue possible par la montée en puissance de ce que les américains appellent « la machine à nier ». Cette machine est décrite par Newsweek dans un numéro polémique de mi-août, intitulé le réchauffement climatique est un canular. Elle trouve quelques avatars en France avec la parution récente de deux ou trois ouvrages. « Une campagne bien coordonnée, bénéficiant d'importants financements est mené par des scientifiques sceptiques, des thinks thanks néolibéraux et des industriels, a semé le doute dans les esprits à propos de réchauffement. Cette machine à nier et à entraver la lutte contre le réchauffement continue à tourner un à plein régime. Ainsi, lors de la sortie du dernier rapport du GIEC en février 2007 la machine à nier a offert 10 000 $ aux scientifiques qui critiqueraient ce rapport. Tout a été fait depuis 10 ans pour entretenir un véritable travail de sape : nomination d’ un lobbyiste du pétrole à la tête de la mission climat auprès du président Bush, investissements par Exxon de 19 millions de dollars durant plusieurs années pour financer les organismes chargés de fournir « des données très contestables », montage d'une coalition sur le climat planétaire et d'un comité d'information sur l'environnement chargé de faire revenir le réchauffement de la planète au stade d'hypothèses théoriques et non de réalités. Même si neuf grands groupes américains ont appelé le congrès des États-Unis adopter une législation nationale stricte au début de l'année 2007 et si la Cour Suprême des Etats-Unis a qualifié de pollution l’émission de co2 et contraint l’Etat fédéral à agir,ce travail , largement comparable à celui mené par les cigarettiers en son temps, et que l'avenir qualifiera peut-être de criminel, a porté ses fruits doublement. D'une part en obtenant du congrès américain et du président Bush les choix que l'on sait. D'autre part, en alimentant, malgré les rapports du GIEC, un débat sur l'existence même du changement climatique ce qui est chronophage et a permis de focaliser le débat sur le constat au lieu de l'orienter totalement sur les solutions. Or, la seule vraie question est celle des réponses technologiques , industrielles, économiques, sociales et donc politiques au plus grand défi auquel l'humanité ait été confrontée.

 Texte de ma chronique sur France-Culture du 24/09/07 : à écouter ici

20.09.2007

Des règles de responsabilités pour les OGM

Tout le débat autour des OGM dépend d'une question et d'une seule. Qui est responsable ? C'est à partir de la réponse à cette question fondamentale que s'organisera le système. Ou bien nous entrerons dans un système vertueux, dans lequel chaque acteur aura intérêt, parce qu'il sera responsable à agir avec prudence et en s'entourant de toutes les précautions nécessaires. Ou bien nous resterons dans un système vicieux dans lequel au prétexte que les risques liés aux OGM restent largement inconnus, nul n'en est responsable. Ni les compagnies d'assurances qui considèrent qu’elles sont dans l’incapacité totale de mesurer l'aléa, ni les agriculteurs, puisqu’ils ne serait pas responsables de la pollution génétique, ni les compagnies agro-semenciéres qui campent sur la protection que leur offre le risque de développement qui est défini comme celui que l'état des connaissances ne permet pas de connaître. Mais, précisément, ces compagnies mènent un combat de lobbying sans précédent, pour éviter le développement d’une recherche publique sur l’impact notamment sanitaire des OGM et, dans l'immense majorité des cas, refuse de procéder elle-même à ces études, pourtant bien simples et peu coûteuses . Et, lorsque par extraordinaire une telle étude est faite, le combat consiste alors à opposer le secret industriel pour que ces études restent secrètes.

Dès lors, et à l'évidence, c'est bien la réponse à la question de la responsabilité qui commande le comportement des agents économiques et l’efficacité des dispositions prévues par les textes. .Il est évident que les règles de responsabilités doivent être fixées en amont et que l'essentiel de la responsabilité doit peser sur le producteur d'OGM en ce qui concerne l'impact sanitaire et être partagée avec l'agriculteur en ce qui concerne l'impact environnemental, sans oublier la responsabilité des pouvoirs publics, chargés de veiller sur la santé publique et la protection et ressources naturelles.

. Quel est l'intérêt d’ un tel dispositif ?

D’entrer précisément dans un cercle vertueux qui fera que chaque acteur aura tout intérêt à avoir pris les précautions nécessaires et donc d'appliquer scrupuleusement les dispositions tout à fait remarquables de la directive 2001 -18, dispositions qui restent aujourd'hui très largement lettre morte. Dispositions très exigeantes en termes d'études préalables, d'information et de participation du public ce qui signifie notamment l'ouverture à la controverse scientifique de résultats des études. Si, comme dans tous les autres domaines de l'activité économique le producteur des semences et à un moindre degré leur utilisateur est responsable des conséquences de toute nature liées à ce produit, il va de soi que les études seront faites convenablement, débattues scientifiquement et que le développement des OGM si développement il y a, se fera dans les conditions habituelles de protection des tiers de l'environnement. Le moratoire se fera automatiquement tant que ces études n'auront pas été convenablement menées et débattues ;

Cela ne signifie évidemment pas que la recherche ne pourra pas se poursuivre ; au contraire elle sera infiniment plus active sur les conséquences environnementales sanitaires des OGM et se poursuivra en site confiné sur la faisabilité de nouvelles plantes.

Le lobby OGM est sur une voie opposée : déresponsabilisation complète de sa technologie et de ses produits, poursuite et extension du régime dérogatoire au droit commun déjà obtenu en termes de contamination et de financement du surcoût de sa technologie mis à la charge de l’agriculture conventionnelle

Compte tenu de la qualité de notre terroir, de notre tradition gastronomique, de nos labels nos AOC, nous serions irresponsables, collectivement, à nous engager dans la culture des OGM , non seulement sans en connaître les risques, mais encore en acceptant, a priori, d'en supporter toutes les conséquences. Seule la responsabilité des producteurs et des utilisateurs de semence OGM peut permettre de concilier les potentialités de cette technologie, avec les droits de nos concitoyens de vivre dans un environnement sain et équilibré.

Corinne Lepage

La Croix - 20/09/07 

15:52 Publié dans PRESSE | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : ogm

17.09.2007

Corinne Lepage : "on veut nous faire croire que les problématiques environnementales, notamment les pesticides (chlordécone, etc...) ne puissent être la cause de cancer au delà de 1 %"

Le rapport que l’Académie de médecine vient de commettre sur les causes du cancer peut légitimement laisser dubitatif quant à son contenu , sa méthodologie et même sa date de sortie. Rappelons pour mémoire que ce rapport exclut que l'environnement puisse être la cause de cancer au-delà de 1% 100 de leur nombre total, ce qui pour le moins surprenant au regard de tous les rapports émanant des États-Unis, du Canada, de la Grande Bretagne qui évaluent au moins à 10% les causes environnementales du cancer. Certains vont jusqu’à plus de 50% ! Même le plan national santé environnement qui, malgré sa timidité, met l'accent sur les causes environnementales des cancers sans se hasarder à en chiffrer le nombre….

Le rapport de L’Académie n'est pas contestable dans l'affirmation déjà ancienne que le tabac et à un moindre niveau l'alcool sont responsables d'un bon quart des cancers. Mais quid des 75 % restants ? La faute à l'obésité, à la pilule, bref aux comportements individuels. En revanche, l'environnement cancérigène dans lequel nous vivons , l'usage massif des pesticides qui sont autant de précurseurs hormonaux, n'y serait pour rien : moins de 1 % des cancers.

L'augmentation massive des cancers de la prostate et du sein (entre trois et 400 % des cas) ne s'expliquerait donc que par une meilleure détection, comme si la détection rendait inutile la recherche des causes ! Évacuée la question des pesticides , au sens large du terme, comme cause possible de l'augmentation des cancers alors même que l'usage de ces précurseurs hormonaux pourrait bien expliquer aussi la baisse massive de la fécondité humaine (50 % ans dans les pays industrialisés) et la féminisation des poissons de nos rivières. Quant à l'obésité, qui serait à l'origine de trois fois plus cancers que l'environnement ,elle résulterait de notre seule paresse et en rien des plats trop salés ou trop sucrés consommés prioritairement par les ménages les plus modestes ou d’une publicité massive en faveur des sucreries de tous genres.

La méthodologie elle-même est étonnante et a entraîné une prise de position publique contraire d’un membre au moins de l’Académie. Fondé sur des études épidémiologiques dont la pauvreté en France -- 13 départements seulement disposent au registre du cancer -- et le caractère récent contraignent à une certaine prudence, ce rapport ignore délibérément les études scientifiques qui ne cessent de mettre en lumière le caractère cancérigène d'un certain nombre de produits. Fidele à une théorie qui a conduit au catastrophes successives de l'amiante , des PCB ou des hormones de croissance, l'Académie de Médecine évacue ce qui à ses yeux ne constitue pas une preuve absolue de cause. Or une telle preuve n’est généralement faite que trop tard ! Ce faisant, elle s'inscrit dans celui logique diamétralement opposé à celle préconisée par l'agence Européenne de l'environnement dans son rapport signaux précoces, leçons tardives, paru en 2002 pour éviter la reproduction à l’infini des crises sanitaires du XXéme siècle.

Dès lors, la suite logique de ce rapport est simple et a déjà été diffusée par quelques médias particulièrement désireuses de plaire à leurs annonceurs. Il est totalement inutile d'investir pour supprimer des produits cancérigènes... Puisqu'ils ne créent pratiquement pas de cancer dès lors, pourquoi se lancer dans une application rigoureuse du règlement REACH qui vise à évaluer et autoriser les produits cancérigènes, mutagènes , repro toxiques puisque le coût est bien trop élevé par rapport aux avantages susceptibles d'être générés en termes de santé . Et peu importe que les études européennes aient chiffré à environ 50 milliards d'euros l'économie réalisée par le système de santé européen grâce à ce règlement !

Est-ce un hasard si ce rapport sort en plein Grenelle de l'environnement ? Une des tâches du groupe numéro trois ans est précisément de s'attaquer aux mesures susceptibles de réduire l'impact de l'environnement sur la santé, à commencer par l'augmentation massive des cancers sans oublier la pollution atmosphérique (l'Europe chiffre à 350 000 le nombre de morts prématurées par an) les maladies de la dégénérescence ou encore la stérilité. Dès lors que ce que nous buvons nous mangeons et nous respirons n'a aucune incidence sur sur le risque de cancer de nul ne doute que avec un rapport de cet ordre les lobbys disposeront d'un argument de choix.

Cette exception française est bien dommageable.
D'abord pour notre santé et au plan individuel comme au plan collectif car elle ne peut que conduire à évacuer les politiques de prévention (hormis le tabac et l'alcool) et donc à laisser croître délibérément les dépenses publiques de santé. A titre d'exemple, les Pays-Bas ont calculé que si l'amiante avait été a été dit 20 ans plus tôt 34 000 victimes aurait été évitées ainsi que 18 milliards d’'euros de frais de construction auxquels viennent s'ajouter 30,4 milliards d'euros en termes de coût pour la sécurité sociale. Aux États-Unis les compensations ont atteint un 2 milliards de dollars.

Ensuite sur le plan économique et industriel . La France souffre aujourd'hui d'un déficit en matière d'offre de produits. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on ne peut douter que l'avance prise par nos voisins sur les énergies renouvelables ou sur les produits issus de l'agriculture biologique se retrouveront dans le développement de produits sains, sans risques cancérigènes connus.

Quoiqu’il en soit , traiter d’un sujet aussi grave ne saurait relever d’un débat entre membres de l’Académie de médecine, dont il est peu probable que les conclusions fassent l’unanimité du corps médical.. Il ne saurait échapper à un vrai débat scientifique contradictoire.

 

Texte de ma chronique sur France-culture du lundi 17 septembre 2007

12.09.2007

Corinne Lepage : "Qu'attendons-nous du MoDem ?"

La création du MODEM relève de la gageure et constitue une expérience sans précédent, et c’est ce qui la fait la difficulté de l’exercice.

La création du MODEM répond d’abord à une demande de très nombreuses personnes , 80 000 pré-adhérents, 45 000 adhérents hors militants UDF et CAP21. Ce n’est donc pas un mouvement conçu par le haut et cherchant des adhérents. C’est un mouvement soutenu par une base dans la dynamique de la campagne présidentielle de François Bayrou.

Dès lors, il ne s’agit pas seulement de fusionner des partis existants auxquels viendraient s’adjoindre quelques personnalités, comme lors de la création de l’UDF ; il s’agit encore moins d’une opération d’absorption par une UDF qui aurait perdu une partie importante de ses cadres . Il s’agit de la création d’un mouvement de type entièrement nouveau, dont le premier challenge est de faire, à partir de cultures et d’histoires différentes, un formidable creuset d’imagination et de propositions, sublimant les aspirations diverses dues à l’origine des adhérents.

La première condition pour y parvenir est que chacun trouve à s’exprimer et à être représenté de manière équitable dans les instances qui devront très rapidement se mettre en place. Il est probable que dans une première phase au moins, une structure confédérale souhaitée par les membres de l’UDF permette de garantir les appréhensions de certains et d’apprendre à vivre ensemble et à se respecter, sans tomber dans les travers des courants qui ont largement contribué aux échecs des Verts ou du PS. Mais là n’est pas l’essentiel.

La liberté que donne la faculté de construire du neuf permet de faire du MODEM le premier parti du XXIéme siècle , répondant aux aspirations de nos concitoyens , en partant précisément de ce que sont les français du XXI éme siècle. Rappelons le précédent des travaillistes , qui , en Grande Bretagne ont engrangé les succès lorsqu’ils ont abandonné leurs dogmes dépassés pour analyser la société britannique de la fin du XXéme siècle.

Sur la forme comme sur le fond, nous devons proposer à nos concitoyens un projet résolument contemporain, ce qui implique une nouvelle gouvernance, , un projet global répondant à un développement soutenable . un projet économique et social inscrit dans les contraintes de la mondialisation et respectueux de la tradition française.

La nouvelle gouvernance se doit de faire la place à une démocratie participative, des pouvoirs institutionnels organisés sur une base de pouvoirs et contre-pouvoirs , des principes éthiques et de justice puissants et sanctionnés. A cet égard, la lutte contre la corruption avec une inéligibilité des élus condamnés, le mandat unique, un statut des élus sont une nécessité. Au niveau institutionnel, un parlement puissant, un véritable pouvoir judiciaire doté de moyens , un scrutin proportionnel à l’allemande devraient être instaurés ; Enfin, les nouveaux canaux de la démocratie participative, le referendum d’initiative populaire, une stricte garantie constitutionnelle du pluralisme et de l’indépendance de la presse doivent être reconnus. Il va de soi que les principes dont nous réclamerons l’application à l’extérieur devront être appliqués en interne ; charte éthique rigoureuse et sanctionnée, charte des valeurs servant de pacte commun, respect de la démocratie interne et des droits des adhérents, pouvoirs et contre pouvoirs au sein du mouvement : le MODEM se doit d’être exemplaire au niveau interne. A nous de concevoir une organisation efficace et dynamique qui réponde à ces impératifs contemporains.

Notre projet ne peut qu’être soutenable, c’est-à-dire reposer sur l’analyse des défis énergétiques et de matières premières auxquels nous sommes confrontés. Le temps des ressources finies a commencé et nous devons être capables de proposer une nouvelle économie sobre, mais créatrice de valeur et d’emplois et utilisant à son bénéfice les apports de la mondialisation notamment en terme de société de la connaissance. Qualité du territoire et premier producteur potentiel en énergies renouvelables en Europe, qualité des services et notre main d’œuvre, notre pays dispose d’atours remarquables bien mal utilisés. Nos retards en terme de développement industriel sur les marchés du XXI éme siècle, notre mode de comptabilité obsolète en ce qu’il se montre incapable d’intégrer les coûts sociaux et environnementaux, le poids insupportable de notre dette publique constituent autant d’obstacles que nous devons franchir. A nous d’offrir le premier projet global authentiquement soutenable,capable de redonner à notre pays l’optimisme et un rôle d’entraînement en Europe .Nicolas Sarkozy a su convaincre car il a défini un cap clair.Il nous revient d’en faire de même avec le cap démocrate, fondé sur un libéralisme social et environnemental, c’est-à-dire régulant le marché pour accéder à une économie environnementale et préservant la solidarité.

C’est donc aux bases même de l’organisation sociale et économique dans un cadre mondialisé qu’il faut s’attaquer en valorisant ce qui a fait la force de notre histoire. La devise républicaine, à laquelle il convient d’ajouter le mot de laïcité, doit servir de ferment à la définition d’un Etat dans lequel traditions républicaine et démocrate ne sont plus antinomiques, mais complémentaires et s’intègrent dans une synthèse contemporaine. Dès lors, le retard reproché à notre pays pourrait devenir une chance de sauter une étape et de passer directement au changement de paradigme devenu indispensable. A nous, fondateurs du MODEM de savoir saisir cette chance. Notre » multiculturalisme »de départ nous le permet. A nous de transformer l’essai et de faire de cette richesse la clé du succès.

Corinne Lepage, Présidente de CAP21

Tribune prévue pour Libération, non publiée ce jour

10.09.2007

Biocarburants, agrocarburants,agrofioules ?

Pourquoi utiliser ces trois mots pour désigner le même produit ? parce que selon que l'on emploie l'un ou l'autre, on donne à se produit un caractère positif, neutre ou négatif.

Si la question est celle de la lutte contre le changement climatique, les conditions dans lesquelles est produit l'agrocarburant, pour utiliser le terme le plus neutre, sont fondamentales car elles déterminent l'existence ou non d'un avantage en termes de CO2. Un article récent paru dans Science met en lumière le fait que la forêt tropicale absorbe actuellement un milliard de tonnes de carbone par an. Les forêts tropicales constituent 47 % de la surface forestière mondiale et , au rythme actuel ,la déforestation représenterait la disparition de 200 millions d'hectares en 20 ans. Cela signifie que déforester pour planter des espèces à l'utilisation énergétique est tout simplement aberrant. Cette aberration est d'autant plus grande que la reforestation d'un espace permet de stocker entre deux et neuf fois plus de carbone sur une période de 30 ans que les tonnes de carbone économisé par le biocarburant qui serait produit sur cet espace

. Dès lors, en termes d'émissions de CO2, la solution la plus efficace consiste indiscutablement à protéger les forêts existantes en particulier tropicales, reforester et retrouver les forêts naturelles lorsque les terres ne sont pas indispensables à la nourriture des hommes. Des avantages supplémentaires comme la prévention de la désertification, le maintien de la biodiversité, la régulation régionale du climat doivent être ajoutés au solde positif de la balance. A contrario, s'agissant de l'éthanol, produit à partir de céréales ou de betteraves, il faut près de l'équivalent d'1 t de pétrole pour produire 1 t d'éthanol. La moyenne est à 0,8 soit une économie extrêmement modeste. Enfin, les conditions économiques de la production de l'éthanol au moins en France, sont telles qu'il faudrait un pétrole à plus de 200 $ le baril pour justifier , sur un plan économique , cette production..

Mais, même si les agrocarburants ne présentaient pas ces inconvénients, la question de leur développement serait néanmoins posée en raison des risques majeurs qu'il fait peser sur l'alimentation , tant en ce qui concerne les prix que la quantité. Des chercheurs américains ont calculé que pour substituer 10 % d’agrocarburants aux carburants actuels, il conviendrait d'utiliser 43 % des champs américains et 38 % des champs européens ! La concurrence entre plantes à destination alimentaire et à destination énergétique commence déjà à se faire sentir aux États-Unis et au Mexique avec une hausse massive du prix du maïs qui rend très difficile l'accès de nombre de Mexicains à la tortilla. Il faut en effet rappeler que le prix des céréales à usage énergétique est indexé sur le prix du pétrole ce qui le rend bien entendu beaucoup plus attractifs que le prix des céréales à usage alimentaire. Ce facteur, ajouté à une baisse très préoccupante des récoltes au niveau planétaire -- baisse largement due aux effets du changement climatique -- et à l'augmentation de la population mondiale, conduit immanquablement non seulement à une aggravation de la hausse des prix agricoles dont les populations les plus pauvres seront les premières victimes mais encore des risques croissants de pénurie de céréales. Or il ne faut jamais oublier que 4 céréales représentent la base de l'alimentation de la moitié du de l'humanité ! Ainsi, le développement de la production d’éthanol non seulement a peu d’impact sur les émissions de CO2, voire si elle se fait à partir de la déforestation a un effet négatif, mais encore fait peser une menace incontestable sur l'amélioration de l'alimentation mondiale.

Pour autant, tous les biocarburants ne sont pas à considérer de la même manière. Tout d'abord, la biomasse d'origine forestière, qui peut être utilisée directement ou transformée en carburant liquide ne présentent évidemment pas les inconvénients précédents et au contraire permet de valoriser les sous-produits d’une gestion durable des forêts. Les biocarburants dits de la deuxième génération qui utilisent la partie non alimentaire de la plante et permettent une double utilisation, alimentaire et énergétique, de la plante sont également intéressants. Dans une moindre mesure, les huiles végétales brutes utilisées directement par leurs producteurs pour des usages agricoles peuvent présenter un intérêt.

Deux conséquences peuvent être tirées de ce qui précède.

D'une part, au nom de la lutte contre le changement climatique, il n'est pas possible d'effectuer n'importe quel choix dont la justification réelle est toute autre -- dans le cas des les agrocarburants, l'intérêt immédiat des agriculteurs et de l’agrochimie qui y voit un débouché pour les OGM—

Au contraire, les choix, notamment lorsqu'ils nécessitent des investissements dans de nouvelles filières ne peuvent être effectués qu'après des analyses de cycle de vie complets permettant d'établir au moins un avantage global.

D'autre part, il est indispensable de trouver de nouveaux modes de rémunération pour les services qui sont rendus par la nature, en particulier en matière de lutte contre le changement climatique. Cela signifie non seulement rémunérer les services rendus par les forêts qu'il s'agisse d'éviter la déforestation ou de reforester, mais également de rémunérer les agriculteurs dont les pratiques permettront de stocker le carbone ou de réduire les émissions de gaz à effet de serre y compris en réduisant l'usage des phytosanitaires. Alors, les produits issus de l'agriculture ou de la forêt et utilisés comme des carburants pourront vraiment avoir le titre de biocarburants

Corinne Lepage - 10/09/07

Sur France-Culture 

08.09.2007

Corinne Lepage: Modem et droits LGBT.

Monsieur Clément BASCOUL
Monsieur Frédérik GETTON
Monsieur Jérôme PETREQUIN
CENTR’EGAUX
196 rue Saint Maur
75010 PARIS


PARIS, le 21 août 2007


Objet : Charte des Valeurs du Mouvement Démocrate

 

Messieurs,

J’ai bien reçu votre courrier du 10 août 2007 et m’empresse d’y répondre.

Je vous suis tout d’abord infiniment reconnaissante de m’avoir transmis les principes que vous souhaiteriez voir inscrits dans la Charte des Valeurs du Mouvement Démocrate.

Je tenais à vous dire que je suis, pour ma part, d’autant encline à me battre pour qu’ils soient intégrés dans la charte finale du MODEM, que la plupart des principes que vous évoquez figuraient très clairement dans mon projet personnel pour la présidentielle et, qu’en ce qui me concerne, j’ai, à de nombreuses reprises, manifesté aux côtés des défenseurs et lutte contre toutes les discriminations, y compris celles fondées sur l’orientation sexuelle.

J’avais notamment, dans mon projet, indiqué que j’étais favorable à l’adoption par des couples homosexuels et que je proposais une stricte égalité des droits entre tous les couples, même si le terme de mariage n’était peut,être pas le plus adapté s’agissant de couples homosexuels.

Je vous propose donc de soutenir celle-ci dans le cadre des débats que nous aurons sur la Charte des Valeurs au sein du MODEM.

Je vous prie d’agréer, Messieurs, l’expression de ma considération distinguée et bien dévouée.

Corinne LEPAGE

 

ASSOCIATION DES CENTRISTES GAYS LESBIENNES ET GAY FRIENDLY
196 rue Saint Maur, 75010 PARIS - www.centregaux.org - association@centregaux.org – 0684377442


PARIS, le 10 août 2007
CENTR’ÉGAUX
196 rue Saint Maur
75010 PARIS


Mme Corinne LEPAGE, Présidente de CAP21
40 rue Monceau
75008 PARIS


Objet : Charte des Valeurs du Mouvement Démocrate


Madame,
Un peu plus d’un mois avant le Forum des Démocrates, étape importante avant le congrès constitutif du Mouvement Démocrate, l’Association CENTR’ÉGAUX souhaite rappeler avant tout son attachement à ce que le Mouvement Démocrate fonctionne sur la base de l’écoute de tous ses membres et composantes dans le but de mieux appréhender l’expérience de chacun pour mieux comprendre et accepter les différences et aspirations de tous. Plus que dans le dialogue, le Mouvement Démocrate doit s’inscrire dans le débat, pour une parfaite prise en compte de tous ses courants constitutifs.
En particulier, dans le cadre de la rédaction de la Charte des Valeurs, nous souhaitons vous rappeler ici les valeurs défendues par notre Association, telles que nous les imaginons inscrites dans la Charte des Valeurs du Mouvement Démocrate :
1. Lutter contre toutes les discriminations, et en particulier les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle qui constituent encore de véritables habitudes sociales généralisées, tant dans la sphère professionnelle que familiale et qui portent durablement atteinte à la dignité d’une partie non négligeable de nos concitoyens que sont les personnes LGBT (Lesbiennes, Gaies, Bi et Trans) :
• lutter sans relâche contre l’homophobie en donnant à la loi les moyens de condamner tout acte homophobe,
• inclure l’éducation sexuelle dans tous les programmes pédagogiques des lycées et des collèges et la lutte contre toutes les discriminations dès l’école primaire, tant auprès des enfants que des parents et des professeurs,
• s’attaquer efficacement et durablement au fléau du suicide des jeunes homosexuels,
• lutter contre le Sida qui, après plus de 25 ans, continue de se rajouter à la stigmatisation des personnes LGBT.
2. Garantir l’égalité entre tous les citoyens, indifféremment de leur orientation sexuelle (qu’ils n’ont pas choisie mais qu’ils ont seulement choisi d’accepter de vivre) et oeuvrer pour l’indifférenciation de traitement de toutes les formes de famille :
• permettre à toute personne de fonder une famille en garantissant une égalité des droits totale entre tous les couples, qu’ils soient de même sexe ou non,
• donner aux familles déjà existantes les moyens d’une reconnaissance immédiate de cette réalité indiscutable,
• reconnaître l’homoparentalité comme un lien de droit et légaliser l'adoption pour les couples de même sexe, afin notamment de protéger des milliers d'enfants élevés aujourd'hui par des couples de même sexe.
3. Construire une société plus fraternelle dans laquelle le libéralisme moral est une condition nécessaire du « vivre ensemble » et du respect de chaque individu et de tous les modèles de famille qui composent notre société, des familles qui, sous des formes diverses, tissent des liens entre les personnes et les générations.
Nous faisons également parvenir ce courrier à Monsieur François BAYROU.
Nous restons à votre disposition pour tout complément d'information, et vous prions d’agréer, Madame, l’expression de nos salutations distinguées.


Le Bureau National
Clément BASCOUL
Frédérick GETTON
Jérôme PÉTREQUIN
Copie : François Bayrou, Marielle de SARNEZ, Jean-Marie CAVADA, Députés MoDem et Sénateurs UC-UDF

07.09.2007

Corinne Lepage : Café démocrate

Corinne Lepage participera au Café Démocrate du 11 septembre

Bar "Les Associés"

52, boulevard de la Bastille

20h

 

 

 

 

 

 

 

 

Corinne Lepage et Quitterie Delmas (République des blogs/31 janvier 2007)

Photo: Axel pour Page2007

 

06.09.2007

Corinne Lepage: MODEM « Le projet reste à construire »

18b211f61d378b5f28206f5ac09b166b.gifMODEM. « Le projet reste à construire » « Il faut apprendre à vivre ensemble », expliquait hier à Bordeaux Corinne Lepage, évoquant la vie du Modem, un parti politique encore dans les limbes, dont les 45 000 nouveaux adhérents viennent de tous les horizons. Selon Mme Lepage, ce futur parti a déjà un leader incontesté, François Bayrou, mais il lui manque une organisation et un bon projet qui « reste à construire ».

Pressée de question par les adhérents de Cap 21, son propre parti, et de l'UDF, elle avoue à plusieurs reprises qu'elle ignore encore comment sera organisé le Forum des démocrates. Celui-ci aura lieu du 13 au 15 septembre, à Seignosse, dans les Landes, pour tenter de dessiner la doctrine du futur Modem. « Pourtant, des idées on n'en manque pas », ajoutait-elle. Le rendez-vous de Seignosse. Le forum sera centré autour de quatre grands thèmes : le Grenelle de l'environnement, la démocratie et ses contre-pouvoirs, l'économie et le développement durable, l'Europe. D'ores et déjà, plus de 500 contributions écrites ont été envoyées. La manifestation devrait rassembler plus de 2 000 personnes au VVF de Seignosse et les organisateurs cherchent toujours des hébergements supplémentaires. Toutefois, tant que le Modem n'est pas officiellement fondé et tant que les partis existants comme l'UDF et CAP 21 n'y ont pas adhéré, les fichier ne peuvent être échangés : les sections départementales de l'un et de l'autre sont donc condamnées pour l'instant à s'ignorer, en attendant la grande rencontre prévue la semaine prochaine.

François Bayrou à Pau en 2008. Quand le Modem sera formé, sans doute en novembre prochain, il ne restera plus que quatre mois avant les municipales pour un parti qui veut en faire le grand test de son éventuelle émergence. Il devra donc faire vite pour se mettre en ordre de bataille, car « les échéances sont très proches », insiste Corinne Lepage. Il est très probable, à ce sujet, que François Bayrou soit candidat à Pau en mars 2008. En revanche, bonne nouvelle pour le Modem, il devrait obtenir environ le même financement public qu'après les élections de 2002 : c'est ce qu'a annoncé hier Michel Mercier, président du groupe centriste au Sénat. Mais ce n'est pas le cas du Nouveau Centre, dont les candidats ne s'étaient pas tous inscrits en préfecture sous la même étiquette dans au moins 50 circonscriptions.


DEROUDILLE - Sud-Ouest - 06/09/07

03.09.2007

Faut-il un pouvoir judiciaire en France ?

a3ab84e42976d641b6c61e34f6753fb8.jpgTexte de ma chronique hedomadaire sur France-culture le 3 septembre 2007

Après la convocation d’un procureur adjoint en raison des propos qu’il aurait tenus sur l'application avec discernement de la loi sur les peines plancher, et les réflexions engagées à la demande du président de la république sur la dépénalisation du droit des affaires comme sur la prise en charge de délinquants sexuels, la question de la place de l’institution judiciaire dans notre société se trouve à nouveau doublement posée, sur un plan sociétal comme sur un plan politique.

Sur un plan sociétal, d’abord. Les 50 ans qui viennent de s'écouler ont montré que, comme dans de nombreux pays démocratiques, le droit et le rôle de la justice pour trancher à la place du politique, de toute une série de sujets de société, n'avaient cessé de croître. Sans doute, la montée des affaires politico-financières et les affaire de corruption et de trafic d'influence expliquent pour partie ce recours au juge, seul recours -- même si son efficacité est très modeste en France -- pour les victimes et… la moralité publique. Mais, la sollicitation du juge est beaucoup plus ample dans la mesure où le retrait du politique sur toute une série de sujets de société, de l'euthanasie aux OGM, du traitement des délinquants psychiatriques à la montée de l'islamisme a conduit les juges à assumer les choix de société. S’y ajoute , surtout, le rôle du droit dans la mondialisation. Ainsi, le politique se trouve-t-il dans une position particulièrement ambiguë à l'égard des juges dont il attend qu'ils se prononcent soit sur des sujets trop délicats sur un plan électoral pour être traités par lui-même, soit dans des ffaires économiques d’intérêt national, soit dans des litiges dans lesquels il se trouve directement ou indirectement impliqué ( par exemple l'affaire Clearstream ).

Mais, dans le même temps, le politique au moins en France veut que la justice, qui n'est pas un pouvoir mais une autorité d’après la lettre même de notre constitution, applique la politique qui a été définie, quitte à passer à la trappe à la fois les principes fondamentaux dans lesquels est désormais inséré le droit français et la tradition de liberté d'appréciation des magistrats sans laquelle il n'y aurait pas de Justice. Or, la légitimité du juge qui est indispensable pour qu'il puisse remplir la mission que la société lui a confiée est précisément remise en cause si son indépendance est contestée. Telle est précisément le dilemne actuel : simultanément , le pouvoir ne cesse d'en appeler au juge et ne cesse de le contester, au nom du refus d’un gouvernement des juges.

Dans ce contexte, la crise morale que traverse la magistrature, le manque de moyens indignes d'un pays comme le nôtre, les coups de boutoir répétés contre des décisions dont on connaît généralement assez mal le contexte , expliquent que le chantier de la réforme de la justice soit ouvert. Il l'est d'autant plus que, s'agissant de l'égalité des armes entre les puissants et les faibles, en particulier dans le monde des affaires, le système français est loin d'offrir les mêmes possibilités que le système américain dont certains se réclament de plus en plus. En effet, les scandales à répétition, qu'ils s'appellent Enron, Andersen ou autres ont donné lieu outre-Atlantique, à des procès et à des nouvelles lois dont nous sommes bien loin de me pouvoir jouir en France, en particulier dans la gouvernance d'entreprise, le droit des actionnaires minoritaires, ou encore celui des le consommateurs lésés. C'est précisément parce que la France refuse que la justice soit réellement un pouvoir comme elle l'est aux États-Unis.

Car, et c'est le deuxième volet du sujet, la question d'instaurer en France un pouvoir judiciaire est posée. La présidentialisation du régime, sur un modèle qui se rapproche du système institutionnel américain appelle à l'évidence la reconnaissance de contre-pouvoir qui sont, dans une démocratie classique, le Parlement et la justice. Dans la démocratie du XXIe siècle qui reste largement à construire il conviendrait d' y ajouter la presse et la société civile. Mais c'est un autre sujet.

Or, comme signalé précédemment,la Constitution de la Ve république ne reconnaît pas de pouvoir judiciaire, mais, une simple autorité judiciaire. Cette situation s'explique par la méfiance historique de l'exécutif à l'égard des juges, héritée de l'ancien régime et renforcée par la conception gaulliste du pouvoir.

Dans le nouvel équilibre des pouvoirs qui se dessine, la contrepartie indispensable pour disposer d'un régime équilibré et démocratique consiste à reconnaître ce pouvoir judiciaire et à le doter des moyens, juridiques et matériels permettant d'assurer une réelle légitimité. Le respect de la règle de droit, par tous, du président de la république aux plus modestes citoyens, est la condition d'un État de droit dont la régularité du fonctionnement est assurée par la justice sous toutes ses formes. Au conseil constitutionnel : l'équilibre des pouvoirs entre le parlement et l’exécutif, comme le respect par le Parlement de la règle de droit, au juge administratif , le respect par le pouvoir réglementaire du corpus juridique au juge judiciaire , la sanction des infractions, quel que soit le délinquant, et le réglement des litiges civil , social et économiques, en respectant l’égalité des armes. Un grand pays, avec une tradition comme la nôtre, doit chercher l’exemplarité et pour y parvenir doit s’élever au rang des principes.

Corinne Lepage 

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12:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : justice

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