01.10.2007

Pour une loi sur la liberté d'accès à l'information

Parmi les très nombreuses propositions des six groupes de Grenelle de l'environnement certaines ont été fortement médiatisées , alors que d’autres , peut-être plus importantes sont passées inaperçues. Parmi elles, figurent les propositions du groupe cinq intitulé construire démocratie écologique : institutions et gouvernance en ce qui concerne le sujet majeur qu'est l'accès à l'information. Peut-être est-ce en raison de la timidité des propositions. En effet , si le programme d'action comporte le droit à l’information ,la liberté d'accès aux documents administratifs et la réutilisation des informations publiques, il s'agit de propositions encore bien timides au regard de la loi sur la liberté d'accès à l'information des Etats Unis ou sur les différents textes qui viennent d'être adoptés par un certain nombre de nos voisins. Ainsi, la Norvège a modifié voici trois ans sa constitution pour reconnaître le droit d'accès à l'information. La Grande Bretagne s’est récemment dotée d’une nouvelle loi, le Freedom of Information Act,qui a permis aux Britanniques d'accéder à toute une série d'éléments d'information récents de l'histoire anglaise. Les pays d'Europe de l'Est ont fait des progrès tout à fait remarquables qui leur donnent aujourd'hui en matière de transparence, une avance sur la France.

On ne peut donc que s'étonner que les que propositions de Grenelle n'aient pas été beaucoup plus radicales pour améliorer le dispositif français dont les modifications les plus récentes ont été dans le sens d'une recrudescence du secret et non d'une ouverture à la transparence :

  • extension de la notion de secret industriel y compris dans les domaines des études concernant la santé et l'environnement qui, pourtant,au regard des textes communautaires , devraient être systématiquement publiés

  • extension du champ d'application du secret défense

  • pénalisation de la publication d’informations dont l'accès a été autorisé par la commission d'accès documents administratifs, lorsque ces documents pourraient être couverts par un secret

  • poursuites pénales à l'encontre de journalistes suspectés d'avoir porté atteinte à un secret, lorsqu'ils refusent de fournir leur source.

Cette politique s'inscrit à contre-courant des politiques de transparence menées dans les pays démocratiques qui reconnaissent l'accès à tous les documents officiels détenus par les pouvoirs publics, quelle que soit leur nature, par toutes les personnes accomplissant une mission de service public. Ils exigent une publication régulière sur la totalité de l'action administrative et gouvernementale, qu'il s'agisse de ses règles de fonctionnement interne, de ses décisions ou de ses dépenses. Cette liberté d'accès à l'information s'accompagne de règles de procédure extrêmement précises et contraignantes garantissant l'effectivité de son exercice.

Certes, la liberté d'accès à l'information publique dépasse largement le cadre de l'environnement et de la santé. Cependant, ce domaine est particulièrement sensible car il ne peut y avoir de véritables controverses scientifiques et de responsabilité citoyenne que pour autant que l'accès à la totalité de l'information disponible, hormis le domaine très restreint qui couvre la sécurité de l'État, soit garanti. Du reste, la convention d'Aarhus, qui fait désormais intégralement partie du droit communautaire et qui a été ratifiée par la France est ainsi plus exigeante en matière d'accès à l'information que le droit français actuel.

C'est la raison pour laquelle une des conséquences du Grenelle de l'environnement devrait être a minima un très fort toilettage de la loi du 17 juillet 1978 modifié par l'ordonnance du 5 juin 2005, réduisant la part du secret industriel, excluant du secret toutes les informations concernant la santé et l'environnement, prévoyant la mise en ligne de toutes les informations détenues par les autorités publiques et les autorités privées remplissant une mission de service public ou possédant des informations concernant la santé ou l'environnement. Cette modification de la loi devrait s'accompagner d'un renforcement des pouvoirs de la commission d'accès aux documents administratifs lui permettant d'enjoindre, avec sanctions à l'appui, aux autorités la publication des documents réclamés, inversant ainsi la procédure qui obligerait le détenteur de l'information à saisir la justice et non le demandeur à l'information.

Cette transformation dans l'exercice de la liberté d'accès à l'information dans le domaine de l'environnement et de la santé pourrait bien évidemment avoir des conséquences dans tous les autres domaines.

Outre une refonte devenue indispensable après l'affaire Clearstream du secret défense, la mise sur le chantier par le conseil de l'Europe d'une convention sur la liberté d'accès à l’information devrait être une excellente occasion pour la France de montrer que dans ce domaine également, elle est sur une attitude de rupture. Or, tel ne paraît malheureusement pas être le cas. En effet, dans le cadre actuel des négociations, la France bloque tout progrès et toute évolution vers une législation proche de la législation américaine, en cherchant à niveler par le bas les réglementations existantes en Europe. Une telle position n'est acceptable ni pour l'image de la France en Europe et dans le monde ni pour l’exercice de leurs libertés par les citoyens français. Cette dernière situation mérite particulièrement d'être soulignée à un moment où la question de la liberté de la presse en France, qu'il s'agisse de son indépendance financière par rapport aux grands groupes qui la détiennent ou par rapport à ses annonceurs est un sujet prioritaire.

Aux mesures qui seront concrètement prises sur ce sujet dans le Grenelle et à la position française dans le cadre de la négociation sur la convention actuellement discutée au conseil de l'Europe, il sera tout à fait facile de mesurer la cohérence entre les actes et les paroles.

Texte de ma chronique hebdomadaire sur France-Culture du 1er Octobre 2007


Commentaires

ci dessous copie d'un message écrit sur le forum gouvernemental sur l'écologie;
j'espère que Corinne Lepage expliquera pourquoi comme tous ceux qui ont un pouvoir écologiste médiatique elle refuse de hiérarchiser les problèmes écologiques et d'accorder à la démographie la place qui lui revient;
une question simple est: sera t-il possible de sortir de l'agriculture productiviste et des OGM avec des milliards d'habitants à nourrir en plus?

il est absolument hallucinant que ce grand débat sur les questions écologiques n’intègre pas la question démographique, chaque problème écologique fait apparaître invariablement les trois questions suivantes : le non respect de l’environnement, les modes de consommation, la démographie ; si de nombreuses associations cherchent à protéger la biodiversité de pratiques prédatrices, si d’autres soutiennent la décroissance d’une société de consommation compulsive -le terme de croissance qualitative serait plus approprié, personne, de la nébuleuse des écologistes altermondialistes ou des écologistes médiatiques, n’évoque la démographie qui pourtant participe des processus quantitatifs qui rendent les questions environnementales si urgentes ; il est révélateur que trouver un des sujets où s’intègre le mieux la démographie parmi ceux proposés ici ne soit pas facile : la démographie, sujet majeur, ne se réduit à aucun autre, et doit susciter un débat mondial ;

il faut déconstruire le tabou d’évoquer la question démographique, certains français ont voté pour une personne qui se vante de briser les tabous, l’urgence écologique impose de briser ce tabou ci, ce qui implique de mettre la réalité de l’écologie scientifique au dessus du relativisme culturel, que cela concerne les pays riches, émergents ou pauvres ; la culture de société de consommation-consumation addictive-compulsive occidentale marchandisant la nature doit être contestée, comme la culture dans certains pays réduisant les femmes à l’état de ventres devant produire le plus d’enfants, au mépris des droits des femmes, doit être contestée ; ceux qui voudraient priver le monde d’un débat sur la démographie sous prétexte d’opposition au néocolonialisme ignoreraient que les phénomènes démographiques écologiquement et socialement irresponsables existent partout, indépendamment de la division simpliste entre riches et pauvres : les étangs côtiers du département de l’Hérault, en France, sont asphyxiés par l’expansion démographique, les terres des Indiens au Pérou sont colonisées, exploitées et dégradées par des colons issus de l’expansion démographique ;

il est impossible de séparer deux aspects de la croissance quantitative, la croissance économique de société de consommation-consumation et la croissance démographique : l’expansion démographique est indispensable à la société de consommation pour trouver les travailleurs pauvres prêts à tout pour survivre qui seront exploités pour produire biens et services à bas coût pour une classe moyenne mondialisée à la consommation vorace et courtisée par des discours démagogiques sur le pouvoir d’achat ; remettre en cause l’expansion démographique c’est remettre en cause toute cette junk croissance quantitative qui a fait tant de mal à l’environnement ;

d’autres sceptiques du débat sur la démographie pourraient imputer plus ou moins clairement aux réalistes des idées de génocide, de coercition, de mépris du genre humain ; or il suffit de faire émerger un débat mondial sur ces phénomènes quantitatifs dont fait partie la démographie, et de parier sur l’intelligence des citoyens ; de fait la proposition entendue partout "il faudrait tant de planètes pour soutenir le mode de vie de tel ou tel citoyen d’un pays occidental" signifie qu’en France, etc, nous sommes tant de fois trop nombreux par rapport à notre consommation ; c’est l’exemple de la diminution des ressources en poisson où démographie et modes de consommation se multiplient pour occasionner des dégâts irréparables ;

certains pourraient aussi dire qu’infléchir la démographie prendrait trop de temps, que cela ne servirait à pas grand chose, et que finalement la démographie des naissances baisse déjà ; or sortir de la société de consommation-consumation sera aussi difficile que de sortir d’une démographie irresponsable, les deux relèvant de choix individuels de modes de vie ; et il est souhaitable que la baisse de la fécondité s’accélère, même une fécondité de 2.5 enfants par femme en Amérique latine, qui paraît faible en regard de celle d’autres régions du monde, suffit à faire augmenter les chiffres absolus de population d’une manière considérable, ce n’est pas tenable ;

pour qu’un débat politique mondial s’instaure sur la démographie, sur la primauté de la réalité scientifique sur le relativisme culturel, il faut que les acteurs du présent débat qui se disent sérieux à défendre l’environnement cessent de manquer de vision et de courage et évoquent publiquement cette question, au premier plan ; la même méthode que pour l’émergence du débat sur le climat doit être utilisée, prise de conscience citoyenne à travers un débat mondial que l’élite écolo a le devoir de susciter, seulement après les comportements, démocratiquement, changeront ;

dans le cas de la France je propose la fin des politiques natalistes, c’est à dire des avantages spécifiques accordés pour le troisième enfant, par exemple la suppression de l’avantage de retraite à 55 ans accordé à ceux qui ont trois enfants, etc ; les politiques natalistes ont ceci d’infâme qu’elles s’inspirent toujours de nationalismes ;

la question démographique est naturellement liée à la question du pouvoir des femmes, un débat mondial sur cette question ferait prendre aux femmes conscience de leur pouvoir, des actions menées internationalement par des institutions, associations, fondations, etc, pourraient pousser à leur émancipation, d’une certaine manière ce sont les femmes qui ont le pouvoir, si elles le veulent vraiment, de changer l’avenir de cette planète ;

je demande aux organisateurs de ce show médiatique sur l’environnement s’il est simplement sérieux et crédible de ne pas faire de la démographie un sujet majeur des débats ; la démographie concerne développement durable -tant au plan environnemental que social, éducation, droit des femmes, migrations, aménagement des territoires... la mondialisation n’est-elle pas ce stade de prise de conscience de la finitude de cette planète entièrement explorée, peuplée et exploitée ? cette finitude peut-elle tolérer une démographie irresponsable écologiquement, et socialement aussi, l’expansion démographique créant flux migratoires déstabilisants et pauvreté ? qui peut affirmer que si un large débat mondial faisait en sorte qu’il y ait au XXIe siècle un milliard de naissances en moins par rapport aux projections démographiques médianes cela ne serait pas une très bonne nouvelle pour l’environnement ? pourquoi ignorer ce sujet capital ?

Ecrit par : oasis | 01.10.2007

Il faut être candide ou être resté éloigné des cercles du pouvoir pour croire que les anglo saxons mettent "tout" sur la table. Cette discussion ressort d'un angélisme que les verts partagent avec les naïfs : tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.

Mme Lepage, si vous étez un peu proche des gens qui décident vous devez savoir que la valeur d'une décision c'est la qualité des informations à partir des qulles elle est élaborée. Cette approche a été théorisée par les ango saxons. cf Shannon.

La loi que vous appelez de vos voeux ce sera encore une fois l'arbre qui masquera la forêt. Dans votre monde idéal tout doit se savoir, se partager,mais la connaissance n'est souvent que parcellaire, insuffisante pour tirer des enseignements. la mettre sur la place publique - comme le font certains de vos amis en Martinique : c'est de la manipulation.

Alors vaut-il être mieux être manipulé par vos amis - qui n'ont aucune légitimité, ou par des politiques qui eux auront des comptes à rendre ?

Posez la question c'est déjà y répondre.

bien à vous.

Ecrit par : Candide | 01.10.2007

mais oui tout est manipulation au pays de Candide dès lors qu'il s'agit d'une volonté écologiste.
Et pendant ce temps la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d'aluminium.....

Ecrit par : jean françois | 01.10.2007

Bonjour,
Manifestation du 6 novembre 2007
Intitulée la journée des masques

http://aliciabx.over-blog.com/

rejoignez-nous.
merci.
sylviane

Ecrit par : aliciabx | 02.10.2007

@ candide

"la valeur d'une décision, c'est la qualité des info..."

Si l'on suit le raisonnement de CD, dans les commentaires de la chronique du 24.01, votre concept de "valeur d'une décision" ne veut déjà strictement rien dire puisque vous associez du naturel (valeur) et du culturel (décision, supposée morale) sans vous interroger sur leur liaison dialectique; donc y greffer du positif mathématisable ne fait qu'embrouiller encore plus l'analyse, donc votre conclusion.

Ecrit par : Eugène | 04.10.2007

Eugène,

Arrêtez vos salades incompréhensibles, Candide va finir par comprendre...

Ecrit par : Christophe Delanoë | 04.10.2007

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