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05.11.2007
Les Marins pêcheurs
La tragédie des marins pêcheurs préfigure-t-elle notre propre tragédie collective ?
La détresse les marins-pêcheurs bretons est à la fois émouvante car ils ne réclament que de vivre et annonciatrice notre problématique économique actuelle.
On doit parler en réalité de double tragédie ?
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Les marins-pêcheurs sont les premières victimes d'une hausse du fioul qu'ils ne peuvent répercuter, en l'état actuel, dans les prix du poisson à la fois parce qu'elle est trop importante et par ce que le poisson pêché en mer est en concurrence directe avec le poisson d'élevage beaucoup moins cher, à la fois du fait de sa production industrielle et de l'absence de coût de transport.
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Les marins-pêcheurs sont également les premières victimes de la perte de biodiversité qui affecte la faune marine, conséquence à la fois de la surpêche à laquelle les mêmes martins-pêcheurs ne sont pas étrangers et la pollution extrême des mers contre laquelle ils constituent le seul rempart de nature économique.
Il s'agit donc bien d'une double tragédie qui affecte les martins-pêcheurs mais qui traduit la tragédie que vit le milieu marin avec la portée à la fois symbolique et physique qui s'attache à la disparition du poisson dont il convient de rappeler qu'il est à l'origine de la vie.
Le lien entre ces deux causes est évident car il traduit le rapport de notre société aux ressources naturelles et à ceux qui en vivent et qui supporte donc les premières conséquences économiques de la transformation à laquelle nous sommes confrontées. La situation des agriculteurs qui bénéficient aujourd'hui de hausse massive du cours des matières premières agricoles pourrait se révéler à l'avenir délicate pour des raisons très proches : hausse du coût de la production liée à l'envolée des prix du pétrole, appauvrissement des sols lié à l'intensification et à l'usage massif de pesticides ainsi qu'une menace sur l'alimentation en eau.
Plus largement, c'est toute l’organisation économique qui est aujourd'hui mise en cause à la fois du fait de sa dépendance au pétrole, du gaspillage massif de matières premières et de son court -termisme qui a empêché que ne soit mise en place des politiques de moyen et long terme évitant que ne soit sciée la branche sur laquelle système était assis.
Il est donc évident que nous sommes aujourd'hui en face de l'obligation de nous attaquer non pas aux effets de la situation, en accordant quelques subsides aux professionnels pour compenser une hausse du coût du fioul qui ne va cesser de continuer, mais aux causes c’est- dire à la fois, à l’inversion des raretés, à la nécessité de protéger et de réduire l'utilisation des ressources, et à l'évolution des professions vers une reconversion écologique.
Cela conduit tout d'abord à avoir une réflexion beaucoup plus large sur les coûts et les avantages collectifs d'une activité économique. Les marins-pêcheurs sont les gardiens de la mer dans la mesure où ils mènent une activité économique qui suppose le maintien de la qualité et de la quantité de poissons et donc la réduction massive des pollutions urbaines et industrielles. Ils ont été des acteurs majeurs de la lutte contre les pollutions de la Baie de Seine ou de la Méditerranée, des actions menées contre les marées noires et le sort des marins-pêcheurs de l'étang de Berre est à lui seul un symbole. Cette dimension devrait être prise en compte dans l'évolution que subit cette profession. Certes, la surpêche a conduit à une diminution des espèces telles que la reproduction n'est plus assurée et, la pêche de demain aléatoire. Mais, la dimension de protection des milieux qui est attachée aux métiers de la mer n'a jamais été prise en compte et elle devrait l'être.
Le coût du transport c'est-à-dire l'internalisation du coût du fioul dans le prix poisson est aujourd'hui posé. La pêche côtière ayant été réduite à sa plus simple expression, l'obligation dans laquelle se trouvent les bateaux d'aller pêcher toujours plus loin renchérit bien entendu le coût. C'est donc au renouvellement de la ressource qu’il faut s'attaquer, sans faire porter sur la profession de la pêche la totalité du surcoût lié à l'éloignement. De plus, la substitution d'un carburant qui pourrait être au moins pour partie des huiles végétales brutes détaxées pourrait contribuer à alléger au moins à court terme la facture. Mais, de manière plus générale, c'est la question du prix du poisson sauvage qui est posé, poisson sauvage devenu une ressource rare donc chère mais dont le prix ne reflète pas la vérité écologique, seule vérité qui serait à même de permettre, dans un système de marché, la meilleure allocation des ressources.
Ce sont donc bien les bases du développement économique, les modalités de calcul des prix en raison de l'obligation désormais d'internaliser les coûts externes et de répondre à la montée d’une pénurie, voire dans certains cas, d'une disparition des ressources, qui sont en cause.
La reconversion écologique, d'une ampleur sans comparaison avec celle que ce nous avons connu lors de la reconversion des années 70, devient le nouveau sujet.
Dans un livre à paraître cette semaine, intitulé le plan B, Lester Brown pose un plan mondial de 161 milliards de dollars par an, pour répondre aux objectifs sociaux et environnementaux de base, 68 milliards de dollars pour les premiers 93 pour les seconds dont 31 milliards de dollars pour protéger la biodiversité. Après l'Effondrement de Jared Diamond qui décrit comment les sociétés ont décidé de leur disparition ou de leur survie et l’ éco-économie du même Lester Brown, qui décrit ce que pourrait être une croissance durable, ouvrage paru en 2003, cet ouvrage est en réalité plein d’espoir. Dans une interview publiée dans le monde 2 de cette semaine, Lester Brown affirme : « au-delà de l'impact qu’a déjà le prix du pétrole sur le développement des énergies renouvelables, le monde est en train de se transformer en profondeur. Ce que je crois c'est que si nous arrivons inverser le cours des choses et je suis sûr que nous y arriverons nous allons vivre dans un très différent de celui que nous connaissons. Depuis des lustres, les sources énergie se sont mondialisées, délocalisant nos vies. Avec les énergies renouvelables, les sources vont se relocaliser, et la relocalisation de l'énergie ou entraînera celle de la production alimentaire ».
08:35 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : pêche, pétrole, mer, transport







Commentaires
Corinne,
A quel point de vue donnez-vous la priorité?
1- L'internalisation des coûts externes de stratégies économique jusque là non écologiques;
2- la rénovation de politiques incluant dorénavant une sérieuse dose d'éthique;
3- les deux premiers points simultanément;
4- la priorité effective de l'un sur l'autre; si oui lequel?
Changement de point de vue sur l'exemple plus précis de votre chronique d'aujourd'hui:
Si "on" laissait faire le marché par rapport à la raréfaction de la ressource alieutique sauvage et simultanément l'augmentation des charges (fioul)
a- le prix du poisson grimperait en flêche, donc la consommation diminuerait permettant le renouvellement de la ressource.
b- les pêcheurs qui ne peuvent pas suivre les évolutions des coûts des prix et des charges resteraient à la maison, favorisant encore une fois le renouvellement de la ressource.
Ainsi, la fameuse main invisible que personne n'a js vraiment vu fonctionner rétablirait spontanément l'équilibre! Vous m'accorderez que mon raisonnement est ici volontairement totalement provocateur, et que mon scénario n'a effectivement aucune chance de se produire sous la pression des différents acteurs concernés....
La bonne question est donc ds les négociations à venir, quel est le bon projet pour les années qui viennent tenant compte des engagements financiers des patrons pêcheurs, de leur salariés et de la filière; de la part d'impôts soutenant la filière, combien de temps et avec quels effets sur la ressource comme sur les prix aux consommateurs? Bref le jeux à acteurs multiples où chaque acteur a plusieurs rôles, fournisseur, client, citoyen imposable était déjà avant la crise actuelle largement faussé et risque de l'être encore plus après si les arbitrages négligent un ou deux partie prenantes, jusqu'aux espèces poissons dont nul ne peut s'autoriser la disparition. Par quel bout prennez vous un problème aussi complexe en respectant la dignité de chacun, et si nécessaire les reconversions?
N'oubliez pas que vos "huiles végétales brute détaxées" proviendront de produits ou de surfaces agricoles qui pouvaient être au départ à destination alimentaire, humaine ou animale; provocant ainsi des répercussions sur d'autres prix comme la tortilla l'a montré au Mexique. Tout se tient donc, ou tout est enchevêtré à un niveau de complexité difficilement imaginable, ce qui me ramène à mes quatre premières questions sans lesquelles il devient impossible de procéder à des arbitrages qui resteraient humains, et arbitrages qui soient généralisables ds une économie mondialisée.
Merci de votre réponse, car ns sommes effectivement devant, à la fois un cas d'école et des situations personnelles dramatiques.
Ecrit par : Christophe Delanoe | 05.11.2007
La ministre Christine LAGARDE a convoqué les pétroliers :
La ministre ne s’est montrée guère optimiste concernant l’évolution des cours. Il n’y a "aucune raison" que les prix du pétrole baissent aujourd'hui, a-t-elle jugé. Et d’estimer : «On est déjà dans une situation douloureuse, le pétrole est "une denrée qui va devenir de plus en rare" et "la demande est de plus en plus forte".
Le problème est de savoir combien pèse le pétrole dans l'économie en emploi , et ce qui vont au fil du temps devenir des emplois sacrifiés ( 87% de l'énergie mondiale est d'origine fossile ) et le nucléaire représente 5 % .
Ecrit par : Bernard Mulot | 05.11.2007
"La tragédie des marins pêcheurs préfigure-t-elle notre propre tragédie collective ?"
oui
Ecrit par : Di Girolamo | 06.11.2007
"La réponse que nous serons à même d’apporter à la question vitale posée par le marins-pêcheurs préfigurera celle que pourrons apporter aux transformations qui nous attendent."
oui
Ecrit par : Di Girolamo | 06.11.2007
@ Di Girolamo,
Il m'arrive parfois de partager votre pessimisme, mais il n'y a de tragique qu'à subir l'histoire. Or et jusqu'à preuve du contraire, c'est nous qui la faisons, plus exactement , elle se fait en nous à travers nos négociations (entre combats plus ou moins pacifiques et contrats plus ou moins justes, pendant qu'un temps chronobiologique se déroule en nous mais que nous acculturons par, précisément, nos histoires).
Pour ma part, je ne baisserai jamais les bras devant ces libéraux économiscistes qui ont éjecté l'idée de morale incluse dans celle de liberté bien comprise.
Ecrit par : Eugène | 06.11.2007
Il restera toujours aux marins qui veulent prendre la mer , la marine à voile :-)
Ecrit par : Bernard Mulot | 06.11.2007
Eugène
Je ne pense pas qu'on puisse raisonner en pessimisme ou optimisme : la raréfaction puis disparition des ressources fossiles est une réalité historique (décroissance) . Tout comme la présence et l'exploitation massive du pétrole qui a été et est encore pour qq temps une réalité (croissance)
Maîtriser son destin, collectivement s'entend, c'est prendre en compte la réalité et s'organiser pour nous y adapter.
Force est de constater qu'on ne l'a pas fait puisque qu'on a en qq années mangés nos ressources et déréglés gravement la planète .
Aujourd'hui c'est une autre réalité qui vient ,conséquence de notre non maîtrise de l'histoire: la décroissance ; qui n'est pas un slogan ou une prise de position morale ou politique ,mais un fait qui va mettre du temps à s'imposer mais qui est inéluctable .
La reconnaissance et prise de conscience collective de ce fait peut nous conduire à nous y adapter. Etre pessimiste serait dire qu'on ne va pas y parvenir ; quand je réponds oui à la question :""La réponse que nous serons à même d’apporter à la question vitale posée par le marins-pêcheurs préfigurera celle que pourrons apporter aux transformations qui nous attendent." Je ne prend pas parti sur cette réponse que nous allons faire .
Ce qui m'inquiète c'est que pour l'instant on ne pose même pas les bonnes questions .
Ecrit par : Di Girolamo | 06.11.2007
Di Girolamo,
D'accord avec ta dernière phrase qui annule la pertinence de tes remarques antérieures.
Par quel bout tu prends ce schmilblic? De mon point de vue, tant que les addicts auront devant eux qqc à gratter (pétrole, gaz, charbon,agro-bio-nécrocarburants), il ne fait aucun doute qu'ils continueront de ns enmenner droit ds le mur à vitesse accélérée type 9,81m/s-2, soit toute la pesanteur de leur fonction naturelle de valorisation non acculturée éthico-moralement; et çà vaut ds tous les domaines. A celà il faut ajouter l'embrigadement des petits soldats de l'I.E. (Intelligence Economique) qui n'est que le nom civilisé d'une guerre économique..... comment dire.... à mort, ce qui semble le concept adéquat. Voilà comment sont structurées nos sociétés, avec les meilleures intelligences intoxiquées et dépendantes de l'idée de croissance et de ses résultats qui leurs assurent un pseudo-confort matériel immédiat, la considération de leurs pairs et de tous ceux qui les envient. Castoriadis parlait d'un imaginaire social institué, bref notre culture et sa 'doxa'.
Je ne vois véritablement qu'une solution pour décortiquer tt çà. Christophe Delanoë ds un message antérieure faisait référence à un bouquin effectivement intéressant: " les fondements des sciences humaines" JC Quentel, Erès, 2007. Cà me parait la seule révolution épistémologique pertinente pour ne pas tomber ds les réductionnismes physicalistes ou naturalisants. Ce qui est en cause est d'abord l'idée que les hommes se font d'eux-mêmes, et ne pas percevoir cette complexité (de l'homme, donc sa créativité avec défauts et qualités) permet à tous les charlatants de vendre leur soupe et les idées simples qui les font courir.
Ecrit par : Eugène | 06.11.2007
Bingo! on a la réponse de l'Etat.
Subvention via les impôts pour financer les charges sociales, la reconversion des moteurs etc . "Ils ont des chapeaux ronds, vive la B...". Bref les poissons n'ont plus qu'à bien se cacher, et les imbéciles pauvres qui n'ont déjà pas les moyens de manger du poisson continueront de financer celui des riches via au minimum la TVA.
Roulez, roulez, petits bolides, pourvu que çà dure. Efficacité accélérée comme dit Eugène, le problème était tout juste posé pour le Ministre de l'amer sans repaire pour faire la sieste qu'il est déjà résolu. Et moi qui attendait la réponse de Corinne. Ya même plus besoin.
Ecrit par : Christophe Delanoë | 06.11.2007
Eugène
"Par quel bout tu prends ce schmilblic?"
C'est vrai que la première chose : c'est de trouver le bout de la pelote. Si on tire dans tous les sens à la fois, ça va se dévider un peu, chacun pensant tenir le bon bout , mais se recoincer dur .
Donc première et indispensable action : organiser une expertise collective sérieuse sur le sujet : bien se foutre sur la gueule collectivement, contradictoirement , méthodiquement ,assez longtemps et avec assez de participants pour accélérer et poser clairement le merdier dans lequel on est .
ça n'a pas été fait ; sans remettre en cause le bien fondé de certaines mesures du Grenelle, on a zappé cette prise de recul collective , qui de toute manière va se faire mais cruellement dans les conflits ; il faut au plus vite cultiver l'intelligence et la solidarité avant que ça se durcisse;
seul un outil public peut organiser ça . Sur la TV nationale ; le net ne suffit pas.
C'est ma solution "solution pour décortiquer tt çà"
Cette seule action est essentielle parce qu'elle inaugure un processus de maîtrise collective : comprendre et agir. On anticipe tous les changements et on les rend possibles en créant un tel outil public qui s'il est révolutionnaire n'a rien d'original, étant simplement l'application strict du principe démocratique.
Cette méthode est un accélérateur de compréhension et d'action : par exemple on s'est emballé sur les biocarburants pour s'apercevoir très vite que c'était loin d'être évident ; et bien d'analyser, d'expertiser et de débattre toutes sensibilités confondues, on va avancer très vite sur une meilleure compréhension du diagnostic et des possibles .Même si dans un premier temps on n'y comprendra plus rien à rien.
http://agora-grenelle.fr/spip.php?article253.grenelle-environnement
Ecrit par : Di Girolamo | 06.11.2007
Je conseille la lecture de l'auteur Murray GELL-MANN , le quark et le jaguar , éditeur Champs Flammarion ( format poche ) .
Il n'y a pas de raccourci historique à attendre de cette lecture . A la page 401 , le primate se donne le nom de sapiens , quand le hasard n'est plus à l'oeuvre .
Ecrit par : Bernard Mulot | 07.11.2007
Di Girolamo,
Ton expression "bien se foutre sur la gueule" que j'entends pourtant bien au sens symbolique d'échanges d'arguments, est significative du même malaise que j'éprouve aussi bien devant des solutions apparentées telles que les "collectifs" de B.Latour ds "Politiques de la nature" (la découverte, poche), ce Grenelle de l'environnement, voire les conférences de concensus ou de citoyens, si ce n'est celles du CCNE....
Aucune ne parvient à dèsintriquer le légal du légitime alors que c'est un point fondamental à problèmatiser et résoudre pour parvenir à des lois contre lesquelles il serait vain de se révolter, permettant ainsi au passge de distinguer ceux qui ont ou n'ont pas l'aptitude à partiper aux organisations délibérantes. (je passe sur la circularité d'une participation d'inaptes à construire des solutions Et légales Et morales, mais qui, faute d'être reconnus comme tels, participent à leur elaboration en en faussant la perspective donc les effets)
Pour m'exprimer autrement, un collectif quelconque par expression directe ou représentative peut s'accorder sur une stratégie rationnelle des points de vue scientifique et/ou technico-industriel, mais sans rien dire du processus de légitimation moral mis en oeuvre par chacune de ses composantes et par conséquent pour l'ensemble qu'elles constituent. Ce qui donc redéclenchera à terme prévisible la remise en cause de solutions mal conçues.
L'humanité s'est heurtée depuis tjs à ce problème de fondation de la morale la renvoyant à un Dieu, un Autre ou un transcendant, donc à des rites hétéronomes ou prophètiquement inspirés. Par approche plus rationnelle mais encore philosophique et dans " Une histoire de la raison" (Poche) François Châtelet qu'on ne peut taxer d'incompétence pose d'ailleurs avec Emile Noël ce même problème sous l'angle de la légitimité (p 120 121):
"E.N. : Pouvoir légitime, çà veut dire quoi?
F.C. :pouvoir tel qu'il est illégitime de se rebeller contre lui (...) ( vous noterez ici encore la circularité dont il faut bien sortir, d'où la Q immédiate qui suit)
EN: c'est qu'il est extrêmement difficile de définir les critères qui définissent la légitimité?
FC : (...) il n'ont pas été donnés. Ns sommes encore à la recherche des critères de la légimité. Ce n'est pas qu'en pratique que nous ne les découvrons pas. Même en théorie* le problème se pose (* voir en note)
(!) Bref, aporie évidente, pour la philosophie (!)
Or, au point où ns en sommes des pollutions de la terre de l'air et de l'eau (manque le feu mais çà suit), je ne vois que la référence réapparue hier* pour faire passer le feu (cou-cou le revoilà) d'un cadre théorique critique ('krinein') sans concession aux approximations, réductionnismes scientifiques et autres anthropomorphismes, car c'est bien à cette question suivante que ns sommes confrontés: jusqu'où l'homme peut-il s'autoriser de dire, fréquenter et surtout, faire?
Bref, l'humanité est au pied du mur de sa puissance (scientifico-technico-économique) et de son impuissance à s'autolimiter, moralement.
Corinne associée à F Bayrou sont certainement ds le paysage politique actuel les mieux ou les moins mal placés de cette mise en pespective, mais il leur faudra aller jusqu'au bout sans céder aux intérêts catégoriels, et aux petites ambitions des uns et des autres (même les leurs!) conduisant inconsciemment juqsqu'à l'humanicide. (La remise en cause des agro-bio-nécro carburants, par Nicolino par exemple, ne fait qu'illustrer le phénomène)
Ce n'est donc pas que je sois contre les différents processus démocratiques possibles permettant d'élaborer de bonnes décisions, lois, codes écologiquement nécessaires; j'en pointe juste la limite qui faute d'être prise en compte ne fera que déplacer et retarder la mise en oeuvre; plus abruptement, restera dans l'inhumanité d'ignorer une des composantes de ce qui nous fait si ambigus dans nos désirs, finalement si humains, mais à partir de quels critères*(ici éthiques) et jusqu'où.
A+
* ou NB: " Les fondements des sciences humaines" ne sont qu'une introduction (indispensable? sans doute) à une théorie anthropologique beaucoup plus vaste permettant de mettre en evidence que ces critères éthiques (ou de légitimité non donnes disait F Châtelet) relèvent d'une structure formelle axiologique dont il ne reste plus qu'à trouver des applications en qqe domaine que ce soit; et qu'aucun collectif, même démocratique "se foutant sur la gueule" et même symboliquement ne parviendra js à trouver!
Soit finalement de la recherche fondamentale en sciences humaines, mais je vous le garantis, qu'aucune structure financière industrielle voire politique ne financera jamais tant les objectifs divergent alors même qu'il y a plutôt urgence; la première ne visant qu'à retrouver, comprendre, et même osons le mot restaurer ce qui nous fait homme, qd les autres, surdominants ne visent que le cash ou un pseudo pouvoir illusoire. Comment disent les chrétiens déjà que je ne fréquente pas beaucoup, " On ne peut servir Dieu et l'Argent". Bref, une vieille histoire, aussi vieille que celle de la terre de l'air de l'eau et du feu ds les premières philosophies spéculatives....dont vous savez que les sciences de la nature ont considérablement réduit le champ (O2, N2, CO2 pour l'air; H2O pour l'eau; la table de Mendéléïev, la géophysique et la cosmologie pour la terre etc), reste donc aux sciences humaines d'être à la hauteur.
Ecrit par : Eugène | 07.11.2007
L'esprit de saint Grenelle n'aura pas survécu 8 jours à la vérité des gros bras musclés !
Quadrature du cercle pour nos éminences. Subventionner c’est s’écarter de la vérité des prix, c’est faire subir une discrimination à ceux qui n’ont pas les moyens de faire pression. C’est favoriser une activité sinistrée mais qui s’interdit l’autodiscipline garante de sa pérennité.
Pouvoir de nuisance élevé, charge compassionnelle forte : la pêche forme une corporation habituée aux coups de gueule et aux prises d’otage.
Corinne Lepage était aux abonnés absents quand le gouvernement cédait aux groupes de pression. Elle négociait son ralliement. La messe est dite !
http://www.librecours.biz/article-13531498.html
Ecrit par : Candide | 07.11.2007
Eugène
Pour moi le meilleur collectif est le collectif hétérogène , multiple , diversifié ; la seule méthode que je connaisse pour en faire un collectif c'est le projet . Parce que seul le projet permet de transcender sans les nier les différences et d'en faire des ressources complémentaires ; je crois que le pb majeur de la non efficience du débat public c'est qu'il est toujours un débat de gestion et n'aborde jamais le sens , la ligne directrice qui met l'ensemble dans une cohérence de projet.
Notre société n'a pas les ancrages traditionnels des sociétés anciennes et doit faute de se perdre les recréer par l'intelligence collective et l'émergence du projet de société .
Au niveau méthodologique , l'approche de projet suppose la diversité et la présence de l'ensemble des acteurs ; je ne crois pas en la capacité des partis politiques à apporter cela, non qu'ils soient inutiles , mais ils ne peuvent comme ils le font actuellement alterner au pouvoir avec des solutions ; ils doivent rester dans le cadre d'organismes de soutien et d'animation d'un débat qui ne leur appartient pas parce que c'est du projet de société qu'il s'agit et donc tous les partis , tous les citoyens sont concernés.
L'enjeu environnemental parce qu'il nous met en danger va peut être nous permettre de situer le débat au delà de la gestion et de nous positionner sur du long terme . Mais cette méthode de débat reste à inaugurer.
(je n'ai pas tout compris de ce que tu m'as dit : différence de vocabulaire, de culture.... ) A+
Ecrit par : Di Girolamo | 07.11.2007
Di Girolamo,
Tu résumes très bien ma position en écrivant qu'il faut situer le débat au delà de la gestion.
J'affirme qu'il faut affiner les critères qui rendent les choix légitimes donc incontestables.
Tu dis qu'il faut carrément se mettre en situation d'épuiser le débat (sur chaque point à problème, écologique) pour trouver à chaque fois et l'adhésion du plus gd nbre et si possible le consensus.
La "vérité" est entre les deux, ou plutôt les deux à la fois: réconcilier morale et politique!
car l'une sans l'autre deviennent et impraticables et invivables
Ecrit par : Eugène | 08.11.2007
Eugène
les choix légitimes sont issus des urnes . Le problème étant que les dés sont pipés puisque c'est la grande masse des citoyens lambda qui décident sans avoir réellement les éléments d'information et d'expertise nécessaires pour éclairer leurs votes.
De ce fait on a une masse d'inertie qui empêche tout vrai changement et dont usent et abusent les partis majoritaires en alternant au pouvoir sur des politiques de gestion court terme et la satisfaction des besoins de leurs électeurs.
Une "élite" technicienne " qui gouverne ça va un temps et ce n'est plus du tout adapté aux enjeux .
Il faut ouvrir l'université populaire du projet , créer et organiser la démocratie participative autour du choix de société. On épuise jamais le débat ; c'est pourquoi il faut trancher par le vote ; cela je pense qu'on peut l'accepter même si le vote ne va pas dans le sens qu'on souhaiterait ; mais là où la légitimité du vote est contestable c'est qu'il porte sur des données mal posées et d'une mauvaise manière ; c'est vraiment le fonctionnement politique qu'il faut refonder.
Ecrit par : Di Girolamo | 08.11.2007
Di Girolamo,
"Les choix légitimes sont issus des urnes"?
1 - Cà veut donc dire que tout ce que fera Sarkozy sera légitime?
2 - Où faut il entendre que chaque point législatif nécessaire sera discuté?
Q1: laisse moi rire!
Q2: Il le sera par la procédure démocratique de représentation parlementaire!
le concept de "choix légitime" lui même est problèmatique, or c'est moi qui l'ai utilisé en faisant un raccourci conceptuel ou une énorme approximation. Je voulais dire "décision légitime", c'est à dire un processus mis en oeuvre par chacun tel qu'il n'ait ni honte ni ne se sente coupable des résultats de ses décisions implicites (inconscientes aurait dit Freud) alors même qu'il les éprouve par ailleurs tout à fait normalement dans des circonstances qui les font apparaitre.
Pour moi le concept de responsabilité est automatiquement couplé avec les questions sociales et /ou politiques; celui de culpabilité à l'humanisation de nos désirs-envies naturels. Je considère ainsi qu'il est de la plus haute importance de percevoir à chaque fois le plan auquel un problème se rapporte et d'essayer de désambiguiser le noeud s'ilm y a.
Ecrit par : Eugène | 08.11.2007
Pour Sarko . Ou un autre ou une autre à sa place; Je suis assez d'accord avec notre actuelle constitution qui dit que le Président ne gouverne pas : il est au dessus de tout le monde parce qu'il est l'élu de tous les français ; c'est en cela que son rôle est important : il est là pour faire fonctionner la démocratie et permettre aux citoyens de bien exercer leur souveraineté, de veiller à ce que les partis politiques ou même les représentants ne s'en emparent pas . La logique de notre constitution fait du président un gardien et un animateur du débat public .
C'est vrai qu'on en est loin au point que c'est quasiment une utopie : dans une vraie démocratie c'est sur la TV que le débat public serait organisé traitant en permanence des sujets importants.... Mais bientôt tout va rentrer dans l'ordre avec le "toiletage constitutionnel"! Le débat réduit à des choix
programmatiques droite ou gauche : caricature du débat et de la démocratie.
Pour les représentants parlementaires. Pour qu'ils puissent nous bien représenter encore faut il qu'ils soient en relation et en contact avec nous ; qu'ils puissent connaître notre vision des choses ; qu'il y est donc des lieux d'échanges de points de vues ; on revient à l'existence (ou non ) d'un débat public organisé , accessible à tous les citoyens .
La démocratie est un subtil équilibre entre plusieurs éléments ,et s'il en manque un ça ne vas plus . Ce qui manque aujourd'hui c'est un débat public digne de ce nom.
Cette situation correspond à un fonctionnement politique binaire de gestion et donc au libéralisme économique ; le débat de fond est passé à la trappe ; à la minute même où un débat public , non sur telle ou telle thématique , mais permanent , sur la globalité sociétale et son avenir , se mettra sérieusement en place , on change de régime .
Ecrit par : Di Girolamo | 08.11.2007
La démocratie est surtout un rapport de force . Plus il y a de bateaux et de pêcheurs , et plus ils peuvent manifester .
La force du travail , Sarko sait qu'il faut la caresser dans le sens du poil .
Ecrit par : Bernard Mulot | 09.11.2007
Notre "démocratie" consiste effectivement bien à gérer l'équilibre du rapport de force permettant au système de fonctionner. Ce qui bien sûr n'est pas la définition de la démocratie qui serait plutôt la recherche de l'intérêt général durable et donc du débat permanant entre tous les acteurs (tous et non qq uns ) .
Ce qui me gêne le plus c'est que même face à un enjeu aussi dangereux que le dérèglement planétaire on n'est pas prêt dans nos têtes à assumer la démocratie , signe d'un renoncement profond et d'un grand fatalisme .
Ecrit par : Di Girolamo | 09.11.2007
Sur Naturavox :
Sauvons les marins pêcheurs
http://www.naturavox.fr/article.php3?id_article=2450
Ce problème avec un article , des commentaires, beaucoup de points de vues, beaucoup d’idées ….Imaginez qq chose de plus et mieux organisé autour de ce problème avec au lieu de 15, 20 commentateurs, des milliers de citoyens, des professionnels de la pêche, des associations, des experts etc etc un cadre de travail participatif, médiatisé ,sérieux, bien géré, animé professionnellement … On va faire le tour du problème le mettre en relation avec l’épuisement généralisé des ressources…On va sortir du court terme et du seul problème catégoriel ... on va avancer ..élaborer un vrai diagnostic…. trouver des solutions.
Nous n’avons sur ces sujets ni besoin des lumières de Sarko , ni de celles du PS ou de Besancenot mais d’un cadre de travail et de réflexion collectif , public , médiatisé et donc accessible à tous : c’est la guerre qui a commencée ! A problème exceptionnel, moyens exceptionnel : un nouvel outil politique public d’expertise et de débat, de recherche développement d’une nouvelle organisation sociétale.
On peut aussi préferer continuer à blablater sur les différents blogs du net ....
Ecrit par : Di Girolamo | 10.11.2007
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