14.11.2007
Le prix de l'essence à la pompe
Vraies questions et fausses réponses
Le prix à la pompe s'envole et chacun d'entre nous se retrouve en quelque sorte piégé, puisqu'il n’y a aujourd'hui, pour beaucoup de nos concitoyens et en particulier ceux qui ont été contraints de choisir d'habiter une banlieue éloignée, sans transports collectifs à proximité, aucune solution alternative à celle de la voiture individuelle.
Le débat autour du prix de l'essence et de la part de TIPP est en réalité un faux débat, qui constitue un leurre pour éviter le vrai débat : celui de l'affectation de la rente pétrolière qu'elle soit publique ou privée.
Le débat sur le prix de l'essence est en fait un faux débat dans la mesure où il ne peut que monter. Tout d’abord, du fait du marché. En effet, la distorsion croissante entre l'offre et la demande d'hydrocarbures ne peut que conduire à une hausse permanente du prix. Le très récent rapport de l’AIE prévoit que la demande mondiale, tirée par la croissance chinoise et indienne, devrait progresser de 55% d'ici à 2030. Pour tenir, il faudrait consentir des investissements de l'ordre de 22.000 milliards de dollars, pour améliorer les capacités de production et l'efficacité énergétique, dont dont 5 milliards pour le pétrole, alors que jusqu’en 2006, aucun investissement lourd n’a été réalisé. Avec une conséquences évidente: le nombre de barils/jour nécessaire pour alimenter cette soif énergétique devrait atteindre 116 millions dans un quart de siècle, contre 84 millions de barils jour en 2006. Au mieux, pourrait on éviter une réduction de la production globale à la condition qu'aucun des huit pays dont la production pourrait encore croître (contre 15 qui ont atteint le pic) n’atteigne lui même son pic dans l'immédiat. Certains estiment que le pic a été atteint fin 2005 ou qu’il le sera cette année. Quoiqu'il en soit, dans ces conditions, le prix ne peut que monter jusqu'à ce qu'un substitut au pétrole soit trouvé.
Mais il n’y a pas que le marché. La question du climat oblige à intégrer les coûts externes tout d' abord pour réduire les quantités produites de CO2, c'est la taxe carbone, puis pour encourager l’évitement des émissions de CO2 en finançant les technologies favorables à l'environnement .Il peut donc y avoir taxation différenciée du carbone et de la consommation énergétique .Certains pays ont choisi l'énergie comme l'Autriche ou les Pays-Bas d'autres le CO2 comme le Danemark et l'Allemagne ,d'autres encore les deux comme la Finlande. De toute façon, taxation énergétique ou taxation du CO2 l'une et l'autre s'appliquent évidemment au pétrole. Ces taxes s'ajoutant au prix du marché, le prix global supporté par le consommateur ne peut que s'élever. Le centre international d'évaluation technologique a calculé le coût réel de l'essence incorporant les remises faites à l’industrie pétrolière, les coûts liés à la protection des approvisionnements, les subventions à l'industrie pétrolière et les coûts médicaux du traitement des maladies respiratoires liés aux gaz d'échappement. Le montant total de ces coûts indirects s'élève à 2,35 $ le litre ce qui ajouté au prix moyen du litre d'essence aux États-Unis en 2005 soit 53 cents met le prix du litre d'essence à 2,88 $ .
Dès lors, la question n'est pas tant celle du prix de l'essence que de l'affectation de la rente pétrolière.
Tout d'abord, s'agissant des bénéfices des sociétés pétrolières,entre 2002 et 2006, elles ont vu leur bénéfice global augmenter de 384 % et leur profit au de 92 milliards de dollars ou 317 % . Les taux de rendement versés aux actionnaires par les cinq plus grandes compagnies pétrolières mondiales, sont compris entre 20 et 30 % l'an durant cette période avec un taux de rendement extravagant de 34 et 35 % pour Exxon . En 2005, les egrandes pétrolières mondiales ont versé à leurs actionnaires 327 milliards de dollars sous forme de dividendes et de rachat d'actions. Cette somme aurait permis de construire, en Amérique du Nord ,109 raffineries ou encore de réaliser des investissements massifs dans les énergies renouvelables. 63 % des profits nets ont donc été versés aux actionnaires ,188 milliards sous forme de dividendes et 139 milliards sous forme de rachat d'actions. Gazprom a annoncé qu'il avait doublé son bénéfice net sur les neuf premiers mois l'année 2006 pour les porter à 13,43 milliards d'euros soit une augmentation de 96,72 % et pour 2006 Total a annoncé un bénéfice record de plus de 12,6 milliards d'euros et un chiffre d’affaires de 153,80mds de dollars. Il est bien évident que cette rente pétrolière, qui n’est en rien justifiée par les investissements réalisés, bien au contraire, doit donner lieu à une imposition spécifique et des obligations permettant précisément de financer les investissements de sortie du pétrole.
S'agissant des Etats, il est inadmissible qu'il continue à financer les hydrocarbures. Or, entre 1995 et 2001, dans l'Europe des 15, les subventions attribuées aux secteurs énergétiques ont représenté 125 milliards d'euros. En 2001,21 milliards ont été versés pour les ressources fossiles. Aux États-Unis l'industrie pétrolière et gazière a touché 26 milliards de dollars au cours des 10 dernières années. Et, si la France a arrêté de subventionner le charbon, elle continue à subventionner le pétrole à hauteur de 15 % du budget de la recherche énergétique. Il est inadmissible compte tenu des bénéfices des sociétés pétrolières que le contribuable continue à leur verser un centime. Ces sommes devraient être évidemment être investies dans les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique qui crée des effets immédiats pour le consommateur.
Par ailleurs, ce qui est choquant ce n'est pas que le prélèvement sur l'essence augmente, car cela est conforme à notre intérêt collectif de voir réduire les émissions de CO2 ; ce qui est inadmissible c’est que ces sommes ne servent pas à financer pour les particuliers à court et à moyen terme les solutions alternatives, mais qu'elles servent alimenter le budget général de l'État . .C’est là précisément que le consommateur citoyen est lésé, dans la mesure où l'effort qu'il consent ne sert en rien résoudre son problème. Des prêts à taux zéro pour acheter des voitures économes, en particulier hybrides, pour améliorer tous les modes de transport doux, pour réduire la facture de chauffage sont des solutions de court terme. Le financement des transports collectifs, des centrales de mobilité, la reconnaissance progressive d'un droit au transport alternatif, contrepartie de la délivrance du permis de construire devrait permettre dans les années qui viennent au consommateur est de ne plus être l'otage du prix l'essence mais sa véritable consommateur citoyen c'est-à-dire un acteur capable de faire des choix parce que le choix existe.
12:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : pétrole, énergie





Commentaires
L'Etat encore une fois , doit réduire son rôle d'incitation au gaspillage . Le transport dans les anciens pays de l'est coûte trois fois moins cher , en essence et en matériel .
C'est vers un ralentissement qu'il faut aller , pour le bien être collectif . L'Etat veut renouveler parce que toutes les nouveautés profitent à son train de vie qui repose sur les taxes .
Ecrit par : Bernard Mulot | 14.11.2007
« le prix ne peut que monter jusqu'à ce qu'un substitut au pétrole soit trouvé. » Corinne Lepage.
Le problème que vous posez n’est pas spécifiquement et uniquement attaché au problème pétrolier : les parcs éoliens qui s’installent dans les zones rurales génèrent des profits qui pourraient permettre aux habitants de ces zones de s’équiper en panneaux solaires, aux collectivités locales de développer des politiques énergétiques alternatives …. Et ce n'est pas le cas.
On sait à qui profite le pétrole et à qui profitera sa pénurie. Et quelles seront les victimes.
Cette question est importante parce que s’il s’est agit jusqu’à présent de (mal) partager les bénéfices d’une croissance, c’est l’inverse qui s’amorce aujourd’hui, puisqu’il va s’agir de partager l’appauvrissement et la décroissance.
Là je sais qu’on est pas d’accord puisque apparemment vous pensez que « la croissance verte » pourra nous faire attendre, je vous cite « jusqu'à ce qu'un substitut au pétrole soit trouvé ».
Je ne sais pas sur quelle analyse vous vous appuyez pour croire à cela : trouver un substitut au pétrole, au regard des qualités quasi « miraculeuses » de ce produit qui a mis des siècles à se constituer et se stocker et permet dans les conditions que l’on sait une énergie facile, abondante et efficace, est une hypothèse très peu réaliste.
Si j’ai raison le problème n’est donc pas là où vous le situez et la réponse n’est pas la même non plus.
Pour moi les taxes doivent être utilisées à la recherche développement d’une société durable. Pas directement à la recherche d’énergies de substitution, mais une recherche globale, structurelle, reconstruisant radicalement l’ensemble de la société en direction notamment d’une relocalisation (moderne) de l’économie.
On change tout. Et on s’en donne les moyens politiques en créant un outil spécifique.
Qui de nous deux est dans le vrai ?
Ecrit par : Di Girolamo | 15.11.2007
L'origine miraculeuse du pétrole provient de la tectonique et d'une vie abondante .
Le pétrole s'est formé sous la surface de la terre, par suite de la décomposition d'organismes marins (plancton) : les restes de minuscules organismes vivant dans la mer et, en moindre quantité, ceux des organismes terrestres qui sont entraînés vers la mer par les rivières et ceux des plantes qui poussent sur le fond des océans, sont mélangés à la boue et au limon qui se déposent sur le fond des bassins marins pour former des couches de sédiments riches en matières organiques, le kérogène.
Sous haute pression et avec la bonne formule , la matière organique devient pétrole .
Ecrit par : Bernard Mulot | 15.11.2007
oui , ce sont les années qui ont travaillé et stocké pour nous des quantités considérables d'énergie ; reproduire artificiellement la même chose est coûteux demande du temps et de l'énergie ; le produit substitut au pétrole est un mythe. La seule alternative raisonnable est donc de s'adapter et d'organiser dès maintenant parce que ça va prendre du temps une société sans pétrole ( en gardant précieusement le peu qui reste pour des usages très spécifiques) . Les politiques ménées actuellement rajoutent des énergies renouvelables aux énergies fossiles dans l'attente de ..... On ne sait pas quoi. Alors qu'il faudrait orienter la recherche scientifique vers des énergies renouvelables soutenant non la société actuelle mais une nouvelle organisation.La nuance est de taille , la recherche n'a plus le même objet.
Ecrit par : Di Girolamo | 15.11.2007
Je rêve du jour où mes "restes" decomposés serviront à la fabrication d'un pétrole qui permettra de faire voyager toute une famille à bord d'une soucoiupe volante 4x4.... voila du concret en matiere de reincarnation!
blague à part, l'etat repose sur l'habitude de recevoir l'argent des petroliers et vous vous voulez qui le concoivent autrement , solaire pour les habitations (et obligatoire pour les batiments administratifs) gaz d'origine organique pour les transports en commun , commençons par des choses simples.
Et arret de largesses auprès de Total et consorts (si toutes ces boites n'avaient plus de subventions pour les stagiaires ou degrevemnts de ceci ou cela...)
Ecrit par : christian ch | 15.11.2007
Les élections et les élus feront toujours en sorte qu'ils faut le partage et la solidarité pour bien vivre .
Quand il restera des queux de cerises à partager , les voitures très légères auront des petites roues et des voiles . Il faudra nourrir le poisson dans un aquarium pour le manger .
Ecrit par : Bernard Mulot | 15.11.2007
Quelle était la teneur de l'atmosphère en CO2 qd se produisaient ces merveilleuses transformations du plancton et des végétaux en ce qui allait devenir pétrole charbon ou gaz?
Quelle était la température moyenne du globe à cette époque?
Ecrit par : Eugène | 16.11.2007
C'est le mélange , la température et la pression . Mais surtout la pression dans des failles géologiques de grande taille , des galeries géantes difficiles à imaginer en vivant à la surface .
Comment l'attraction newtonienne agglomère la matière des planètes , en laissant des trous immenses ? Il y a bien des cheminées volcaniques qui remontent , alors qui sait , peut être que les tremblements de terre viennent de remonté de lave qui entre dans des poches de pétrole et puis boom ... à la surface ...
Ecrit par : Bernard Mulot | 16.11.2007
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