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26.11.2007

Reflexions sur la justice

Avec la mise en examen de Jacques Chirac, qui constitue une forme de soulagement pour tous ceux qui n’osaient plus espérer que la justice puisse passer après 15 ans de mises en cause à répétition, on aurait pu espérer que la France commence à refermer une des pages les plus sombres de son histoire politico-financière. Jacques Chirac doit évidemment bénéficier du principe de présomption d’innocence, même si des affaires jugées l’ont visé ; mais, le fait qu'il s'agisse d'affaires très anciennes pose problème. Non pas comme l'a suggéré M. Mazeaud, parce que l'ancienneté des faits constituerait une cause de prescription. Il est pour le moins préoccupant, qu'un ancien président du Conseil Constitutionnel, même si sa proximité politique et amicale avec Jacques Chirac a été constante durant sa présidence, puisse avoir soutenu le caractère intouchable du président de la république et prétendre aujourd’hui que la suspension des poursuites durant son mandat devrait se transformer en une irresponsabilité pénale définitive. Tel serait le cas si les poursuites ne pouvaient pas reprendre après la fin de l'exercice du mandat. Le problème est autre et vient de ce que la justice ne passe que lorsque la personne concernée n'a plus de pouvoir ce qui donne un caractère de bassesse à ce qui doit être une oeuvre noble puisqu'il s'agit d'une oeuvre de justice. Dés lors, le statut pénal du chef de l’Etat se trouve reposé .Comme dans les autres démocraties,, avec les verrous nécessaires, le président de la république ne doit-il pas être poursuivi s'il a commis des infractions de droit commun, indépendantes de son mandat ?

 

Mais, le cas du président Chirac ressortit au passé. L’essentiel du sujet n’est pas là dans la mesure où malheureusement, non seulement nous ne sommes pas sortis de cette époque noire, mais bien au contraire nous nous y enfonçons.

·         D'une part, les pratiques sont de pire en pire. Délit d'initiés à grande échelle, caisse noire de l’UIMM jetant la suspicion sur le financement des syndicats et révélant la poursuite des financements occultes en direction de politiques sont des faits extrêmement graves. S'y ajoutent désormais une tolérance en faveur de conflit d'intérêts permanents entre des personnes cumulant des fonctions publiques à des niveaux parfois très élevés et la représentation d intérêts purement privés. Ce mélange des genres permanents, qu’a minima les règles élémentaires de déontologie proscrivent, fait douter de la référence à l'intérêt général et banalise des comportements qui seraient non seulement répréhensibles mais impensables dans d'autres démocraties européennes. Nul ne peut douter qu'un certain nombre de décisions qui seront prises et auront favorisé les groupes ou personnes ainsi représentées seront un jour contestées et leurs auteurs questionnés. Mais, ceux-ci parient sans doute de la faiblesse croissante de l'institution judiciaire et malheureusement, ils ont peut-être raison.

·         En effet, et c'est le deuxième volet, bien loin d'évoluer vers une pénalisation accrue de la délinquance politico-financière, nous nous en éloignons d'une part avec les projets de dépénalisation de la vie des affaires, d'autre part avec le symbole fort que constitue la mise à l'écart de fait du juge Van Ruymbeke. En effet, alors que le premier président de la cour d'appel l'avait blanchi et que les sanctions demandées à son encontre ont été réduites au minimum possible, un simple blâme, le CSM a jugé bon de ne pas se prononcer en attendant la fin hypothétique de l'affaire Clearstream qui ne finira peut-être jamais. Trois conséquences découlent de cette situation. D'une part, le juge Van Ruymbeke qui est un des meilleurs magistrats en matière de délinquance politico-financière, est condamnable et donc de fait mis dans l'impossibilité de continuer sa tâche de lutte contre la corruption. D'autre part, il s'agit d'un signal fort en direction des autres magistrats pôle financier désormais réduit à sa portion congrue de ne pas s'aventurer sur certaines terres hasardeuses.. Enfin, cette sanction possible valide le scandale résultant de ce que, grâce au secret défense invoqué de manière inadmissible dans cette affaire., par les gouvernements de droite comme de gauche, secret défense qui est à l'origine des déboires du juge Van Ruymbeke, le secret des rétro- commissions dont ont été bénéficiaires un certain nombre de responsables français sera gardé . Le contribuable sera une fois que plus appelé à payer les sommes auxquelles l’Etat risque, du fait de sa garantie de devoir payer, à la place de ceux qui auront bénéficié des commissions indues et seront donc doublement gagnants.

·         Un tel scandale ne serait évidemment pas possible s’il existait en France un pouvoir judiciaire et un état de droit. Or nous nous en éloignons au lieu de nous en rapprocher. L’achèvement de la reprise en main de la magistrature par l'exécutif, symbolisé par les mutations et nominations récentes ainsi que l'absence de propositions en ce sens de la commission Balladur, rendent plus que jamais illusoire toute rupture dans ce domaine. Or, il ne s'agit pas seulement d'une entorse majeure à la démocratie et à l'éthique qui devraient guider nos réformes. Il s'agit également de faire perdurer une des causes de la faiblesse de la France au niveau international. En effet, nombres de marchés sont aujourd'hui perdus parce que précisément les garanties éthiques et judiciaires ne sont pas comparables en France et dans d'autres pays de l’union Européenne. Faute de l'avoir compris, nous nous exposons à des déconvenues croissantes sur le plan économique et à la montée en puissance d'un sentiment d'injustice qui est au coeur de la problématique française.

 

Commentaires

J Chirac a laissé le RPR gérer la mairie de Paris . Le Maire était devenu le parti , et les opposants ont attendu longtemps l'alternance . Avec la mondialisation , de nombreux deséquilibres sont liés au vieillissement de la population . Que dire de l'Espagne qui ouvre des quota par métier aux immigrants dans une économie qui souffre par manque de volonté . L'accélérateur économique repose sur le manque et le pouvoir d'achat est bien trop général pour identifier les priorités . Le sentiment d'injustice fait parti du baromètre de la réflexion humaine et politique . Les grandes réformes liées au réchauffement climatique ne posent pas assez les bases réalistes des habitations autonomes et de ce fait , le recyclage massif du tout béton n'a pas encore commencé . Que dire des projets de tours à Paris , des tours professionnelles qui ne feront pas avancer l'habitat écologique à grande échelle .

Ecrit par : Bernard Mulot | 27.11.2007

Encore une analyse pertinente et un commentaire courageux. Merci. Je reprends cette chronique, sur Relatio le webzine sur l'Europe. La france a besoin de dignostics de ce type qui n'ont pas suffisamment d'écho dans les médias. Très cordialement

Ecrit par : Daniel RIOT | 27.11.2007

est-ce pire qu'avant ? je n'en suis pas sûr.
est-ce normal ? certainement pas.
est-ce la justice peut être indépendante ? d'aucun de tous les autres pouvoirs (médiatique et financiers inclus), c'est évident.
est-ce qu'un jour la justice méritera-t-elle son nom ? bien audacieux celui/celle qui pense avoir une solution.

Selon que vous soyez puissants ou misérables, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir - Jean de La Fontaine (1621–1695) ==> En fait la vraie question c'est "est-ce que finalement la justice ne récolte-elle pas ce qu'elle a semé ?".

Ecrit par : Atlantis | 27.11.2007

Par rapport au siècle de La Fontaine , la justice est scientifique . De l'enquêteur , au spécialiste , jusqu'au magistrat , cela fait du monde .

Ecrit par : Bernard Mulot | 28.11.2007

Sensible à votre démarche et à votre discours nous sommes persuadés que les amendements que dépose le collectif des Démocrates en Mouvement est en accord avec vos positions.

Les amendements peuvent être soutenus ici:
http://democratesmouvement.free.fr/cms/index.php?page=formulaire-de-soutien-des-amendements

Ecrit par : Democrates en Mouvement | 28.11.2007

@ Bernard Mulot : le fait qu'elle soit scientifique étend le domaine pour trouver des preuves dans le cadre des affaires criminelle.
Mais même avec des preuves la justice ne condamne parfois pas, cela dépend plus des relations qu'autre chose. Comme au bon vieux temps qu'on pourrait dire. Il suffit d'y avoir eu droit récemment pour en savoir quelque chose. Ou même de regarder ce qui se passe avec les cas à scandale (drapeau en haut de la partie visible de l'iceberg, que même les puissants n'arrivent pas à masquer).
Le plus rigolo c'est quand les juges ne respectent pas la loi dans le cadre de leur travail.

Ecrit par : Atlantis | 28.11.2007

La justice est un tout :

- de proximité pour redresser les entreprises avant le dépôt de bilan , de grande instance
avec des plaintes multiples

- quand il y a des réglements de compte et que personne ne s'endette , la justice compte
les points

Ecrit par : Bernard Mulot | 29.11.2007

On peut aller plus loin, le fait que des personnes ayant exercé des responsabilités qui consiste à dire ce qui est en accord ou pas avec le foncdement d'un société (sa constitution) se permettent de prendre publique parti pour l'impunité d'une personne qui a éxercer de par le choix populaire la responsabilité de mener un pays remet en cause toute les fondement du système. Car si on peut admettre à la rigueur pour des raison pratiques qu'on ne poursuive pour autre chose que des affaires de haute trahison le président lors de l'exercice de sa fonction pour des faits antérieurs, le fait de ne pas le poursuivre du tout renverrai à l'éthique que l'on doit s'imposer lorsqu'on choisi de devenir un personnage publique.
Il est bon ici de rappeler qu'un homme publique a une vocation de modèle, qu'il s'agisse d'un homme politique, d'un homme d'affaire, d'un artiste, ...
Fondamentalement dans notre culture le modèle sert à l'éducation des gens (On retrouve la fonction de modèle dans l'école, les loisirs, le sports,....
Que se passe-t-il alors si le modèle renvoi l'image qui est quelque soit ce que je fait, je ne serait pas puni. Ou plus récement, j'ai echoué mais je part avec plein d'argent, ou encore, je m'augmente mais pour le pouvoir d'achat des autres on verra plus tard..
Pour ma part c'est tout le système qui s'effondre :
Tout d'abord, la justice qui est sensée ne pas faire cas de la position sociale des justiciable dans son action et qui ne devrait être entravée par aucun moyen de pression. Cela remet fondamentalement en cause le principe d'égalité (Vous savez celui de la devise en haut des bâtiments nationaux).
Mais aussi le lien social, qui est bâti sur le modèle républicain, ou c'est celui qui réussi qui est récompensé, pas celui qui échoue. On va bien que ce lien ne s'exerce qu'entre personnes d'un même milieu, alors la fraternité....
Et lorsque le modèle agit ainsi, que génère-t-il ?
Il génère de la frustration, de la colère basée le le sentiment d'être encore et encore trompé. Alors certes pour des gens pas trop en difficulté dans leur quotidien, cette colère est maîtrisée et continue de s'exprimer verbalement où par ce type de participation au débat. Mais je comprend bien que pour des gens déjà en difficulté elle se retrouve ailleurs, dans les grève au mieux, dans les émeuttes au pire.

Ecrit par : MORIN Philippe | 29.11.2007

La justice est un pouvoir et ce n'est pas une éthyque qui peut régler tous les
problèmes . Ce que ne fait pas la justice ne justifie pas les émeutes dans
les banlieux .

Dans la France de 2007 , il n'y a pas 1000 petits métiers comme dans les
années 60 . Quand il n'y a pas de transmission possible c'est tout le système
qui s'écroule .

Ecrit par : Bernard Mulot | 01.12.2007

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