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07.01.2008

Corinne Lepage: « OGM, nucléaire, il y a encore trop de secrets »

CHARGÉE par Jean-Louis Borloo d'une mission sur le droit à l'information environnementale, Corinne Lepage a remis vendredi dernier un rapport d'étape sur le bureau du ministre de l'Ecologie. Elle-même ancienne ministre de l'Environnement, elle tire à boulets rouges sur le secret qui entoure nombre de documents, d'études et de recherches dont disposent les administrations et les entreprises. Corinne Lepage, qui rendra sa copie définitive au gouvernement le 25 janvier après avoir auditionné des experts du monde de l'environnement, propose également de généraliser les étiquettes « écolos » sur les produits de grande consommation.

 On nous cache beaucoup de choses en matière environnementale ?

 Corinne Lepage. La France dispose bien d'un droit d'accès à l'information mais, à cause d'une culture du secret beaucoup trop forte, les citoyens sont privés d'une somme d'informations dont ils ont besoin pour comprendre les enjeux actuels. Nous sommes d'ailleurs très en retard sur les USA ou la Grande-Bretagne dans ce domaine. « Obliger les organismes publics à mettre l'information à disposition » Quels moyens envisagez-vous pour faire sauter ces blocages ? Je propose de renverser la vapeur. Un citoyen doit aujourd'hui demander l'information... et ne l'obtient souvent pas. Il faut donc obliger les organismes publics à lui mettre à disposition, gratuitement en ligne sur Internet, tous les éléments d'information dont ils disposent.

 Cela suffira à faire plier les mauvaises volontés actuelles ?

 Non. C'est pourquoi je souhaite aller plus loin en créant un délit de rétention d'information. Cela concerne toute entreprise ou administration ayant connaissance de faits avérés pouvant être préjudiciables à l'intérêt collectif. Un citoyen pourra faire appel à la justice pour réclamer un « référé information » assorti de pénalités financières si les documents restent indisponibles.

 Vous pensez à des cas précis ?

 La société Monsanto dispose par exemple d'études scientifiques qui mettent en évidence des incidents statistiques sur les OGM. Il faut qu'elles soient rendues publiques. C'est un minimum dans le débat actuel sur les organismes génétiquement modifiés. Même chose sur le nucléaire. La loi a été modifiée il y a deux ans et il est désormais impossible de se faire transmettre les études et rapports dont dispose l'institut de sûreté nucléaire. C'est inimaginable ! Il faut également prévoir la protection de ceux que j'appelle des « lanceurs d'alerte ». Comme dans le monde financier, donnons un statut aux chercheurs, fonctionnaires ou salariés qui ont connaissance de faits, mais qui se taisent par peur de représailles. Les protéger pourrait être le rôle d'une haute autorité pour l'expertise qu'il faut créer.

 Faut-il également améliorer l'information donnée aux consommateurs ?

 Je souhaite que les fabricants et les distributeurs de produits de grande consommation, comme cela se fait déjà avec les étiquettes « énergie » sur les produits électroménagers, soient obligés d'informer leurs clients sur le cycle de vie des produits ménagers, cosmétiques ou électroniques proposés en rayon. On peut imaginer par exemple, avec l'appui des associations de consommateurs, l'apparition d'une étiquette mentionnant la consommation électrique en veille d'un appareil. 
 
 Propos recueillis par Aymeric Renou

 Le Parisien/Aujourd'hui en France

Commentaires

Savoir=pouvoir
retention d'information = chasse gardée sur le savoir

Mais nous sommes ici ds des stratégies de pouvoir puissance....

Ecrit par : Eugène | 07.01.2008

@ Corinne Lepage

J'ai l'impression , vous me corrigerez si je me trompe , que comme pour l'écologie , vous faites de bons constats mais qu'au lieu de proposer un traitement de fond , vous restez seulement sur le traitement des symptômes . Les médicaments étant des lois , des règlements , des hautes autorités etc Sans nier cette nécessité évidente de toujours améliorer nos lois , elles ne font pas à elles seules une démocratie .

Des lois , des règles des hautes autorités nous n'en manquons pas ; ce qui manque cruelement dans notre démocratie c'est le débat public , non comme mot creux mais comme une structure institutionelle organisée et performante . Nous avons tous les outils techniques et les compétences humaines pour créer et bien faire fonctionner une telle structure.

« OGM, nucléaire, il y a encore trop de secrets » Ne pensez vous pas que la meilleure manière de faire tomber un secret c'est d'en parler ? Et que c'est donc ce lieu public de parole qui nous manque ? Que le cahier des charges de l'Audio Visuel Public devrait préciser et formaliser concrètement cette structure dédiée à la parole , à l'expertise, au débat, aux enquêtes , reportages , interwievs? Que les journalistes verraient leur profession confortée par une mission dédiée à l'application de notre constitution demandant au peuple d'exercer sa souveraineté ?

Voyez vous souvent GeenPeace à la TV ?
Comment sortir de ce noeud de la problématique OGM sans un vrai débat , long , méticuleux , accessible au plus grand nombre , contradictoire , participatif etc etc ?

Une loi ? Une Haute Autorité ?

En démocratie la Haute Autorité c'est le peuple . Mettez deux personnes sur un problème ...Il en sortira qq chose ..Mettez en trois .ce sera plus élaboré ....Mettez beaucoup de monde , diversifié et d'horizons divers .....

Ecrit par : Di Girolamo | 07.01.2008

@ Di Girolamo,

Qd tu mets trop de monde çà fait tellement de bruit qu'il n'en ressort rien de concret, sauf une oligarchie qui prend le pouvoir en douce type Oct 1917, ou n'importe quelle autre révolution. Vient tjs un moment où ton cher peuple se fatigue et vaque à ses petites occuptions ses petits problèmes ses petits plaisirs qu'un pouvoir tjs un peu manipulateur et démagogique transforme en "du pain et des jeux", ou ds la version francaise moderne en "travailler plus" simultanément à une télé qui fabrique du temps de cerveau disponible! M'enfin!

La seule solution concerne chaque situation où un pouvoir quelconque sur autrui ne pourra être tenu que par des gens ayant le sens du bien public. Appliqué à la question de la rétention de l'information, celle ci ne se produit que parce que ceux entre les mains de qui l'information passe y voient d'abord un effet de levier pour leur pouvoir-puissance personnel qui n'est pas ce bien public ci-dessus! Bref avec ton histoire, j'ai l'impression que ce qui est carré (l'actuel qui fonctionne avec ses vicissitudes) tu veux l'appeler un cercle pour mieux tourner en rond sans attaquer ce qui fait pb.

Je vais prendre un autre exemple. En 1942, il n'y avait en France que quelque poignées de franchement résistants et symétriquement quelques poignées de franchement collabo, le reste faisait le dos rond. Qui a gagné? la poignée de résistants qui ont fait des émules, en partant de leur révolte spontanée devant l'ILLEGITIMITE d'un pouvoir violent. Plus de 60 après, qu'est ce qu'il reste de cet élan? Rien! Très vite même, C de Gaulle a passé l'éponge du silence sur qqes cas qu'il n'ignorait pas ds l'urgence où il était de GERER le bateau avec des hommes capables bien que peu fiables moralement...Du coup, le ver était ds le fruit (de céder devant l'exigence de moralité minimale à exiger d'un détenteur de pouvoir quelconque) et il y est tjs. En quoi une formation par l'ENA repond-elle à l'exigence que je viens de reformuler? En rien!

Depuis Confucius, le sens du pouvoir chez ceux qui le détiennent on ne sait trop par quel miracle +ou- démocratique ne s'est pas amélioré d'un epsilon, je dirais même qu'à son époque c'était peut être même moin pire! La piste à creuser de mon point de vue et ce n'est que mon point de vue est une forme de retour à cette "philosophie" confucéenne, mais avec aujourd'hui les sciences humaines dignes de ce nom qui commencent à se construire en marge du bruit dominant fait par les autres ("sciences humaines") qui singent les sciences dites exactes. (Dans ce dernier tonneau, tu peux même mettre les bavardages d'Edgar Morin avec sa politique de civilisation reprise par qui tu sais - un rapide coup d'oeil sur la toile te fera trouver l'un entretien qu'Edgar a réalisé après la parution de son bouquin où il fait explicitement référence à la NECESSITE d'aller voir les Sages anciens de l' Asie... ancestrale; soit la preuve au passage et qu'il donne lui-même que ses concept pour digérer la complexité ne sont pas encore opératoires)

Ecrit par : Eugène | 08.01.2008

@ Eugène

"Qd tu mets trop de monde çà fait tellement de bruit qu'il n'en ressort rien de concret"

Pas forcément .Nous avons aujourd'hui des moyens de communication et audiovisuel performants; nous disposons aussi de nombreux professionnels compétents ; la structuration d'une expertise publique, bien organisée, attractive et de qualité est possible; et complètement nécessaire : il n'y a pas d'espace de réflexion politique , les infos arrivent en masse d'une matière continue et incohérente ; Vas voir mon commentaire sur http://www.naturavox.fr/article.php3?id_article=2951

Je suis persuadé que si un tel outil fonctionnait on avancerait plus facilement sur certains problèmes, par ex sur OGM. La Haute Autorité qui va décider s' il y a un doute et qu’on peut appliquer la clause de sauvegarde n’a aucune légitimité qq soit sa décision ; un débat public approfondi et sérieusement organisé aurait permis a josé Bové de rester chez lui . ( bien sûr tout ça ne se fait pas en 5 mn , il faut laisser le temps au temps et qu'une culture du débat s'instaure ) Si le débat public n’avait pu faire ressortir un accord largement majoritaire et « qu'il n'en ressort rien de concret » eh bien un moratoire s’imposera, dans l’attente de plus d’infos et d’un autre débat ; si au contraire une majorité large se dégage en pour ou en contre ce moratoire, la décision sera mieux acceptée par tous quitte à y revenir plus tard si l’histoire et les événements montraient qu’un nouveau débat s’imposait.

Pour le reste, je pense comme toi que la pente naturelle des démocraties c’est l’assoupissement pour le peuple, et la captation du pouvoir à son profit par les élites et représentants.
Et qu’il faut des situations exceptionnelles et périlleuses (ex la guerre) pour qu’aient lieu des sursauts.

Mais c’est bien le cas aujourd’hui : il y a péril en la demeure. Le problème c’est que le bruit des bottes, des chars et des avions est rendu inaudible par le nivellement des infos, et l’absence de débat sur le système lui-même puisque qu’on fait aujourd’hui du développement durable .

Je ne crois pas aux élites éclairés ; pour moi un homme = un homme.


Concernant : « La piste à creuser de mon point de vue et ce n'est que mon point de vue est une forme de retour à cette "philosophie" confucéenne, mais avec aujourd'hui les sciences humaines dignes de ce nom qui commencent à se construire en marge du bruit dominant »

Peux tu me faire passer qq références si possible sur le net qui croisent cette piste ?

Ecrit par : Di Girolamo | 08.01.2008

@ Eugène

L'avantage d'avoir un débat public permanant sur l'audio visuel public c'est que ça ne modifie en rien le fonctionnement représentatif . Il n'y a pas d'interférence directe . Mais un impact en profondeur qui rejaillit sur l'attitude des représentants et les choix des citoyens dans les urnes. Poser les problème sur le fond , les étudier, les expertiser devant les citoyens et avec leur participations changerait complètement la donne .

Tu me diras c'est changer les carrés en cercle ..Non c'est poser les bonnes revendications.

Ecrit par : Di Girolamo | 08.01.2008

@ Di Girolamo,

Ref? "Histoire de la pensée chinoise", Anne Cheng, point essais seuil, surtout le ch 2 sur Confucius dont elle fait une synthèse très éclairante en une trentaine de pages. Les deux concepts essentiels ds la pensée de Confucius sont "le sens de l'humain"(ren) et le sens des rites (li), en rapport avec le religieux et le sacré mais en se distanciant du religieux, autrement dit ds une perspective d'abord humaine, voire laïque.

Que pourrait bien donner ce retour au sens des rites par rapport à nos pb contemporains et/ou écologique? Tout n'est pas moralement acceptable! C'est ce autour de quoi tournent toutes les commissions d'éthique....pour freiner certains marchés.... Les questions que se posait Confucius ds sa société décadente nous sont donc tout à fait actuelles, et les pistes qu'il a exploré méritent d'être revisitées. Edgar Morin avec son concept de "politique de civilisation" ne prône pas autre chose...

Or, que fait le politique en fabriquant des codes ou des lois sinon construire le cadre d'une société définissant ce que les citoyens peuvent s'autoriser à faire. Le "s'autoriser à faire"renvoie en chacun et en son for intérieur à une question morale. Le pb est ardu puisqu'il faut trouver le bon compromis en partant d'une stratégie socio-politique, interférant avec la question éthico-morale en chacun, donc respectant sa liberté sans le culpabiliser par avance.

Les lignes de partage entre le politique et le moral ont bien sûr été explorées par la philosophie, mais un retour en arrière ds une autre culture provoque un dépaysement qui oblige à réfléchir, par exemple sur ton "un homme = un homme" * avec lequel je suis en total désaccord si l'un se comporte régulièrement de façon immorale!

Autre ref de Jean Claude Quentel: "les fondements des sciences humaines". Du coup, tu replonges ds les apports essentiels Marx Freud et de Saussure, en gardant tjs ce pied ds le lointain avec Confucius. Ce bouquin de Quentel est une première initiation à la Théorie de la Médiation de Jean Gagnepain qui, lui, a construit des modèles adaptés aux sciences de l'homme en séparant radicalement ce qui relève du politique et du moral, voire aussi du langage et du technique, avec toute une épistémologie adaptée pour rendre compte de la complexité de chacun de ces quatre plans, donc aussi leurs interférences dont celle du politique et du moral. Le tout pour nous expliciter à nous mêmes aussi bien le "fonctionnement" humain le plus normal comme le plus pathologique!

D'accord avec toi, la perspective devient vertigineuse, et tu risques souvent au cours de ces voyages conceptuels de perdre le fil de ce qui finalement nous préoccupe, à savoir la construction de ce qui fait société, et surtout une société qui ne fonce pas aveuglément ds le mur à vitesse accélérée. Mais à la difficulté ou au vertige, je réponds par une question de type confucéen mais actualisée, est-ce qu'il est possible de faire aujourd'hui une politique concernant les hommes en ignorant à peu près tout de ce qui s'agite ds leurs neurones et produisant ce saut, vertigineux également, d'une nature à laquelle nous appartenons pour émerger ds des cultures aujourd'hui aussi méprisantes de la première (la nature)?

PS: un homme = un homme c'est l'égalité républicaine idéale que je ne renie pas pour autant, mais ds le contre exemple que j'ai pris pour illustrer notre différence, tu perçois bien que je ne confierais très vite aucun pouvoir à l'un d'eux, même démocratiquement. Je veux dire que l'opinion majoritaire peut se tromper radicalement sur ce type de question... vitale pour l'avenir de l'humanité!

Ecrit par : Eugène | 09.01.2008

@] Eugène
« D'accord avec toi, la perspective devient vertigineuse, et tu risques souvent au cours de ces voyages conceptuels de perdre le fil de ce qui finalement nous préoccupe, à savoir la construction de ce qui fait société, et surtout une société qui ne fonce pas aveuglément ds le mur à vitesse accélérée. Mais à la difficulté ou au vertige, je réponds par une question de type confucéen mais actualisée, est-ce qu'il est possible de faire aujourd'hui une politique concernant les hommes en ignorant à peu près tout de ce qui s'agite ds leurs neurones et produisant ce saut, vertigineux également, d'une nature à laquelle nous appartenons pour émerger ds des cultures aujourd'hui aussi méprisantes de la première (la nature)? »

Pour qu’il y ait sursaut il faut la conscience claire du danger imminent ; la proposition que je fais est donc de travailler là-dessus ; et on rejoint la philosophie et la morale parce qu’on se situe dans une perspective globale : une réflexion sur le sens même de nos organisation sociales qui manifestement vont droit dans le mur parce qu’elles ne respectent pas des lois naturelles et que ces lois sont à un moment donné toujours gagnantes : si tu lâche une pomme elle tombe ; et tu as beau inventer ce que tu veux pour faire remonter la pomme ,tu a beau fanfaronner , à un moment donné elle tombera . On en est un peu là avec l’histoire : à force de faire n’importe quoi avec la planète et avec nous même, ça va nous retomber sur la figure, le ciel va bien nous tomber sur la tête.
En fait l’effort de réflexion qu’il faudrait conduire est d’analyser ce qui dans notre logique sociétale conduit à ça ; et inévitablement on va retomber sur des visions religieuses et morales qui, que l’on soit croyant ou non, correspondent à des intuitions profondes de ce que nous sommes et des lois qui nous régissent .

Quand je parle d’introduire un outil politique nouveau, non de gestion mais de diagnostic et de projet, c’est ni plus ni moins qu’un outil philosophique et moral parce qu’on touche là au sens des logiques qui régissent nos sociétés.

L’intérêt de la proposition c’est qu’elle replace le politique à son niveau le plus haut, du projet collectif et donc du sens, et que cela peut se décliner concrètement dans un cadre officiel.

Merci pour les refs ;

Ecrit par : Di Girolamo | 09.01.2008

@ Di Girolamo

Attention de ne pas mélanger lois et lois:
-de la physique
-de la vie
-des hommes qt à ce qui nous fait humains
-produites par les hommes pour vivre ensemble socialement
Ce qui fait qu'il faut être attentifs concernant l'homme à la différence entre ce qui pourrait être universalisable (pas sûr....) et ce qui est général mais pas forcément perceptible.

Pour en venir à ton concept d'émission, le plus simple ne serait-il pas de convaincre les Tv ou des producteurs d'émissions? Je suis sûr que çà ferait un tabac. Pour info, ce qui permettrait peut être de la STRUCTURER se trouve ds "Politique de la nature" de Bruno Latour, ds la façon dont il envisage de faire participer tous les acteurs concernés par un ^m pb.

Ecrit par : Eugène | 09.01.2008

Merci Eugène à +

Ecrit par : Di Girolamo | 09.01.2008

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