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09.01.2008

Corinne Lepage: redonner confiance à la jeunesse

En ce début d’année, où je renouvelle tous mes vœux à chacun de nos auditeurs, je voudrais plus particulièrement m’adresser aux plus jeunes d’entre eux, dont les études statistiques et sociologiques soulignent le manque de confiance et la baisse de moral. Pour leur dire d’abord que notre génération, qui a été particulièrement gâtée, porte une part importante de ce désarroi et qu’elle doit le reconnaître. Pour affirmer ensuite, sans tomber pour autant dans le jeunisme, qui est une caricature de ceux qui ne veulent pas s’accepter tels qu’ils sont, que  les jeunes sont porteurs de valeurs différentes des nôtres et notre devoir est de leur permettre de réaliser leurs propres rêves, en tentant, pour ce qui peut l’être ,de réparer les conséquences de nos propres erreurs. Il nous faut donc connaître ces valeurs   et essayer de comprendre les raisons du classement des jeunes français  avec les jeunes Polonais et Japonais, dans les plus pessimistes quant à leur avenir personnel et leur carrière professionnelle future . Tel est le résultat d’ une très vaste étude intitulée « european youth in a global context » menée sur 22 000 personnes et publiée dans le numéro de janvier de Futuribles. La faiblesse de la croissance et le fort taux de chômage explique pour partie cette situation, car cette étude établit une forte corrélation entre  la croissance économique et l'optimisme général . Mais, cela suffit pas à expliquer la situation.
Si l’on s’en réfère à cette étude,les jeunes Français participent d'une génération qui présente incontestablement des points communs dans  les 17 pays dans lesquels cette étude comparative a été  menée : une génération dite » moi- nous «   très individualiste mais en même temps qui considère que les relations humaines (famille, communauté,) sont une priorité ; une génération définie également comme homo zappiens,   marquée par l’ impatience, la mobilité et un comportement changeant ;une génération bien davantage consciente que la génération antérieure des menaces mondiales, pollutions , terrorisme et guerre.
L'Europe du nord protestante, dans laquelle assez curieusement  se trouve placée la France, en limite de l'Europe catholique et des pays anglophones, semble montrer l'avenir avec cinq grandes valeurs :
· l'importance accordée à la liberté civile et politique,
· le soutien de la parole publique,
·  la tolérance envers ce qui n'est pas conforme,
·  la propension des individus à l'épanouissement personnel
·  l'importance de la confiance en l'homme.

Ces notions se combinent avec
· un faible intérêt pour la religion,
· un patriotisme très modéré,
· un respect  limité pour l'autorité,
· un très faible enthousiasme vis-à-vis de l'obéissance
· une faible inclination pour le modèle familial traditionnel.

Ce faisant, le rapport met en lumière les particularités de l'identité européenne par rapport à identité américaine : 25 % des jeunes Américains font confiance aux institutions religieuses contre 15 % des jeunes européens ;75 % des jeunes Américains croient en Dieu contre 38 % des jeunes européens et 50 % des jeunes Américains pensent que la religion constitue un important ciment de leur identité alors que seuls 22 % des jeunes européens sont de cet avis.

Il résulte de ce constat que nous avons de véritables transformations à accomplir pour répondre aux exigences démocratiques de notre jeune génération, qui passe par la légitimation de l’autorité, la cohérence entre la parole et l’exemple ou encore pour reprendre la belle expression d’Alain Gérard Slama , mettre un terme à la confusion des ordres et à la concommitance des contraires. En effet, un certain nombre de particularités de notre jeunesse devait attirer notre attention.

Constatons une curiosité. A partir de 10 objectifs de vie, a été  réalisé un diagramme pour lequel l'axe vertical représente la dimension d'affirmation personnelle (le moi)  par rapport au conformisme (le nous ) et l'axe horizontal  ,les  valeurs liées au succès personnel (argent ou apparence physique)  les valeurs liées et aux considérations humanistes (faire le bien et la valeur famille). Sur cette carte, les jeunes Français  se classent  avec les jeunes issus des pays de l'Est dans une prééminence donnée au moi sur le nous et données à la possession des biens   sur les valeurs humanistes. Ils sont ainsi à l'opposé des jeunes des pays du nord de l'Europe, plus sensibles aux valeurs humanistes et au développement du nous plutôt que du je. L'Allemagne et les États-Unis appartiennent, à une moindre mesure à la même catégorie. Pourquoi ? Comment expliquer cette dérive dans le pays porteur de la déclaration des droits de l’Homme ?  On observera que la tranche d'âge de 30 à 50 ans en France est plus sensible aux valeurs humanistes que les plus jeunes. L’absence d’idéal et de projet collectif et les incohérences relevées ci-dessus sont probablement des facteurs explicatifs qui mériteraient d’être approfondis. Il faut y ajouter la perception de  la mondialisation comme une menace plutôt que comme une opportunité, ce qui est une particularité française en Europe.

En revanche, des facteurs très positifs apparaissent :
· une confiance dans l'avenir, manifestée par le désir d'enfant puisque les jeunes Français sont les plus nombreux -80 % -à envisager d'avoir des enfants dans les 15 ans qui viennent ,la moyenne européenne étant autour de 72%.
· Une préférence marquée  - 75 %  – pour  bénéficier d'un environnement agréable  plutôt que de bonnes opportunités professionnelles contre 67 % pour l'ensemble des jeunes européens qui s’exprime notamment par le désir  de vivre à la campagne plutôt qu'en ville , - 57 %  contre 43 % des jeunes européens
· Et, surtout, les jeunes Français sont probablement les plus européens puisqu'ils sont les seuls en Europe à se déclarer plus proche des jeunes Européens que des autres Français. Même s’ils ne font pas pour autant  confiance à l’Union Européenne puisqu'ils sont seulement 14 % dans ce cas,  cela signifie qu’ils attendent de l’Europe les évolutions qu’ils désespèrent de trouver  chez leurs concitoyens.

Ainsi, l’Europe constitue très probablement pour nos jeunes un des principaux facteurs d'espoir et de construction d'une société conforme à leurs propres valeurs, et ce d'autant plus que les jeunes Français sont parmi ceux qui souhaitent le plus s’investir dans la vie politique et sociétale.  C'est donc par nos jeunes que passeront les réformes que notre pays attend , avec une synthèse originale qui se dessine entre les valeurs partagées d'une jeune génération Européenne et un esprit français. À nous de sortir du cynisme, de l'égoïsme, d'une realpolitik incompatible avec nos valeurs seulement déclamées pour convaincre la jeune génération de se rapprocher des valeurs plus collectives et généreuses
dont nous devons rester porteurs.

Chronique France-Culture du lundi 7 janvier

 

 

Commentaires

Corinne Lepage invitée des "Grandes gueules" :

>>> Mettre un lien direct vers le podcast des GG de 13 heures , c'est un signe de jeunesse

GG de Corinne

Ecrit par : Bernard Mulot | 12.01.2008

http://www.rmc.fr/podcast/podcast.php?id=49

Le lien ci-dessus veut il passer sur ce blog ?

Ecrit par : Bernard Mulot | 12.01.2008

Lettre ouverte d'Elodie Pontié, employée de maison, au Président de la République


Mugron, le 8 janvier 2008


Monsieur le Président,


Je suis employée de maison, chez M. Emile Jappi, l'ancien Ministre des Finances, actuellement en Chine où il prépare la vente en série de ses fameuses "Lunettes à Frédéric".

Je prends la liberté de vous écrire, car j'ai sur mes collègues salariés l'avantage d'avoir reçu de M. Emile, comme cadeau de départ, un des premiers exemplaires de cette invention géniale qui permet de "voir ce qui ne se voit pas".

Responsable de l'UMP de Mugron et présidente de votre comité de soutien dans notre canton, j'avais mis un grand espoir dans votre élection. Elle allait permettre à notre malheureux et beau pays de retrouver le chemin de la croissance et de sortir de sa déprime.

Hélas, comme tout le monde, j'ai dû constater que la seule "relance" économique visible, ce sont les ventes de Gala et de Paris-Match, où vous avez bien fait de remplacer Lady Di et Stéphanie de Monaco qui commençaient à faire vieilles peaux dans les salons de coiffure et les salles d'attente de dentistes.

Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi votre intelligence, votre courage, votre ténacité et votre travail ne semblaient déboucher sur rien.
J'ai eu une petite lueur d'explication, dimanche dernier à la messe du dimanche à Mugron : notre vieux curé nous commentait une phrase de saint Augustin

"il vaut mieux claudiquer sur le bon chemin que de galoper sur le mauvais".Alors je me suis dit :

"et si notre Nicolas (pardonnez la familiarité, M. le Président, mais je vous aime bien !), donc si notre Nicolas qui galope si fort était parti sur le "mauvais chemin" ? Si c'était pour faire une mauvaise politique qu'il montre tous ces talents ?..."Hier soir dans mon lit, pour en avoir le cœur net, j'ai rechaussé les "Lunettes à Frédéric" pour lire dans Sud-Ouest le compte-rendu de votre conférence de presse.
Je suis en train de lire l'histoire de la grande Catherine par Henri Troyat : elle est sur ma table de nuit, j'en lis quelques pages chaque soir avant de m'endormir.
La veille, je m'étais bien amusée à l'histoire des visites que le Prince Potemkine, son fameux amant, lui faisait faire de faux villages où les maisons n'étaient que des façades.

Avec ces diables de "Lunettes", on peut s'attendre à tout : mais j'ai quand même été surprise de vous voir habillé comme le Prince, dans la rue du Faubourg Saint-Honoré transformée en un décor de guignol.
Entre la place Beauvau et la rue Royale, les hôtels particuliers avaient disparu : à la place, cinq affiches géantes sur de grands panneaux en carton-pâte et derrière les panneaux, on voyait qu'il n'y avait… rien.
Et sur chaque affiche, chacune de vos "lois de rupture" :

L'aménagement du temps de travail et les 35 heures,
La réforme des régimes spéciaux,
L'autonomie des Universités,
La suppression de la carte scolaire,
L'instauration d'un Service Minimum.Et vous, vous marchiez avec cinq curieux personnages tous pareils, des sortes de fantômes à casquettes et sur les casquettes on pouvait lire :

"Interlocuteur représentatif : Chérèque-CFDT ;
Interlocuteur représentatif : Thibault-CGT ;
Interlocuteur représentatif : Mailly-FO ;
Interlocuteur représentatif : Van Craynest-CGC ;
Interlocuteur représentatif : Voisin-CFTC".Et vous, vous ne voyiez pas le dossard que chacun portait, et où il y avait marqué :

"Chut ! Ne lui dites surtout pas que nous ne 'représentons' personne. Il ne le doit pas le savoir".Vous les rassuriez, vous les invitiez à passer derrière les panneaux pour leur montrer qu'il n'y avait rien, rien à cacher, ni rien à craindre. Vous leur promettiez qu'à la place du vide on ne mettrait quelque chose qu'après avoir négocié, et qu'on ne négocierait qu'avec eux seulement.

Fatiguée de cette vision qui me troublait et me donnait mal à la tête, je retirai les "Lunettes" et repris ma lecture intégrale du compte-rendu de votre conférence de presse.
Le journaliste qui la commentait faisait remarquer votre silence sur le thème du "pouvoir d'achat des Français" — un sujet qui, jusqu'alors, semblait tellement important pour vous.
Vous aviez justement déclaré, il y a quelques jours, à l'occasion des vœux, que ce serait "l'axe de votre action en 2008" : vous êtes même en train de faire voter une loi sur là-dessus. Enfin, la veille même de votre conférence de presse, le Secrétaire Général de votre parti l'invitait à "se mobiliser" sur ce qui devait être le grand projet de votre présidence dans les années à venir.

Hélas, je ne pouvais qu'être d'accord avec ce journaliste.
Bien sûr, comme je ne suis pas aussi malveillante que lui, j'ai essayé de trouver une explication, une justification à cette volte-face si brutale.
J'ai cru que vos conseillers vous avaient convaincu qu'à votre place, vous ne pouviez rien faire dans ce domaine. Alors, je me suis replongée dans le livre de M. Emile pour y chercher des solutions qu'on pourrait appliquer rapidement.

Alors, M. le Président, la fervente militante UMP que je suis est heureuse de pouvoir vous indiquer trois mesures qui pourront vous satisfaire en contribuant au succès de votre politique :

1. ma cousine, Emilie Mercié, habite La Cure dans le Jura. Comme moi, elle est femme de ménage, mais c'est chez Francis Sol. Pour échapper à l'ISF, cet ancien patron des cosmétiques s'est réfugié à Saint-Cergue, en Suisse, de l'autre côté de la frontière.
Emilie a le statut de "travailleuse frontalière" : elle peut donc s'assurer en choisissant parmi les 2000 caisses-maladie privées qui, en Suisse se font concurrence.
J'ai été passer Noël chez elle et nous avons comparé nos feuilles de paie. C'était d'autant plus facile que nous gagnions la même chose : 1900 € /mois (soit, pour moi, 1035 € net), que nous avons le même âge et le même niveau de couverture.
Assurer le risque-maladie coûte en France 300 €/mois, contre 100 en Suisse.

M. le Président, dans l'Europe d'aujourd'hui, nous sommes tous des travailleurs frontaliers ; alors autorisez nous à nous assurer où nous voulons ! Et les SMICARDS comme moi auront tout de suite une augmentation de pouvoir d'achat de 20% !


2. Quand j'ai été faire mon plein d'essence au Centre Leclerc de Dax, j'avais remis les "Lunettes à Frédéric". Ce sont des lunettes qui changent ce qu'on voit, puisqu'elles sont faites pour montrer ce qu'on ne voit pas : alors, dans un premier temps, j'ai cru que je m'étais trompé d'enseigne : je ne reconnaissais pas le logo du célèbre "épicier".
À la place du logo, on voyait un bras armé d'une massue, avec écrit en gros caractères l'inscription "PPTP" et, en petit, l'explication : "Poste de Prélèvement de Taxe Pétrolière".
Pour obtenir un plein de 50 litres, j'ai dû payer 40 € .

Un rapide calcul, M. le Président : 2 pleins par mois sur 12 mois représentent 960 € , soit 8% de mon salaire annuel.
Monsieur le Président, diminuez de moitié vos taxes sur le carburant, et notre pouvoir d'achat augmentera d'un coup de 4%.

Vous ne cessez de le répéter, il ne peut y avoir d'enrichissement collectif et individuel sans création massive de richesse. Comment y parvenir alors que ceux qui vivent du travail des autres veulent toujours leur imposer les 35 heures?

J'ai repris les "Lunettes à Frédéric" et je vous ai vu de nouveau dans l'Empire du Prince Potemkine. Cette fois-ci, derrière les façades en carton-pâte, j'ai vu circuler les Parisiens et des Parisiennes. Ils se dépêchaient d'aller travailler. Ils étaient courbés vers le sol. Ils avaient des chaînes aux pieds et sur leurs épaules ils portaient des sacs remplis de cailloux.
Et sous l'image on pouvait lire :

chaînes = lois, règlements, directives et normes,
cailloux = impôts, taxes et "cotisations".Alors surtout, M. le Président, conservez les 35 heures !
Mais seulement pour les fonctionnaires (sauf, pour l'instant, les policiers, les juges et les militaires).
Et pour un temps de travail de 35 heures PAR AN, toujours payées 35 heures par semaine.
Une fois passées ces 35 heures par an, on leur interdirait d'exercer leurs fonctions . Ils pourraient alors se retrouver dans les bureaux, mais pour faire tout ce qui leur plairait d'autre.

Vous imaginez la formidable libération de la société, et l'immense création de richesse qui se produirait si on interdisait d'agir à ceux "qui savent tout mieux que nous" ?

Qu'on les appelle "actifs", "pensionnés" ou "invalides", les fonctionnaires ne perdraient rien de leur pouvoir d'achat. Bien au contraire, forcés de faire autre chose, ils pourraient découvrir en eux des talents inconnus dont ils feraient profiter les autres. C'est comme ça qu'ils pourraient rejoindre le monde libre et noble de ceux qui créent la richesse.Je crains, M. le Président, que cette lettre, si je lui conserve un caractère privé, ne vous parvienne jamais. C'est pour cette raison que M. Emile m'a conseillé de la rendre publique. Il m'a proposé de la diffuser par ce réseau internet à quoi je ne comprends pas grand-chose. Un des destinataires de cet envoi, me dit-il, se chargera peut-être de vous la remettre.


Dans cet espoir, je vous de croire, Monsieur le Président, à mon profond et très respectueux attachement


Elodie Pontié
Employée de maison
Responsable UMP de Mugron


P.S. : au cas improbable où vous n'auriez pas encore lu Les Lunettes à Frédéric ou le Voyage au Bout de l'Etat, vous pouvez le faire commander par vos services sur le site de M. Emile : http://www.emilejappi.com/

Ecrit par : Emile Jappi | 12.01.2008

Lettre ouverte d'Elodie Pontié, employée de maison, au Président de la République


Mugron, le 8 janvier 2008


Monsieur le Président,


Je suis employée de maison, chez M. Emile Jappi, l'ancien Ministre des Finances, actuellement en Chine où il prépare la vente en série de ses fameuses "Lunettes à Frédéric".

Je prends la liberté de vous écrire, car j'ai sur mes collègues salariés l'avantage d'avoir reçu de M. Emile, comme cadeau de départ, un des premiers exemplaires de cette invention géniale qui permet de "voir ce qui ne se voit pas".

Responsable de l'UMP de Mugron et présidente de votre comité de soutien dans notre canton, j'avais mis un grand espoir dans votre élection. Elle allait permettre à notre malheureux et beau pays de retrouver le chemin de la croissance et de sortir de sa déprime.

Hélas, comme tout le monde, j'ai dû constater que la seule "relance" économique visible, ce sont les ventes de Gala et de Paris-Match, où vous avez bien fait de remplacer Lady Di et Stéphanie de Monaco qui commençaient à faire vieilles peaux dans les salons de coiffure et les salles d'attente de dentistes.

Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi votre intelligence, votre courage, votre ténacité et votre travail ne semblaient déboucher sur rien.
J'ai eu une petite lueur d'explication, dimanche dernier à la messe du dimanche à Mugron : notre vieux curé nous commentait une phrase de saint Augustin

"il vaut mieux claudiquer sur le bon chemin que de galoper sur le mauvais".Alors je me suis dit :

"et si notre Nicolas (pardonnez la familiarité, M. le Président, mais je vous aime bien !), donc si notre Nicolas qui galope si fort était parti sur le "mauvais chemin" ? Si c'était pour faire une mauvaise politique qu'il montre tous ces talents ?..."Hier soir dans mon lit, pour en avoir le cœur net, j'ai rechaussé les "Lunettes à Frédéric" pour lire dans Sud-Ouest le compte-rendu de votre conférence de presse.
Je suis en train de lire l'histoire de la grande Catherine par Henri Troyat : elle est sur ma table de nuit, j'en lis quelques pages chaque soir avant de m'endormir.
La veille, je m'étais bien amusée à l'histoire des visites que le Prince Potemkine, son fameux amant, lui faisait faire de faux villages où les maisons n'étaient que des façades.

Avec ces diables de "Lunettes", on peut s'attendre à tout : mais j'ai quand même été surprise de vous voir habillé comme le Prince, dans la rue du Faubourg Saint-Honoré transformée en un décor de guignol.
Entre la place Beauvau et la rue Royale, les hôtels particuliers avaient disparu : à la place, cinq affiches géantes sur de grands panneaux en carton-pâte et derrière les panneaux, on voyait qu'il n'y avait… rien.
Et sur chaque affiche, chacune de vos "lois de rupture" :

L'aménagement du temps de travail et les 35 heures,
La réforme des régimes spéciaux,
L'autonomie des Universités,
La suppression de la carte scolaire,
L'instauration d'un Service Minimum.Et vous, vous marchiez avec cinq curieux personnages tous pareils, des sortes de fantômes à casquettes et sur les casquettes on pouvait lire :

"Interlocuteur représentatif : Chérèque-CFDT ;
Interlocuteur représentatif : Thibault-CGT ;
Interlocuteur représentatif : Mailly-FO ;
Interlocuteur représentatif : Van Craynest-CGC ;
Interlocuteur représentatif : Voisin-CFTC".Et vous, vous ne voyiez pas le dossard que chacun portait, et où il y avait marqué :

"Chut ! Ne lui dites surtout pas que nous ne 'représentons' personne. Il ne le doit pas le savoir".Vous les rassuriez, vous les invitiez à passer derrière les panneaux pour leur montrer qu'il n'y avait rien, rien à cacher, ni rien à craindre. Vous leur promettiez qu'à la place du vide on ne mettrait quelque chose qu'après avoir négocié, et qu'on ne négocierait qu'avec eux seulement.

Fatiguée de cette vision qui me troublait et me donnait mal à la tête, je retirai les "Lunettes" et repris ma lecture intégrale du compte-rendu de votre conférence de presse.
Le journaliste qui la commentait faisait remarquer votre silence sur le thème du "pouvoir d'achat des Français" — un sujet qui, jusqu'alors, semblait tellement important pour vous.
Vous aviez justement déclaré, il y a quelques jours, à l'occasion des vœux, que ce serait "l'axe de votre action en 2008" : vous êtes même en train de faire voter une loi sur là-dessus. Enfin, la veille même de votre conférence de presse, le Secrétaire Général de votre parti l'invitait à "se mobiliser" sur ce qui devait être le grand projet de votre présidence dans les années à venir.

Hélas, je ne pouvais qu'être d'accord avec ce journaliste.
Bien sûr, comme je ne suis pas aussi malveillante que lui, j'ai essayé de trouver une explication, une justification à cette volte-face si brutale.
J'ai cru que vos conseillers vous avaient convaincu qu'à votre place, vous ne pouviez rien faire dans ce domaine. Alors, je me suis replongée dans le livre de M. Emile pour y chercher des solutions qu'on pourrait appliquer rapidement.

Alors, M. le Président, la fervente militante UMP que je suis est heureuse de pouvoir vous indiquer trois mesures qui pourront vous satisfaire en contribuant au succès de votre politique :

1. ma cousine, Emilie Mercié, habite La Cure dans le Jura. Comme moi, elle est femme de ménage, mais c'est chez Francis Sol. Pour échapper à l'ISF, cet ancien patron des cosmétiques s'est réfugié à Saint-Cergue, en Suisse, de l'autre côté de la frontière.
Emilie a le statut de "travailleuse frontalière" : elle peut donc s'assurer en choisissant parmi les 2000 caisses-maladie privées qui, en Suisse se font concurrence.
J'ai été passer Noël chez elle et nous avons comparé nos feuilles de paie. C'était d'autant plus facile que nous gagnions la même chose : 1900 € /mois (soit, pour moi, 1035 € net), que nous avons le même âge et le même niveau de couverture.
Assurer le risque-maladie coûte en France 300 €/mois, contre 100 en Suisse.

M. le Président, dans l'Europe d'aujourd'hui, nous sommes tous des travailleurs frontaliers ; alors autorisez nous à nous assurer où nous voulons ! Et les SMICARDS comme moi auront tout de suite une augmentation de pouvoir d'achat de 20% !


2. Quand j'ai été faire mon plein d'essence au Centre Leclerc de Dax, j'avais remis les "Lunettes à Frédéric". Ce sont des lunettes qui changent ce qu'on voit, puisqu'elles sont faites pour montrer ce qu'on ne voit pas : alors, dans un premier temps, j'ai cru que je m'étais trompé d'enseigne : je ne reconnaissais pas le logo du célèbre "épicier".
À la place du logo, on voyait un bras armé d'une massue, avec écrit en gros caractères l'inscription "PPTP" et, en petit, l'explication : "Poste de Prélèvement de Taxe Pétrolière".
Pour obtenir un plein de 50 litres, j'ai dû payer 40 € .

Un rapide calcul, M. le Président : 2 pleins par mois sur 12 mois représentent 960 € , soit 8% de mon salaire annuel.
Monsieur le Président, diminuez de moitié vos taxes sur le carburant, et notre pouvoir d'achat augmentera d'un coup de 4%.

Vous ne cessez de le répéter, il ne peut y avoir d'enrichissement collectif et individuel sans création massive de richesse. Comment y parvenir alors que ceux qui vivent du travail des autres veulent toujours leur imposer les 35 heures?

J'ai repris les "Lunettes à Frédéric" et je vous ai vu de nouveau dans l'Empire du Prince Potemkine. Cette fois-ci, derrière les façades en carton-pâte, j'ai vu circuler les Parisiens et des Parisiennes. Ils se dépêchaient d'aller travailler. Ils étaient courbés vers le sol. Ils avaient des chaînes aux pieds et sur leurs épaules ils portaient des sacs remplis de cailloux.
Et sous l'image on pouvait lire :

chaînes = lois, règlements, directives et normes,
cailloux = impôts, taxes et "cotisations".Alors surtout, M. le Président, conservez les 35 heures !
Mais seulement pour les fonctionnaires (sauf, pour l'instant, les policiers, les juges et les militaires).
Et pour un temps de travail de 35 heures PAR AN, toujours payées 35 heures par semaine.
Une fois passées ces 35 heures par an, on leur interdirait d'exercer leurs fonctions . Ils pourraient alors se retrouver dans les bureaux, mais pour faire tout ce qui leur plairait d'autre.

Vous imaginez la formidable libération de la société, et l'immense création de richesse qui se produirait si on interdisait d'agir à ceux "qui savent tout mieux que nous" ?

Qu'on les appelle "actifs", "pensionnés" ou "invalides", les fonctionnaires ne perdraient rien de leur pouvoir d'achat. Bien au contraire, forcés de faire autre chose, ils pourraient découvrir en eux des talents inconnus dont ils feraient profiter les autres. C'est comme ça qu'ils pourraient rejoindre le monde libre et noble de ceux qui créent la richesse.Je crains, M. le Président, que cette lettre, si je lui conserve un caractère privé, ne vous parvienne jamais. C'est pour cette raison que M. Emile m'a conseillé de la rendre publique. Il m'a proposé de la diffuser par ce réseau internet à quoi je ne comprends pas grand-chose. Un des destinataires de cet envoi, me dit-il, se chargera peut-être de vous la remettre.


Dans cet espoir, je vous de croire, Monsieur le Président, à mon profond et très respectueux attachement


Elodie Pontié
Employée de maison
Responsable UMP de Mugron


P.S. : au cas improbable où vous n'auriez pas encore lu Les Lunettes à Frédéric ou le Voyage au Bout de l'Etat, vous pouvez le faire commander par vos services sur le site de M. Emile : http://www.emilejappi.com/

Ecrit par : Emile Jappi | 12.01.2008

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