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14.04.2008

Corinne Lepage: un choc alimentaire mondial

Risque de « tsunami » humanitaire prévient  le commissaire européen  au Développement, Louis Michel. « Un choc alimentaire mondial se profile »,  et l'Afrique risque d'être la région la plus touchée. Il est d’ailleurs de fait que de Haïti à la Côte d’ivoire, les émeutes de la faim se multiplient. Elles  ont fait 40 morts au Cameroun en février et généré de violents incidents en Côte d'Ivoire, en Mauritanie et au Sénégal. Au Burkina Faso, plusieurs syndicats ont lancé  une grève générale de deux jours. A Haïti,  pays le plus pauvre des Amériques, des milliers de personnes ont manifesté  à Port-au-Prince. De nombreux Mexicains ne peuvent plus acheter le maïs, pour fabriquer, leur plat de base, la tortilla. En Asie et en Egypte, l'envol du prix du riz atteint un tel niveau que l’exportation est remise en cause.

En effet, les grands pays producteurs réduisent leurs exportations pour protéger leur marché intérieur, poussant davantage encore les prix mondiaux à la hausse. La suspension annoncée des exportations de riz de l'Inde (troisième exportateur mondial), elle-même confrontée à une forte inflation, a généré une nouvelle poussée de fièvre. Au Bangladesh, grand importateur de riz, où les familles les plus pauvres consacrent 70 % de leurs revenus à la nourriture, l'explosion des prix constitue une vraie menace pour la stabilité politique. Il en va de même à Manille où l'armée philippine distribue du riz dans les quartiers pauvres. Le gouvernement indonésien promet lui aussi de distribuer du riz et subventionne désormais l'huile de cuisson. . L'inflation génère aussi des troubles au Vietnam et en Thaïlande, où le prix du riz a bondi de 50 % le mois dernier.
Les organismes internationaux tirent tour à tour la sonnette d’alarme : la BRI pour laquelle « Le poids de la nourriture dans les dépenses des ménages est élevé en Afrique. Cela veut dire que la hausse des prix mondiaux peut avoir un impact majeur sur les revenus réels. » Même le Fonds monétaire international (FMI), ce week-end, souligne l’urgence et considère qu'utiliser des denrées destinées à l'alimentation pour produire des agrocarburants "pourrait affecter davantage les réserves mondiales de terres agricoles et d'eau déjà rares, faisant par là même grimper encore plus les prix des produits alimentaires".Enfin,l'Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (la FAO) a annoncé que les réserves alimentaires mondiales sont les plus basses depuis 25 ans, ce qui menace de provoquer ce qu'elle appelle "une crise très grave".
Les causes de cette situation sont multiples : demande accrue soulignée par Pascal Lamy, directeur général de l’OMC liée à l'émergence de classes moyennes en Chine et en Inde,. « qui consomment de plus en plus de poulet et de porc, eux-mêmes transformateurs de céréales ». mais surtout, offre alimentaire en berne due au changement climatique (inondations au Bangladesh, intempéries en Chine, sècheresse accrue ...) et à l’essor des agrofuels qui n’ont rien de biocarburants. Paul Krugman l’affirme de manière crue : les biocarburants provoquent la famine. « Les terres consacrées aux cultures de biocarburants de synthèse ne sont plus disponibles pour les cultures vivrières, ce qui fait que les subventions aux biocarburants sont un facteur majeur dans la crise alimentaire. Un exemple parmi d’autres : Le Swaziland, qui perçoit des aides alimentaires d'urgence puisque 40% de la population subit une grave crise alimentaire, a décidé d’exporter  des agrofuels fabriqués à partir de la cassave, aliment de base. Plusieurs milliers d'hectares de terres agricoles ont été alloués à la production d'éthanol dans le comté de Lavumisa, qui se trouve être  le plus touché par la sécheresse. Et que dire de la déforestation à l’échelle industrielle pour produire de l’huile de palme, voire pour développer le jatropha. La catastrophe est autant humaine qu’écologique.
La hausse des prix, celui du riz  qui a augmenté de 20% au cours de l'année dernière, celui du maïs de 50% et celui du blé de 100% menace de famine des millions de personnes en sus des 850 millions de personnes  qui souffraient de la famine lorsque les prix étaient plus abordables.
Dès lors, l’Humanité se trouve confrontée à une défi qu’elle pensait avoir éradiqué : celui de menaces de guerres pour les causes les plus anciennes qui soient : s’approprier des terres pour se nourrir. L’aide alimentaire n’y suffira évidemment pas si tout le système économique et financier joue en sens contraire : subventions des pays riches à commencer par les Etats-Unis à leur agriculture, développement massif des agrofuels de la première génération aux lieux et places des cultures vivrières, monocultures à l’échelle industrielle dans les pays du sud chassant les paysans vers les bidonvilles et surtout absence de toute mesure sérieuse pour lutter à grande échelle contre le changement climatique. Un moratoire sur les agrofuels est indispensable que l’Allemagne a d’ores et déjà décidé.
 Mais, il ne s’agit que d’une première étape. Les égoïsmes nationaux, le court-termisme, l’absence de prise en compte des coûts globaux , l’aveuglement peuvent nous ramener à la nuit des temps alors que nous disposons de tous les outils , technologiques, financiers, économiques, intellectuels pour reprendre la voie du progrès humain. Il ne nous manque qu’un paramètre : celui d’accepter de changer nos modes de réflexion, de ne pas résoudre un problème en en créant un autre encore plus grave, de replacer les outils économiques dans un contexte plus général. A quoi servent les instruments les plus sophistiqués quand les besoins vitaux ne sont pas remplis ? C’est un autre mode de développement qui doit être défini, qui ne sera possible que pour autant que nous acceptions de remettre en cause notre modèle univoque qui est à bout de souffle en nous posant simplement la question du sens .

Chronique France-Culture du 14 avril

Commentaires

Nous avons tellement evolué en technologie que nous avons oublié l'essentiel : notre rapport avec nous-même et le rapport avec notre envoronnement.
Pas de solution miracle mais des pistes :

1/ moratoire sur les bio-carburants
2/ protection des agricultures locales
3/ etudes d'impact sur les monocultures et developpement des micro credits pour favoriser le maraichage en Afrique, Asie et Amerique.

Et enfin ,une utopie, interdiction de speculer sur les aliments de première necessité.

Les économistes prévoient une règulation des prix dans 3 ans , combien de révoltes , de morts et de destabilisations ...

christian ch.

Ecrit par : Christian ch | 14.04.2008

Tout est lié , et dans ce cas , les très grands pays avec des petites revenus vont souffrir plus que les autres .

Egypte : +50 % sur l'huile , lait , beurre , très peu de légume et du riz à se mettre sous la dent

Faut il travailler plus pour gagner plus , avancer avec de bons slogam , pour que tout aille mieux ?

J'en doute et je me rassure avec un véhicule à 2 roues , qui fait baisser la prime d'assurance de 2/3 . Une voiture neuve assurée au minimum ou une vieille voiture à l'arrêt dans un garage , et bien , c'est la même prime d'assurance ...

Le CO2 global , dans un contrat d'assurance , c'est pas pour demain !

Ecrit par : Bernard Mulot | 14.04.2008

Je pense que nous sommes aujourd'hui en train de payer au prix fort la non maîtrise de la démographie au niveau mondial. Ne nous voilons pas la face, à 6 milliards d'habitants, nous sommes déjà trop nombreux pour nous suffire des ressources offertes par notre planète, même s'il y a sûrement moyen d'améliorer un peu les choses.

Donc, il me semble que le premier devoir consiste à se pencher sur le problème démographique, et faire en sorte que dans 20 ans nous ne soyons pas 2 milliards d'habitants en plus sur Terre. Sinon, comment pourra t-on s'en sortir?

Ecrit par : JF le démocrate | 15.04.2008

Oui c'est un autre mode de développement qui doit venir , et en préliminaire un autre mode de gouvernance

La démocratie représentative telle qu'elle se décline aujourd'hui a tout faux : nos représentants ne nous représentent plus et nous mêmes avons démissionés de notre citoyenneté .
C'est un leurre de croire que sur la base des mêmes méthodes et avec les mêmes outils nous pourrons venir à bout de ces problématiques qui toutes se tiennent par la main parce que reliées ensemble à un même système , une même logique .
Les hausses des prix , les famines , l'abberation des biocarburants ..... tout cela était courru d'avance par tous ceux assez rares qui font de la prospective . Comme est courru d'avance le prochain effondrement de nos sociétés industrielles prévu par le club de Rome.
Les petits malheurs des verts ou du modem ou du ps ont en face de cela autant d'importance que la dernière robe de Rachida Dati .

Cela dit comment faire ? Comment s'y prendre ?

Nous avons besoin d'un outil d'analyse , de réflexion globale et de prospective afin d'élaborer un diagnostic et un projet ; cet outil doit être public , ne dépendre d'aucun parti mais les accueillir tous , il doit être largement participatif parce que c'est d'intelligence collective dont nous avons besoin et que seul un travail participatif peut accompagner la nécessaire révolution culturelle.
C'est la méthode des Agendas 21 appliquée au territoire national , ramifié à tous les échelons territoriaux depuis la commune , le quartier en passant par communautés de communes, régions et départements.
Ce qui est tout à fait rageant c'est que d'autres voies sont possibles et mêmes souhaitables , alternatives au tout urbain au tout industriel et sans renoncer aux acquis scientifiques et techniques ; mais pour y acccéder faut faire une sacrée révoluton dans sa tête.

Corinne Lepage , voulez vous qu'on discute de ces agendas 21 ?
Mon mail :g.digirolamo@wanadoo.fr

Ecrit par : Di Girolamo | 15.04.2008

oui, pourquoi pas les agendas 21 à la condition qu'ils ne soient pas bidon

Ecrit par : corinne lepage | 16.04.2008

je pense exactement cela ;
je suis en train de mettre en place un outil à l'échelon micro local avec mes élus communaux afin d'élaborer , évaluer ,essaimer une méthode qui puisse utiliser la proximité du micro local pour atteindre le citoyen lambda ; Cet outil sera je l'espère chapeauté par la région .....ce serait pour moi plus facile de vous en parler par tel qq instants (d'où l'inscription de mon mail).

Ecrit par : Di Girolamo | 16.04.2008

je pense exactement cela ;
je suis en train de mettre en place un outil à l'échelon micro local avec mes élus communaux afin d'élaborer , évaluer ,essaimer une méthode qui puisse utiliser la proximité du micro local pour atteindre le citoyen lambda ; Cet outil sera je l'espère chapeauté par la région .....ce serait pour moi plus facile de vous en parler par tel qq instants (d'où l'inscription de mon mail).

Ecrit par : Di Girolamo | 16.04.2008

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