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05.05.2008
Corinne Lepage: Une France bloquée dans un monde en crise
La réforme des institutions semble rester au milieu du gué car elle ne répond qu’à une très petite partie de la problématique démocratique. Il s'agit en effet pour la classe politique, de modifier à la marge le fonctionnement des pouvoirs publics, une présidentialisation accrue du régime ayant pour contrepartie un renforcement du rôle du parlement uniquement dans sa fonction de législateur, sa fonction de contrôle de l'exécutif ne se voyant dotée que de très peu de moyens supplémentaires.
Mais, le sujet le plus important sur le plan de la paix sociale et de l’équilibre général consiste dans les rapports à créer entre société civile et société politique et sur ce point, le projet est quasiment muet, si ce n’est l’exception d’inconstitutionnalité introduite modestement et à juste titre pour donner un gage au citoyen de ce qu’il n’a pas été totalement oublié dans ce partage du pouvoir entre ceux qui le possèdent.
Pas de referendum d’initiative populaire, aucune mesure permettant, comme le président s’y était pourtant engagé dans son discours de l’issue du grenelle d’ouvrir la voie à une action contractualisée avec la société civile dite groupe des 5 pour décider de projets structurants.
Pas de transformation du Conseil économique et social permettant à cet organisme de jouer le rôle d’une troisième chambre non délibérative mais dotée de réels pouvoirs : proposition de nomination, droit d’initiative parlementaire, doit de saisine du conseil constitutionnel par exemple.
Ainsi, dans une société promise à des bouleversements immenses et rapides tant pour des raisons intérieures qu’internationales, tant pour des motifs économiques qu’écologiques, le citoyen reste au niveau constitutionnel au stade d’un spectateur dont le pouls est mesuré semaine après semaine mais dont on ne sollicite l’avis qu’une fois tous les 5 ans. Comment comprendre que la démocratie d’opinion dans laquelle nous vivons, à tort ou à raison, n’ait aucune traduction juridique ? Il y a là une incongruité d’autant plus grave qu’elle coïncide avec un appauvrissement de la société française , une remise en cause du pacte social et un effort d’adaptation sans précédent à une nouvelle situation historique.
Le renforcement des pouvoirs décentralisés, d’une part, l’organisation de la démocratie participative d’autre part est précisément les moyens de permettre à la société dans son ensemble de mesurer les enjeux et de s’y adapter. A cet égard, les larges majorités qui ont pu se constituer dans certaines municipalités permettant une large représentation dans les exécutifs des tendances de l’opinion constitueront un excellent test.
Mais, le projet constitutionnel s’éloigne doublement de ce modèle d’une part en écartant toute démocratie représentative d’autre part en excluant la proportionnelle. Nous ne pouvons nous passer des deux simultanément. Le débat ne peut être binaire sauf à être obligatoirement faussé et conduire à des caricatures, qui certes, servent les états majors des partis hégémoniques, mais desservent l’ensemble de la Nation. A défaut d’instillation de démocratie participative, la proportionnelle est indispensable non seulement par souci de justice élémentaire, mais encore par nécessité politique. Il n’est pas concevable dans un pays à tradition pluraliste comme le nôtre, que le choix se réduise au bipartisanisme, qui constitue un étouffoir qui a déjà provoqué le phénomène Le Pen et pourrait provoquer bien plus encore.
La proportionnelle parce qu’elle oblige au débat nuancé et à la représentation des minoritaires est particulièrement nécessaire à notre temps.
Or, paradoxalement, le renforcement de la présidentialisation rend d’autant moins risquée et d’autant plus nécessaire en terme de gouvernance le régime proportionnel. Le poids du président dans nos institutions et la pratique actuelle qui réduit comme une peau de chagrin le rôle du gouvernement au sein duquel les tendances ne sont plus représentées et en tous cas ne peuvent plus s’exprimer rend indispensable le débat ouvert au Parlement et donc la représentation proportionnelle faute de quoi une très grande partie des citoyens sont exclus du débat. Quant au risque d’instabilité, il n’existe pas dans nos institutions actuelles et ne sert que d’alibis à tous les tenants de l’autoritarisme et de l’enrégimentement.
Et surtout, nos institutions ne doivent pas être modifiées pour satisfaire l’actuel président de la République ou un autre. Elles doivent l’être pour permettre à notre pays d’être le mieux armé possible pour passer le cap si difficile des années qui viennent et assurer le ciment national dans le maelström qui nous attend. Or, la classe politique, dans le petit débat qui l’agite ne semble pas percevoir les signes avant-coureurs du monde qui vient ni a fortiori les moyens constitutionnels adaptés pour y répondre. Or, précisément, et plus que jamais, le rôle du politique, qui va se renforcer, est comme le rappelle le livre de l’Exode, est de nourrir son peuple et de tracer la route pour l’avenir.
Chronique France-Culture du 5 mai
08:36 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : corinne lepage, institutions







Commentaires
Tout a fait d'accord une nouvelle fois.C'est ce qui nous conduit a oeuvrer pour une modification radicale de la représentation démocratique.Il faut trouver un autre angle, un autre éclairage, pour sortir du jeu des "partis hégémoniques"et de toute autre forme d'ersatz, qui n'affiche pas une rupture suffisante.CAP21 n'est pas encore perçu comme tel, il faut en profiter, nous en parlerons au Congrés!
L'échéance des Régionales, pôle de proximité pertinent, collectivité térritoriale incontestable, doit fournir l'occasion du test.
Ecrit par : HASSELMANN | 05.05.2008
Un peuple va changer sa constitution et dans l'article 1 , interdire la circulation du 4x4 , c'est le peuple du Groenland ...
Ushuaïa nature vol 7 pourrai développer le thème , NICOLAS , est ce que tu peux répondre sur ce forum ... ?
Ecrit par : Bernard Mulot | 06.05.2008
La proportionnelle aux élections seraient tout à fait normal et logique. Mais nos deux blocs le veulent ils ? Je ne pense pas, ils ne voudraient surtout pas perdre leur suprématie.
Pourtant une dose de proportionnelle reflèterait bien l'électorat.
On y crois pour les régionales...
Ecrit par : Monique | 08.05.2008
"Or, la classe politique, dans le petit débat qui l’agite ne semble pas percevoir les signes avant-coureurs du monde qui vient ni a fortiori les moyens constitutionnels adaptés pour y répondre. Or, précisément, et plus que jamais, le rôle du politique, qui va se renforcer, est comme le rappelle le livre de l’Exode, est de nourrir son peuple et de tracer la route pour l’avenir."
Tout à fait d'accord la classe politique mais pas seulement car aussi beaucoup de décideurs ou de personnes ayant des postes de gouvernances aux niveaux nationaux, européens et mondiaux ne se rendent pas compte de l'urgence d'une révision complète des moyens de développement des sociétés et cela au niveau mondial, c'est à dire justement en voyant les problèmes à un niveau mondial mais sans pour cela y apporter des solutions mondialisées, globalisées et uniformisées. Ce qui marche ici ne marche pas obligatoirement ailleurs.
Notre système de société très mondialisée est inadaptée, économiquement, productivement, sanitairement, agriculturellement, énergétiquement, démographiquement et même technologiquement aux problèmes auxquels est confrontée l'humanité ACTUELLEMENT et encore plus dans l'avenir.
La priorité du monde actuel et de demain c'est que l'humanité dans son ensemble vive d'une manière digne c'est à dire qu'elle est accès à l'éducation, la santé et la nourriture dans une nature qui ressemble encore à cela et non qu'elle soit engagée dans une course mondiale à la production, exportation et à l'achat frénétique d'objets divers et variées qui détruit sont écosystème.
Une société vivable doit avoir une économie privée (et non d’état), simplement quelques règles y devraient y être apportées mais aussi quant cette économie, production, énergie et mode de vie risque une destruction de notre planète on peut se demander s’il n’y a pas des urgences et des priorités. Le monde entier est aveuglé par une forme de matérialisme forcené ou les apparences sont plus importantes que le fond. Nous sommes NORMALEMENT dans un monde de plus en plus libre, le problème c’est que cette sorte de fausse liberté devient un esclavage au paraître et à l’achat d’objets pour penser être ( alors que ce n’est qu’avoir).
Ecrit par : CHAUVET Geoffroy | 10.05.2008
Le monde occidental est égocentrique , et il faut impérativement valoriser ces connaissances pour se vendre . Bilan de compétences et autres stratégies de mise à l'épreuve pour ne pas endosser le statut du chomeur professionnel passible de poursuite et de saisie juridique ( monsieur l'huissier , c'est par ici ... donnez vous la peine de ... )
Le monde des lumières est bien éloigné du monde actuel , ce monde perdu et très pénible rendait le travailleur dur à la tache devant les défis à relever .
Ecrit par : Bernard Mulot | 10.05.2008
réponse à Bernard Hulot.
Le monde des lumières a-t-il vraiment existé un jour?
Cela dit, nous sommes actuellement dans celui des apparences et de la course à la consommation pour se croire meilleur ou pour faire croire que nous sommes...
Avoir n'est pas être! Ce mode de vie est mauvais car il est porté comme un exemple de vie pour le monde entier alors qu'il autodétruit notre écosystème et par la même nos chances de survies viables sur notre propre planète.
Qu'allons nous laisser aux générations futures?
Des déchets, des eaux mortes, des forêts de plastiques, des millions d'espèces disparues , des déserts, un climat détruit, des endroits invivables etc etc.
Que penseront de nous les futures générations si elles survivent?
Que nous étions, dans l’ensemble, des êtres stupides, voir égoïstes et mauvais , malheureusement les faits leurs donneront raisons.
Le 21eme siècle demande une révision complète des objectifs de l'humanité, en cela il est à la fois difficile et intéressant.
Ecrit par : CHAUVET Geoffroy | 11.05.2008
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