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16.06.2008
Corinne Lepage: le "non" irlandais
Nous pouvons épiloguer sur le non des Irlandais, leur manque de reconnaissance à l’égard d’une Europe qui a transformé leur niveau de vie ; il n’en demeure pas moins que le fait que pour la troisième fois, un peuple européen réponde par la négative à la proposition de constitution puis d’accord simplifié pose une question de fond qui ne peut être esquivée. Pourquoi les peuples d’Europe ne se retrouvent pas dans un projet européen qui est pourtant le seul projet fédérateur contemporain, fondé sur des valeurs communes, une histoire partagée et qui s’est révélé positif en terme économique pour lesdits peuples ?
Tout d’abord, il est évident qu’un texte aussi complexe, illisible, écrit par des technocrates pour d’autres technocrates ( 272 pages en petits caractères 3000 pages d’annexes) ne peut que très difficilement passer le cap d’un referendum. Tout citoyen veut comprendre ce qu’il vote et force de constater que dans le cas de l’espèce, c’était mission impossible. Mais cette explication n’en n’est pas réellement une. La vraie question est comment avons-nous pu imaginer de construire l’Europe sans ses peuples, a fortiori contre leur volonté ?
Car, n’être capable de proposer qu’un texte abscons et sans aucune âme, sans que les européens sachent quelles valeurs et quel avenir leur est proposé est en soi un échec.
Cet échec signe aussi celui d’un écart croissant entre les fondamentaux qui ont guidé les pères fondateurs et les réalisations. Notre Europe est devenue à vocation purement économique, fondée sur l’idée que le bonheur des peuples était indexé sur leur taux de croissance. Certes, les programmes universitaires, les réalisations culturelles, et plus récemment l’accent mis sur les développement durable ont constitué des efforts considérables pour instiller d’autres projets que la compétitivité européenne, certes indispensable dans un monde de compétition , mais qui n’ont jamais fait rêver personne. La notion d’identité, la peur d’être broyé dans un système mondialisé dans lequel l’Europe a été présentée comme un outil d’accélération et non comme un instrument de protection , la perte de tout sens au projet européen ont constitué autant de raisons de se méfier de l’Europe .
Cet échec signe surtout le fossé croissant entre les peuples et leurs décideurs. Si la quasi-totalité des gouvernements ont décidé de faire voter le traité simplifié par leur Parlement et non par leur peuple, c’est précisément qu’ils avaient peur d’un échec et que le souci de l’efficacité dans le fonctionnement des institutions l’a emporté sur l’aspect politique et prospectif du projet européen. Et c’est justement là que le bât blesse. Les politiques craignent la réaction des peuples européens à la construction européenne ou plutôt à ce qu’elle est devenue. Mais si un certain nombre des lois votées par nos Parlements étaient soumis à referendum , n’en irait-il pas de même ? Très probablement , oui. Dès lors, la question qui est posée est celle savoir comment ce divorce croissant est justifié ? Certes, le courage politique consiste à sa voir précéder son opinion publique et donc supporter dans certains cas, une discordance avec les souhaits de la société. Mais, cette affirmation est subordonnée à deux conditions :
disposer de toutes les garanties pour ne pas se tromper car ce genre de situations ne laisse pas la place à l’erreur
ne pas faire de ce cas une généralité c’est-à-dire considérer que la politique devient un passage en force systématique.
Si tel est le cas, deux situations sont envisageables :
soit la pédagogie et l’explication sont défaillants et le remède est relativement aisé à trouver
soit les décisions ne sont pas explicables , pas justifiables et dans ce cas, la question est celle savoir pourquoi elles sont prise, car elles ont une raison d’être.
Dans tous les cas de figure, cette situation n’est pas tenable et le non irlandais en est une illustration.
La réponse peut être technique. La poursuite de la ratification du traité simplifié par les Parlements pourrait conduire, dans le meilleur des cas , à une ratification de tous sauf l’Irlande. Dans ce cas, soit une pression serait exercée sur ce pays pour le faire revoter, sans que le succès soit pour autant assuré, soit le blocage serait constaté .
Mais, dans tous les cas, la réponse technique n’épuisera pas le sujet. Le mal est beaucoup plus profond ; faute d’avoir pu écrire en 3 pages les grandes lignes de ce que devait être le projet européen et les moyens d’y parvenir, les gouvernements ont exclu d’office tout envie d’Europe des peuples qui en étaient les fondateurs. Recréer l’envie d’Europe impose d’être sûrs d’un partage de valeurs, du respect des identités nationales et d’un projet fédérateur. Si nous n’y parvenons pas, alors il faudra revenir à une Europe à géométrie variable, avec des projets précis sans aucune capacité de peser sur le destin du monde. C’est tragique au moment même où les crises que nous vivons imposeraient une Europe puissante capable de peser entre la Chine et les Etats-Unis. Mais faute d’avoir compris que sans valeurs partagées et sens , le projet européen était condamné à l’échec, nous avons manqué l’essentiel. Nous ne sommes pas condamnés à rester dans cette situation.
Nous avons un destin commun et une responsabilité particulière au regard de l’avenir de la planète, dans la création d’un modèle éthique de développement durable. A nous tous de rendre l’Europe désirable , ce qui ne sera pas le moindre defi.
Chronique France Culture du lundi 16 juin
11:41 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : corinne lepage






Commentaires
Pologne, Irlande etc...quand comprendrons nous que parmi les membres de l' UE, il y a les sincères et les pique assiettes. Il faut faire avec sans état d'ême. C'est tout !
Ecrit par : Busseuil | 16.06.2008
La vraie Europe , c'est celle qui va arrêter de construire des routes et des espaces de jeux communautaire .
PHILO 2008 - SERIE S - COEF 3
1- L'art transforme-t-il notre conscience du réel ?
2- Y a-t-il d'autres moyens que la démonstration pour établir une vérité ?
3- Expliquer un extrait de "Le monde comme volonté et comme représentation" de
Schopenhauer.
MON CHOIX 2 :
La démonstration ne fait pas partie des préoccupations réelles du monde
de la conscience collective . Bien que le collectif recherche la générosité
qui nourrit de bonne relation , l'avenir se construit en parallèle sur des
fondation matérialiste très éloigné de la philosophie des lumières .
Descartes fondait la science sur l'observation des phénomènes naturels et
Newton a éclairci la physique de la lumière et de la gravitation . La science
est puissante mais que fait t-elle quand elle ne progresse pas , rien à mon
sens qui peut sauver la planète du réchauffement climatique .
La conférence de Yves Cochet qui insiste sur la décroissance montre que la
démonstration est prisonnière des laboratoires de recherche . Démontrer ce
n'est plus décider pour changer d'orientation , démontrer n'a plus de sens
critique . Le démonstrateur qui était Descartes au XVI siècles ne serait
qu'un savant muet .
Ecrit par : Bernard Mulot | 16.06.2008
Corinne Lepage nous dit :
"La vraie question est comment avons-nous pu imaginer de construire l’Europe sans ses peuples, a fortiori contre leur volonté ?"
Les gouvernants (français et européens ), maintenant se disent :
"La vraie question est comment pouvons nous imaginer de construire l’Europe sans ses peuples, a fortiori contre leur volonté ?"
Et moi je dis :
Comment pouvons nous imaginer que des pays qui ne sont plus de vraies démocraties puissent construire une Europe qui le soit ????????????????????????????????????
Ecrit par : Di Girolamo | 16.06.2008
Je me souviens quand j'étais plus jeune , on nous vendait une Europe sociale et progressiste où les meilleures lois , avantages et libertés seraient appliquées à la hausse dans chacuns des pays.
Aujourd'hui ce que retient un européen c'est que lorsque son gouvernementr tente de diminuer une TVA ou tente d'aider financierement une entreprise pour conserver des emplois , Bruxelle s'y oppose.
De plus l'Europe est "mal vendue" par nos politiques qui systematiquement la designe comme responsable de tout nos problèmes et oui effectivelment je pense qu'il y a un fossé entre les dirigeants et les aspirations lègitimes des eurocitoyens.
Ecrit par : Christian ch | 17.06.2008
"Il faut faire avec sans état d'âme c'est tout". Belle preuve de démocratie.
Sous prétexte que des pays ont bénéficié des aides européennes, ils ne pourraient plus s'exprimer ou s'opposer à quelque chose de choquant ou d'incompréhensible.
Les aides européennes doivent-elles être prises comme baillons ?
Le courage politique dont parle Corinne aurait été également de voir un vrai débat de fond sur la réalité du Traité de 2005 et encore plus sur le mini traité de Lisbonne de 2007. Ce mini traité est d'un obscurantisme total pour les citoyens et la plupart des politiques.
Le traité rejeté en 2005 faisait 448 articles tous compris, alors que le mini traité "simplifié" n'en fait plus que 410 + 54 articles de la charte européenne.
La question primordiale que l'on devrait peut-être se poser pour créer un traité acceptable par tous en Europe serait : "Quelle valeur donnons à l'Homme dans ce traité" ?
Exemple :
La Charte sociale européenne de 1961 ainsi que la charte communautaire des droits sociaux fondamentaux des travailleurs de 1989 ne peuvent être opposable au "mini-traité" que si elles restent subordonnées aux dispositions du projet caractérisé, à savoir "La concurrence libre et non faussée".
La référence à la laïcité, si chère à Corinne, est ignorée. La séparation de l'Etat et des Eglises n'est plus une référence. Qu'adviendrait-il si la Turquie (pays laïque pour le moment) entrait dans l'Union Européenne ?
L'Union n'adhère pas à la Déclaration Universelle des droits de l'Homme de 1948 (fondement de 8 constitutions de pays européens dont le notre et l'Allemagne) mais elle adhère à la "Convention Européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales de 1950", la différence est que cette dernière ne garantit nullement le droit collectif ou social.
Et par ailleurs, peut-on parler de "Démocratie Européenne"quant il suffit de réunir une majorité qualifiée pour voter une loi en faveur du "marché" ; alors qu'une loi sociale risquant d'entraver le "libre échange" requiert un vote à l'unanimité, ce dernier pouvant voler en éclat par le véto d'un seul état membre.
En aucun cas, l'Europe ne peut se construire sans les Peuples, et le referundum irlandais est certainement l'une des plus belle preuve de démocratie et d'espoir pour l'Europe. Pas parce qu'ils ont dit "non", mais parce qu'ils ont pu s'exprimer tout simplement.
Je pense que l'engagement du Modem-Cap 21 en faveur de ce mini-traité était un contre sens à l'aspiration du Développement durable. On ne protègera pas la planète sans protéger l'Homme et sans combattre la pauvreté. Et combattre la pauvreté ce n'est pas plus de croissance, qu'elle soit durable ou pas, mais c'est une plus juste équité des répartitions.
L'Europe n'est pas responsable de tout, surtout de ce qui ne va pas, mais ce sont ceux qui la façonnent dans leurs coins, qui gâchent cette magnifique chance.
Ecrit par : jean françois broggio | 17.06.2008
corinne lepage doit recevoir de
barnier les resultats de l'enquète sur les pesticides et la santé des agriculteurs-ses commentaires ?
Ecrit par : dumont charles | 30.06.2008
Je suis étonné de l'engouement des membres de CAP 21 pour l'avenir de l'Europe et du non Irlandais. (lol)
A quand une Europe Durable ?
Ecrit par : jean françois broggio | 30.06.2008
Si il fallait encore une preuve de l'utilité du "non Irlandais" à l'imbroglio européen en voilà une qui sera, je n'en doute pas, un nouveau combat pour CAP 21.
Bruxelles à donné son autorisation pour l'importation de poulets américains désinfectés à l'eau de Javel sous prétexte que les scientifiques ont démontré qu'il "n'y avait pas de risque immédiat pour la santé" ; et qu'il n'y avait aucune différence de gout avec des poulets ordinaires. Les scientifiques ne prenant en considération que le quantifiable on est pas près d'avancer.
Les élus européens se sont exprimés contre ; mais c'est la Commission européenne (nommé mais non élu) qui à eu le dernier mot. Après la pieuvre nucléaire, voici la pieuvre européenne ; certainement issu d'une mutation génétique radioactive
Ecrit par : jean françois broggio | 30.07.2008
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