02.09.2008
Corinne Lepage: Nesterenko, la résistance à la désinformation
Si le décès de Soljenitsine a été présenté comme celui du Résistant au totalitarisme soviétique, celui de Nesterenko, survenu la semaine dernière et passé sous un silence quasi-total, aurait du être celui de la résistance à la désinformation et au mensonge. Membre de l'Académie des Sciences du Belarus, physicien de haut niveau international, il est le dernier des « liquidateurs » à disparaître , puisqu’il survola la centrale quelques heures après son explosion, à bord d'un hélicoptère qui larguait de l'azote liquide au dessus du cratère du réacteur 4. Son décès est du reste lié à cet épisode de sa vie qui a changé le cours de sa carrière. Dès 1986, et face à la fois au mensonge et à l’inaction du pouvoir soviétique, Nesterenko décide d'arrêter les travaux scientifiques de l'Institut de l'énergétique nucléaire de la Biélorussie, qu’il dirigeait et de faire étudier par les scientifiques de l’Institut , les conséquences de Tchernobyl aux fins d’aider les populations sinistrées. Il subit alors les foudres du régime : limogeage, pressions du KGB. Il a même échappé à deux attentats. Il fonde ,en 1990, avec le soutien d’Andrei Sakharov, ,Alès Adamovitch et et Anatoly Karpov l’Institut indépendant de radioprotection "Belrad"qui forme à la radioprotection les médecins, les enseignants, les infirmières.
Cet homme, qui mit en place un système de mesure de la radioactivité artificielle révélant des contaminations huit fois plus élevées que celles que publie le Ministère de la santé biélorusse, a consacré sa vie à la lutte pour la vérité et le silence qui a entouré sa mort est à la mesure de celui auquel il s’est heurté durant sa vie. Il est tout un symbole à lui tout seul, celui de l’impossibilité de débattre du nucléaire sur des bases d'informations objectives et partagées.
Un tel débat est-il possible ? Il ne s'agit évidemment pas seulement de la désinformation systématique à propos de Tchernobyl et de ses victimes que l’on comprend en se souvenant que l'Organisation Mondiale de la Santé ne dispose pas du droit de fournir des informations sans avoir obtenu au préalable l'aval de l'agence internationale de l'énergie atomique.
Pour toute autre industrie, la multiplication des incidents , dans de nombreux pays d'Europe occidentale, au cours de ces dernières semaines aurait donné lieu à une remise à plat du système de sécurité, voire à une interrogation plus large sur les conditions de fonctionnement de cette industrie, son rapport coût -avantage. Ainsi, indépendamment de la France avec ses multiples incidents et contamination de personnels, et notamment l'incident du Tricastin , classé niveau 1 par l’ASN , en violation flagrante de l'échelle INES qui classe obligatoirement au niveau 3 des incidents , tout rejet à l'extérieur d’un site, la Belgique est aujourd'hui dans l'actualité. Un accident de niveau 3 s'est produit le 24 août à l'Institut des radioéléments de Fleurus. Comme en France pour le Tricastin et comme d'habitude dès qu'il s'agit de nucléaire, l'alerte a été donnée en retard et les conséquences ont d'abord été minimisées par l'Agence fédérale belge de Contrôle nucléaire (AFCN). Mais, les faits sont tenaces .. et la consommation des légumes du jardin et du lait est maintenant interdite…
Chronique France-Culture du lundi 1er septembre
En Espagne, les incidents se sont multipliés : important incendie déclaré, le 24 août , à la centrale nucléaire Vandellos II (Catalogne) qui est arrêtée depuis, une trentaine d'incidents depuis le début de l'année En avril dernier, on a appris qu'une fuite radioactive avait eu lieu 6 mois plus tôt (!) à la centrale d’Asco I (Catalogne)
En Allemagne à Asse, une contamination de grande ampleur émanant de 126 000 fûts de déchets nucléaires stockés dans une mine de sel à toute épreuve menacerait de grandes nappes phréatiques.
En Ukraine, une fuite d'eau radioactive a provoqué l'arrêt d'un réacteur à la centrale nucléaire de Rivné (ouest de l'Ukraine)en juin, cependant que 6 jours avant, une fuite radioactive à la centrale nucléaire de Krsko en Slovénie a entraîné une alerte européenne qui a été levée sans que personne ne sache vraiment ce qui s'était passé.
Or, ces incidents non seulement peuvent avoir des conséquences sur la santé de personnes et les ressources sur de très longues périodes, mais encore mettent en péril les activités économiques voisines, à commencer bien sûr par les activités agricoles. A-t on seulement envisager ce que représenterait pour un pays comme la France, dont l'industrie agroalimentaire est une des premières au monde, une pollution radioactive importante sans même parler d'accident nucléaire.
Ainsi, il ne pourra y avoir de débat sur l'énergie et de prétention de l'industrie nucléaire à apporter une solution » durable » à la crise du XXIe siècle, sans qu’une réelle information, indépendante des acteurs de la filière, sur les coûts et les avantages, risques économiques et sanitaires inclus, puisse être débattue. Or même les coûts financiers réels sont inconnus, sauf dans le cas finlandais -parce que l'information vient d'un pays extérieur où la tradition de la transparence existe. Et dans ce cas, le coût de l’EPR a augmenté de 50 % portant le coût du réacteur à 4 milliards et demi d’euros.
Sans une évaluation objective des coûts réels et potentiels, des avantages en terme d’emplois ou de fourniture d’énergie en comparaison avec les autres énergies en particulier renouvelables, l’industrie nucléaire ne cessera de se fragiliser car la chape de plomb n’est pas éternelle et le temps est venu de la comparaison entre les voies possibles sur des bases objectives et partagées et de la nécessité de justifier de ses choix. Paradoxalement, les exigences de la finance parviendront plus vite à cette réalité que les exigences de la démocratie.
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17:26 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : corinne lepage, nucléaire





Commentaires
"Ainsi, il ne pourra y avoir de débat sur l'énergie et de prétention de l'industrie nucléaire à apporter une solution » durable » à la crise du XXIe siècle, sans qu’une réelle information, indépendante des acteurs de la filière, sur les coûts et les avantages, risques économiques et sanitaires inclus, puisse être débattue."
Merci pour ces informations .
il ne pourra y avoir de débat sur l'énergie que si naît dans ce pays une vraie volonté du débat ; volonté du débat et volonté de structuration ,organisation du débat .
Le débat est quelque choes de difficile demandant rigueur , organisation , moyens ; il ne peut être laissé "au secteur privé" mais doit avoir un vrai caractère et une vraie organisation publique . D'autre part il doit pouvoir être accessible à tous les citoyens et non rester confiné dans les "hautes sphères" .
Il y a donc un sacré travail à faire pour installer et faire vivre le débat public !
La question que je me pose : pourquoi les politiques , les partis , n'en font pas une revendication majeure et un sujet de réflexion prioritaire ? Non pas l'évoquer en criant débat débat débat mais un travail séreiux et approffondi étudiant comment une démocratie en 2008 pourrait se doter d'un véritable et efficace outil de débat public?
Le débat pour être efficace et sérieux doit méthodologiquement respecter des règles précises : l'ouverture à tous les acteurs , tous les citoyens , l'accessibilité et la médiatisation étant parmi ces règles ; une autre importante est de systématiquement globaliser le débat et de mettre le thème débattu en perspective avec l'orientation générale à long terme du pays ; ainsi débattre du nucléaire c'est non seulment débattre en terme d'avantages et inconvénients de cette énergie mais de la resituer dans le cadre plus global du bouquet énergétique et d'évaluer la durabilité générale de ce bouquet et du système sociétal l'utilisant .
Ecrit par : Di Girolamo | 03.09.2008
Merci pour ces précieuses informations, qui tranchent avec le mutisme des médias sur le sujet.
Il est vrai aussi que le débat sur l'énergie nucléaire est constamment remis à plus tard à cause de l'absence de proposition alternative crédible (ou jugée crédible par l'opinion).
Le plus consternant dans la prolifération actuelle des centrales nucléaires (loin d'être construites néanmoins), à laquelle notre président n'est pas étranger, c'est qu'on vend au monde une technologie qui est loin d'être totalement au point. Un peu comme si l'on vendait aux ménages français un frigidaire qui de temps en temps (la faute à pas d'chance surement), rendrait leurs aliments indigestes. L'achèteraient-ils ? L'UE ne l'autoriserait même pas sur le marché.
Et cela fait également partie d'un certain mensonge français. On nous a fait croire, depuis bien longtemps, que l'énergie nucléaire était tout à fait au point (ben oui il n'y a qu'à voir la bombe, ça marche), alors que des tas de problèmes inhérents, et pas des moindres, ne sont pas résolus. L'EPR étant bien entendu là pour nous faire croire que la recherche avance, alors qu'il ne représente aucune évolution sur le plan purement scientifique.
Ecrit par : Jo | 05.09.2008
Ce qui m'interesse le plus dans votre article c'est la question des consequences apres cet accident au Belarus. J'ai beaucoup d'amis qui habitent au Belarus et je vois que vraiment comme vous le dites il existe une fausse information des media. Mais la construction d'une nouvelle est en ordre de jour.
Ecrit par : Raymundo - Body Piercing | 21.10.2008
C'est bien evident que le gouvernement s'interesse a ce qui est tres econome. Maintenent c'est pas actuel de parler du petrole. Et il n'y a pas d'autres alternatives que l'energie nucleaire.
Ecrit par : Jonah - Hair Loss Product | 06.11.2008
Raymundo?! est-t-il vrai que au Belarus il y a le regime de la dictature?! je m'interesse a ce problemme beaucoup... merci
Ecrit par : Jonah - Hair Loss Product | 13.11.2008
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