22.09.2008

Corinne Lepage : "Changer ou disparaître"

Tout d'abord la sémantique du bâton a gagné, celle qui permet de présenter le changement de paradigme du développement soutenable comme une punition et non comme une solution. Bercy ,en créant le vocable de taxe pique nique qui n' évidemment jamais existé et Bernard Accoyer en lançant l'expression du » concours Lépine des taxes » ont cherché à anéantir tout l'effort pédagogique du grenelle , qu'il haïssent - et c'est un élément du problème-Le mieux vivre en dépensant moins grâce à une réduction des dépenses énergétiques, de santé ou de transport que permet un développement durable a laissé la place à une forme de dictature fiscale que représenterait le signal prix, Madame Parisot allant jusqu'à qualifier la réforme de quasi-soviétique.

En second lieu, l'UMP, canal bloqué, refuse a priori la démarche Grenelle et par voie de conséquence tout ce qui s'y rattache. La présentation devant le Parlement  de la démarche avait donné lieu à des échanges surréalistes de parlementaires dont l'horloge du temps s'est  arrêtée en 1960, voire 1970.Nous avons aimé le vote de la loi OGM. Nous allons adorer la loi grenelle précisément parce qu'elle est ressentie par ces parlementaires comme une dépossession du droit de la classe politique de tout décider et que l'expression de la société civile au XXiéme siècle est a priori exclue. Le temps est loin du discours de Nicolas Sarkozy proposant en octobre que les grandes orientations locales puissent être décidées par le groupe des 5 incluant les ONG. Nous sommes en face d'un esprit réactionnaire et revanchard sur ce qui pouvait apparaître comme des conquêtes de la société.

Ensuite, le deux poids , deux mesures dés lors qu'il s 'agit d'écologie devient fatiguant. Deux exemples parmi tant d'autres :La taxe senior annoncée en même temps que la fiscalité verte n'appelle aucune réaction. La hausse vertigineuse du prix du gaz et de l'électricité qui pèse sur les plus modestes et qui a été présentée comme nécessaire compte tenu de la hausse des prix du pétrole a fait peu de bruit alors que si ce motif avait été exact , les prix auraient rebaissé ce que personne n'a réclamé. La réalité est que ces hausses ont été consenties pour favoriser GDF dans le cadre de la fusion et renforcer les marges d'EDF, ce qui n'apporte évidemment rien à la société française dans son ensemble ; Mais là aussi, motus et bouche cousue.

Mais l'essentiel n'est pas là. Ce qui est dramatique, c'est le manque de compréhension de la crise de système que nous vivons. Le développement d'une économie verte, énergies renouvelables dont le nucléaire ne fera jamais partie - au passage la gravité de la situation à Tricastin ne devrait pas être passée sous silence- nouveaux matériaux, chimie verte, nouvelles mobilités, dématérialisation accrue, renaturation et protection accrue de la biodiversité, développement d'une économie de la matière première secondaire est la seule solution pour redynamiser l'économie française et nous accusons d'ores et déjà un retard abyssal. On peut comprendre que le séisme financier -au demeurant parfaitement prévisible- soit une cause supplémentaire d'angoisse. On peut admettre , à la rigueur, que le discours se focalise sur les responsabilités d'une finance immorale , comme si les pratiques françaises étaient un modèle de vertu. .En revanche, on ne peut pas accepter de continuer dans un système de pensée et d'action qui barre de son vocabulaire l'anticipation et la prévision, qui fait comme si la croissance allait reprendre sur les mêmes base que par le passé, avec les industries et les procédés du XX éme siècle . La crise actuelle a un côté salutaire en ce qu'elle démontre , comme le reconnaît Georges Soros dans son dernier ouvrage, la « faillabilité radicale »des construction s humaines à commencer par celle d'un prétendu équilibre des marchés. Nous changeons de paradigme et d'ordre du monde. Les gagnants seront ceux qui auront su comprendre les incertitudes mais aussi les tendances lourdes de ce nouveau mode. La transformation de l'économie réelle , d'un système de gaspillage à une économie sobre en fait évidemment partie ;
Puisque l'état de notre dette ne nous permet pas, à l'inverse d'autres Etats de mener une politique de soutien , voire de relance, profitons en pour aider à l'accélération du changement dans les modes de production et de consommation.

Cela suppose d'abord de sortir de la schizophrénie ambiante dans laquelle le gouvernement prône à juste raison les économies d'énergie et où le prix incite au changement de comportement, et dans le même temps se plaint, par une forme de culpabilisation des contribuables des moindres rentrées fiscales liées à la baisse des ventes d'essence (moins 15% en août)  Bravo ! Vivent les voitures encore plus économes, les centrales de mobilité permettant de systématiser le co-voiturage et les ventes de vélos. La politique proposée par Jean Louis Borloo avait précisément pour objet, par ces temps de portefeuille désespérément  plat, d'inciter les consommateurs à pouvoir procéder à ces investissements, très vite rentable et générateurs d'économies, grâce au bonus. Et c'est ce que refuse Bercy au motif que le malus doit équilibrer le bonus et que le bonus marche trop bien ! Que ce serait-il passé sans bonus dans l'industrie automobile ? une baisse de l'activité très lourde ressentie dans d'autres pays. Certes, nos constructeurs se plaignent de la faiblesse des marges sur les petites voitures. Mais mieux vaut de faibles marges que pas de ventes du tout !

En fustigeant la seule politique capable de préparer l'avenir dans ces temps particulièrement troublés, nul ne peut douter que les responsables se sont tirés une balle dans le pieds , ce qui n'est pas grave, mais en ont tiré une dans celui de la société française, ce qui l'est infiniment plus.

Corinne Lepage

Chronique France-Culture - 22/09/08

Commentaires

Je suis pour le principe d'une fiscalité verte si ce qui est gagné pouvait permettre d'investir dans les technologies d'économie d'énergie et les énergies vertes. Je sais que selon les principes de finances publiques actuelles, ce n'est pas officiellement possible, mais on a bien prétendu que ça l'était dans d'autres cas (vignette automobile, lundi de Pentecôte etc).
La "taxe pique-nique" était ridicule en ce qu'elle ne s'attachait qu'à résoudre un problème moins grave et urgent que d'autre, sans passer par la case pédagogique.
Une écotaxe similaire, mais sur d'autres produits comme le bonus-malus automobile est beaucoup plus à propos (il faudrait d'ailleurs constamment remettre ce bonus-malus à jour pour que l'industrie automobile ne reste pas sur ses acquis).
On revient sans cesse au problème que la vie est chère pour les ménages, et que la situation économique actuelle est loin d'être idéale. Cette politique de l'autruche commence à sérieusement m'agacer, étant donné que l'on ne fait que repousser l'inévitable. Le chagement climatique est beaucoup plus rapide que prévu, les pôles fondent à une vitesse dépassant les prédictions - et les résultats sur l'économie seront bien plus graves que la crise actuelle si l'on agit pas maintenant.
Il faut que l'on garde le changement climatique au centre de tout les débats si l'on ne veut pas laisser à la prochaine génération une situation ingérable.

Ecrit par : Juliette | 22.09.2008

Ce n'est pas la peur de l'avenir qui est bloquante , mais le manque de modèle alternatif qui créé beaucoup de confusion .

1 - Dans le tout urbanisé , il n'y a plus rien à faire et c'est trop tard . Quand l'énergie coûtera trop cher , il faudra fuir les grandes villes .

2 - Mais pour trouver quoi ailleurs . et bien rien de plus parce que la sensibilité ' verte ' n'est pas plus développée . Dans ma ville de 10 000 habitants , il n'y a pas plus de parking vélo qu'à Paris . Depuis le Grenelle , il y a de bornes à vélo , mais c'est impossible de leur faire apparaitre physiquement sur le plan de la ville .

3 - Le maire temporise et attend , qui sait une rentrée fiscale , ou la venue de MR BORLOO dans son bureau ...

Ecrit par : Bernard Mulot | 22.09.2008

J'entends parler de taxe pique-nique, de bonus-malus. Mais tout cela concerne les consommateurs. Que faut-il faire pour que les industriels deviennent eux aussi plus "verts" ? Et si eux le deviennent, les consommateurs suivront.

Ecrit par : libre | 22.09.2008

... les industriels deviennent eux aussi plus "verts" ... D'abord , une conscience verte ne peut pas s'apprendre dans le système éducatif actuel . Il faut sortir du système presse citron et arrêter de théoriser le bon et le mauvais .

- une taxe verte , c'est bien mais il faudrait qu'elle apparaisse sur la taxe d'habitation . Je l'écrivais plus haut . Il y a des arrêts bicyclette dans ma ville , mais pas de plan papier

- des arrêts vélo en location , style vélib , ce n'est dans toutes les villes que peut fonctionner le principe de la location

- poser sa bicyclette , c'est facile en théorie , mais en pratique dans bon nombre de centres commerciaux , c'est impossible ! C'est une autre organisation , plus respectueuse du transport deux roues qu'il faut rendre possible

- le laboratoire ' vert ' , pour mon cas particulier , c'est le commerce de proximité , et c'est dans ce domaine qu'il faut avancer . Prenez votre bicyclette et allez chez le médecin ou dans une pharmacie . Ne trainer pas trop , parce que dans ces lieux le personnel à son parking et il est souvent mal délimités ( et vous mettrez vite les pieds dans le plat ! )

- rien que dans les parkings ' dit public et proche de la santé ' , le lobby pétrolier impose son empreinte . Il est donc regrettable et depuis longtemps , qu'une place ne soit pas prévue entre parking ' du personnel ' et parking ' client ' . La place de parking ' écolo ' , c'est n'importe où , sauf sur un parking ...

- pour conclure , semez le trouble avec votre bicyclette et redonner vie au commerce de proximité

Ecrit par : Bernard Mulot | 22.09.2008

J'insiste, mais au même titre que j'ai dit et écrit qu'EDVIGE est grave car cela trahit un mode de gouvernement pernicieux, et que la forme était toute aussi détestable que le fonds, le recul sur la fiscalité verte procéde des mêmes errements.
Ne cherchez pas revenez a "la mére de toute les réformes", il faut revoir de toute urgence les mandats confiés, et demander des obligations de résultats a nos élus.
Je reprendrai l'excellente remarque d'un visiteur du site www.libracteur.fr, Les partis, sont en train de concocter les listes pour les EUROPEENNES, combien de citoyens savent qui est leur EURO DEPUTE, quel position il a pris a BRUXELLES ou STRASBOURG, quel compte il rend a son électorat? Cela peut vous paraître peu porteur, c'est pourtant par là qu'il faut commencer.On y verra plus clair et le citoyen situera bien les responsabilités; Je suis désormais convaincu, qu'a l'heure des défis posés, il faut sortir du champ clos des partis, pour migrer trés vite vers les majorités d'idées ou de convictions vraies. Dés l'instant ou un candidat saura que le label UMP ou PS n'est plus garant d'une élection, il briguera un mandat sur sa conviction et uniquement sur elle. Cela évitera les reniements et les ralliements pour un plat de lentilles!!!

Ecrit par : HASSELMANN | 23.09.2008

C'est bien le problème de renoncer aux premiers pas de la création d'une économie verte pour quelques mois de plus d'un système prédateur des ressources et destructeur de l'environnement.

Ecrit par : AlainD | 23.09.2008

Autant j'adhère au fond du discours ( hormis certains points à préciser) , autant je trouve la forme complètement nulle en matière de communication
Immense bloc compact de phrases écrites en petits caractères, Madame Lepage vous n'allez attirer que ceux qui souhaitent vous lire et faire fuir ceux qui auraient besoin de vous connaitre et comprendre l'importance de la démarche en protection de l'environnement.
Faites un effort de présentation sur ce blog pour l'ouvrir à plus ample auditoire

Ecrit par : Anisml | 26.09.2008

@ Anisml : J'ai le même avis sur la présentation du blog et bon nombre d'élus républicains ne font pas mieux , avec je pense un cursus en informatique qui ne leur donne pas le temps de suivre les évolutions récentes .

Voici le blog d'une jeune informaticienne , plus dans la mouvance des développements de l'informatique :

http://liseweb.fr/BLOG/

Ecrit par : Bernard Mulot | 26.09.2008

Oui ! Madame Lepage, il faudra un peu plus que la taxe "pique-nique" pour financer la guerre en Afghanistan que votre ami Bayrou a gentiment cautionné après être allé à la messe !
Vous pouvez, vous, Madame Lepage, nous dire ce qui s'est passé et argumenté sans mystère si écologie rime avec uranium appauvri ? Et bien oui, ça rime, les faits sont têtus !

Ecrit par : cœurDeCible | 26.09.2008

Venez commenter, avec le sourire, l'actualité politique sur :

http://revuedepresse2anes.m6blog.fr/

Le blog de La Revue de Presse des 2 Ânes, l'émission diffusée chaque mois sur Paris Première.

Ecrit par : PARIS PREMIERE | 28.09.2008

Où sont les grands groupes d'opinion , pour soutenir une fiscalité verte ?

C'est un calendrier avec les prochaines échéances électorales , qui manque sur ce blog .

Comme toujours , après des mauvais résultats économiques et du chômage , une alternance et une reconstruction ' virtuelle ' , sera mise en balance devant les urnes électorales ( une de plus ... ) .

Ecrit par : Bernard Mulot | 28.09.2008

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