06.10.2008
Corinne Lepage: la crise financière, les lobbys et le projet de loi Grenelle
Rapprocher la crise financière , les lobbys et le projet de loi Grenelle peut paraître pour le moins surprenant. Et pourtant !
Le tsunami que représente la crise financière n’est qu'à ses débuts. Les premières victimes collatérales en sont les parachutes dorés futurs et sans doute quelques recherches de responsabilité passées. Mais, si certaines personnes physiques sont à incriminer incontestablement, rien de sérieux ne pourra se faire sans que le système dans son ensemble soit mis à plat. Or, dans le questionnement interviendra obligatoirement le rôle des lobbys dont le journal « le Monde « soulignait cet été que le Congrès prenait bien trop de décisions sous leur influence, le lobbying n’étant pour certains observateurs que de la corruption déguisée. Aux États-Unis, même si, à la suite de l’affaire Abramoff, condamné à six ans de prison et 23 milliards de dollars dommages et intérêts du fait de corruption, le « législative Transparency and Accountabillity Act a été renforcé, il n'en demeure pas moins que les abus sont et ont été multipliés et qu'il conviendra de rechercher dans quelles conditions ont été modifiées les lois qui précisément auraient empêché la débâcle à laquelle nous assistons, remettant ainsi sur le tapis la question fondamentale des conditions dans lesquelles sont votées les lois censées défendre l'intérêt général.
En Europe, le Parlement européen a voté en mai 2008 un rapport destiné à renforcer la transparence des lobbyistes et à connaître la totalité de leurs sources de financement. Devrait en sortir un registre public communs à toutes les institutions et un code de conduite dont Transparency et internationale dans a d'ores et déjà indiqué qu'ils serait notoirement insuffisant ; en effet, non seulement les frontières entre le lobbying et la corruption ne sont pas étanches mais de surcroît, un lobbying unitéral, dont les conséquences ne sont évidemment pas pesées, constitue un risque grave pour l'économie, nous en savons quelque chose, et pour la démocratie. A l’évidence, la masse des citoyens ne dispose en rien de lobby puissant capable de se faire entendre et dans la mesure où les parlementaires ne sont saisis par les représentants d'intérêts particuliers, il est difficile de rétablir l’équilibre.
En France, nous n'avons rien malgré la proposition présentée à deux reprises par Patrick Baudoin et Arlette Grosskott, députés UMP pour établir des règles de transparence des représentations d'intérêt . Pas de règles signifie que tout est permis, les lobbys faisant passer aux députés des amendements prêts à l'emploi qui se retrouvent à la virgule près sous la signature d'un certain nombre de nos représentants. Le projet de loi Grenelle ne fait évidemment pas exception à la règle et les amendements présentés, qui est en réalité détricotent l'esprit du projet de loi et anéantissent son contenu portent tous la patte de nos lobbys habituels :
-- commençons par le plus efficace, le lobby nucléaire qui, a obtenu sous le prétexte fallacieux de ne pas privilégier une énergie par rapport à une autre , de relever le seuil de 50 kW heure dans les habitations , pour permettre aux bâtiments neufs chauffés à l'électricité, nucléaire bien sûr de ne pas atteindre ce seuil et d'être moins isolés et beaucoup coûteux pour leurs habitants. Au passage, c'est un signe négativement fort pour les bâtiments sobres en énergie et pour le développement de toutes les activités économiques du BTP et des énergies renouvelables concernées. Rappelons, s'il s'agit d'avoir une vision économique des choses, que le coût du démantèlement des installations nucléaires civiles dans le monde vient d'être chiffré 1000 milliards de dollars par le colloque de l’AIEA réuni à Avignon le 2 octobre dernier.
-- continuons par le lobby des phytosanitaires ou de l'agrochimie et de la FNSEA qui ont obtenu que soit adopté un amendement revenant sur le retrait du marché des substances dangereuses au motif qu'elles pourraient être utilisées par nos voisins européens. Ainsi, la France restera le deuxième utilisateur mondial de pesticides y compris ceux dont la cancérigénéité est reconnue où ceux dont l’impact sur les abeilles paraissent probables.
-- l’étape suivante nous conduit vers le BTP et le lobby autoroutier compte tenu de la trame verte et bleue permettant de créer une continuité territoriale des grands ensembles naturels ne sont plus opposables aux grandes infrastructures. Autrement dit, le respect de la biodiversité et la compréhension de l'importance majeure du service rendu par la nature sont renvoyés à des temps meilleurs.
D'autres exemples pourraient malheureusement être donnés.
Notre incapacité à tirer les leçons des catastrophes qui nous affligent est probablement l'aspect le plus grave de la crise de système dans laquelle nous sommes entrés. Injecter des milliards d'euros dans le système financier pour continuer à agir sur la base du »business as usuel », continuer à privilégier les intérêts particuliers et immédiats au détriment d'une appréciation globale des décisions qui sont prises, c'est-à-dire après une véritable étude d’impact financière économique et sociale, est dramatique. Mais surtout, refuser de comprendre que nous sommes en face d'une urgence à changer de mode de développement et que la reconversion industrielle vers une économie sobre est la seule sortie possible, est suicidaire. Nous avons la chance de pouvoir, avec le Grenelle, concevoir un projet global de développement. Espérons que les lobbys qui ont obtenu jusqu'à présent de maintenir leur rente de situation et pour certains d'entre eux, de profiter d'une rente financière indue, ne priveront pas l'immense majorité des Français de pouvoir espérer dans un avenir soutenable. A nos élus de relever le défi !
07:30 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : corinne lepage, grenelle





Commentaires
Le défi paraît difficile à relever.
Après un Grenelle de l'environnement qui permettait l'espoir, la crise financière, la récession et les lobbys auront sans doute des conséquences dramatiques sur notre avenir écologique.
Comment ne pas être en panne d'idées ?
BGR : MoDem du Pays Basque (64)
http://bgr.hautetfort.com
Ecrit par : BGR | 06.10.2008
il est un autre lobby qui oeuvre avec éfficacité celui des insdustriels des materiels technologiquement avancés, qui persuadent les élus a normer en matière de santé et certains médecins a sauter le pas.
je sais l'occasion pour attirer votre attention sur un article d'Arnaud MOUROT DG d'ASHOKA FRANCE intitulé "L'économie Sociale peut rimer avec la croissance".
l'auteur reprend les thémes que nous portons depuis 2002, et que j'ai du mal a faire entendre.Comme indiqué a CORINNE j'interviens a 3 reprises en octobre, en points presse et colloques, cela va me fournir les tribunes, que ni CAP 21 ni le MODEM n'ouvrent a l'heure actuelle, trop préoccupés de personnaliser à outrance!!
Ecrit par : HASSELMANN | 06.10.2008
Excusez moi, mais l'article évoqué supra est dans LES ECHOS de VENDREDI 3.10 et ASHOKA organise le 9.10 "ENTREPRENDRE AUTREMENT POUR CHANGER LE MONDE" (www.ashoka.fr).
Nous y serons en principe au titre de LIBR'ACTEURS (www.libracteur.fr),mais en cette occasion comme en toutes autres, nous faisons un lien avec CAP21.
Bonne semaine.
Ecrit par : HASSELMANN | 06.10.2008
L'amendement concernant les phytosanitaires nous précise même que l'objectif de 10 ans pour la suppression de ce type de produit est irréaliste !
Ecrit par : Christian ch | 06.10.2008
QUE FAIRE PAR GROS TEMPS ???
Ecrit par : JAMES CARREYRE | 06.10.2008
Nous voulons que nos élus fassent du bon boulot? Qu'ils pensent "intérêt général"? C'est très simple :
1- Payons les deux ou trois fois moins
2- Limitons à deux mandats toute carrière politique
Ca marcherait immédiatement!
Mais comme c'est eux qui seraient amenés à voter de telles limites, nous sommes contraints de les supporter et de payer pour leurs gravissimes incompétences.
Alexis
Ecrit par : ALexis | 07.10.2008
Bravo Corrine pour votre édito à France culture. Ce qui a été dit par Jacques Généreux ensuite sur la cause principale des déréglements du marché financier , savoir la libre circulation des capitaux était très juste. Je voudrais ajouter qu'à chaque crise, on injecte des liquidités, c'est à dire comme on disait jadis, "on fait marcher la planche à billets". non seulement c'est immoral, puisque ça sauve la mise à des spéculateurs inconscients, mais surtout c'est inefficace. En effet, à mon avis, il y a trop d'argent, globalement. Je peux dire pourquoi plus loin. Et comme il n'y a pas assez de demande solvable, ou de pouvoir d'achat, c'est, d'un côté la crise pour les industries, et de l'autre, cet argent s'investit dans des actions et autres titres financiers, ce qui les fait monter, ainsi que dans des biens dont l'offre n'est pas élastique: Villas sur la Côte d'Azur, immobilier, tableaux, etc.. Et , par conséquent, si l'on rajoute de l'argent, il est inévitable qu'une autre crise financière se produise. J'ai encore pas mal à dire si cela vous intéresse. amical souvenir.
Daniel Lanz
Ecrit par : Daniel | 07.10.2008
Merci Corine pour votre volontariste et votre optimiste malgré la désinformation ambiante de plus en plus présente sur le climat (cyclique et pas Co2) sur les énergies renouvelables (éolien pas bien si pas vent, solaire trop cher et panneaux à recycler polluants). Par contre on nous vend l'hydrogène qui bien entendue couplé à nos fututes centrales de 4 éme générations (encore dans les têtes de nos ingénieurs) produiront de l'énergie super propre. Bien sûr l'industrie de l'atome n'a pas de pb de recyclage. ;-)). en attendant quel est le bilan energétique de la production d'hydrogène sans parler des pb de stockage ? .. difficille de convaincre que l'on doit passer par une révolution industrielle verte si l'humanité veut sans sortir sans être catastrophisme pour effrayer les personnes peu en empathie avec la nature... le chemin à parcourir va être long (malgré l'urgence) et la pente est raide..Tiens cela me rappelle quelqu'un...et si c'est crise financière pouvait faire prendre conscience mais j'ai l'impression que l'on est reparti pour un nouvel hold up. j'ai même entendu dire des banquiers ou autres spéculateurs que la faute était à partager avec ces "pauvres" qui avait accepté ces credits immobiliers alléchants... pour certains aucune culpabilité ou remord malgré qu'ils soient à l'origine des règles de ce poker menteur...enfin l'Etat (nous ) est là pour colmater les brèches .
Ecrit par : Christophe | 08.10.2008
ceux qui le souhaitent peuvent tout à fait envoyer une contribution a fortioro lorsqu'ils sont membres de CAP21!
Ecrit par : corinne lepage | 12.10.2008
Bonjour Madame Lepage, j'avais entendu la chronique du 6 octobre au sujet des lobbies et du grenelle de l'environnement dans ma voiture, et suis heureuse d'avoir pu en trouver le texte sur ce blog que je découvre.
J'ai vu aussi le "post" sur l'action des lobbyistes de l'incineration. Je sais que là où l'on installe un incinerateur, pas la peine d'imaginer mettre en place un tri sélectif : l'incinérateur a besoin de tous les déchets produits pour les bruler, pour fonctionner. Cela n'aide pas non plus à faire baisser la quantité des déchets... il a besoin de plastiques (PET), notamment pour l'aider à brûler les déchets trop humides... sans parler de tous les inconvénients pour l'environnement et la santé.
N'y a-t-il vraiment rien à faire pour contrer ces influences que vous dénoncez, et dont on entend je crois peu parler (je suis peu devant les infos télé et radio) ? Les lois sont-elles passées, pas de recours ?
Avec mes remerciements pour votre professionnalisme.
Claire
Ecrit par : claire menissier | 28.10.2008
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