13.10.2008

Corinne Lepage: la crise peut être salutaire si............

La gravité de la crise , qu’on ne peut mesurer aujourd’hui en particulier dans ses conséquences sociales et géostratégiques et d’autant  plus forte que la crise est mondialisée, est largement due au fait que, comme l’a si bien dit Jean-Pierre Dupuy nous ne croyons pas ce que nous savons . C’est bien pour n’avoir pas cru possible le crach qu’ils savaient inévitable que les traders et autres financiers parfaitement avisés en ce qui concerne leurs intérêts personnels et parfaitement fous pour le reste de la société nous ont conduit au gouffre. Il ne faudrait pas qu’au tsunami financier vienne s’ajouter le tsunami climatique et écologique que les rapports du GIEC d’une part, des organismes mondiaux de protection de la nature d’autre part ne cessent de nous annoncer.

 Or, ce que n’ont pas compris ceux qui torpillent le Grenelle ou qui veulent remettre son examen à plus tard pour cause de crise financière, c’est que les deux sujets sont étroitement liés car c’est le système qui doit changer dans un nouveau paradigme autour de l’écolonomie . Si nous y parvenions, alors, paradoxalement cette crise serait salutaire.

 A court terme, il est impératif que l’effort colossal que font les Etats pour injecter des liquidités ne soient pas détournés de leur but : financer l’économie réelle et non pas faire perdurer un  système spéculatif , qui parie aujourd’hui sur la baisse pour gagner deux fois : une fois en vendant grâce aux nouvelles liquidités, ensuite en rachetant à « la ramasse » les actions décotées d’entreprises parfaitement saines. Pour ce faire, il est indispensable , comme le propose Jacques Attali, que les banques ne puissent jouer sur les dérivés et les marchés à terme . De la même manière, toute relation avec les hedge funds situés dans les paradis fiscaux , auxquels il conviendrait une fois pour toute, de mettre un terme devrait être proscrite. Cela rendrait beaucoup plus difficile la vie de l’économie noire et grise – dont on ignore aujourd’hui comment elle se comporte dans cette crise - et permettrait de s’attaquer réellement à la corruption dont le coût démocratique et économique est immense.

 Cette politique permettrait de réintroduire dans le système financier une finalité, non pas celle de vider la substance du reste de la société pour assurer des profits réels reposant sur des richesses virtuelles, mais de financer une économie utile au reste de la société. La nationalisation partielle ou totale des banques rend incontournable  cette nouvelle orientation, faute de quoi le comble du cynisme et de la bêtise serait atteint : le contribuable, lésé par le crach , lésé par le détournement des fonds au profit de quelques uns , le serait une troisième fois en voyant les fonds publics alimenter le capitalisme financier. C’est également dans cette optique que le crédit aux PME est fondamental.

  Ce choix est impératif car la question du travail et de la redistribution va se poser avec acuité. Il est indispensable de sauver aussi les ménages confrontés à des prêts relais en fin de course, à tous ceux qui ont empruntés avec des taux variables et confrontés au surendettement. La question des salaires va se reposer d’autant plus sévèrement que le crédit ne remplira plus la mission que les américains lui ont conféré .

 La nécessité de financer la troisième révolution industrielle, celle de la société post-pétrolière doit précisément être le moyen à la fois de donner une direction à une politique keynésienne indispensable pour sortir du chaos économique dont la consommation ne peut être le moteur, et de mettre un terme à une croissance qui scie la branche sur laquelle l’humanité est assise. C’est la raison pour laquelle tous les chantiers d’un développement soutenable doivent être engagés avec des priorités fondées sur l’efficacité , la solidarité et une évaluation coût- avantage appréciée de manière globale . C’est l’innovation, le retour à une économie de proximité, la révolution énergétique , les nouvelles applications des NTIC à la crise écologique qui vont conduire la relance.

 Tout ceci n’est possible qu’en revoyant complètement la gestion de la maison terre. Les Etats ont une révolution culturelle à accomplir par la reprise en main des grands choix abandonnés au marché, sans régle ni contrôle. Les organes politiques de l’ONU, les institutions de Bretton Woods doivent être profondément changés pour faire entrer les grands pays du sud et être dotés de vrais moyens d’action. Et il va sans dire que la nécessité d’une Europe politique unie et puissante est un impératif.

 Enfin, et c’est peut–être le plus important, avec la bulle financière explose la bulle du tout consommable et de la croissance sans fin , utopie du monde occidental qui s’accompagne d’un hypermatérialisme et de la perte du sens . Nous sommes renvoyés à une forme de précarité, à réapprendre à apprécier les choses simples de la vie , à remettre les priorités dans l’ordre et à rechercher uen éthique pour les autres comme pour nous même.

 Si la crise permet tous ces changements et à la condition de veiller à la solidarité durant les temps difficiles que nous allons vivre, alors la crise aura été salutaire.

 Tribune France-Culture du lundi 13 octobre

 

 

 

 

 

Commentaires

Avez-vous vu la conférence de presse de Sarkozy au mondial de l'automobile, dans laquelle il dit qu'un miliant écolo est un "agité du bocal"? En dehors de l'habituel desespoir que cela m'inspire sur les manières de quelqu'un censé représenter la France, je suis très inquiète de voir que d'après Sarkozy, quelqu'un qui dénonce les émissions des voitures comme un danger pour le climat est un fou.
Ceci laisse aussi suggérer que Sarkozy n'a jamais vraiment prit le Grenelle au sérieux, si pour lui, s'attaquer aux emissions de voitures n'est pas raisonable...

Ecrit par : Juliette | 13.10.2008

-"A court terme, il est impératif que l'effort colossal que font les Etats pour injecter des liquidités ne soient pas détournés de leur : financer l'économie réelle ...".

Rappelons toutefois une chose, l'état n'injecte pas de liquidé au sens création de monnaie ou même par la mise en place d'un emprunt d'état ; il modifie les règles d'accès à l'épargne des français en faveur des banques pour une création de ligne de crédit en faveur des PME-PMI, et ce pour une somme d'environ 27 milliards.

Maintenant, certaines questions se posent : pourquoi 27 milliards, sur quelles bases de calcul ou de comptabilité et comment cela a-t-il été calculé en moins de 3 jours ? Là, on frôle la fumisterie. Comment seront réparties ces prêts, et à quel usage ? Développement structurel ou consolidation de trésorerie dans l'attente d'une relance de la "croissance" ?
Comment garantir l'accès réel de ces lignes de crédits aux PME sans la mise en place d'une commission de surveillance indépendante ; peut-être que CAP21 devrait demander la mise en place d'une telle surveillance.

Une autre chose m'interpelle en ce qui concerne les 27 milliards ; si l'on fait un rapide calcul (et en trois jours il est largement faisable) on peut s'apercevoir que ce montant correspond à la perte de valeur des actions des banques au CAC 40 (différence des valeurs nominales des actions par le nombre d'action sur le marché) auxquels on additionne les pertes "déclarées" par certaines banques avec les subprimes.

Une fois de plus ne nous faisons pas berner, cela ressemble plus à un refinancement du capitalisme financier au détriment de l'économie réelle ou éco-réelle ; comme aime à le dire certain, "nous mutualisons les pertes et privatiserons les profits".

Ceci vaut pour la crise financière, mais par extension elle devient crise économique et sociale. Corinne, ce que propose Jacques Attali et que tu approuves ne peut en aucun cas être suffisant.
En dehors du fait qu'Attali fait parti depuis plus de vingt ans de ce schéma intellectuel qui nous a conduit là où nous en sommes aujourd'hui, c'est non seulement l'interdiction faites aux banques de jouer sur les marchés, mais surtout que l'état puisse récupérer sont droit de création (ou destruction) monétaire laissée depuis plus de trente ans à ces dernières (merci Giscard). Rappelons juste à ce sujet, que sur les 1300 milliards de dettes de l'état français, plus de 900 milliards sont des intérêts bancaires.

Pour sortir de ce marasme, il ne suffira pas de mettre en place des nouvelles règles du jeu, mais également de séparer les fonctions bancaires en les faisant exercer par des entités distinctes (proposition faites par Maurice Allais prix Nobel d'économie 1988) et surtout cela permettra de régulariser l'évolution économique et l'inflation.

Effectivement, cette crise bien que douloureuse pour les plus faibles peut devenir salutaire, à conditions d'y mettre les moyens, pas seulement financier, mais également sociétale.

Les propositions faites hier par le président et les collègues européens ne fait que vouloir remettre en route la même machine infernale, avec quelques réglementations édulcorées ; en ce qui nous concerne (nous les braves payeurs) ce que l'on nous propose n'est simplement qu'une absence de visibilité : quid de la valeur réelle des produits et des entreprises, ou des actions, et rien sur l'Humain au milieu de cette économie et rien sur la réalité écologique.

Les dégats seront énormes, pas seulement en termes de chômage mais en dehors de nos frontières par la crise alimentaire que cela va créer, qui va empêcher les spéculateurs de recommencer leurs petits jeux de fixation des prix en cotation continue sur les marchés ; c'est le seul moyen qu'ils ont pour se refaire une "cerise" rapidement, car une fois de plus les réglementations arriveront sur le marché mais après l'argent du plan Paulson ou du plan Européen.

Ecrit par : jean françois broggio | 13.10.2008

Et oui comme dit précédemment, les financiers se refont déjà la "cerise" après l'annonce du plan de garantie faramineux annoncés par les différents états européens.

Seul les moyens financiers ont été mis en place, les règles viendront plus tard. Les petits porteurs ont perdus énormément, et les financiers ont trouvés toutes les garanties pour continuer.

ECOEURANT

Ecrit par : jean françois broggio | 13.10.2008

Le dossier que je défend sur la valorisation des sous produits agricoles en chauffage rentre complétement dans les propos que vous teniez sur France Culture.
- environnement
- emploi
- solidarité
- proximité
tous y est.

Ecrit par : GL | 14.10.2008

Désiolé mais le paradigme, pour reprendre un mot que Corinne affectionne, c'est un nouveau modéle economique, mais surtout et avant tout un nouveau modéle de fonctionnement démocratique.Si nous en sommes là ou nous en sommes, c'est par le biais de l'addition de l'incompétence d'élus qui ont des petites mains et des lobbyistes pour écrire et pensez pour eux.A la suite vous y ajoutez une pinçée d'opportunistes qui ont vite vu ou il y avait de l'argent facile a faire, avec une économie "HORS SOL", ou le coût historique ne sert plus et ou l'on peut refiler du vent ou le mistigri par le biais de la titrisation, et des nouvelles normes comptables anglo-saxonnes.
Faites un tour sur LIBR'ACTEURS (www.libracteur.fr), je viens d'y mettre un billet intitulé PRENONS RANG, vous comprendrez la suite......
Bonne lecture.

Ecrit par : HASSELMANN | 14.10.2008

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