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16.10.2008
Corinne Lepage: « 250 millions de réfugiés climatiques dans 30 ans »
Quel lien faites-vous entre développement durable et éthique universelle pour la paix et la sécurité ?
Les risques climatiques et la pénurie de ressources jointes à la crise alimentaire et à la croissance des inégalités, tout cela, appartenant au développement durable - qui n'est pas que de l'environnement, contrairement à ce que l'on croit généralement - fait qu'il y a une véritable menace pour la paix dans le monde.
Car les États ont tendance à se recroqueviller pour assurer le minimum de la sécurité alimentaire et énergétique. Avec l'idée de développement durable, il s'agit de trouver, au-delà des différences, ce qui rapproche tous les hommes et les femmes.
Quand on parle de partage entre les États, sommes-nous prêts à accepter de donner aux autres, à ceux qui, dans vingt ans, seront 50 % de plus ?
Non. La grande difficulté est que les Occidentaux sont nombreux à ne pas se rendre compte qu'il ne s'agit pas seulement d'une question d'éthique et de générosité. C'est une question d'intérêts. Les réfugiés climatiques pourraient être 250 millions dans les vingt ou trente ans à venir : le fait de leur permettre de pouvoir vivre dans leur lieu de naissance n'est pas sans intérêt... Y compris pour eux-mêmes !
Le coût des matières premières ainsi que les conditions climatiques sont-ils, selon vous, à l'origine de tensions qui ne pourraient que croître à l'avenir ?
C'est pour cela qu'il faut avoir présent à l'esprit que les sujets de développement durable sont aussi des sujets de gouvernance, à la fois nationale et internationale. La pression sur les ressources et les risques de pénurie peuvent laisser supposer que, si les systèmes démocratiques ne sont pas efficients, il faudra des systèmes autoritaires. Donc, il y aura menace pour les libertés publiques. S'ajoutent des menaces de guerre pour garder un accès à l'eau ou à d'autres ressources énergétiques essentielles.
Après la secousse financière et le glissement de la plaque sur laquelle ils se sont enfoncés, les USA auront-ils le même poids, à l'avenir, dans un contexte de mondialisation ?
Non, je crois que nous sommes entrés dans un monde multipolaire. La crise financière actuelle a bien des points communs avec la crise écologique. Par exemple, ses causes qui tiennent à un manque de responsabilité et à un rapport au temps qui est totalement faux. Nous sommes devenus une société de l'immédiateté. C'est ce qui a largement entraîné la crise financière d'aujourd'hui et c'est ce qui est à l'origine de la crise climatique et écologique que nous vivons. Par ailleurs, l'hypercapitalisme financier, qui a dominé les trente dernières années, est à l'origine d'un non-développement d'une économie durable.
Quelles premières leçons tirez-vous de la crise qui secoue la planète économique ?
Nous pourrions utiliser cette crise pour imaginer une troisième révolution industrielle afin de trouver des réponses à la fois aux enjeux sociaux et environnementaux. Mais je ne suis pas certaine que nous pourrons y arriver avec l'organisation du monde actuel.
Vous êtes donc pessimiste ?
Non, dubitative.
Recueilli par
Édouard MARET.
08:35 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : corinne lepage







Commentaires
Trois mesures immédiates :
- l'écologie comme enseignement , et à la place de la ' technologie & informatique ' , qui prennent trop de place dans le cursus , primaire , collège , lycée
- des filiaires post bac orientées vert une économie ' verte ' , c'est ce que les marchés financiers attendent , de l'espoir pour les 30 prochaines années
- le grenelle a globalisé la situation , mais cela fait 30 ans qu'il faudrait taxer les pollueurs ou construire autrement , tout simplement en orientant mieux les constructions par rapport au cycle solaire . Par exemple , le chauffage réversible ' chaud - froid ' , mais c'est la clim qui tourne les étés sans interruption , et la demande de consommation électrique va exploser ...
Ecrit par : Bernard Mulot | 16.10.2008
Ce qu'en pense yves cochet :
http://www.yvescochet.net/wordpress/?p=153
Ecrit par : Di Girolamo | 18.10.2008
@ giro - Yves Cochet anticipe sur le long terme ; mais concrétement sur le moyen terme , il ne propose rien ...
Dans cette posture , il a beaucoup de contradicteurs ! Le problème de la crise financière mondiale est une tactique entre les mains des plus puissants - les 10 plus fortunés de la planète détiennent 90 % du capital mondial .
Tant que les ETATS qui se disent civilisés , consommeront du capital pour couvrir leur dettes , l'économie sera faussée par des opérations spéculatives . Le prêt contre des services a des limites que l'intelligence n'arrive pas à encadrer ...
Ecrit par : Bernard Mulot | 18.10.2008
@ Bernard
Je ne distingue pas le long terme du moyen et court terme. Pour moi l'action politique c'est l'acquisition (par le débat ) d'une vision collective de la société et de son avenir (long terme) et la planification démocratique et participative pour faire émerger cet avenir ; avec des actions à court et moyen terme qui sont là dans le cadre d'une stratégie de projet (long terme) .
Dans le régime politique qui est le nôtre , il n'y a pas formulation du projet et donc on agit à court et moyen terme grâce à de la gestion et au rapport de force, le long terme étant une notion sans vrai contenu et sans formulation : nous n'avons pas de projet .
Yves Cochet a le grand mérite d'aller voir à long terme ; reste c'est vrai à connecter cette vision avec une stratégie et des actions à court et moyen terme .
Pour moi , à court terme, il faudrait lancer un travail national de communication , de réflexion et de débat sur le diagnostic sociétal et le long terme , le projet à mettre en place face aux enjeux.
Ecrit par : Di Girolamo | 19.10.2008
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