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17.11.2008
Corinne Lepage : la régulation mondiale
Alors que le G20 peine à établir les prémisses de ce que pourrait être de nouvelles régles du jeu de la finance internationale, voire du capitalisme , on ne peut que constater la différence de traitement entre la crise financière et la crise écologique et climatique. L’urgence de la première n’est pas contestable et on peut que souscrire aux souhaits de certains Etats de voir mettre en place un nouveau Bretton Woods. Il faut toutefois souligner qu’en s’attaquant au volet financier de la crise mondiale, les chefs d’Etat refusent en réalité de s’attaquer aux causes, la transformation du capitalisme , la croissance des inégalités et les bases artificielles de la croissance passée fondée sur la spéculation et l’économie financière , pour ne viser que les effets. S’ils acceptaient de reconnaître les erreurs accumulées, le système de gaspillage et de destruction des ressources mis en place et le caractère non durable de la croissance de ces 20 dernières années, ils serait inéluctablement conduits à reconnaître qu’il ne s’agit pas d’une crise financière mais du volet financier de la crise du système dans lequel nous vivons. Or, le volet énergétique et climatique de cette même crise présente le même caractère d’urgence, car, comme en matière financière , tous les voyants sont au rouge.
En avril 2008, Nicholas Stern s’exprimait ainsi : « Les émissions croissent beaucoup plus vite que ce que nous avions pensé, la capacité d’absorption de la planète est inférieure à nos prévisions, les risques des gaz à effet de serre sont potentiellement plus élevés que ce que prévoyaient les estimations les plus prudentes, et la vitesse du changement climatique semble être plus rapide. » Nicolas Stern remettait ainsi en cause les objectifs fixés par son rapport pour la réduction des gaz a effet de serre, les jugeant désormais insuffisants. M. Stern ajoute que pour minimiser les risques d’un changement climatique dangereux, l’objectif initial pour les émissions devrait être multiplié par deux, avec une réduction mondiale de 50% en 2050, ce qui représente pour les Etats-Unis une réduction de leurs émissions de 90% d’ici là. Le rapport 2008 que vient de publier l’AIEA montre que la trajectoire est contraire et la situation catastrophique. La demande mondiale en énergie primaire augmentera d’1,6% par an en moyenne d’ici à 2030 tirées par la Chine et l’Inde. Cette hausse se traduira par une demande accrue en pétrole : 106 millions de barils par jour en 2030 contre 85 millions aujourd’hui. Mais c’est surtout le charbon qui verra son utilisation s’accroître et comptera pour un tiers de la hausse de la demande en énergie. Toutefois, l’AIE estime que les énergies renouvelables se développeront rapidement et deviendront la deuxième plus grande source d'électricité peu après 2010. Pour stabiliser la concentration de cO2 à 550ppm , ce qui représente une hausse de 3°, il ne faudrati pas émettre plus de 33GT en 2030 . Or, le scenario actuel est 41 gigatonnes , soit une augmentation de 45% entre 2006 et 2030, ¾ de l’augmentation ayant lieu en Chine, en Inde et au Moyen Orient. Or, rappelons, que la consigne du GIEC , pour éviter d’entrer dans l’irréversibilité était de 450ppm de concentration de cO2 . . Nous aurons besoin de l'action concertée de tous les émetteurs importants. Notre analyse prouve que les pays de l'OCDE ne peuvent pas à eux seuls mettre le monde sur une trajectoire de 450 ppm, même s’ils ramenaient leurs émissions à zéro, commente Nobuo Tanaka. Pour le directeur de l’AIE, il est donc urgent de déclencher une révolution énergétique globale en améliorant l'efficacité énergétique et en augmentant le déploiement de l'énergie à faible teneur en carbone.
Deux conclusions doivent être tirées de cette situation :
· D’une part, l’urgence est absolue et chaque année perdue dans l’agenda se traduit par un pas supplémentaire vers le risque majeur. Dès lors, la conférence de Poznan qui se tient le 1er décembre devrait être l’occasion d’une affirmation forte de l’acceptation d ‘une véritable régulation mondiale, impliquant tous les Etats sur des bases justes et réalistes
· D’autre part, vouloir réformer l’économie mondiale est indispensable , mais deux conditions doivent être réunies pour sortir de la crise elle-même :
-sortir du court termisme et de l’encouragement au profit maximal pour le risque minimal et mettre un terme en acceptant de toucher à la rémunération du monde de la finance, aux paradis fiscaux, aux agences de notation et en liant le financement public et contrôle public des établissements financiers..La question de la responsabilité en terme politique comme en terme juridique des acteurs de la faillite actuelle devra du reste être posée
-lier dynamisation de l’économie et sortie de la société du pétrole non seulement par un new deal vert, mais par l’écolononomie sociale de marché, une économie dont les objectifs et les instruments de mesure ont sens sur le long terme et qui met la question de la répartition au centre de ses objectifs. Cela signifie que les taux de rentabilité absurdes, l’usage du seul PIB pour juger du développement, la répartition entre capital et travail, la valeur des matières premières et la place des pays émergents dans le partage de la richesse mondiale sont des sujets qui devront être débattus pour que l’Humanité ait une chance de créer un nouvel ordre économique permettant la durabilité faute de quoi la prophétie parfaitement pessimiste de Claude Lorius, premier Français à recevoir le prix Blue Planet pourrait se réaliser : attendre un sursaut inattendu de l’homme !
Tribune France-Culture du 17 novembre
07:30 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : corinne lepage







Commentaires
Le sursaut attendu est-il un sursaut moral, soit le seul à même de secondariser l'économie?
Ecrit par : Eugène | 17.11.2008
Je pose cette question parce qu'elle est aussi au coeur de la recherche fondamentale en sciences humaines. Légaliser des processus minimaux de légitimation est à portée de main pour tous ceux qui voudront bien s'en donner la peine. Je rappelle au passage que celà devrait aussi être la tâche idéale du politique. Claude Lorius n'a donc aucune raison d'être pessimiste.
Ecrit par : Eugène | 17.11.2008
Pour résumer votre position : L'urgence écologique nous impose d'adopter un autre modèle politique et économique (Je rappelle que le modèle actuel est le capitalisme ou le libéralisme).
Il faut repenser la notion de richesse (contester l'utilisation du PIB) et repenser la répartition des ressources et des richesses.
Ce discours et cette analyse sont portés par les alter-mondialistes depuis la fin du 20eme siècle.
J'aurai une simple question à vous poser :
Si le modèle actuel apparaît tout à fait incompatible avec la sauvegarde de notre planète, vos liens avec le MODEM le sont tout autant.
Il semble qu'un effort soit encore nécessaire pour atteindre à une véritable cohérence...
Cordialement.
Ecrit par : Daniel | 17.11.2008
Mme Lepage, j'ai été atterré du mépris et de la désinvolture des invités économiste de ce matin sur France culture à votre égard sur le sujet de la dette et de votre proposition de lier les efforts financiers à une action en faveur de l'"écolonomie". Malheureusement je n'ai pas pu écouter la fin du débat et votre réponse à cette moquerie...quand je pense que ces économistes dont je n'ai pas retenue le nom, par manque de tps d'écoute à l'heure ou je me rend au bureau, sont ceux qui donnent des leçons et des conseils en vue de remettre en place un système financiers et capitaliste obsolètes. peut -être les mêmes qui encensaient le système financier avant la dégringolade...(je n'ai pu écouter que 6 minutes de ce débat vers 8h30mm le tps qu'il me faut pour me rendre de chez moi à mon lieu de travail, selon les principes sarkosiens fais -je partie des privilégiés des tps de parcours ?... sûrement)
Ecrit par : Christophe | 17.11.2008
La feuille de route semble claire, est je reste effaré du déni de certains "économistes". Pas seulement dans le monde énergétique, mai semble-t-il aussi dans le monde des économistes qu'il faut un réel "paradigm shift" comme disent les anglo-saxons.
Et ne parlons pas du monde des "relations internationales". Pas à pas, nous sommes en train d'assister, sous l'impulsion de notre président, à un rapprochement, un arrimage de l'Europe à la Russie. La politique énergétique européenne semble toute être construite sur un rapprochement des fossiles du sous-sol russes, une réelle source de "dope" pour notre addiction énergétique. La semaine dernière aura été caractéristique, à cet égard, entre le second plan stratégique Energie qui tire un trait sur le 20 % de la Commission et la réunion Europe-Russie.
"Marier" une droguée à son dealer, est-ce bien raisonnable ? Encore du court-termisme, je le crains, et tout cela pour quelques intérêts de représentants d'intérêts bien présents : à Bruxelles ? (et à l'Elysée ? )
Ecrit par : Giacomo | 18.11.2008
@ daniel,
Pour qu'il y ait modèle (au sens de théorie, et de théorie scientifique ayant construit son objet!) encore faudrait-il qu'il soit doté d'hypothèses falsifiables. Or, la réalité de tes libéralisme et/ou capitalime vient une fois de plus de montrer que tes bidules ne tiennent déjà même pas la route puisqu'ils font appel à la mise en commun des déficits qu'ils provoquent, sans parler des dégats!
Ecrit par : Eugène | 18.11.2008
Cher Daniel excusez-moi mais quand même, de la part d'une MoDem pour vous prouver que l'on peut se sentir nous aussi dans "l'équipe Bayrou", très bien concernés par l'environnement (comme de plus en plus de français je crois, reste à mettre les idées en application!) : bref, voici un petit lien fort intéressant pour tous ceux qui n'iront peut-être pas voir le film en salles, dommage au moins "surfez" alors! ...http://www.nosenfantsnousaccuseront-lefilm.com/
Car pour reprendre la présentation du film, il sert bien sûr à "alerter l'opinion et les pouvoirs publics sur les dérives scandaleuses d'un système économique qui fait passer ses profits et ses intérêts avant la santé de la population" (c'est pas tous les jours qu'on a des réalisateurs qui placent ce sujet environnemental ET de santé publique, de première importance, sous les projecteurs).
Par ailleurs, à une échelle de moindre importance je voudrais simplement ajouter que si l'on continue à dire que cette cause "N°1" qu'est la protection de l'environnement, n'apparartient en gros qu'au fait de certains, on va pas risquer de se jeter plus à l'eau en matière de progrès sérieux, que du côté du PS...(Arrêtons de chercher un peu trop les querelles partisanes partout ; merci d'avance au nom de tous les humains qui espèrent avant tout, gagner plus ensemble en terme de santé !).
Ecrit par : MoDeme | 18.11.2008
Des alter' au modem, en passant par les Verts, europe-écologie et le PS, le constat est fait. L'urgence est comprise, le modèle est condamné. Les nuances sont anecdotiques face à l'enjeu. La volonté politique restera dérisoire et minoritaire tant qu'une relative unité en acte ne se fera pas, tant qu'il y aura des chefs et des ego qui passeront devant les idées. Le PS vit cela en ce moment, le modem est "tourmenté" par ses fantômes, les verts sont plein de courants...
Les combines ou rejets d'appareils ne doivent plus empêcher un front écologiste-social réformateur (qu'importe le nom) pour une autre économie. Les élections européennes peuvent être ce moment de l'unité devant l'urgence.
Aucun doute que le rassemblement est aussi un de vos soucis, pourquoi ne pas y appeler plus clairement et affronter en face les problèmes d'ego et de chapelles pour les travailler à les réduire et devenir plus audible?
et qui sait?... élu-e-s.
voir.. majoritaires :-)
cordialement.
Ecrit par : L.D | 20.11.2008
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