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08.12.2008
Corinne Lepage: Droits de l'Homme, triste anniversaire
Nous fêtons le 10 décembre le 60e anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Bien triste anniversaire en vérité qui consiste à constater que la seule chose qui soit vraiment universelle en matière de droits de l'homme, c’est leur violation. Certes, sur le papier, la Commission des Droits de l’Homme, la sous-commission chargée de la promotion des droits de l’Homme, le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme existent et travaillent.
Mais, depuis que la Libye et d’autres grands exemples démocratiques président aux destinées de ces grandes institutions, la caricature est devenue totale. Les droits de l'homme, en tant qu'ils constituent avant tout le droit à vivre de manière décente, le droit à être éduqué, à pouvoir s'exprimer librement, à pouvoir être jugé équitablement, à pouvoir prétendre à l'égalité, en particulier pour les femmes, sont en réalité plutôt en régression qu’en progrès.
La responsabilité principale en incombe aux pays industrialisés, qui, depuis des décennies, ont accepté pour des raisons commerciales et, dans leur intérêt propre, de fermer les yeux sur les exactions qui pouvaient être commises, sur la corruption à laquelle certains ont du reste participé, sur les violences perpétrées contre les femmes, les dissidents ou les adeptes d'une religion autre que la religion principale.
Pour avoir privilégié nos intérêts économiques sur notre plus grande richesse, à savoir nos valeurs humanistes et universalistes, nous avons perdu sur les deux tableaux. Il en va d'autant plus ainsi que, bien loin d'améliorer les libertés démocratiques dans nos pays, nous sommes pour nombre d'entre nous en profonde régression démocratique.
Al Gore, dans « La raison assiégée » décrit minutieusement la manière dont le mensonge et la peur sont devenus les outils politiques de destruction du système démocratique. Nous n’avons rien à envier aux Américains. La passivité organisée par la société médiatique, le règne de «l’insignifiance » aux lieux et places de l’information et du débat, « la vente du temps de cerveau disponible » pour acheter du Coca-cola ne sont pas nouveaux.
Mais, nous sommes aujourd’hui entrés dans le « dur » c’est à-dire dans l’organisation du verrouillage de la société directement en opposition à la liberté d’expression et à la liberté du choix politique que celle-ci conditionne. Le vote de la loi sur l’audiovisuel qui vise à détruire la télé publique pour en faire la chose du pouvoir et non la garantie de l’information des Français est un acte grave qui nous ramène 40 ans en arrière.
Le flicage qui se met en place par un fichage généralisé, que George Orwell n’aurait jamais osé imaginé, est la deuxième pièce du puzzle.
Certes, EDVIGE a été tenté, raté grâce à une mobilisation très large. Mais c’est reculer pour mieux sauter. D’une part, toutes les données collectées peuvent être archivées et donc utilisées sans aucun contrôle, d’autre part, EDVIRSP, CRISTINA, demain un fichage ethnique et de couleur de peau peut-être, en violation des principes républicains les plus élémentaires qui viennent s’ajouter aux 7,5 millions de personnes déjà recensées par M. Bauer en 2005 dans les fichiers STIC et JUDEX. Sans parler de la veille mise sur Internet pour repérer les contestataires potentiels ou tout simplement les lanceurs d’alerte ou d‘idées et le projet de loi de contrôle d’internet sous prétexte de respect de la propriété intellectuelle, qui doit effectivement être respectée.
Ainsi, le contrôle de la société est en place, les moyens nouveaux, conçus comme des libertés supplémentaires devenant des outils de surveillance, voire d’intimidation. Dans la même veine, les intimidations sur les journalistes depuis les licenciements de ceux qui déplaisent jusqu’à l’embastillage de M. de Fillipis, sans s’attarder sur les pressions des annonceurs, des actionnaires ou du pouvoir cherchent à priver la liberté d’expression de toute réalité.
La 3éme étape est la mise en coupe réglée de la justice par la privation de moyens, la suppression de toute indépendance de la magistrature et donc de la confiance nécessaire du justiciable dan son juge. Le procès équitable l’est d’autant moins qu’une justice à deux vitesses s’est mise en place avec une pénalisation accrue de la délinquance ordinaire et une dépénalisation du droit des affaires particulièrement adéquate au regard des agissements actuels.
La répression des jeunes et la surveillance pénale des enfants devient une nécessité ; celle des copains et des coquins une atteinte aux libertés !
Désinformation, surveillance généralisée et justice aux ordres sont les manifestations d’une société qui tourne le dos aux Droits de l’Homme. Certes, le terrorisme, la violence et même les incivilités doivent être combattues. Mais, les progrès de la civilisation ont précisément permis de doter les sociétés d’outils pour faire croître parallèlement démocratie et développement économique .
Et l’outil majeur est précisément la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, qui réunit l’un et l’autre car toucher à l’un, c’est nuire à l’autre. Pour y tourner le dos, nous risquons de compromettre un équilibre déjà fragile et de nous exposer au retour à la barbarie.
07:30 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : corinne lepage, droits de l'homme







Commentaires
Et si on recommençait par le commencement , Corinne Lepage ?
On arrive au bout du bout du système qui va imploser bien avant d'arriver au bout du bout des ressources terrestres qui pourtant s'épuisent vite !
Recommencer par le commencement c'est refonder la société ; c'est pour les représentants élus conscients et responsables la démission de leurs mandats ,de leurs partis , de leurs représentations ..qui ne représentent plus rien parce que tellement impliquées , sources et produits de ce système fou.
Refonder , c'est reconstruire le contrat social , c'est tirer constat et dresser projet , c'est obligatoirement une démarche directe ,simple et populaire . Nous les citoyens de ce pays parce que nous constatons la faillite du libéralisme économique et politique , décidons de refonder la société.
Comment faire autrement ? Les discours et les déclarations vont s'empliler et s'user sans rien changer.
Dans un pays quand rien ne va plus , on revient à la source : on fait appel au peuple.
Si l'on attend trop , au lieu d'un proccessus construit , intelligent et solidaire , arrivera ce que vous dites : la barbarie .
Aux armes citoyens ! Pendant qu'il est encore temps .
Ecrit par : Di Girolamo | 08.12.2008
Bonjour
La destruction systematique du capital social francais par l'apport massif et incontrolé de populations culturellement elognées de nos valeurs est responsable de ce besoin de surveillance et de protection que ressente les francais au quotidien.
Interrogez vous, vous les politiques qui vivez dans votre 92, sur vos responsabilités.
Ecrit par : Breakfast | 09.12.2008
Je suis à la fois troublé par le texte de Corinne Lepage qui a complètement raison de dire avec courage que nous retournons aux âges primaires avec les outils du 21ème siècle, que par l'intervention de Breakfast qui accuse son voisin de le déranger de ne pas être comme lui.
C'est avec stupeur aussi que je m'interroge sur le désert des réactions qui devraient être suscitées par la position de Corinne Lepage ici.
Est-elle pestiférée à Cap21 ? Je ne le crois pas. Est-elle pestiférée au MoDem ? Je ne le crois pas. N'est-elle plus fréquentable parce que son site est maintenant surveillé par le pouvoir ? Pour ma part, je m'en fiche, car je dirais toujours ce que je pense, même sous la menace.
quand elle dit: ''Aux armes citoyens !'' Il ne s'agit pas de prendre la faux en main, mais d'utiliser la voie des armes légales de la constitution saisies par le réveil du citoyen pour aboutir à cette fichue humanisation qui ne reste qu'un mot pour l'instant.
Amicalement
Christian
Ecrit par : MALPART Christian | 11.12.2008
Oui, je trouve également que l'anniversaire est triste et je déplore les propos de Monsieur Kouchner qui m'a beaucoup déçu.
Dans tous les cas, bravo à votre blog que je trouve très bien rédigé et qui pose des questions citoyennes essentielles.
Ecrit par : ROSSKOPF | 11.12.2008
Je regrette de vous dire, Madame la Ministre, que vous ne participez pas à élever le débat public lorsque vous publiez ce genre de caricatures et de formules démagogiques sur la situation des Droits de l'homme dans notre pays.
Vous nous aviez habitués, il y a quelques années, à bien mieux que cela. Et j'ai encore la faiblesse de penser que les formules à l'emporte-pièce du genre :
"La répression des jeunes et la surveillance pénale des enfants devient une nécessité ; celle des copains et des coquins une atteinte aux libertés !"
ne sont pas dignes de vous.
Que vous assumiez votre rôle d'opposante politique est une chose, mais le fait de crier sans cesse à l'enterrement des libertés publiques, comme une oie blanche du Capitole effarouchée par ses propres cris, est une posture dont le systématisme et l’excès deviennent lassants.
Plutôt que de formuler une opposition constructive, vous vous cantonnez dans le rôle un peu facile d'incendiaire. Ce faisant, vous ne servez pas ces Droits de l'homme dont l'actuel gouvernement serait, selon vous, le fossoyeur et dont, avec une modestie suspecte, vous vous faites la sourcilleuse gardienne. Par l'absence totale de nuances, votre propos sert en outre de caution à un discours extrémiste qui s'appuie sur les caricatures journalistiques, les mêmes dont vous vous moquez par ailleurs comme l'hôpital se moque de la Charité.
"Flicage", "Orwell", l'ORTF, que sais-je encore ? N'avez-vous jamais l'impression d'être excessive ? Pensez-vous sincèrement que nous sommes en marche vers la dictature et l'Etat policier ? Et croyez-vous que ce langage purement alarmiste et simpliste soit réellement responsable en temps de crise, quelle que soit d’ailleurs la sensibilité politique du gouvernement en place ?
Vous êtes, plus que d’autres, capable d'expliquer à l'opinion la complexité des enjeux environnementaux, juridiques, politiques, économiques et sociaux - et vous l'avez souvent fait par le passé, parce que vous en avez l'expérience et le talent. Alors, de grâce, épargnez-nous ces dénonciations jusqu’au-boutistes et ces simplifications qui se situent, de plus en plus fréquemment, à la lisière du populisme.
Ecrit par : Laurent Dingli | 12.12.2008
Quant aux "pays industrialisés" qui seraient, selon vous, les principaux responsables de l'état des Droits de l'Homme dans les pays moins favorisés, je trouve cette généralisation assez étrange. Passons sur le caractère suranné et tiersmondiste de l'expression (l'Arabie saoudite et la Chine sont des pays industrialisés sans être pour autant des modèles en matière de liberté publique), pour retenir le fond de votre propos. Vous dites ainsi :
"La responsabilité principale en incombe aux pays industrialisés, qui, depuis des décennies, ont accepté pour des raisons commerciales et, dans leur intérêt propre, de fermer les yeux sur les exactions qui pouvaient être commises, sur la corruption à laquelle certains ont du reste participé, sur les violences perpétrées contre les femmes, les dissidents ou les adeptes d'une religion autre que la religion principale".
Croyez-vous sincèrement que les pays "industrialisés" comme vous dites ne font rien pour protéger les Droits de l'Homme en Afghanistan, au Darfour, en République Démocratique du Congo, au Tibet, et que la posture des Etats démocratiques soit exclusivement commerciale ? Je sais bien à quel point la frontière est encore poreuse entre compromis et compromissions. Mais concrètement que préconisez-vous ? D'isoler encore davantage l'Iran ? De rompre les relations commerciales avec la Chine ? De renverser par les armes le régime birman ?
Vous avez été ministre du gouvernement Juppé sous la présidence de Jacques Chirac alors que se commettait l'un des pires massacres qui ait eu lieu en Europe depuis la Seconde Guerre Mondiale, celui de Sebrenica. Y pouviez-vous quelque chose ? Non. Mais ce sont les armées américaines et alliées qui ont mis un terme (trop tardivement) à l'épuration ethnique instaurée notamment contre les musulmans bosniaques. Les motivations de cette action militaire, vous le savez, étaient loin d'être seulement commerciales.
Quand vous étiez ministre, de 1995 à 1997, le gouvernement auquel vous apparteniez a-t-il cessé de commercer avec des Etats pourtant peu fréquentables ? Bien sûr que non. Vous voyez bien, Madame la Ministre, pour l'avoir vous-même vécu, qu'entre la critique du pouvoir et son exercice, il existe souvent un abîme.
Ecrit par : Laurent Dingli | 12.12.2008
@ Laurent Dingli
Il y a les faits concrets précis et il y a un climat général ; le climat général se dégageant de cette mandature Sarkosy est détestable ;
cela commence par l'étalement de la richesse d'une classe sociale auquel il appartient ; la richesse en soi n'étant pas un péché , mais son étalement oui en est un un , surtout lorsqu'on est en situation de premier serviteur de l'état , je dis bien serviteur et ce n'est pas du tout l'impression qui se dégage !
Cela continue par des cadeaux SANS CONDITIONS REELLES aux organismes financiers ......Des arrestations dans les écoles , des expulsions dans des conditions contestables , des décisions prises par un seul homme , la réforme de l'audio visuel en étant un exemple ; deux poids deux mesures dans le traitement des affaires : on s'est vraiment bien occupé de christian Clavier , et honte sur nous , très peu de ce jeune agriculteur persécuté depuis des années , sa grange brûlée , ses animaux assasinés et qui vient de renoncer à son métier ! on commence à avoir peur de ce qu'on écrit sur le net .....Dans les campagnes les gendarmes passent dans les gîtes interroger les propriétaires voir si tout va bien (surveillance du terrorisme) ....
Des jeunes qui ont été arrêtés sans preuves tangibles soupçonnés d'actes terrorisme contre le réseau ferré.....
KoucHner qui nous explique ce qu'est la raison d'état !
Tu sais Laurent que je n'ai pas un esprit partisan , je ne suis encarté dans aucun parti, et je ne me juge au dessus de personne
Mais ce que je ressens actuellement n'est pas bon , pas bon du tout ; les oppositions systématiques que tu critiques restent critiquables et sont souvent un tremplin politique pour ceux qui les prononcent ...mais la piste qui se dame actuellement et qui les favorisent est bien sombre ; j'ai peur , vraiment et lourdement peur de la suite .
Parce que la crise n'est qu'à son début et que cela va favoriser fortement ce genre de dérive vers un régime encore moins démocratique.
Ecrit par : Di Girolamo | 12.12.2008
@ Laurent
Concernant les pays industrialisés : le fondement de leur (de notre) croissance a été et est toujours l'exploitation des ressources fossiles (pétrole, gaz , matières premières) ; ce pillage de la planète s'est fait et se fait encore sur le dos de ces pays pauvres (riches de leurs ressources , mais pauvres parce que ces ressources ne leur profitent pas ) ; il y a un lien fort entre cela et le respect des droits de l'homme dans ces pays .
Aujourd'hui , ce ne sont plus seulement des matières premières que s'approprient les "pays industrialisés ", mais DES TERRES! http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=47888
http://www.grain.org/briefings/?id=213
le droit fondamental de cultiver sa terre , la souveraineté alimentaire est aujourd’hui bafouée .
Nous , « les pays industrialisés » sommes en train de montrer le vrai visage de nos sociétés : les doits de l’homme : on s’en fout .
Ecrit par : Di Girolamo | 12.12.2008
@ Georges Di Girolamo,
Tu écris que Nicolas Sarkozy est détestable, c'est ton jugement de valeur sur l'homme et son action, pas le mien.
En ce qui concerne l'étalage de richesse, c'est un mauvais procès que certains lui adressent, souvent faute d'arguments sur le fond (je ne dis pas que c'est ton cas). Tu m'avais un jour cité les Evangiles à ce sujet, et je t'avais répondu.
Tu évoques "des cadeaux" offerts aux organismes financiers sans contreparties réelles. D'une part, il ne s'agit pas de "cadeaux", mais de prêts visant à éviter l'effondrement du système bancaire, et donc aussi celui des petits épargnants qui en dépendent. D'autre part, Nicolas Sarkozy nourrit une méfiance plus que prononcée à l'égard des banquiers qu'il garde à l'oeil et pour lesquels il a tout sauf de la complaisance. Le gouvernement effectue actuellement une pression sur ces organismes qui s'octroient des marges substantielles en matière de taux d'intérêt et ne jouent pas, me semble-t-il, la carte de la solidarité nationale (par ailleurs, les finances publiques ne permettent pas d'envisager des emprunts à taux 0 comme aux Etats-Unis). Pour autant, je ne suis pas économiste et n'ai qu'une vision très partielle de la question.
L'arrestation dans une école : un fait-divers en effet consternant (je n'ai pas eu le temps d'en suivre le détail). Pour les expulsions, elles s'effectuent parfois dans des conditions contestables, et il faut le dénoncer, comme tu le fais. Je me suis prononcé à l'époque contre les quotas d'expulsion, peut-être t'en souviens-tu. Quoi qu'il en soit, les questions d'immigration sont très complexes et ne peuvent être résumées à un seul volet de l'action publique. Pour le cas Clavier, la sanction du fonctionnaire en charge de la sécurité m'a semblé disproportionnée. Mais dans l'affaire du jeune agriculteur que tu cites, par opposition, je ne dirais pas que la gendarmerie n'a pas fait son travail. Le gouvernement n'est pas en cause. Tu sais quelle omerta peut régner dans certaines campagnes. Pour le groupement d'ultra gauche, tu dis qu'il n'y avait pas de preuves tangibles. Je n'ai pas lu le dossier, et toi non plus. Mais de mémoire, l'existence d'un manuel visant à saboter des voies ferrées, la présence près des lieux du sabotage des personnes suspectées, peuvent constituer des présomptions suffisantes (encore une fois je ne suis pas juriste et ne connais pas le dossier). Bref ! on peut aligner certains faits-divers, mettre en cause des incidents plus graves, mais cela ne résume pas une action politique. Il faudrait encore mettre dans la balance, les multiples réussites de la présidence française en Europe et dans le monde, l'acharnement à obtenir un arrangement sur le climat, le plan de relance économique, l'apaisement de la crise géorgienne ; en matière intérieure, le Grenelle de l'environnement, la réforme des retraites, le RSA, le plan banlieue de Fadela Amara, etc. Rien de tout cela n'est suffisant, j’en conviens, mais rien de tout cela n'est non plus "détestable", pour reprendre ton expression. Quant à la menace sur les liberté publiques, certains en ont fait un fond de commerce pour des raisons purement politiciennes. Le fichier Edvige ? La police a toujours fonctionné avec de bons renseignements et, s'il y avait matière à toilettage, il n'y avait pas en revanche de quoi pousser des cris d'orfraie. La prison à douze ans ? Un slogan journalistique et politicien, dont la diffusion a été aggravée par l'incompétence et l'arrogance de Rachida Dati. Il n'en a jamais été question dans le projet Varinard. Celui-ci retarde au contraire l'incarcération légale de treize à quatorze ans. Et puis personne, ou presque ne l'a lu (moi non plus). Enfin, il s'agit de propositions dont la vocation est par définition d'être discutées : c'est aussi cela le débat public. On a fait le même procès d'intentions à Jacques Attali sans prendre toujours la peine de lire les propositions de son rapport. La démocratie, c'est aussi la nuance, c'est tenter de débattre plutôt que de se limiter à caricaturer ou à polémiquer.
Enfin, l'exploitation des ressources dont les pays pauvres ne pofitent pas, je suis en grande partie d'accord avec toi et je l'ai souvent écrit, mais, là encore, il faut se garder d'une vision manichéenne : le pillage s'effectue par l'Occident, et maintenant par les pays émergents, mais les gouvernements locaux, notamment en Afrique, ont souvent eu une grande responsabilité dans ce pillage, et dans la corruption effectuée à grande échelle. Si le choléra sévit actuellement au Zimbabwe et si ce pays riche s'est appauvri, ce n'est pas la faute des Occidentaux, mais parce qu'il a été conduit à la déroute par son tyran local, le dictateur Mugabe. Si le gouvernement soudanais massacre sa propre population, ce n'est pas non plus la faute de l'Europe ou des Etats-Unis. De même, le gouvernement indonésien a autant de responsabilités dans la destruction de la forêt primaire que les grandes entreprises européennes ou asiatiques qui la pillent. Idem pour le Brésil. On pourrait en dire autant de la politique de la Banque Mondiale pendant longtemps (elle est heureusement en train de changer). Je crois qu'il ne faut pas se contenter de désigner un seul coupable : les responsabilités sont souvent partagées.
Ecrit par : Laurent Dingli | 12.12.2008
@ Laurent ,
Je ne veux pas polémiquer avec toi et rabaisser le débat à la bouteille à moité pleine ou à moitié vide . Notre perception de cette mandature ( je ne parle pas de N S en tant qu'individu ) n'est pas la même ; conclusion : nous ne sommes pas sur la même longueur d'onde concernant le ressenti et donc la compréhension globale de ce qui se passe.
Pour ma part ,la perception que j'ai de la crise (et sous ce terme je mets crise d'un système; la crise financière , économique, sociale , alimentaire , écologique.. formant un tout ) est qu'elle est aujourd'hui une crise de l'humanité . Et que nous atteignons un moment de l'histoire ou nous allons devoir collectivement choisir une AUTRE société. Nos outils et nos pratiques politiques sont obsolètes; pire, ce sont les fondements et les produits d'un système qui aujourd'hui ne PEUT PLUS durer. C'est INTENABLE.
A partir de là ça m'agace prodigieusement de voir mon président (pour qui je n'ai pas voté et qui est mon président quand même) se comporter de la sorte . Ce qui ne signifie aucunement que je plébicite un ou une autre et que j'approuve(bien que parfois ça soulage!) les critiques systématiques : je répète : nous vivons une telle crise qu'il faut revoir nos outils . Nicolas Sakosy , pour l'instant , est loin TRES loin d'avoir pris la mesure de ce qui nous arrive .Il n'est pas le seul me diras tu !
Ton réalisme et ton honnêteté intellectuelle ont tort Laurent . Ce n'est pas parce que "les responsabilités sont partagées" qu'on peut les accepter : tout ce qui favorise la perpétuation de ce système est dangereux.
Tu vois Laurent , sur le net , il m'est arrivé de dire que je remerciais les indépendantistes Corses pour leur protection efficace de l'île de beauté : sans eux l'île serait déjà un pardis pour riches parce que l'état et les élus de l'île sous prétexte de développement économique auraient depuis belle lurette tout saccagé ....
Eh bien si , dans la vallée du rhône quelqu'un plastique qq chose , il suffit que par malheur je sois allé faire qqcourses dans le coin pour me retrouver menotté et à partir de là ..Dificile d'arrêtter la machine médiatique , judiciaire etc
Tu viendra m'apporter des oranges .
Bon WEEKEND ( au travail!)
Ecrit par : Di Girolamo | 13.12.2008
Non seulement je viendrais t'apporter des oranges, mais des oranges bio !
Ecrit par : Laurent Dingli | 13.12.2008
Une dernière chose pour finir, parce qu'il ne serait pas correct d'envahir le blog de Corinne Lepage, aussi agréable que soit notre conversation (nous pouvons la poursuivre sur le mien si tu veux - j'y copierai tes commentaires).
Moi aussi, Georges, j'ai envie que ce système soit réformé ; moi aussi je rêve d'un monde respectueux du vivant ; moi aussi je voudrais qu'au lieu d'être uniquement centré sur la consommation, il garantisse un travail et un salaire décents à tous, qu'il ne bafoue ni l'environnement ni le monde animal qui en fait partie. Mais la réforme ne se fait pas en claquant des doigts. Chacun doit contribuer à trouver le système de rechange, c'est pourquoi je regrette d'ailleurs sincèrement que l'opposition de gauche soit encore si divisée.
Je regrette aussi vivement, comme tous les écologistes, que les pays riches viennent de manquer à Poznan l'occasion historique d'aider les pays pauvres à assurer la reconversion vers des énergies moins polluantes, comme j'ai souvent dénoncé cette politique absurde qui consiste à vouloir exporter des centrales nucléaires vers les pays de la Méditerrannée. Mais, pour en revenir à l'Europe, s'il est insuffisant, l'accord obtenu n'en demeure pas moins historique. Songe à ce que cela représente de concilier les intérêts divergents de tous les pays de la Communauté européenne et d'en faire l'un des fers de lance de la lutte contre les GES. Mais je suis conscient aussi que nous n'arriverons sans doute pas à ne pas dépasser le seuil critique d'augmentation de la température terrestre car les émissions globales continuent de progresser.
Pour Corinne Lepage, je me suis permis de critiquer son texte, sans aucune acrimonie. Et je suis d'autant plus à l'aise pour le faire que je l'ai soutenue lors des pérsidentielles de 2002 et qu'en dépit de certains désaccords, j'ai toujours beaucoup d'estime pour elle.
Ecrit par : Laurent Dingli | 13.12.2008
OK Pour ne pas envahir le blog ; mais je ne pense pas qu’on soit hors sujet en débattant sur le diagnostic qu’on porte au monde, droit de l’homme et régime sarkosien faisant parti de l’ensemble ; la dégradation en matière de droit de l’homme étant symptomatique d’une dégradation générale .
Juste la référence de ces deux articles sur contreinfo qui montre que globalement on avance pas : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2353 et
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2409
Ce qui signifie que les états, le nôtre par exemple, qui ne tiennent pas compte de cela et font des effets d’annonces sur les grands efforts et grandes avancées, nous mènent en bateau ; pourquoi cette attitude pour le moins très peu sérieuse ? Pourquoi, alors qu’on sait que ces accords ne suffiront pas, ce qui est gravissime ! Se réjouir et faire comme si on avançait ? Parce que les chefs d’états sont tous imprégnés de l’idée que ce système EST la réalité. C'est-à-dire qu’il n’y a pas moyen de faire autrement (« réalisme »). Et aussi parce qu’ils sont si imprégnés du sentiment de leur propre valeur, qu’ils sont bien incapables de penser que ce sont eux, leur culture, leur valeur , leurs intérêts… l’obstacle majeur qu’il faut remettre en question. Bien incapable de croire et de souhaiter que la solution peut venir de leurs peuples, de la base. Dans leurs robes d’apparat costumes cravates, attachés cases…entourés de leur cour et gardes du corps, confortés par leurs experts, poussés par leurs soutiens puissants, ils dirigent le monde et…. condamnent le monde. Ce sont des marionnettes, des rois nus et ils ne le savent pas. Ils ne le savent pas parce que les peuples n’ont pas encore assez ouvert les yeux.
Je suis personnellement certain que si on redonnait le pouvoir au peuple on y verrait plus clair et un certain espoir redeviendrait possible.
Merci pour les oranges : je savais pouvoir compter sur toi.
Et merci à Corinne Lepage de permettre cet espace de débat ; il me semble pourtant qu'un site regroupant TOUTES les sensibilités politiques et permettant un débat sociétal de fond serait le bienvenu.
Ecrit par : Di Girolamo | 13.12.2008
J'aimerais savoir ce que tu proposes concrètement Georges, pour faire baisser les émissions de CO2, puisque tu limites le plan climat à un "effet d'annonce". Dis-moi aussi, par la même occasion, et puisque c'est le sujet de ce billet, ce que tu préconises pour défendre les Droits de l'homme en France et dans le monde (vaste sujet)
(Deux détails de forme : Je signale une coquille dans mon dernier texte : lire évidemment "Méditerranée" avec un "n". Par ailleurs, Georges, Sarkozy s'écrit avec un "z" et pas avec un "s").
Ecrit par : Laurent Dingli | 14.12.2008
Encore un sujet d'actualité en rapport avec le billet de Corinne Lepage. Le livre blanc de Michelle Alliot-Marie sur la sécurité, et la place qu'il entend laisser au secteur privé, a de quoi susciter un large débat. En attendant de connaître les détails du texte qui devrait être rendu public demain, je suis plus que sceptique. Quelles garanties des sociétés privées pourront-elles apporter en matière de déontologie et quels seront leurs secteurs d'intervention. La France est loin d'être un pays "fliqué", comme l'indiquent les chiffres, mais je ne crois pas que des sociétés privées puissent remplacer la police républicaine. Un dossier à suivre donc.
A lire notamment, les premières indications données par le Figaro :
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2008/12/13/01016-20081213ARTFIG00536-sarkozy-veut-plus-de-place-pour-la-securite-privee-.php
Ecrit par : Laurent Dingli | 14.12.2008
@ Laurent
Nous allons développer les renouvelables, économiser ... réduire le co2. C'est bien cela la politique mondiale ?
Cette crise est une chance pour nous ; l'économie verte va nous permettre d'entrer dans l'ère du développement durable. C'est bien cela le refrain?
Je ne propose rien concrètement pour faire baisser le co2. Parce que je ne pose pas le problème ni la solution de cette manière.
Mon diagnostic est plus grave et le remède approprié à cette gravité. A partir du moment où comme moi on pense que nous sommes dans une crise systémique MAJEURE, toutes les solutions destinées à faire des retouches techniques sont perçues non seulement comme insuffisantes mais comme nuisibles parce que nous écartant de ce qu'il faudrait faire .
Le "ce qu'il faudrait faire " n'appartenant pas à un individu, un parti ou un organisme international mais à la communauté humaine s'interrogeant elle même collectivement sur son destin.
Pour que cela puisse se faire et que dans les pays, aux échelons locaux des pays, les citoyens reprennent le pouvoir, (parce que c'est cela qui fera réellement et concrètement changer les choses et donc réduire le co2 !) c'est à dire se réunissent pour penser et débattre ensemble sur ce qu'il faudrait faire ….. Il faut prendre conscience du caractère systémique et calamiteux de la crise et du fait que les dirigeants nationaux et internationaux n'ont aucune analyse de compréhension et de solution plus pertinente que le plus petit d'entre nous, qu'ils sont "nus" et pour l'instant ne le savent pas parce qu'aucun petit garçon n'en a fait à voix haute la remarque. Pire, ils sont dépendants et soumis au système et à leurs intérêts ; de ce fait il n’y a réellement rien à attendre (à moins d’être aveugle) de cet échelon international là.
Ces travaux citoyens dont je parle auront pour conséquence immédiate d'activer des processus de réorganisations locaux. Et c'est à partir de cette dimension locale, physiquement contraignante, imposant un autre paradigme, que des solutions nouvelles de réorgansation de la société pourront être inventées.
Les droits de l'homme ne peuvent être séparés de cette refondation sociétale, politique, économique, sociale qu'il faudra bien à un moment ou l'autre mettre à l'ordre du jour.
Ecrit par : Di Girolamo | 14.12.2008
J'ajoute que les organismes financiers viennent de prendre des engagements forts en matière de crédit, suite, notamment, à une rencontre avec Hervé Novelli. Ce n'est certes pas une réforme de structure, mais pour les entreprises, qui sont en passe de mettre la clé sous la porte, et de renvoyer leurs salariés, ce n'est pas un détail. Dont acte.
Ecrit par : Laurent Dingli | 16.12.2008
Il faut effectivement que la solidarité nationale joue à plein en faveur des salariés et dirigeants des entreprises en difficulté . Mais le long /moyen terme croise ici le court terme ; le court terme dit sauvons les emplois et relançons l'économie ; le long /moyen terme dit interrogeons nous sur l'économie , ce que nous devons maintenant chercher à produire en matière de biens et services et comment organiser cette production.
Ou la crise est l'occasion d'une réflexion long terme et remise à plat sociétale et donc économique complète , ce en fonction des enjeux planétaires; ou , oui on réinjecte de l'argent , c'est à dire du crédit ..et vogue la galère jusqu'au prochain accident de parcours et bientôt le grand bug.
Il faut avoir le courage de dire que certains métiers, certaines productions certains services ne vont plus aujourd'hui dans le sens de l'intérêt général . Il faut en même temps se donner les moyens de faire l'effort de recherche d'une autre organisation de la société ; "Penser l'impensable " comme dirait Cochet.
Ecrit par : Di Girolamo | 16.12.2008
Je voudrais nuancer le jugement de valeur que j'ai porté plus haut contre le Garde des Sceaux : je maintiens pour l'arrogance, mais, en ce qui concerne l'incompétence, ai-je moi-même les capacités d'en juger ? Sans doute pas. Quoi qu'il en soit, ces formules à l'emporte-pièce ne font pas progresser la réflexion. Attendons aussi de voir comment se déroulera le débat sur la loi pénitentiaire ainsi que les rénovations promises en 2009.
Ecrit par : Laurent Dingli | 23.12.2008
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