15.12.2008

Corinne Lepage: Et si la crise de la jeunesse était en réalité celles des générations antérieures ?

Les événements de Grèce ont alimenté la presse et le monde politique jusqu’au président de la République lui-même, sur le point de savoir s’il y avait un risque de contagion et sur les moyens de l’éviter. La question est d ‘autant plus justifiée que des points communs existent avec la France qu’il s’agisse des difficultés des jeunes d’accéder à l’emploi et d’être rémunérés décemment, des réformes libérales imposées au forceps par le gouvernement Caramanlis , une répression forte en 2006 contre les jeunes s’opposant aux privatisations, des «  affaires »  qui minent la confiance : « la corruption , les scandales, la pauvreté, les crimes de bourse, les dessous de table de Siemens » résume le quotidien gratuit free post.

Mais, si au lieu de considérer que le problème était dans la génération montante pour admettre qu’il est dans la nôtre, peut – être aurions nous une chance d’améliorer le sort de l’une et de l’autre.

 

Pour réfléchir, posons nous  la question de savoir quel serait le comportement de la jeune génération aux manettes vers 2025 si elle se comportait vis-à-vis de notre génération comme nous nous comportons vis-à-vis d’elle même. Que se passerait-il si pour payer l’adaptation au changement climatique que nos choix déraisonnables ont entraîné, ils divisaient nos retraites par deux ? Que se passerait-il si, au motif des économies nécessaires dans le budget de l’Etat, ils décidaient que les personnes au-delà de 75 ans ne peuvent plus accéder à certains soins lourds dans les hôpitaux ?
Nous trouverions cela scandaleux et contraire aux grands principes républicains.

 

Or, quels sont nos choix actuels ? Ne sont ils pas précisément les mêmes mais décidés  à l’encontre des jeunes qui se révoltent ?

 

 La réforme menée dans l’éducation, qu’il s ‘agisse de la maternelle déconstruite alors que notre système est un des meilleurs du monde et que le futur Président des Etats-Unis semble s’en inspirer , de la suppression des RASED, personnel spécialement formé pour aider les élèves en difficulté dans le primaire, du  nouveau lycée, de la réforme de la formation qui est ressentie comme un acte de mépris par les professeurs, semble avoir comme objectif la seule réduction des dépenses. L’occupation actuelle de nombreux établissements par les professeurs et les parents d ‘élèves montre une grande inquiétude. Ce n’est pas la nécessité de réformer qui est en cause, mais l’objectif de la réforme qui est comptable et non destinée à préparer l’avenir.

 

Car, précisément, c’est le nœud du problème. Non seulement nos choix actuels défavorisent pour le présent les jeunes et leur apparaissent à juste titre, inéquitables et injustes, mais encore ils sont directement contraires à leurs intérêts en tant que génération montante. En quelque sorte, ils perdent aujourd’hui et demain. Il ne faut donc pas s’étonner qu’ils se révoltent. Les révolutions ont toujours été portées par la jeunesse parce qu’elle aspire à plus de justice et à un monde meilleur, alors que les plus âgés sont plus conservateurs et plus enclins à subir le monde comme il est.

A cet égard, il y a une permanence avec deux faits nouveaux.

·    Depuis 30 ans, la machine inégalitaire s’est mise en route, c’est-à-dire que l’évolution ultra-libérale a accru les inégalités à l’intérieur des pays alors que le progrès social impliquait, évidemment, le choix inverse. Aujourd’hui, la pyramide des revenus aux Etats-Unis est au niveau de ce qu’elle était vers 1920, alors que la réduction des inégalités avait baissé entre 1933 et 1980. Si la situation est moins caricaturale en France, elle est, à moindre mesure analogue comme dans tous les pays industrialisés.
La croissance des revenus des actionnaires au détriment de celui des salariés frappe  évidemment davantage encore les jeunes dans leur immense majorité, puisqu’ils n’ont pas eu le temps de se constituer le moindre capital permettant d’en faire des actionnaires. De plus, si la  corruption, la fraude, les trafics d’influence et les mafias ne datent pas du XXIéme siècle, force est de constater que ces pratiques ont atteint un niveau industriel et non plus artisanal. Or, si des bandes composées de jeunes individus se sont parfaitement intégrées dans ce tissu délinquant, l’immense majorité de la jeunesse rejette une telle organisation de la société.  

·     Le deuxième fait nouveau est infiniment plus profond et plus grave encore. Pour la première fois, une génération, semble accepter que le sort de ses enfants soit moins bon que le sien et de surcroît, ne procède pas aux choix nécessaires pour qu’il en aille autrement.
Notre court-termisme est une agression permanente contre les jeunes. Or, la crise actuelle, sous tous ses effets, en est le produit .

 

Si nous voulons éviter  la guerre des générations, il est impératif de discuter de notre avenir commun. Il est plus que temps que des Etats généraux du futur se mettent en place pour permettre aux jeunes de définir , à pied d’égalité, le monde qu’ils désirent. 


Tribune France-Culture du 15 décembre

Commentaires

Formidable cri d'alarme, nous sommes dans le droit fil des préoccupations "ante" mises en exergue par B SPITZ (Le Papy krach), ou par des collectifs comme LIBR'ACTEURS sur la thématique de la dette, ou de la régénération de la représentation démocratique.
Le modéle de pensée est usé, car ceux qui le manipule sont également usés.
Il faut aider Corinne à faire entendre cette voix lucide, crédible, et en capacité de tenir le débat avec brio.
Nous devons CONVAINCRE au sens PLATONICIEN du terme, c'est à dire vaincre ensemble en considérant le citoyen comme raisonnable.Le politique s'attache a PERSUADER c'est a dire passer au travers (per). Il s'agit là de la démarche de la publicité et c'est tout le drame.
je le redirai peut être ce soir au débat RSF/MEDIAPART, car la presse trop complice du politique a une lourde responsabilité et pour reprendre le titre du film de DEPARDON, cela aussi "nos petits enfants nous le reprocherons!!"

Ecrit par : HASSELMANN | 15.12.2008

J'avais assisté à une conférence dont l'intervenant était Charles Wassmer (Directeur Marketing chez Peugeot Citroën).
Il y était question (du point de vue Marketing bien sûr!), du choc des générations, notamment de l'énigme causée par les actuels trentas. Tel que compris, la société porte en elle un mélange des ingrédients qui caractérisent les différentes générations. Le principe est de déceler dans des secteurs où les desiderata de telle ou telle génération se révèlent. Il en ressortait une espèce de classification de génération avec leurs traits de caractère (et du point de vue de PSA les besoins à combler).

En résumé:
1 - + de 70 ans= "CO CO" = COllectifs COncrets
Vision collective - Ceux qui ont connu les difficultés d'après guerre

2 - 40-70 ans = "BO BO" = BOurgeois BOhémiens
Vision individualisme - cocooning - besoin du retour à la nature - mythe du bon sauvage - les enfants du baby boom et futurs papy boom

3 - 20-30 ans = "MO MO" = MObiles MOraux
génération crise - besoin de netting/de connections, sans pour autant abandonner l'individualité - Se marient tard / longues études / doivent etre pret à s'adapter (mobilité) ... Moraux car justemment excès de la génération précédente


4 -

Ecrit par : geronimo98 | 15.12.2008

En espérant qu'ils se rendent compte que notre capital aujourd'hui est la planète et notre outil la solidarité, que nous pouvons vivre autrement et non plus manipulés par l'ancien système plutôt destructeur de l'humanité, cela va demander beaucoup d'informations de formations, des changement de comportements considérables, une redéfinition de la démocratie, de nouveaux investissements dans de nouvelles technologies ... Je ne suis pas sur que la vielle garde en place délègue sans résister. C'est un projet formidable qui devrait être repris rapidement par tous le système associatif hors politiques qui n'ont plus trop de crédits aujourd'hui et avant que le système associatif ne soit totalement anéanti.

Ecrit par : eric84 | 15.12.2008

Merci

Ecrit par : Magali34ans | 15.12.2008

@ Corinne Lepage , vous dites :

"Si nous voulons éviter la guerre des générations, il est impératif de discuter de notre avenir commun. Il est plus que temps que des Etats généraux du futur se mettent en place pour permettre aux jeunes de définir , à pied d’égalité, le monde qu’ils désirent"

C'est marrant ! L'absence d'outil démocratique organisé permettant aux citoyens ce débat sur l'avenir("discuter de notre avenir commun") , et donc sur le choix sociétal , vous fait réclamer des états généraux !

Etats généraux de le jeunesse , des vieux , des sourds et muets , des banlieues , de l'agriculture ...!
Nous avons donc dans cette démocratie le droit de choisir tous les 5 ans une équipe plutôt qu'une autre , d'écrire ce qu'on veut sur le net , et de faire de nombreux états généraux sur tous les secteurs de la société .....Mais réellement exercer notre citoyeneté (et là pas de jeunes ou de vieux ou de sourds : c'est l'égalité , la reconnaissance, le respect ) vous ne le réclamez pas !

Cette mode de réclamer des états généraux est le signe de la profonde carence démocratique de notre organisation politique.

Ecrit par : Di Girolamo | 16.12.2008

Bonjour,

Je suis vraiment heureux d'avoir voté pour Mme Corine Lepage en 2002.
Depuis ce temps, j'observe ses analyses avec lesquelles je suis généralement en accord et notamment cet analyse sur la crise de la jeunesse.
Je trouve même la jeunesse bien patiente et tolérente.

Si je puis me permettre un commentaire "Notre président de la république n'est peut-être pas âgé, mais ses méthodes s'apparentent à des méthodes de vieillard, il ne me semble avoir aucun sens de l'innovation".
Dressage de la jeunesse des banlieues !
Prime à la casse !
Privatisation !
Les fonctionnaires ne sont pas rentables !
Travailler plus ! Encore faudrait-il qu'il y ait du travail.
...

Voilà une partie de son langage. Ces méthodes sont révolues ou mène à des crises comme celle que nous subissons actuellement.

Comment pourra-t-on sortir le pays de la crise sans innovation !!!!!!!

Ecrit par : Jo_22_64 ans | 16.12.2008

Bof, l'idée d'états généraux du futur est très décevante, typique du système politique que vous fustigez mais dont vous empruntez cette fois ci les combines.
Non, là n'est pas la solution, nous savons qu'on y produira pas mieux qu'un Grenelle de la jeunesse, dans le meilleur des cas.
Aucun de nos politiques n'a la solution au niveau national, car c'est localement qu'on s'occupe de la jeunesse, avec des projets locaux, dans lesquels ils s'identifient parce qu'on leur donne les moyens d'en être les promoteurs.
Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, nos "enfants" ont des "jouets" dont les adultes ne savent pas, sauf exceptions, se servir; Les NTC.

Paradoxalement, ces "jouets/outils" ne sont pas encore utilisés pour fédérer leurs revendications; Soit parce que le stade des revendications n'est pas encore atteint, soit parce qu'ils n'ont rien à nous dire. Ce que je considère ici comme un paradoxe n'est qu'un exemple parmi d'autres du fossé qui sépare ceux qui se considèrent comme "vieux", et ceux qu'ils définissent comme jeunes.

Je reviens tout de même sur le sujet de la sensibilisation nécessaire pour aborder les enjeux environnementaux de demain, car nous devons à nos enfants la prise de conscience indispensable à leur survie, même si cela doit les entrainer à une révolte.

Pour résumer, pas d'États généraux, des projets locaux, et de l'information au niveau national.
Reste pour cela à obtenir le bon vouloir des médias :((
Alex

Ecrit par : Alex | 19.12.2008

Je suis de plus en plus en phase avec Madame LEPAGE.

Il est temps d'organiser notre économie et notre façon de vivre de manière différente, sinon nous risquons d'aller droit dans le mur.

Actuellement je milite au sein d'une association contre l'implantation d'une usine polluante par Eurovia, implantation réalisée en dépit du bon sens. Il est temps de nous mobiliser contre ces lobbyings industriels qui ne pensent qu'à leurs profits à court terme.

Ecrit par : ROSSKOPF | 20.12.2008

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