22.12.2008
Corinne Lepage: N'est-il pas temps de changer de mode de calcul?
Le président de la République avait chargé deux prix Nobel : Amartya Sen et Robert Stiglitz de mettre en place un PNB vert. Plus personne n'en parle et ce projet peut apparaître aujourd'hui comme parfaitement obsolète compte tenu de la crise économique et financière. Cependant, et de manière paradoxale, l'adjonction d'un indice de bien-être économique à côté d’un PNB en berne présenterait de très nombreux avantages particulièrement dans l'année qui vient.
De quoi s'agit-il ?
L'indice de bien-être économique n’est pas unique : il existe d’autres indices qui visent le même objectif, à savoir patrimonial. Partant du PNB, il ajoute et il retranche ce qui a amélioré le patrimoine collectif et ce qui l’a réduit. Ainsi, les services gratuits, l'amélioration du patrimoine naturel, les dépenses d'investissement pour préparer l'avenir, santé, recherche, éducation viennent en plus. A contrario, la réduction du patrimoine naturel, la maladie, la délinquance, l'augmentation des inégalités vienne en déduction. Ainsi, l'indice de bien -être économique offre une image beaucoup plus réelle de la progression de la société sur une année. C'est précisément parce que les perspectives pour 2009 sont particulièrement noires sur le plan économique que le mouvement est particulièrement bien choisi pour changer de grille de lecture. Le très récent rapport du laboratoire européen d’anticipation considère en effet que la fin du premier trimestre de l’année 2009 va être caractérisée par une prise de conscience générale de l’existence de trois processus déstabilisateurs majeurs de l’économie mondiale, à savoir :
1. la prise de conscience de la longue durée de la crise
2. l’explosion du chômage dans le monde entier
3. le risque d’effondrement brutal l’ensemble des systèmes de pension par capitalisation.
Dès lors, les facteurs psychologiques vont jouer un rôle extrêmement important puisque les opinions publiques risquent de considérer que la crise échappe en réalité à tout contrôle avec donc un risque de chaos social. Les états s'avèrent incapables de gérer socialement la montée du chômage et de donner de réelles perspectives aux populations.
En effet, plus la crise durera plus elle sera porteuse d'instabilité socio-économique. S’y ajoute bien sûr le risque d'effondrement brutal du système de retraite par capitalisation puisque l’OCDE estime à 4.000 milliards USD les pertes des fonds de pension pour la seule année 2008. La prise de conscience par les opinions publiques de ces tendances et de leurs conséquences pourrait constituer le grand choc psychologique mondial du printemps 2009. De même que les investissements hors la société post pétrolière apparaissent comme déraisonnables et irrationnels, de même le maintien, pour mesurer l'évolution de la société, du seul critère du PNB apparaît comme un facteur d'accroissement de la crise, et ce pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, il est certain que la crise et le chômage croissant vont conduire a une augmentation importante des activités non rémunérées mais qui constituent une création de valeur incontestable, comme les aides à la personne, les activités d'entretien et de réparation, l’usage du potager pour nourrir sa famille. Tous ces activités ne sont pas comptabilisées dans le PNB mais sont évidemment extrêmement importantes pour la vie quotidienne, voire pour la survie d'un certain nombre de personnes.
Ensuite, le ralentissement économique va s'accompagner d'une réduction des pollutions et des émissions de gaz à effet de serre, d'une réduction de la circulation automobile améliorant ainsi la santé des habitants des villes même si parallèlement les difficultés financières vont rendre plus difficile pour un certain nombre de personnes l'accès aux soins. Ces éléments sont à prendre en compte.
On peut aussi imaginer que la crise favorise le système D, l'entraide, la solidarité et conduisent ainsi à retrouver, par la force des choses, des relations humaines d'une qualité très supérieure.
Il est donc économiquement et socialement tout à fait faux de ne pas considérer que ces évolutions apportent un plus à la société et doivent à ce titre être comptabilisés dans l'indice de bien-être économique.
Cette transformation permettra de mieux appréhender la réalité globale de la crise, de mesurer avec d’autres critères son impact et donc d’orienter différemment les politiques publiques pour favoriser le maintien d’une certaine cohésion sociale dans un esprit de justice qui est aujourd’hui totalement absent.
Elle permettra aussi d’améliorer le moral de nos concitoyens en donnant tout d'abord une valeur économique à ce qui est aujourd'hui n’en n’a pas et en cessant de considérer comme avantage ce qui n'en est pas un. Rappelons par exemple que la finance virtuelle a été le principal moteur de la croissance du PNB au cours des dernières années.
On voit où cela nous a conduit !
Enfin surtout, la recherche d'un accroissement de l’indice de bien être économique donne un sens, une direction à la société à un moment où précisément une menace de troubles sociaux existe, liée précisément à la disparition d'un modèle sans qu’aucune solution alternative ne soit réellement proposée. Le changement de critère de référence constituerait précisément un des symboles les plus forts d’espoir.
Tribune France-Culture du lundi 22 décembre
Télécharger la lettre consacrée aux indicateurs
13:33 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : corinne lepage, indicateurs





Commentaires
Décidément, le lundi est souvent un jour qui fait naître l'espoir.
Merci, Corinne !
Oui, il faut se mettre à mesurer ce que nous pouvons être, plutôt qu'avoir.
Cet indice du bien-être existe-t-il ?
A défaut, c'est à nous de le revendiquer et même de le créer...
Ecrit par : BGR | 22.12.2008
A télécharger, la lettre de la présidentielle consacrée aux indicateurs
ftp://ftp2.cap21.net/capw/lettre_13.pdf
Ecrit par : bertrand | 22.12.2008
Merci pour le lien qui ouvre des perspectives intéressantes.
Ecrit par : BGR | 22.12.2008
Cela fait longtemps que le Bouthan utilise un indice appelé le Bonheur National Brut au lieu du PNB pour évaluer les progrès du pays, ne pourrait on pas s'en inspirer ?
Ecrit par : xavier | 22.12.2008
Cette idée est tout à fait pertinente.
Comme le rappelles Xavier le Bouthan a adopté un indicateur de ce type.
Ne conviendrait-il pas de compléter l'appellation comme suit : "indice de bien-être économique et social" ?
Car si la plupart des activités peut être valorisée, certaines relèvent de l'immatériel.
Ecrit par : Thierry P. | 22.12.2008
Cela nous raméne à une proposition faite, par LIBR'ACTEURS, ou nous parlions de RATING SOCIAUX, aux côtés des RATING FINANCIERS.
Nous prônons la mise en oeuvre d'un nouveau référentiel de valeurs, et Corinne traduit parfaitement cela.Il va falloir faire oeuvre de pédagogie, pour montrer en quoi, dans de nombreux domaines, ce qui est ressenti comme regression ne l'est pas in fine.
C'est comme l'indicateur du FROID ressenti par rapport au froid réel.
Les adhérents de CAP21 et les sympathisants, sont invités a chercher des exemples illustrants et à nous les faire remonter.Merci.
Ecrit par : HASSELMANN | 22.12.2008
@ Bertrand : le texte de votre lien est juste, mais l'adresse liée est, selon mon navigateur (Safari), http://..., qui ne marche pas.
Ecrit par : FrédéricLN | 22.12.2008
Nous connaissons très bien ces calculs dans le monde de l'entreprise. C'est le coût de non qualité. Il comprend 2 volets:
-les dépenses de non qualité subies (coût de réparation). Ce sont essentiellement les coûts de rebuts et de reprise des produits qui rentrent dans cette catégorie. Par exemple, un acheteur subissant la pression court terme de son management achète moins cher un composant dont l'équivalence en assemblage système pose problème. Ce sont n systèmes qui seront repris en ateliers de réparation.
-les dépenses consenties ou encore choisies. Ce sont les dépenses que l'on fait en amont de la fabrication du produit pour fabriquer bien du premier coup. Ce sont les contrôles très en amont, les analyses préalables de modes de défaillance, de leurs conséquence et de leur criticité. En politique environnementale, cela s'appelle le principe de prévention.
Trouver un modèle de développement permettant de donner une réalité à cette nouvelle manière de compter, c'est par exemple trouver des modes de vie à confort quasi identique en dépensant 10 fois moins d'énergie. Or aujourd'hui, la croissance de PIB et les revenus des acteurs économiques sont assis sur la consommation d'énergie fossiles essentiellement. Pour que la transition énergétique se fasse, il faut effectivement monétariser les services gratuits fournis par la nature et rendre plus chère l'énergie. Il faut aussi rémunérer plus fort les acteurs favorisant les économies.
L'économie de l'environnement se mène exactement comme une politique qualité dans une entreprise.
Ecrit par : Dominique Bied | 22.12.2008
On peut ajouter un exemple encore pour illustrer:
Une société dont la cohésion sociale explose amène inévitablement une augmentation de la délinquence et une réaction sécuritaire avec une augmentation des besoins en ressources humaines dans la police, la justice etc..., une augmentation de la difficulté d'exercer les fonctions d'enseignement du savoir, plus généralement, une augmentation des coûts de réparation et de contrôle.
Une société économiquement sans problème majeure est apaisée et ne nécessite que peu de forces de l'ordre.
Le maître mot d'une société durable est: partage (donc fiscalité plus juste et refuser la paranoïa qui veut que les capitaux vont s'en aller ailleurs. Ce ne sera pas le cas si notre pays est attractif et apaisé). Certaines sociétés très performantes économiquement dès aujourd'hui ont intégré ce paradigme dans leur stratégie marketing et construisent de nouvelles offres à partir de ce mot.
Ecrit par : Dominique Bied | 22.12.2008
Un bug empêche le téléchargement de la lettre consacrée aux indicateurs, le lien est accessible en bas du post de Corinne Lepage
Ecrit par : bertrand | 23.12.2008
Que serait cette mesure synthétique d'un "bien-être effectif ajouté" au plan collectif? C'est bien "la" question du moment sans doute, quand la crise nous incite à faire plus attention que jamais à ce que nous produisons pour acheter et consommons pour produire...et à la manière de le faire.
Mais quand on sait que thermomètre, baromètre, anémomètre, tachymètre, voltmètre, ampèremètre, balance, gyroscope, boussole, etc. existent comme autant d'instruments variés et complémentaires dans le domaine de la mesure des réalités physiques et géo-physiques - lorsqu'il s'agit des réalités sociales et éco-sociales, parions avec optimisme qu'un tel indicateur n'aurait rien d'une obscure pierre philosophale ou d'un Saint-Graal pour nos mouvements écologistes en pointe comme en dissidence d'avec la pensée dominante quant à la réflexion sur la meilleure direction à donner à notre Avenir commun.
Remplacer enfin la notion de croissance du PIB par celle de progrès d'un développement économe, autonome et respectueux de normes sociales et environnementales telles que l'ONU - avec l'IDH, l'Indice de Développement Humain, puis l'Agenda 21 - les a conçu dans les années 90? N'est-ce pas-là l'ultime utopie qui nous soit accessible dans une civilisation cherchant périodiquement à se réformer dans ce sens depuis plus de 35 ans et le fameux rapport Meadows ("Halte à la croissance!") ?
Alors, oui, faisons le pari que cela - "Big U Turn" ou non - est possible, et continuons à progresser sur la voie d'une réevaluation permanente de nos richesses patrimoniales réelles comme d'une "gouvernance" plus maîtrisée de notre effort plus ou moins commun de plus ou moins constante amélioration de notre sort - commençant par le fait que chacun puisse être nourri et se nourrir à sa faim, disposer d'une éducation de base lui permettant de préserver sa santé et de choisir en conscience dans quel sens déployer son activité et développer ses talents.
Pour cela, il faut asssurément accepter de s'éloigner plus avant de la logique compulsive du 'tout-marché',c'est-à-dire d'une idéologie individualiste couplée à une vision strictement utilitariste de l'économie - et donc de la société - selon laquelle la richesse collective ne saurait plus être que la somme des richesses ou enrichissements individuels; selon laquelle autrement dit, le bien-être collectif ne serait que la seule résultante des libres activités économiques et sociales de chacun(e).
Alors, oui, décidons d'aller plus loin sur notre Chemin de Civilisation, et reconnaissons avec Aristote que l'homme est un "animal politique", et que la poursuite de son seul intérêt correspondrait à un "état de conscience primaire" dont on peut souhaiter qu'il parvienne à s'arracher plus avant désormais, pour parvenir à évoluer au XXIè siècle en tant qu'être assurément disposé au Bien commun; dès lors qu'il est doué de cette conscience proprement politique lui évitant de retomber dans cet état d'homo oeconomicus où ne règne que la loi du 'toujours' plus fort - et non la loi du 'toujours' plus juste et plus grand effort pour tous et par tous.
Ce n'est donc pas en effet l'économie en tant que science quantitative qu'il faut incriminer au-travers de la remise en cause du PIB comme alpha et oméga de notre "bien vouloir vivre ensemble", comme horizon commun bien trop étroit...ni aucunement un libéralisme du libre échange, qui est en soi ouverture à la différence de l'autre...mais bien un "économisme" ou "économicisme" insuffisamment social et environnemental dans sa manière d'évaluer l'impact et de mesurer la bonne convergence de nos efforts communs pour un monde meilleur. En quoi le commerce équitable par exemple, entrerait-il en ligne de compte comme activité maximisante du "bien-être collectif ajouté", alors que le bénéfice gagnant-gagnant qu'il instaure dépasse les frontières d'une comptabilisation étroite des bénéfices strictement commerciaux de part et d'autre?
En lieu et place du PIB - au moins en complément d'une comptabilisation pêle-mêle de la valeur financière approximative de nos activités respectives d'enrichissement personnel quelles qu'en soient la nature - il faudrait définitivement et valablement souhaiter que s'imposent finalement 2 choses au-travers de la mise au point de ce nouvel indicateur en définitive:
1- Une perspective plus patrimoniale qu'étroitement matérialiste dans notre compréhension du droit à la propriété et de l'accumulation de "pseudo-richesses": oui, la Planète est notre patrimoine commun et il n'y a de développement durable d'un enrichissement véritable qu'en respectant et préservant intégralement à travers lui les potentialités de la Nature dans nos modes de vie. Produire plus ou moins, consommer plus ou moins, exporter plus ou importer moins n'étant pas "bien" ou "mal" en soi, mais produire mieux, consommer, exporter et importer mieux est devenu impératif au regard de ces critères.
2- Une vision plus humaniste qu'étroitement monétariste en termes d'accroissement du Bien commun - Oui, l'Humanité est moralement fragile, et tout aussi précaire sinon plus que la Planète dans son destin, si bien qu'il n'y a de véritable croissance possible que celle de la dignité reconnue à chaque personne dans l'évolution de son niveau de vie et d'activité. De la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, au droit à la Formation permanente, nos sociétés occidentales avancées ont mis en place un projet humaniste pour tous qu'il nous faut également pouvoir assumer comme viable et accessible au plus grand nombre, sauf à le considérer comme démagogique et à ne pouvoir jamais se contenter plus que de "droits de papier". C'est précisément en cela par exemple, que la récente loi Dalo est un défi que notre société s'est lancé à elle-même en termes de "bien être effectivement ajouté": un nombre de logements suffisant pour tous...pour être effectivement disponibles à chacun en partage après avoir été collectivement financés.
Une réforme du PIB relèverait bien je crois, pour ces 2 types de raisons, de notre responsabilité. Et bien conçue par des personnalités comme Joseph Stiglitz, Amartya Sen, ou encore Patrick Viveret, elle confirmerait un progrès résolu et simultané dans ces deux directions. Encore faut-il avoir les convictions qui vont avec, et que nous sommes sans doute de plus en plus nombreux à partager et à défendre.
Ecrit par : Ecocitoyen d'Europe | 23.12.2008
Superbes apports de Ecocitoyen et D BIED, nous sommes au coeur du comportemental (behaviour), mais il va falloir vulgariser notre propos, pour que le plus grand nombre et notamment les jeunes s'approprient cette idée, et la traduisent ensuite en comportements et actions au quotidien.
Ecrit par : HASSELMANN | 23.12.2008
Merci Hasselmann. Le propos est en effet d'assez haut niveau, tandis que nos élus doivent pouvoir assumer ensuite le courage politique que cela nécessite d'aborder ce type d'enjeux comme reflétant non seulement une demande citoyenne mais comme résultant surtout d'un constat d'échec au regard des "déchets" écologiques et malheureusement sociaux que produit notre système économique. Et là, il ne s'agit rien de moins que de permettre, pas tant une refondation de ce capitalisme dans lequel nous vivons de toute façon comme étant le moins pire des systèmes, mais de permettre sa réorientation une fois constatées ses dérives contre-productives en termes de Bien commun. Et attention, c'est bien "par le haut" que nos élites doivent se bouger pour que ça change avec l'introduction du PIB vert ou IDH amélioré que nous appelons de nos voeux ici...sinon, je crains que "la pédagogie comportementale" n'aura qu'un impact bien inefficace si l'on continue comme on le fait actuellement: par injonctions ou "communication descendante" risquant d'infantiliser le citoyen plus que de le responsabiliser véritablement (achetez vite des ampoules basse conso, etc...). Bref, on en est au niveau Zéro du débat démocratique en la matière...au ras des pâquerettes si l'on constate le niveau d'échanges à l'Assemblée reproduisant l'éternelle gué-guerre droite-gauche. Bref, permettre un changement d'aiguillage progressif d'un TGV lancé à pleine vitesse, ça demande de l'ambition - et du doigté...Les Centristes, ont, j'en suis convaincu, un rôle-pivot à jouer dans la mise sur agenda politique de ces préoccupations de premier ordre.
Ecrit par : Ecocitoyen d'Europe | 23.12.2008
Lâchons-le mot clé: au-delà d'un "PIB vert", il s'agit de réinventer une NOUVELLE GOUVERNANCE économique à un système que nos élites ont peu à peu renoncer à encadrer de manière assez ferme au niveau financier (paradis fiscaux, produits dérivés à l'infini, fonds spéculatifs, etc), le volet monétaire, lui, ayant été heureusement tenu de manière assez rigoureuse, pour créer l'Euro par exemple, sans lequel nous serions dans la panade la plus complète des déflations compétitives et du chacun pour soi nationaliste...
A mon avis, il faudra sortir de cette crise due à un déficit de gouvernance économique par le pouvoir politique, "par le haut", et l'Union Européenne devra jouer sa carte sur des réformes telles que celle de la mesure de la Valeur ajoutée, si nous avons des élites assez éclairées pour lancer la réflexion...Les hauts-fonctionnaires onusiens sont moins idéologiquement formatées que celle de l'UE et de l'OCDE a priori: il faudrait je crois une initiative conjointe de l'Europe et des Etats-Unis d'Obama réclament à l'ONU les pistes que Sarkozy a réclamé à Stiglitz et Sen. Car je ne crois pas pour ma part qu'une "économie de l'environnement" reposant sur les principes du pollueur-payeur (ce sont les consommateurs plus que les industriels qui en font les frais), de monétarisation de droits à polluer (permettant aux "mauvais élèves" de se faire larguer par les leaders profitant de leur trop faible capacité "d'investissement vert" pour s'enrichir sur leur dos), et de rémunération-récompense des consommateurs les plus vertueux (comme cela se fait déjà aux Etats-Unis) ne changeront grand-chose à un souci majeur: l'affaiblissement de plus en plus patent des Etats ayant peu à peu perdu leurs marges de manoeuvres depuis que le monétarisme a conduit à ce qu'il accepte lui-même de se déposséder (depuis 1973 en France) du pouvoir de création monétaire au profit des banques. Moi je suis de ceux qui croient en effet que les banques ont pris "en otage" le système en s'arrogeant par négligence de politiques comme Giscard le monopole du pouvoir monétaire, et que ni les entrepreneurs ni les Etats ne s'y retrouvent assez désormais en terme d'investissement conjoint public-privé sur des projets verts d'envergure: l'investissement public pour un Etat-nation comme la France se faisait par création monétaire jusqu'en 1973, il ne se fait plus que par endettement depuis...Voilà pourquoi il ne faut pas avoir peur d'élargir le débat: le mode de gouvernance économique doit non seulement être rééquilibré au profit de l'environnement, mais aussi au niveau des besoins des citoyens...Sinon je crains que les politiques n'aient définitivement plus aucun pouvoir économique réél, tandis que des Etats auparavant souverains du point de vue de la création monétaire, continueront à se faire faire les poches par des entreprises de plus en plus grosses, plaçant le produit de leur forfait dans des paradis fiscaux...Oui, le tableau est sombre mais j'en suis-là lorsqu'il s'agit de porter un diagnostic assez clair et circonstancié je crois sur les tenants et aboutissants de la situation actuelle, trouvant "la ficelle un peu grosse" lorsqu'il s'agit de comparer la gravité de la crise actuelle à la Grande Crise de 1929 quand seuls les salariés et le système public d'indemnisation du chômage vont trinquer, mais qu'aucune multinationale ni "grande banque" ne fera assurément faillite!
Ecrit par : Ecocitoyen d'Europe | 23.12.2008
Bonjour.
Je recherche des lieux/sites de réflexion sur le Net plutôt ''centre ou verts", mais qui ne soient pas trop partisans, optus, politicards, enfin, vous avez compris je pense.
Et qui ne soient pas focalisés sur une personne, comme ici sur Corinne Lepage.
Des lieux où il y a de l'intelligence critique et de la qualité d'analyse, au regard des questions démocratiques, républicaines, sociales, etc.
Côté plutôt gauche, il y en a pas mal, mais côté centre ou verts, je n'ai pas trouvé ce que je cherchais...
MERCI A TOUS par avance de vos tuyaux, c'est pour la France ;)
Ecrit par : cijim | 24.12.2008
Extrait du discours de Robert Kennedy le 18 mars 1968, qui me parait en phase avec cette tribune.
« Notre PIB prend en compte dans ses calculs, la pollution de l’air, la publicité pour le tabac et les courses d’ambulances qui ramassent les blessés sur nos routes. Il comptabilise les systèmes de sécurité que nous installons pour protéger nos habitations et le coût des prisons où nous enfermons ceux qui réussissent à les forcer. Il intègre la destruction de nos forêts de séquoias ainsi que leur remplacement par un urbanisme tentaculaire et chaotique. Il comprend la production de napalm, des armes nucléaires, et des voitures blindées de la police destinées à réprimer des émeutes dans nos villes. Il comptabilise les programmes de télévision qui glorifient la violence dans le but de vendre les jouets correspondants à nos enfants.
En revanche, le PIB ne tient pas compte de la santé de nos enfants, de la qualité de leur instruction, ni de la gaîté de leurs jeux. Il ne mesure pas la beauté de notre poésie, ou la solidité de nos mariages. Il ne songe pas à évaluer la qualité de nos débats politiques ou l’intégrité de nos représentants. Il ne prend pas en compte notre courage, notre sagesse, ou notre culture. Il ne dit rien de notre sens de la compassion, ou du dévouement envers notre pays. En un mot, le PIB mesure tout sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue. »
Ecrit par : Laurent VILLEBRUN | 26.12.2008
Merci Corinne ! Voilà de la politique comme on l'aime, une politique de civilisation, et merci aux brillants internautes pour la qualité de leurs commentaires !
mais il faut savoir qu'à 385 ppm de CO2, et faute d'avoir écouter la famille Kennedy il y a 40 ans, des oligarchies désormais périmées nous ont mis dans une situation où il n'y a plus une minute à perdre !
On peut dire que depuis la chute du mur de Berlin, l'Occident a encore plus tout faux que du temps de Kennedy.
il va falloir planter des milliards d'arbres à croissance rapide et non destinés à la cuisine ou au chauffage, et il faudra le faire meme en bordure du sahara et reconquérir les déserts, le + rapidement possible.
Quel challenge !
et la gouvernance mondiale alors dans tout ça ?
et le remplacement de la concurrence sauvage, ce luxe obsolet de pays riches, par la coopération internationale optimisée par les économistes et philosophes et scientifiques, enfin, économisant et synergisant les efforts ! c'est pour quand, les monopoles internationaux éthiques optimisés et durables remplaçant les multinationales en concurrence ravageuses ?
Pour finir, un lien intéressant étonnant sous copyright sur une vision folle du climat, qui n'est pas à la gloire des américains, ni sous Clinton, ni sous Bush.
Souhaitons qu'Obama et ses équipes à peine renouvelées aient retenu l'urgence, la justesse et la justice du discours des KENNEDY !
http://cdurable.info/Notre-planete-Terre-bientot,383.html
Ecrit par : crinon | 29.12.2008
Le timbré, n° 61, extraits
Patrice Bessac communiste pur sucre déblatère à longueur de temps les mêmes poncifs totalement décalés de la réalité : le 29 décembre sur Europe 1, il explique qu'il faut harmoniser les droits sociaux en Europe en les nivellant par le haut, et lutter contre la politique Sarkozy si on ne veut pas se retrouver avec les niveaux sociaux de la Chine et de l'Inde. D'abord, les droits sociaux progressent de manière vertigineuse en Chine grâce aux progrès économiques, et la situation sociale du pays ne correspond plus guère aux schémas antidéluviens de Mr Bessac, dont les idées néanderthaliennes évoluent au même rythme que son parti progresse idéologiquement. Et si la Chine a progressé socialement depuis une décennie, je ne pense pas que ce soit en appliquant l'idéologie communiste. De plus, il existe tout de même un fossé suffisant entre les situations sociales de la France et de la Chine pour éviter de tomber dans le cliché stupide selon lequel Sarkozy menace tous les jours de faire basculer brutalement notre pays dans la misère où les enfants travaillent 12 heures par jour pour un dollar. Bref, ce prétexte de l'harmonisation avancé par Mr Bessac pour argumenter d'un nivellement social par le haut est totalement fallacieux, car il est très improbable qu'une telle harmonisation si elle devait se réaliser le soit à la hausse sur les bases des droits sociaux français particulièrement dispendieux, et par conséquent dont le coût supérieur à la moyenne européenne n'aurait que très peu de chance de rencontrer l'aval des autres nations. Mr Bessac a donc bon dos d'utiliser l'argument du nivellement social pour s'attaquer à la politique du gouvernement, car il est certain que si une harmonisation devait à ce niveau voir le jour en Europe, ce ne serait certainement pas pour parvenir à hisser tous les droits au niveau français, mais certainement pour rabaisser les droits français au niveau de la moyenne européenne.
Victor C.
Ecrit par : Verthuit | 30.12.2008
@VERTHUIT,
trés bel éclairage en creux, des dangers de revendications irréalistes, qui risquent, in fine, de se retourner contre nous.
Le modéle social français, est pointé, tous indicateurs confondus parmi les plus aboutis, même si ici ou là, il ya des progrés a faire.Le fossé est tel qu'il est donc illusoire de vouloir le "vendre" aux 27.Il va falloir dés lors, comme nous l'avions fait pour notre "exception culturelle"(j'y étais), trouver le plus grand dénominateur commun.Ce sera un des thémes forts pour les EUROPEENNES, et c'est là que CAP21 doit imposer sa vision, et des candidats, capables de la porter.
Bonne année 2009 à tous, car l'échéance des EUROPEENNES sera un moment particulier pour juger du poids de CAP21 au sein du MODEM.
Ecrit par : HASSELMANN | 30.12.2008
Prenons un exemple : les 1 147 véhicules incendiés la nuit du nouvel an.
Un rapide calcul sur la base d'hypothèses simples :
- véhicules d'âge et de niveaux de gammes variables - estimons en moyenne à 10 000€
la valeur du véhicule détruit, ou du montant des réparations nécessaires
- estimons à 1 500 € le coût d'une intervention pompiers
- estimons à 400 le nb d'interventions pompiers (1 pour 3 véhicules, environ)
- estimons le surcroît d'activité policière correspondant à 2 300 heures (2 heures par véhicule),
- estimons à 35 € le coût de l'heure de policier
Le PIB ne comptabilise pas les destructions. Il comptabilise les réparations et le rachat de véhicules; Il comptabilise par ailleurs les services publics directement en fonction de leur coût, et non de leur activité.
La destruction de ces véhicules a généré en une nuit :
685 000 € de PIB de services publics
et, dans l'hypothèse où les propriétaires remplaceraient ou répareraient leur véhicule en moyenne pour un montant égal à la veleur du véhicule détruit,
c'est 11,5 Millions d'€ de PIB qui est généré à court terme 'grâce' à ces destructions
Christophe Hénocq
Groupe Facebook "STOP à la dictature du PIB"
http://www.facebook.com/topic.php?topic=7604&uid=42370182265
Cause Facebook "STOP à la dictature du PIB"
http://apps.facebook.com/causes/184051?m=1a240be5&recruiter_id=12254045
Blog : Eruptures
http://www.eruptures.net/
Ecrit par : christophe Hénocq | 31.01.2009
Avoir les moyens de nos ambitions sans tomber sous la coupe du mythe du "Déficit Public"
Ecrit par : enoch | 02.02.2009
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