05.01.2009

Corinne Lepage: 2009, la nécessaire "rupture"

Pour cette première chronique de l'année 2009,  je présente bien entendu mes voeux à chacun d'entre vous, de santé, de joies, de réussite et de succès . Ces vœux individuels doivent bien évidemment s'accompagner de voeux collectifs. Mais, quels vœux faut –il formuler pour notre pays en 2009 ?


Tout d'abord, ne pas nous tromper d'objectif. Il serait bien possible que la réticence de la France à entrer dans l'hyperlibéralisme, qui a été présentée comme un retard et une incongruité devienne un avantage compétitif. Le maintien  des services publics, une sécurité sociale et un régime de protection sociale effectifs, un régime d’indemnisation du chômage  qui reste protecteur, un système de retraite par répartition qui n'a pas fait les frais du drame des retraites par capitalisation, un taux d'emprunt des ménages qui a été maintenu à un niveau raisonnable, tout ceci constitue aujourd'hui des forces incontestables pour affronter les orages qui montent…. A la condition bien sûr que ce ne soit pas le moment choisi pour engager ou renforcer des réformes dont l'objectif serait précisément de nous précipiter dans le reaganisme à l'époque où les États-Unis et la Grande-Bretagne vont en sortir.

Ensuite, prendre le bon tournant économique. On ne peut douter aujourd'hui qu'un deuxième plan de relance s'avérera indispensable très rapidement. La question n'est même pas celle de savoir si nos finances publiques peuvent le supporter, puisque nous savons tous qu'en temps normal, il ne pourrait en être question.

Mais, à circonstances exceptionnelles, règles exceptionnelles.

La question est de savoir à quoi doit servir ce plan de relance. À l'évidence, à financer les investissements dans les secteurs qui seront la base de l'économie du XXIe siècle, c'est-à-dire les énergies renouvelables, l'éco efficience dans tous les domaines à commencer par le bâtiment, la recherche et l'économie de la connaissance, les outils de la société du réseau. Mais il ne s'agit pas seulement de financer les investissements, il s'agit également de former nos concitoyens pour leur permettre d'accéder aux nouveaux métiers, ce qui signifie que le traitement social du chômage inhérent à la récession qui s'annonce doit être aussi un traitement en termes de formation professionnelle. C'est la raison pour laquelle le fléchage de crédits vers d'autres secteurs économiques que ceux qui viennent d'être énumérés, dans le seul but de sauvegarder une activité qui ne répond plus à la demande, est non seulement parfaitement vain, mais encore irresponsable dans la mesure où ces fonds ne serviront précisément pas à sortir de la crise. En effet, ils permettront une survie de secteurs condamnés à la disparition sous leur forme traditionnelle sans donner l'impulsion nécessaire aux secteurs économiques qui produiront la richesse et les emplois de demain.


Cette révolution économique à laquelle la crise nous incite ne peut se faire que dans un esprit de solidarité et de justice. La solidarité s'exprime non seulement par le soutien aux plus modestes et aux plus faibles, mais aussi par l'utilisation de la société de réseau pour permettre le partage des connaissances et des expériences réussies et l'échange, notamment grâce aux nouveaux réseaux sociaux, dans un esprit coopératif et non plus seulement lucratif. La justice s'exprime par une nouvelle politique de répartition qui ne peut évidemment pas continuer à faire supporter par la seule classe moyenne , la charge particulièrement lourde en temps de crise des conséquences sociales de cette dernière. Elle s’ exprime également par un traitement égalitaire des citoyens dans tous les domaines, à commencer par celui de la justice elle-même, en mettant un terme à un système à deux vitesses, d'autant plus répressif à l'égard de la délinquance de droit commun qu’il est laxiste, voire aveugle à l'égard d'une délinquance financière dont les ravages sont pourtant évidents à tous.


Ce changement de cap n'est possible que pour autant que nous vous revenions aux valeurs fondamentales du pacte social et du pacte républicain, en y ajoutant le souci constant d’oeuvrer à la survie de l'humanité, laquelle est réellement mise en péril par les crises écologique et climatique. Nous ne pouvons y parvenir que pour autant que nous sommes convaincus que plus de consommation de biens non durables n’est pas la fin de toute chose, que l'argent n’est pas la mesure de tout et que le  but de la vie n'est pas d'avoir plus , mais de vivre mieux. Un peuple est fort par les valeurs qu'il incarne et les moyens qu’il est prêt à mettre en ouvre pour les faire vivre. Nous avons l'immense chance d'avoir derrière nous une grande histoire et devant nous une appartenance européenne qui nous fait partager avec 400 millions de personnes un idéal et une vision de l'avenir si ce n'est parfaitement identique, au moins commune. Nous avons donc la possibilité et le devoir de réussir, dans cet espace partagé, non seulement la sortie de la crise mais encore, la construction d'une société compatible et adaptée aux contraintes et opportunités de ce siècle.


Nous pouvons appliquer à notre situation  le célèbre mot de Tristan Bernard que la Gestapo venait d'arrêter : « nous vivions dans la crainte; nous allons vivre dans l'espérance ».

Tribune France-Culture du lundi 5 janvier 2009

 

Commentaires

Bonjour et merci pour cette excellente chronique que j'ai repris sur relatio-europe. Bonne année à vous Corinne et à vos collaborateurs. très cordialement.

Ecrit par : daniel riot | 05.01.2009

Moi, aussi je l'ai reprise sur mon blog lablondeecolo.com, surtout que le vrai prénom de la blonde (Nadège) veut dire espérance en russe !

Ecrit par : la blonde écolo | 09.01.2009

Bonjour Corinne, et bravo pour ta chronique toujours d'excellent qualité. Par contre, devant la position plus que timide de François Bayrou sur la politique proche orientale, pourrais tu nous faire une chronique sur ta vision des choses et tes éventuelles solutions ?
On ne pourra jamais mener le combat de l'écologie au niveau planétaire sans arrivée à une stabilité de la Paix.

Ecrit par : jean françois broggio | 09.01.2009

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