12.01.2009

Corinne Lepage: Réformer, relancer dans quel but?

L’observation majeure qui peut être faite à propos du plan de relance comme du chapelet de réformes qui s’egrène chaque jour est la suivante : pour quel objectif et cet objectif est–il le bon, celui que la société doit effectivement se donner ?

Or, le débat correspondant est très rarement engagé et la discussion se focalise sur les mesures proposées ou sur les insuffisances de la situation antérieure qui justifieraient les réformes proposées. C’est bien regrettable, car le sujet essentiel est bien entendu celui de l’objectif et le fait qu’il soit occulté remet en cause, a priori, la réforme elle-même.

En effet, l’explication de ce silence peut être diverse: l’objectif affiché peut être un leurre par rapport à l’objectif réel, il est indéfendable au regard de l’opinion publique et en conséquence doit être tu;  enfin, et c’est encore peut-être plus grave, il n’existe même pas de débat sur l’objectif et il apparait un quasi –consensus sur un but erroné.

Les deux premiers cas de figure font l’objet de nombreuses illustrations : réforme des services publics pour des raisons comptables, certes légitimes au regard des finances publiques mais qui disparaissent sous des prétextes fallacieux de meilleur service rendu aux usagers. La réforme de l’éducation ou de l’hôpital entre dans cette catégorie; la reforme de l’instruction ou de la télévision publique entre dans la deuxième catégorie, l’objectif réel étant indéfendable, renforcement du pouvoir de l’exécutif et restriction des libertés publiques.

 

En revanche, la question des objectifs du plan de relance semble entrer dans la troisième catégorie. Il semble se dégager un consensus autour d’un plan de relance de l’activité économique pour revenir à la croissance d’avant la crise.

Et s’il s’agissait d’une erreur complète dans la mesure où la situation future constituera un changement de nature et non de degré, dans la mesure notamment où les modes de consommation seront bouleversés et par voie de conséquence, les modes de production et les produits actuels seront obsolètes.

Comment ne pas voir la transformation excessivement rapide des comportements consuméristes, entre système D, soldes, explosion de la revente par internet, promotion des produits locaux, baisse tendancielle des dépenses liées à la voiture (achats de véhicules, essence, péages autoroutiers), essor de l’autopartage, développement des dépenses liées à la connaissance, la culture et internet ? Les consommateurs, c’est-à-dire nous tous, ne sommes nous pas en avance sur nos décideurs politiques et une grande partie de notre tissu économique, en ayant d’ores et déjà commencer à nous adapter au monde nouveau ?

Si cette analyse est la bonne, nous allons nous épuiser à financer en pure perte le maintien d’activités condamnées sous leur forme actuelle, sans aucune solution solide pour l’emploi de ces secteurs et en négligeant l’investissement dans les infrastructures publiques et les nouvelles activités. Dès lors, le débat n’est pas sur l’étendue de la récession ou sur la nécessité d’un plan de relance massif- ce qui n’est pas le cas en France à ce jour- ; il devrait en revanche porter sur les objectifs du plan et plus précisément du deuxième plan qui devra intervenir. Or, il ne peut y avoir un tel débat que pour autant qu’il existe une discussion sérieuse et préalable sur les conditions de sortie de crise.

Si nous pensons que les fondements de la création de richesses seront autres que ceux que nous connaissons aujourd'hui, alors, l'utilisation des deniers publics doit être bien différente : d'une part, il est impératif que la solidarité nationale se manifeste à l'égard de ceux qui sont les premières victimes de la crise, notamment les salariés des industries du secteur automobile et de leurs sous-traitants, non pas en subventionnant les industries pour continuer à produire les mêmes modèles, mais pour assurer la reconversion de ces industries et la formation des personnels.

D'autre part, il est indispensable de financer les infrastructures nécessaires à la sortie de la société du pétrole, en particulier en favorisant une très forte décentralisation énergétique qui permettra, en  particulier d'asseoir une relocalisation industrielle à partir des énergies renouvelables adaptées à chaque territoire. Enfin, les investissements dans la recherche-développement et dans la société de la connaissance sont les meilleurs que nous puissions faire aujourd’hui, puisqu’ils vont permettre à la fois la formation et le développement d'activités économiques dans de petites structures que permet  parfaitement la planète interne. Cette transformation exclut évidemment le financement des infrastructures traditionnelles comme les routes ou même les centrales nucléaires qui rendent impossible de fait le développement de l'efficacité énergétique et des énergies renouvelables.

Elle exclut également de maintenir le système fiscal actuel qui favorise outrageusement les revenus du capital au détriment de ceux du travail, l'augmentation du pouvoir d'achat devant se faire à partir d'une réduction de la pression fiscale sur les revenus du travail de la classe moyenne en particulier.

Enfin, le soutien au système financier, sans aucune contrepartie en termes de contrôle et de prise de participation, qui est une spécificité franco-française, doit évoluer pour assurer, au-delà des efforts très méritants de M.Ricol,  effectivement le financement de l’économie réelle.

 

Et plus particulièrement, plutôt que de concentrer les crédits sont les très grandes entreprises qui n'ont eu de  cesse de délocaliser  et de privilégier leurs intérêts financiers à très court terme, il serait intéressant d’ encourager le tiers secteur, celui de l'économie sociale et solidaire, qui représentent aujourd'hui 10 %  du PIB français et répond parfaitement à un développement durable de notre économie.

Tribune France Culture du  lundi 12 janvier

Commentaires

Cette analyse est la bonne Corinne, on se trompe de cible car nous n'avons pas un vrai projet de l'entreprise France.Ce n'est pas un changement de degré, c'est bel et bien à un changement de nature que nous sommes confrontés.
Un projet pour l'entreprise FRANCE, c'est faire un état des lieux sans complaisance, dire ou nous voulons être dans15 ou 20 ans.Recenser tous les moyens a reunir pour y parvenir, voir ceux dont on dispose et ceux qu'il va falloir acquérir ou forger.
Je vais plus loin dans l'analogie avec la démarche entreprenariale, il faut fixer les DAS(direction d'action stratégique) qui seront ici , ni plus ni moins ,que les priorités sociétales.
En fait il ne suffit plus de dénigrer, il faut être pratique et proposer, au sein d'un ensemble programme cohérent qui fera apparaître le changement de réferentiel.A l'aube du XXIem siécle, il faut accepter de ne pas mesurer certains coûts en terme de PIB, mais à l'aune des solidarités et du développement durable.
Les EUROPPEENNES qui se profilent doivent être l'occasion pour CAP 21 au sein du MODEM de faire entendre une vraie différence selon la même démarche du projet d'entreprise.

Ecrit par : HASSELMANN | 12.01.2009

Nous sommes bien face non pas une crise uniquement économique mais plus largement de société. Il ne doit pas s'agir de mettre en place un plan de relance pour relancer un modéle obsoléte.Nous devons mettre en place "un plan de sauvegarde" pour minimiser les degats sur notre économie et ensuite repenser totalement notre mode de développement par un plan structurel.
Laurent VILLEBRUN
Modem 66
www.laurent-villebrun.com

Ecrit par : Laurent VILLEBRUN | 13.01.2009

Cher Corinne, encore une fois, une analyse fine et lucide de la situation du pays et de l'avenir que nous voulons construire ensemble. J'ai hâte de vous (re)voir dans le grand Ouest pour les élections européennes car soyez en assurer, nous serons derrière vous pour porter vos idées et celles du MoDem dont je n'ai aucun doute qu'elles ne feront plus très bientôt qu'un seul ensemble cohérent du projet alternatif et humaniste que nous défendrons aux côté de François Bayrou. Ce sont les bras grand ouverts que les Deux-Sèvres vous ouvriront leurs portes. A très bientôt donc.

Le collectif Orange Sanguine

Ecrit par : Orange Sanguine | 13.01.2009

merci pour ces commentaires en particulier orange sanguine ;j'espère que nous pourrons travailler ensemble dand le grand ouest

Ecrit par : corinne lepage | 14.01.2009

Effectivement cette analyse est la bonne, la cible doit être modifié, mais également (et surtout) les moyens d'atteindre cette cible .

En dehors de la relance (relance de non changement) de 26 milliards, il ne faut pas oublier l'engagement de l'Etat à hauteur de 360 milliards pour garantir le système d'échanges interbancaires.
En cas de nouveau soubresaut de la crise cette année, venant cette fois inévitablement de l'économie réelle, il faudra bien que l'Etat honore cet engagement. Comment ? Là est toute la question. Si cela doit arriver, comment planifier un changement de paradigme sur le moyen/long terme ?
Mais la cerise sur le gâteau (dont on parle peu) ne vient-elle pas des augmentations d'engagements des Banques Centrales de la zone Euro à hauteur de 700 milliards pour le seul mois d'octobre dernier (visible sur les sites de la BCE) pour racheter les actifs pourris de nos chères banques (très cher).
Ces accumulations d'engagements, in-fine, sont toujours garantis par les mêmes, les Etats par le biais du peuple et des impôts.

C'est donc une réforme totale et immédiate des systèmes bancaires et échanges financiers qu'il faut mettre en place ; et la seule solution aux yeux de beaucoup d'économistes (ceux dont on ne parle pas dans les médias) est la mise en banqueroute dudit système.
Une autre solution complémentaire à la première, est pour l'exemple de la France, la création d'une seconde monnaie d'investissement à long terme qui pourrait être le Franc. Non pas en remplacement de l'Euro mais en complément et seulement créé et géré par l'Etat, donc non productive d'intérêts pour les banques (monnaie non échangeable et non exportable). Et là pas besoin des accords de bruxelles pour le mettre en place, car jamais envisagé dans les différents traités.
Par ailleurs, pour continuer à relocaliser notre économie et maintenir se tissus sociale créer par les PME et les Artisans ; peut-être faudrait-t-il remettre au gout du jour le projet de TVA sociale, qui rappelons le est une augmentation de taux appliquer sur une base moins importante ; ce qui permettrait de financer notre système sociale sur les produits d'importations.
Les objectifs présentés par Corinne sont les bons, mais les moyens vont être difficile à trouver. Y a plus qu'a relever les manches.

Ecrit par : jean françois broggio | 15.01.2009

Corinne , quels sont les recours juridiques contre les propos de haine et d'appel à mise à mort entendus lors des manifestation pro-gaza du week end dernier.
Merci

Ecrit par : enoch | 16.01.2009

Non à la haine dans la rue

http://enoch.over-blog.com/article-26837587.html

Ecrit par : enoch | 18.01.2009

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