16.02.2009
Corinne Lepage: Profits records de Total et crise
Le super bénéfice de Total est le plus important jamais réalisé par une entreprise française avec près de 14 milliards d'euros, en hausse de 14 % par rapport à 2007, pour un chiffre d'affaires de 179,98 milliards d'euros. Cela pourrait être une excellente nouvelle si l’origine de ce profit et son utilisation s’inscrivaient dans un développement durable. La question de sa taxation éventuelle ne se poserait alors pas.
Certes, de nombreux parlementaires UMP se sont immédiatement opposés à une telle initiative en raison de l’importance de l’impôt acquitté en France par Total. Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP a affirmé : « 13 milliards de bénéfices, ça veut dire environ 13 milliards d'impôts sur les sociétés pour l'État. » .
Malheureusement, c’est faux. Le chiffre de 14,1mds d’impôts que le groupe s’attend à payer en 2009 concerne le monde et pas seulement la France. Certes, l’impôt payé par Total en France est secret. Mais, une société paye ses impôts dans les pays où les filiales réalisent les bénéfices. Or les "impôts du résultat opérationnel net" sont de 14,5 milliards d'euros pour l'amont, (localisé hors de France) et de 143 millions pour l'aval.
UFC que choisir évalue à 5% les profits de Total réalisés en France et en 2007 et certains évaluent à 500 millions d’euros l’impôt sur les sociétés payé par Total. Quoiqu’il en soit, même avec les 140 millions de prime à la cuve, tant que l’opacité régnera sur la réalité de la contribution de Total au budget, ce type d’argumentaire n’est pas sérieux et la question de la contribution de Total à l’effort collectif est évidemment posée, mais dans des termes différents.
La situation florissante de Total n’est pas unique puisque, son grand rival américain, Exxon Mobil a annoncé 45 milliards de dollars de profits qui ont été aussi accueillis par une avalanche de critiques outre-Atlantique et pour les mêmes raisons.
"Total ne tire pas les fruits de son innovation, mais d'un simple effet de rente. Ce sont la hausse du prix du baril et les marges de raffinage qui ont permis ces superprofits alors que les consommateurs ont payé en 2008 des prix historiquement hauts", explique François Carlier, directeur adjoint des études à UFC-Que choisir.
Autrement dit, ces superprofits ont été directement ponctionnés, et sans aucune justification économique dans les poches des contribuables-usagers .Un exemple particulièrement choquant est celui de la Guadeloupe où la filiale de Total, SARA est un des accusés majeurs dans la critique de la vie chère en raison de son monopole de fait. On peut ajouter à l’effet de la rente, les économies réalisées sur la sécurité qui sont apparues dans l’affaire de l’Erika et sans doute d’AZF ou encore le comportement social de Total en Birmanie par exemple. Or Total a reversé 4,9 milliards de dividendes à ses actionnaires en 2008 (4,5 milliards avaient été reversés en 2007) soit une hausse de 10 % sur un an.
Ces dividendes correspondent à un taux de distribution de son bénéfice net de 37 %.C’est donc une illustration du maintien d’un système qui nous conduit à la faillite, en affaiblissant constamment la part des revenus salariaux par rapport à celle des actionnaires. C’est de la redistribution à l’envers !
Mais il y a plus. Les engagements d’investissements ne sont pas acceptables. Tout d’abord, l’investissement dans les capacités de raffinage est maintenu à un niveau très insuffisant dans le but de permettre une marge de raffinage très élevée. Ensuite, Total refuse d’investir massivement dans les énergies renouvelables alors que son produit, dont nous sommes dépendants conduit le monde à sa perte. Bien au contraire, la politique des pétroliers a été de nier le changement climatique et pour certains, dont EXXON de financer de fausses controverses scientifiques pour transformer en hypothèse ce qui est malheureusement une réalité.
Cette même politique a conduit à encourager l’industrie automobile à maintenir le moteur à explosion et à faire du lobbying pour éviter toute réglementation sérieuse. L’industrie pétrolière porte une large part de responsabilité dans le naufrage actuel de l’industrie automobile.
Dès lors, le seul comportement civique et soutenable de Total serait de nous aider à sortir de l’économie carbonée dans laquelle il nous a enfermés, en faisant des profits immenses. Cela ne signifie ni racheter ses propres actions comme il l’a fait des années durant, ni distribuer des dividendes sur des profits en définitive injustifiés. Au 1er janvier 2007, ils avaient 2,5 milliards de cash, au 1er janvier 2008, 7 milliards. Et, au 1er janvier 2009, 12,3.
De quoi investir massivement dans la recherche développement pour les énergies renouvelables, aider par des pépinières, de jeunes entreprises de ce secteur à se développer, investir dans une nouvelle industrie automobile décarbonée, investir dans la sécurité et le raffinage des installations existantes. Et accepter de réduire les profits en faisant exactement coïncider la baisse du prix à la pompe avec la baisse du prix du baril , mesure qui aurait bien davantage aider les familles que la seule prime à la cuve.
Malheureusement, tout ceci parait bien utopique.
Entre le nucléaire qui parait plus prometteur en terme de profits que le renouvelable et la bataille pour garder une cassette d’autant plus indécente que les revenus des entreprises et des ménages baisse, il semble que la messe ne soit à nouveau dite, ne laissant plus que le choix que d’un impôt sur le super bénéfices pour alimenter la décarbonisation de l’économie.
Tribune France Culture du lundi 16 février
07:30 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : corinne lepage, total, crise, profits





Commentaires
Un peu plus de 13 milliards de bénéfices pour total ; plus de 80 milliards de bénéfices pour l'ensemble des entreprises du CAC 40 avec un taux de redistribution en dividendes pour les actionnaires qui passe de 34 % en 2007 à 43 % pour 2008.
Qui parle de la crise et des risques encourus par les grandes entreprises. On aide des banques qui annoncent des bénéfices ; Français réveilliez-vous, on vous ment, on vous spolie, vous allez, vous et vos enfants, payez la crise organisée de façon dramatique cette année.
La rencontre de Sarkosy avec les partenaires sociaux cette semaine, n'auront pour le meilleurs des cas, des résultats perceptibles par certains qu'à partir de 2010.
Mais cet aujourd'hui que certains ont faim.
Ecrit par : enoch | 16.02.2009
J'invite les membres de CAP21 et les autres curieux ou dubitatifs a écouter Corinne sur RADIO CLASSIQUE, vous y trouverez de manière magistrale, la ligne et les mots qu'il faut relayer.
*Non nous ne sommes pas des Ecologistes au sens doctrinnaire, nous sommes des hommes et des femmes qui avons réfléchi et travaille sur le rapport le plus harmonieux possible en l'économie et l'écologie (conscience de la terre et DD)!
*Non nous ne sommes pas aveuglément anti-nucléaires, nous disons simplement que lancer 2 ou 3 EPR c'est amputer et pénaliser durablement la recherche et le développement sur les énergies renouvelables. Quand la "bulle du Nucléaire" eclatera le reveil sera dur.
*Non nous ne croyions pas que le protectionnisme soit une bonne chose pour l'europe, mais il est urgent de mettre un terme au sein même de l'Europe aux distorssions fiscales et sociales qui faussent la régle du jeu.
*Non nous n'avons rien contre l'industrie automobile, nous lui demandons simplement de construire et de proposer les véhicules que le citoyen attend.
merci Corinne pour cette nouvelle preuve de lucidité et d'envergure politique.
Ecrit par : HASSELMANN | 16.02.2009
Suivant la règle des 3/3 voulue par N.Sarkozy ( qui au passage n'invente rien) je me demande quelle part de ses bénéfices va retomber dans les poches des salariés de TOTAL, car quand on voit la réaction des députés UMP on se dit que cette règle n'est pas prête de voir le jour...
Enfin pour ne pas rester dans la simple critique, constatant que les bénéfices annoncés indique bien que Total n'a pas besoin d'actionnaires, alors juste une idée au passage, pourquoi l'État n'inciterait pas Total à devenir une fondation, plutôt que de faire un prélèvement qu'il ne saurait pas redistribuer correctement, ou de privatiser le groupe, cette fondation pourrait ainsi orienter ces superbénéfices, par exemple vers l'économie sociale ou la recherche d'énergie alternative (Autre que nucléaire bien sur...)...
Ecrit par : J.Charles | 16.02.2009
C'est un scandale !
Oui c'est un scandale qu'en France on ne puisse pas réaliser de profit sans qu'une horde de vautours n'y voient un prétexte pour se partager les miettes.
Nous ne vivons pas sous un régime communiste et n'avons aucun intérêt à nous en rapprocher, alors gare à ce genre de déclarations démagogiques. En période de crise nous avons plus que jamais besoin d'entreprises qui marchent bien. Réfléchissons avant de les plomber.
Quand à la flambée des prix du pétrole, due à une très forte imposition et à une faible concurrence, sans doute les restrictions écologiques à la construction de nouvelles raffineries n'y sont pas pour rien.
Ecrit par : Karlus | 16.02.2009
Karlus
Dans la démagogie de l'incompréhension vous êtes champion.
Ecrit par : enoch | 16.02.2009
Le chiffre de 5% du profit réalisé en France (référence UFC) est à mettre en perspective avec les 39% des effectifs en France (référence rapport annuel 2007) ... ça interpelle ?
Ecrit par : AlainD | 17.02.2009
La démagogie de l'incompréhension je ne sais pas ce que c'est.
Mais parce que Total fait des bénéfices il faudrait les confisquer ? Comme si c'était de l'argent volé ? Ca c'est de la démagogie de la vraie.
Quand toutes les entreprises performantes auront fui de la France vous comprendrez, j'espère, dans quel bourbier vous nous aurez mis.
Ecrit par : Karlus | 17.02.2009
@Karlus. Vous semblez sincères, mais les choix d'implantation d'entreprises passent par d'autres critères que les simples aspects fiscaux. Les réseaux routiers, les services publics, les services de santés, la qualification des salariés... tous ces aspects sont souvent plus importants pour une entreprise dans son choix. Les services et la qualité de vie qu'ils génèrent, contribuent à l'attractivité de notre pays, et elles ont conscience des contreparties qui en découlent...
Pour revenir à TOTAL personne ne les taxe des voleur, bien au contraire; mais il est aussi important de prendre en compte que ces profits sont aussi la résultante d'un soutien permanent de la part de l'état depuis et ce depuis des années.
Enfin il n'est pas si simple de s'approvisioner en carburant ou en fuel ailleurs que chez TOTAL, ou tout au moins de pouvoir faire jouer une véritable concurrence;or le fondement même du libéralisme implique la libre concurrence, non ?...
Dans la mesure où cette concurrence n'existe pas vraiment, on ne peut donc pas regarder les profits de TOTAL comme ceux de n'importe qu'elles autres.
Ecrit par : J.Charles | 17.02.2009
Quelques chiffres pour nourir la réflexion sur la performance de TOTAL:
TOTAL
Capitalisation boursière = 93 Milliards €
PER = 6.6
GOOGLE
Capitalisation boursière = 86 Milliards €
PER = 25.7
Qu'est-ce que ça veut dire ? Dans un cas, TOTAL, le marché anticipe une diminution des bénéfices ou un épuisement de la rente (plus sûrement la combinaison des 2). Dans l'autre, GOOGLE, le marché anticipe une augmentation des bénéfices ou la confiance en l'entreprise pour créer de nouvelles activités créatrices de richesse.
Pas sûr que TOTAL soit une compagnie performante... Quelle vision, quel projet, quel profit pour après-demain ?
Ecrit par : AlainD | 17.02.2009
Mais on peut bien sur rechercher pourquoi la société Total est en situation de quasi-monopole , se demander ce qui empêche les concurrents d'entrer sur le marché et nourrir ainsi une réflexion constructive.
En revanche, confisquer les gains générés par les entreprises, c'est le genre de réflexe mesquin qui entraînera à coup sur la méfiance des investisseurs et ralentira davantage l'activité économique de notre pays.
Ecrit par : Karlus | 17.02.2009
Corinne,
Je m'étonne du silence sur ce qui se passe dans les DOM-TOM, même si c'est loin, on parle de la France.
Ecrit par : enoch | 17.02.2009
Encore !
Je vous ai écoutée sur France-Culture, chère Corine Lepage, entonner le couplet bien-pensant et politiquement correct contre les « superprofits » de TOTAL.
Je vous accorde que, pour un smicard, l'idée que les méchants actionnaires de TOTAL se sont mis 5,7 milliards d'euro dans les poches est difficile à avaler. Il suffit pourtant de se rendre sur le site de l'entreprise et de se munir d'une calculette pour constater ceci :
Il y a dans la nature 2 371 808 074 actions TOTAL.
Au 31/12/2007, une action valait 56,83 euro.
Au 31/12/2008, elle valait 38,91 euro.
TOTAL distribue 5,7 milliards de dividende, soit 2,40 euro par action, dont il faut soustraire le prélèvement libératoire de 26%, ce qui fait 1,78 euro net par action.
Où l'on voit qu'un actionnaire a perdu cette année 56,83-(38,91+1,78)=16,14 euro par action, soit 28% alors que ceux qui ont mis leurs économies sur un livret A (comme moi) ont gagné 3% net d'impôt. Je ne vais pas pleurer sur le sort de ces pauvres épargnants (après tout, il y a de bonnes années…), mais arrêtons ce péan populiste écœurant contre les méchants actionnaires dont beaucoup, surtout les petits épargnants, ont perdu la moitié de leur patrimoine cette année.
A la louche, et compte tenu du fait que le capital de TOTAL est détenu à 30% par des actionnaires français, cela met 450 millions dans la poche de l’État, c’est-à-dire dans celle des contribuables, c’est-à-dire dans la vôtre et dans la mienne. Je me réjouis d’ailleurs de vous entendre dire que TOTAL verse à l’état, au titre de l’impôt sur les sociétés, 500 millions d’euro. En effet, si TOTAL fait 5% de ses bénéfices en France, soit 700 millions d’euro, il devrait n’en donner que 33%, soit 231. Merci TOTAL. Enfin, si TOTAL ne vendait pas les carburants si bon marché, l’État (c’est-à-dire nous, je le répète) ne pourrait pas se remplir les poches avec la TIPP, qui rapporte beaucoup plus d’argent à l’état, c’est-à-dire aux contribuables (16,5 milliards en 2008), que ses activités ne rapportent aux actionnaires de TOTAL (5,7 milliards).
D’où cette question : n’est-ce pas la TIPP qui devrait être investie par la puissance publique dans la recherche concernant les énergie renouvelables et le développement durable, plutôt que les bénéfices des entreprises pétrolières dont j’aimerais bien savoir en quoi ils sont plus responsables de la détérioration de l’environnement que celles qui fabriquent des T-shirts, quand on voit le désastre écologique causé par la culture du coton (mer d’Aral, par exemple).
Je n'ai pas d'actions TOTAL, et je me moque bien de la réputation de cette entreprise, mais je trouve profondément malsain cet annuel jeu de massacre sur les sociétés qui déclarent des bénéfices. Je rappelle que la crise dont nous souffrons TOUS actuellement est due à celles qui ont essuyé des pertes.
Réjouissons-nous, nous autres contribuables, de ne pas avoir à renflouer TOTAL comme nous allons devoir le faire pour les banques et les constructeurs automobiles (et j'en passe).
Je suis un républicain. Ma référence, c'est la « Déclaration des droits de l'homme et du citoyen » qui dit que "tout ce qui n'est pas interdit par la loi est autorisé". On peut faire de la politique, c'est-à-dire chercher à rendre illicite (contraire à la loi) ce qui paraît illégitime (contraire à la morale). En attendant que le code pénal précise que les bénéfices sont interdits, rien ne justifie de condamner ceux qui en font.
Si l'on considère que la stratégie de Total, qui, pour préserver ses profits, limite la production, est illégitime au regard de la morale chrétienne, on peut toujours s'abstenir d'acheter des actions de cette firme pour rester en accord avec ses convictions et mériter le ciel. Mais, tant qu'aucune loi n'interdit ce comportement, il n'y a aucune raison de désigner les dirigeants de cette société et ses actionnaires à la vindicte publique.
Ecrit par : kenique | 18.02.2009
La crise bancaire qui aurait soit disant peu toucher les banques françaises, en tout cas en ce qui concerne les subprimes américaines, nous réserves une surprise de taille avec la Russie et certains pays de l'ancien bloc de l'Est...
http://enoch.over-blog.com/article-
Ecrit par : enoch | 18.02.2009
Petit rappel des risques OGM
http://enoch.over-blog.com/article-28176621.html
Ecrit par : enoch | 20.02.2009
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