27.04.2009

Corinne Lepage: pilotage à vue

Pour cette dernière chronique pour cause de campagne électorale mais ceux qui le souhaitent pourront retrouver une chronique  tous les lundis matin à la même heure sur mon blog, je voulais vous proposer de réfléchir sur les directions à prendre.

Voici deux ans que nous avons vu monter en puissance la crise et annoncé ses effets dramatiques, redouté des risques de régression démocratique et assisté à leur réalisation, souligné la montée des inégalités et de la désespérance et mesuré leurs conséquence notamment en terme de violence, espéré dans de vrais changement pour s’attaquer enfin à la crise climatique et regretté l’enlisement du Grenelle. Personne ne donne l’impression de savoir vers où nous allons parce qu’en réalité les inconnues sont nombreuses, les informations partielles ou volontairement faussées et que notre pacte sur les valeurs est l’objet de coups de butoir.

Les inconnues sont nombreuses qu’elles soient financières , économiques ou climatiques et les informations données contribuent au caractère anxiogène dans la mesure où la confiance a disparu à tous les niveaux et où la manipulation de l’information dans le but de protéger des intérêts économiques (le climat), essayer de redonner un peu de confiance aux milieux financiers et à la consommation  est en concurrence avec la désinformation ( utiliser la crise pour procéder à des restructurations qu’elle ne justifie pas ou prétendre à la disparition des paradis fiscaux) et de vraies informations .

Cette confusion repose largement aussi sur  l’utilisation sans retenue de la méthode Coué qui consiste à évoquer quotidiennement  les signes de reprise pour tenter de cacher les ravages croissants de la crise financière, mais surtout du capitalisme financier sur l’emploi et la situation de nos entreprises. Car il est plus facile à une holding administrée on ne sait où par on ne sait qui de décider de rayer d’un coup de trait un site et les salariés qui y travaillent que d’investir dans sa reconversion vers des produits ou des métiers d’avenir, quand seule compte la rentabilité immédiate et non la pérennité de l’entreprise.

Dès lors  nous ignorons  où nous en sommes avant même de nous interroger sur les intentions réelles de nos gouvernants. Le gouvernement est-il aujourd’hui capable d’autre chose que du pilotage à vue pour ne pas s’éloigner du credo de départ : inscrire la France dans la rupture avec son modèle pour lui faire prendre enfin un tournant néoconservateur. Plus grave encore, peut –on imaginer à l’instar de Naomie Klein et de sa stratégie du chaos, que sur certains points, la volonté soit de laisser filer vers la catastrophe pour obliger à accepter des mesures radicales. Ainsi, en matière de sécurité sociale, où l’Etat utilise par exemple les taxes sur le tabac au lieur de les reverser à la sécurité sociale ou encore les exonérations décidées par le gouvernement et non compensées. Plus la situation est financièrement dramatique plus il est facile de faire passer des franchises, le déremboursement  et la fermeture des hôpitaux. 

 Dans une chronique de juin 2008, j’affirmai que le néo libéralisme était à contre temps. Il l’est plus que jamais alors même que nombre d’économistes, y compris américains s’interrogent de plus en plus sur les avantages du modèle social français, qui fait une large part à l’égalité. Or, le Président de la République ne vient-il pas d’affirmer que « l’égalitarisme, c’est le contraire de la responsabilité. L’égalitarisme et l’assistanat sont dégradants pour la personne humaine. Ils empêchent ceux qui veulent réussir de réussir ». Dès lors, la crise nous renvoie en réalité aux fondamentaux de notre société et ce d’autant plus que les Français souhaitent aujourd’hui plus d’égalité et que la liberté ne constitue pas le moyen de s’attaquer à l’égalité.

Un ouvrage qui vient de sortir, la France à travers ses valeurs, qui est la quatrième enquête de ce genre, met en lumière pour la première fois, la primauté de l’égalité sur la liberté et la montée en puissance de la demande de l’Etat. Or, les valeurs partagées sont le préalable à la recherche du sens. Définir le sens, c’est déterminer ce qui doit être avant tout recherché ou sauvegardé, c’est-à-dire engager le débat politique sur les fondamentaux. C’est précisément là que la question des conditions de notre survie, de l’avenir de notre industrie et plus généralement de notre activité économique, de l’équilibre dans la répartition des richesses doivent se poser.

Mais précisément, le débat politique et médiatique parait de plus en plus en décalage avec la réalité vécue, avec la nature des problèmes posés, avec la réalité des décisions prises. Cette perte supplémentaire de prise sur sa propre vie et son propre avenir, cette absence de visibilité collective et individuelle est une composante majeure de la désespérance qui se transforme en colère et en attrait pour l’extrêmisme. Discuter des valeurs et des priorités en refusant de s’arrêter aux clapotis des vagues dans lesquels la ritournelle médiatique nous confine est la condition et le moyen de retrouver notre part de liberté et notre capacité à refuser une fatalité qui n’en n’est pas une. Ce qui dépend des hommes peut être défait par d’autres que ceux qui l’ont fait. Il ne s’agit jamais que de définir des règles du jeu et de les appliquer. Le temps est venu d’en finir du cercle vicieux dans lequel certains ont intérêt à enfermer les autres.

Einstein n’a-t-il pas écrit : nous aurons le destin que nous avons mérité

Tribune France-Culture du lundi 27 avril 

 

Commentaires

Va-y Corine !
Tes analyses sont toujours pertinentes.
C'est "la gagne" assurée aux élections européennes !
Fil Vert (militant MoDem)
http://filvert.blog.lemonde.fr

Ecrit par : Fil Vert | 27.04.2009

Les penseurs du MODEM virent à l'économie de marché la plus libérale qui soit, là j'avoue ne pas comprendre ce que Corinne fait encore au MODEM :

Jean-François Kahn publie chez Fayard un livre au titre modeste, « L’alternative », mais dans lequel il se prononce pour « un centrisme révolutionnaire », formule qui ressortit au genre de l’oxymore et que Shakespeare a poétiquement illustrée par l’expression « rugir comme un rossignol ».

Dans cet ouvrage, le nouvel inspirateur de François Bayrou lance une proposition à laquelle personne n’avait pensé jusqu’à présent mais qui est promise, par les développements qu’elle porte en germe, à un avenir mirobolant. Devinant votre impatience et la comprenant, je vous livre sans plus attendre ce morceau de bravoure qui figure à la page 123 du livre, au rang des propositions de l’auteur :

« Permettre à des assurances privées de se substituer, en faveur des Français qui le souhaitent, totalement à la Sécurité sociale en matière de couverture santé, à condition que les assurés qui s’y affilient continuent de payer, au nom de la solidarité, leurs cotisations à l’institution publique collective. »

Et ils vont même plus loin en proposant "de supprimer l'impôt sur le revenu à condition que les bénéficiaires continuent de s'acquitter de cet impôt, c'est à dire que l'on compte sur la générosité du contribuable, après le téléthon nous aurons le "contribuablethon". Les idées avances mais celles là me dépassent.

Si c'est çà la "Révolution centriste"....

Ecrit par : çacontinueencoreetencore | 27.04.2009

Attention info grave et importante puisqu'elle sera annoncé bien sur aprés les élections Européennes pour ne pas fragiliser les listes UMP.
Christine Lagarde vient d'obtenir l'aval du président pour rétablir, dés 2010, la vignette auto supprimée en 2001 par Fabius.

C'est lors d'une réunion à l'Elysée lundi 5 mars au soir, en présence du Premier ministre et des ministres concernés, que le président Sarkozy a donné le feu vert, à condition qu'il ne s'agisse pas d'un nouvel impôt, mais du rétablissement d'une taxe supprimée de façon inconsidérée par la gauche tel sera l'axe de communication, et qu'elle soit, bien sûr, rétablie pour une " durée limitée " et oui ça on l'habitude du provisoir qui dure !

Elle entrera en vigueur au 1er janvier 2010 et le texte devrait être promulgué par décret au cours de la deuxième quinzaine de juin, donc après les européennes et juste avant les vacances qui, comme chacun le sait, est une période peu propice aux manifestations.

Ecrit par : enoch | 30.04.2009

j'ignorai pour la vignette. merci de l'info.
Pour le reste, je pense que l'immense majorité des militans et sympathisants modem sont sur ma vision d'un écolonomie sociale de marché

Ecrit par : corinne lepage | 03.05.2009

Ce qui revient à dire que tu n'es pas d'accord avec la vision économique de Kahn et Bayrou ? parce que l'écolonomie sociale de marché n'est pas une vision libéralisée de l'acquittement des impôts ou du choix libéral de la sécurité sociale privée.

Ecrit par : enoch | 04.05.2009

Pour ce qui serait de nouvelle vignette auto elle serait en fonction de l'émission en carbone.
Ainsi le pèr d'ace de famille nombreuse et de condition modeste possédant une vieille R30 ou un vieux monospace risque de payer plus cher que le "bobo" roulant en BMW serie 5 dernier cri!
Restons vigilants et attendons de voir les intentions du gouvernement.

La grande "épée de Damocles" est le financement des retraites, avec l'augmentation de l'espérance de vie, avec une démographie défavorable nous allons "DROIT DANS LE MUR".
Si il est logique que les revenus issus d'activités économiques obéissent à la loi du marché, il ne doit en être ainsi des revenus issus de la solidarité inter-générationnelle.
La recolte financière issue des cotisations n'est pas expensible , donc lorsqu'un ancien directeur perçoit une retraite très confortable ceci est au détriment de l'ensemble de ceux qui ont une retraite au "ras des paquerettes".
Michel Rocard aurait déclaré que le fait de s'attaquer sérieusement au problème des retraite sera la cause de la chute de 20 gouvernements successifs.
Il du devoir des militants MoDem en géneral et CAP21 en particulier de militer pour une refonte complète de notre système de retraite quitte à boulverser las idées du soi-disant "politiquement correct"

Ecrit par : aubry | 08.05.2009

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