18.05.2009
Corinne Lepage: la révolution néoconservatrice à la française
La volonté réaffirmée de maintenir le cap des réformes dites libérales procède d’un double erreur, globale et nationale.
· D’une part, l’erreur de croire que ce serait les réformes engagées depuis deux ans qui permettraient à la France de subir moins brutalement que les autres pays industrialisés et notamment européens les effets de la crise actuelle. C’est évidemment faux. D’une part, en réalité, peu de réformes profondes ont été engagée si ce n’est celle de la réforme des heures supplémentaires et du temps de travail qui en réalité aggrave le chômage, conduisant les entreprises à augmenter les heures supplémentaires plutôt qu’à embaucher, si elles sont, ce qui est rare aujourd’hui, un surcroît de travail. D’autre part, c’est précisément le modèle social français, c’est-à-dire ce que le gouvernement n’est pas arrivé à détruire – qui a permis ce résultat. En effet, le système de protection sociale fonctionne encore, le poids de la fonction publique est important , enfin, le taux d’endettement est très inférieur à celui des pays anglo-saxons.
Dès lors, même si le surendettement des ménages a considérablement augmenté , il n’atteint pas et de loin les proportions de l’endettement américain d’où une consommation moins réduite même si le niveau moyen des salaires en France est désormais en dessous de la moyenne européenne. En conséquence, non seulement ce ne sont pas lés réformes récentes qui expliquent la meilleure résistance française, mais encore c’est précisément le modèle auquel elles prétendaient s’attaquer qui l’ont permise.
· D’autre part, il est pour le moins paradoxal, voire insane de vouloir choisir un modèle au moment même où ceux qui ont fait ce choix, décident d’en sortir. En effet comment imaginer vouloir réduire le poids de l’Etat, accroitre le modèle inégalitaire et libéraliser au moment où le système financier a du faire appel aux Etats pour ne pas sombrer, où les mouvements sociaux réclamant une meilleure répartition de la richesses se multiplient et où l’incapacité du marché à s’auto-organiser a été démontrée. Non seulement nous avons une guerre de retard, mais de surcroît risquons une fois encore d’agir à contretemps nous privant ainsi des avantages et de l’avance que nous donnent notre système.
En particulier, le dogme du bouclier fiscal et d’une politique volontairement inégalitaire (en particulier en refusant de s’attaquer à la question des suppléments de rémunération des dirigeants) est doublement suicidaire pour notre économie et au-delà notre système social.
- d’une part, le renforcement du pouvoir d’achat des classes moyennes est indispensable si l’objectif est de maintenir un niveau de consommation, ce qui ne dispense évidemment pas d’orienter cette consommation vers une économie soutenable. C’est un débat essentiel mais complémentaire du présent propos. En effet à partir du moment où la substitution du crédit à l’augmentation des salaires fait partie du passé, seule la réduction des inégalités peut asseoir le développement. P.Artus évalue à 3% le niveau de dépenses des ménages en France contre 9% en Grande Bretagne, 5,7% aux Etats-Unis et 10% en Espagne. Nous avons donc un atout majeur qui doit être renforcé et non détruit.
- D’autre part, cette politique, qui tourne le dos à notre pacte commun, attise la violence et la frustration à u n moment où la solidarité devrait précisément progresser.
Enfin cette libéralisation dogmatique est à géométrie extrêmement variable. Elle n’exclut pas les aides aux grands de l’automobile mais oublie les aides aux sous traitants (moins de 5% de l’enveloppe), elle finance le nucléaire mais n’investit quasiment pas dans les renouvelables et l’efficacité énergétique. Elle sauve les banques sans contrepartie, joue au mécano structurel des établissements sans oublier de nommer les responsables qui devraient l’être par les établissements eux même, mais s’attaque à l’université et demain à la santé et s’arrange pour supprimer les règles de concurrence dans les marchés publics, dans la limite extrême de ce que tolère les seuils européens.
En réalité, la révolution néoconservatrice à la française ne consiste t’elle pas à conforter dans notre pays les facteurs qui ont précisément eu les conséquences les plus tragiques pour les nations qui y ont été les plus exposées en refusant de surcroit d’investir dans les secteurs qui sont les plus porteurs pour sortir des crises : les hommes (éducation et santé) et l’économie verte.
Sommes nous vraiment condamnés à subir des erreurs historiques à répétition ?
09:00 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : corinne lepage, révolution, néoconservatisme





Commentaires
Drôle de révolution conservatrice, en effet, ... au MODEM:
Beaucoup s'interrogent sur l'absence de programme économique dans l'ouvrage récent de F. Bayrou "Abus de pouvoir". On trouve la réponse à cette question dans l'ouvrage parallèle "Sarkozy: l'erreur historique" que son mentor en économie Jean Peyrelevade, ancien PDG du Crédit Lyonnais, publia il y a peu chez le même éditeur (Plon,2008), avec moins d'éclats médiatiques.
Il n'est pas ininterressant, pour se faire une idée de ce programme, de citer les passages les plus saillants de l'auteur qui fut le compagnon de route de F. Bayrou lors de la campagne présidentielle, et préssenti comme futur responsable de la politique économique en cas de succés:
AVANT-PROPOS:
"Comment...ne pas approuver maintes réformes qui s'attaquent courageusement à des archaismes flagrants de la société française?"(p.8)
"Ainsi de la loi sur l'autonomie des universités...
Ainsi de la réforme des régimes spéciaux de retraite...
Ainsi de la modification de la carte judiciaire...
Ainsi de l'apparition de formes assouplies du contrat de travail...
Toutes ces belles actions, dont le citoyen se félicite, ne sont pas négligeables. Mais...: 23000 agents de l'état en moins au budget 2008, soit une diminution de un pour mille. Non pas beaucoup de bruit pour rien, mais beaucoup de bruit pour pas grand chose, du moins dans l'ordre des chiffres" (p.9)...
"Curieuse convergence de vocabulaire avec Ségolène Royal. La gauche fut longtemps incapable de changer en profondeur le pays...(p.14)
CHAPITRE 2 (Le pouvoir d'achat) :
"La promesse d'amélioration du pouvoir d'achat faite pendant la campagne électorale devient une injure aux citoyens si elle ne peut être tenue... Or, elle n'est pas près de l'être. Dans la répartition de la richesse nationale, les ménages ont reçu leur dû et même un peu mieux." (p.35)
CHAPITRE 3 (Le mal français) :
"Jean-Paul Fitoussi, économiste réputé de gauche mais écouté par le président de la République, déclare:
-La part des salaires a beaucoup trop baissé au cours des années 80.
Alain Minc ajoute son grain de sel en forme d'affirmation doublement erronée:
-Les entreprises font des profits importants et elles sont assez peu endettées. Elles ont donc tous les moyens d'investissements...
Il ne reste plus au général en chef, je veux dire Nicolas Sarkozy, qu'à dresser en impératif gouvernemental la synthèse de tant d'erreurs...lors de sa conférence de presse du début de l'année 2008:
- Les exonérations de charges seront conditionnées aux négociations salariales...Il faut rééquilibrer la répartition des conséquences du succés entre salariés et actionnaires-" (p.70)
"Quel malaise de voir Nicolas Sarkozy et Lionel Jospin professer les mêmes erreurs: démagogie de droite et démagogie de gauche, également ancrées, se rejoignent. A notre brillant duo, vient se joindre une voix féminine. Ségolène Royal interroge en ces termes les militants du parti socialiste:
- Il faut rééquilibrer le rapport de forces entre le travail et le capital par une mezilleure répartition du profit. Quels contre-pouvoirs dans l'entreprise?" (p.71)
"Faut-il préférer Bertrand Delanoé? Ce libéral anti-capitaliste vient d'ajouter sa voix à ce choeur dissonant: il réclame une taxation des revenus du capital et, comme Nicolas Sarkozy, une révision des exonérations consenties aux entreprises qui refuseraient des augmentations salariales. A quoi sert de changer nos dirigeants s'ils professent tous les mêmes inepties?" (p.72)
CHAPITRE 4: LES DEFICITS
" Le vieillissement de la population, conséquence de l'allongement de l'espérance de vie (un an gagné tous les quatre ans), fait peser un poids sans cesse accru sur les régimes d'assurance vieillesse et d'assurance maladie...: c'est aux bénéficiaires et à eux seuls de payer par leurs impôts et leurs cotisations les prestations qu'ils reçoivent. Les personnes physiques, les ménages, sont les seuls concernés, les seuls à être malades ou à prendre leur retraite. Que vient faire ici l'entreprise qui ne connaît pour elle-même ni droit à pension ni droit à assurance santé? Demander une contribution au système productif n'a comme sens que de masquer l'ampleur de l'effort nécessaire et comme seul effet de peser sur sa compétitivité." (p.103)
"A ma connaissance, nous sommes le seul pays développé au monde ou la définition des heures supplémentaires , leurs contingents et leurs rémunérations sont fixés par décision du législateur central...
Dès lors, un pouvoir politique nouvellement élu, d'inspiration prétendument libérale, prétendumment favorable à l'entreprise, prétendument décidé à restaurer la compétitivité de notre appareil productif, proclamant à juste titre que les 35 heures furent une faute gigantesque, ce pouvoir là serait passé à l'acte s'il avait été conséquent. Un article de loi de trois lignes aurait suffi à mettre fin à notre singularité:
- La durée effective du travail et sa rémunération relèvent d'accords contractuels entre employeurs et salariés. L'une et l'autre sont fixées par des accords de branche ou d'entreprise." (p.126-127)
CHAPITRE 6 ( D'où vient Jean Peyrelevade?) :
"L'équipe tout d'abord. En 1981, elle était dans les murs puisqu'elle formait une partie, la plus éminente par les responsabilités, du gouvernement lui-même. La vision macroéconomique ensuite...Pascal Lamy à Rivoli..., moi-même à Matignon servions de relais entre nos patrons politiques respectifs [Jacques Delors ministre des Finances, Pierre Mauroy Premier ministre]" (p.158-159)
"C'est ainsi que fut pris le virage de politique économique de Juin 1982, puis mars 1983, vers ce que Lionel Jospin, alors premier secrétaire du parti socialiste, crut bon d'appeler la parenthèse de la rigueur, commettant ainsi une erreur de forme et de fond... (p.151)
"Il y eut dans notre action, pour une part significative, comme une sorte de relicat de correction Barriste...Une hausse temporaire des prélèvements obligatoires sur les ménages fait partie intégrante de tout plan de redressement digne de ce nom (155-156):"
"De 1982 à 1984, le taux de croissance de l'économie française fut divisé par deux (de 2,4 à 1,2%)... Simultanément, en 1983 et 1984, le pouvoir d'achat des ménages subit une légère diminution (-0,1 puis -1,1%), ce qui était conforme à la politique suivie." (p.156-157)
CHAPITRE 7 (Les voies du redressement) :
"LIBERER LE TRAVAIL:
La première mesure consiste à libérer le travail...je veux dire le libérer vraiment en mettant fin aux trente cinq heures, sans avoir à payer pour cela des milliards d'euros d'argent public.
On a vu ce qu'était la solution: il suffit de renvoyer au dialogue contractuel entre partenaires sociaux les décisions relatives à la durée du travail et surtout à sa rémunération, point sur lequel Nicolas Sarkozy, tout à sa volonté de distribuer du pouvoir d'achat, demeure figé. Ne resteraient comme instruments centraux, interprofessionnels, à la main de l'exécutif et/ou du législateur, qu'une durée maximale du travail qui serait d'ordre public (aujourd'hui 48 heures par semaine en vertu d'une directive européenne) et le SMIC." (p.169)
"RETABLIR LES FINANCES PUBLIQUES:
L'objectif central est de déplacer de quelques points, trois à quatre, en faveur des entreprises et donc au détriment provisoire des ménages, le partage de la valeur ajoutée...
La remise en ordre de l'appareil productif passe nécessairement par un prélèvement sur le pouvoir d'achat des ménages (à nouveau, qui d'autre pourrait payer une telle opération?)... Année aprés année, avec une sorte de tranquillité opininiâtre, il convient de modifier à la marge la répartition de la valeur ajoutée, du PIB, de façon à en laisser une part un peu plus fournie aux entreprises, un peu moins grande aux ménages." (p.169-171)
"Si l'on entend vraiment déplacer des entreprises aux ménages un curseur de charges mal réglé, la hausse des taux de certains prélèvements est incontournable." (p.173)
"DIMINUER L'IMPÔT SUR LES SOCIETES:
On peut ainsi réver à une sorte d'utopie fiscale. Supposons que l'on réduise à rien l'impôt sur les sociétés qui est actuellement du tiers du bénéfice imposable. Les marges brute et nette de l'entreprise sont augmentées du montant de l'impôt supprimé." (p.179-180)
"Cette utopie permettrait de résoudre au passage l'énigme déjà rencontrée de l'arbitrage fiscal entre le travail et le capital. L'entreprise..., il s'agit, en tout état de cause d'une charge pour elle. Exonérons-la de toute taxation à ce titre et les revenus du capital, quelle qu'en soit la forme (loyers, intérêts, dividendes ou plus-values), devraient être soumis à des prélèvements fiscaux et sociaux identiques. Vaut-il mieux imposer les revenus du capital ou ceux du travail? L'arbitrage fiscal, à partir du moment où l'on n'y mêle plus les entreprises, exercé au sein de la catégorie des seuls ménages, prend alors tout son sens, économique et politique." (p.181-182)
Ecrit par : Hadrien | 18.05.2009
@Hadrien
Je ne comprends pas grand chose à ce fouillis de citations de Peyrelevade (dont je n'ai pas lu le livre).
Vous semblez vouloir signifier que le Modem serait aussi "néoconservateur" que ce que dénonce Corinne Lepage.
A supposer que votre interprétation de ce livre soit correcte, rien ne vous permet d'affirmer qu'il représente le programme officiel du Modem.
Je crois avoir compris que les idées de Peyrelevade ne font pas l'unanimité au Modem.
Ecrit par : hérisson | 19.05.2009
La source de cette "révolution néoconservatrice" n'est pas claire, elle me parait même dangereuse. NS cite Jaurès et va sur le yacht de Bolloré, il parle d'augmenter l'endettement des français puis face à la crise veut refonder le capitalisme. Qu'est-ce qui est constant là-dedans ? Deux choses :
- une allégeance, une fidélité à une oligarchie de conservateurs fortunés : bouclier fiscal, aide aux banques sans contrepartie, moindre support (voire mépris) des minorités et des étrangers, revalorisation des institutions catholiques..(pas assez dénoncé par le MODEM d'ailleurs).. la liste est longue
- une communication tournée vers les attentes supposées des français, nourrie d'un peu d'action réelle, mais aussi erratique que possible; pour caricaturer la moitié de l'agenda du jour de NS est dicté par le JT de la veille. C'est cependant là que l'on trouve le moins mauvais, notamment le Grenelle de l'environnement : preuve que la société civile a un rôle à jouer.
Mais je ne crois pas qu'il y ait de cap pour NS. Ces deux lignes ne sont pas un programme - l'oligarchie mentionnée plus haut a des habitudes, un confort à préserver, mais pas de programme au sens d'une vision politique.
Le thème des réformes est exactement au confluent de ces axes. L'activisme et l'assaut des pseudo-forteresses brocardées habituellement dans les discussions de salon répondent bien à une mentalité critique que nous avons, pas toujours avec justesse, sur nombre de nos institutions.
Le plus grave est qu'aucun de ces deux axes n'a d'avenir. Quant il faudra être plus sobre, ça ne plaira pas instantanément, ça mettra peut-être 10 ans et le spectacle d'autres pays qui s'écroulent. Quant il faudra être plus juste, les nantis devront l'être un peu moins, et les économistes arrêteront de faire la pluie et le beau temps - on avouera qu'en récitant leurs incantations au dogme de la croissance, tout au long de ces décennies d'aisance matérielle au dépends des autres et surtout du futur, ils nous ont conduit vers un climat qui ne sera ni pluie ni beau temps, mais bien pire que ce qu'il fut à ce moment.
Ecrit par : Quidam | 19.05.2009
Un contre-exemple avec les énergies renouvelables.
La France a développé sa politique d'ENR lorsqu'il a fallu traduire une directive européenne sur la libéralisation du secteur de l'électricité, en sujet annexe. Cette inspiration européenne es libérale. Elle conduit aux mécanismes de la loi Pope 2005 avec tarifs de rachats et appels d'offre : c'est à dire un financement d'investissements de recherche opérationnelle et d'ingénierie dans l'industrie privée. C'est une première en France : pour l'hydraulique puis le nucléaire, ce sont des structures publiques qui ont portées la recherche et abouti aux réalisations industrielles que l'on voit.
On voit le résultat : certes nous utilisons plus d'ENR mais le paysage industriel reste pauvre chez nous.
Une vraie politique française eut été de créer un Commissariat aux Energies Renouvelables, dotés de financements publics, et en charge d'essaimer dans un secteur industriel semi-public puis privé.
Par comparaison, le DOE américain vient de monter ses dépenses dans le domaine des Smart Grids, ô combien nécessaire pour la pénétration des ENRsur les réseaux d'électricité, de 60 à 300 M$. Le plus grand projet européen du domaine est doté de 16 Meuros. Certes, le plan calcul fut un désastre (encore que pas tant que ça). Mais ceci n'est-il pas un exemple de néolibéralisme nous venant directement de l'Europe ? Et pour lequel NS n'y est pour rien ?
Le vent néolibéral n'est pas mort, et l'Europe en est encore imprégnée.
Ecrit par : Quidam | 19.05.2009
Il est beaucoup question d'inégalité. Vous soulevez les risques de rupture du lien social et d'inefficacité de mesures économiques de soutien d'une consommation durable lié à ces inégalités.
Il revient que la notion d'inégalité est attachée exclusivement à la notion des revenus. Une catégorie est désignée à la vindicte d'une autre. Chacun recherche ce qu'il y a de plus favorable dans la situation de l'autre. Tous concurrents les uns des autres. Voilà effectivement qui menace le lien social.
Ne serait-il pas utile de définir l'égalité ?
Ecrit par : AlainD | 20.05.2009
Commme le fait remarquer le premier commentaire (Hadrien), la révolution conservatrice ou néoconservatrice guette tout le monde à propos de l'Europe. On doit se rappeller à ce sujet les mots de Pierre Bourdieu, en 1997:
" A l'Europe que la pensée de banquier veut à toute force nous imposer, il s'agit d'opposer, non, comme certains, un refus nationaliste de l'Europe, mais un refus progressiste de l'Europe néolibérale des banques et des banquiers. Ceux-ci ont intérêt à faire croire que tout refus de l'Europe qu'ils nous proposent est un refus de l'Europe tout court...La résistance à l'Europe des banquiers et à la restauration conservatrice qu'ils nous préparent, ne peut être qu'européenne."
Avant son décés, il déclara lors d'une session préparatoire au grand colloque qu'il voulait organiser sur la reconstruction de l'Europe:
" L'Europe ne dit pas ce qu'elle fait; elle ne fait pas ce qu'elle dit. Elle dit ce qu'elle ne fait pas, elle fait ce qu'elle ne dit pas. Cette Europe qu'on nous construit, c'est une Europe en trompe-l'oeil."
Il n'y a pas que les libéraux ou les démocrates-chrétiens atteints par ce mal dont témoigne l'ouvrage de Jean Peyrelevade "Sarkozy: l'erreur historique", où ce dernier est dénoncé pour... avoir loupé le virage libéral !
Certes, ils ont été les premiers à vouloir contester Gaullisme et Socialisme en 1965, avec Jean Lecanuet dont Giscard d'Estaing et François Bayrou furent les héritiers (on se souvient comment ce dernier a continué de récuser le rôle de l'état, lors du débat mémorable qu'il eut à la télévision avec la candidate socialiste, aprés son éviction des présidentielles 2007).
Mais il est tout aussi instructif de rappeler que Jean Monnet était lui-même banquier, comme Jean Peyrelevade et...Pascal Lamy, dont il n'est pas inutile de connaître le parcours:
Issu de la démocratie chrétienne, Pascal Lamy devint le directeur-adjoint de Jacques Delors lorsque celui-ci rejoignit les socio-démocrates au PS, comme ministre de l'Economie et des Finances sous le ministère de Pierre Mauroy où il cotoya Jean Peyrelrevade.
Directeur de cabinet de Jacques Delors durant ses trois mandats à la Présidence de la commission européenne, il entra au comité de direction du Crédit Lyonnais (lui aussi) pour en sortir directeur général, non sans avoir entrepris la privatisation de la banque et ses licenciements massifs qui lui valurent le surnom de "la brute" et l'"Exocet" auprés des syndicats. A ce titre, il présida la commission "prospective" du CNPF, qui devait devenir l'actuel MEDEF.
Proposé en 1999 par Dominique Strauss-Kahn comme commissaire européen à la concurrence pour succéder à Leon Brittan, il inaugura son mandat en fanfare par sa proposition de lever l'interdiction d'importer en Europe les OGM américains. Il déclara à l'assemblée du lobby pro-américain Trans Atlantic Business Dialog (TABD):
" Nous ferons ce que nous avons à faire d'autant plus facilement que, de votre côté, vous nous indiquerez vos priorités..."
Pascal Lamy est aujourd'hui à la tête de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC)!
A l'aune de ce qui précède, on mesure tout le caractère prémonitoire des paroles qu'Yvan Audouard faisait prononcer à Jean Gabin devant l'Assemblée dans le film mémorable "Le Président" rediffusé avec à-propos sur la chaîne parlementaire, récemment:
" Désormais, messieurs les députés, on ne vous demandera plus d'appuyer un ministère, mais de soutenir un gigantesque conseil d'administration! "
Nous ne sommes pas loin de ce stade dans l'Union Européenne où la Commission jouit du "monopole d'initiative", système politique sans équivalent chez les nations, qui lui permet de préparer et inscrire à l'ordre du jour les directives de son choix. Elles ne peuvent qu'être amendées par les députés. Quant au Conseil Européen, qui a la charge de la décision finale, il s'en remet le plus souvent à la Comission qui a pris soin de préparer le terrain, ce qui a fait dire à l'ambassadeur belge Philippe de Schoutheete:
" Nous en sommes arrivés à un stade où il (le Conseil) adopte des documents qu'il n'a même pas lus."
Les acteurs essentiels des choix de la Commission sont des lobbies, d'inspiration et de dénomination anglo-saxones, qu'elle dissimule sous le vocable de "société civile". Parmi les plus importants figure notamment:
L'ERT (European Round Table)
Cette table ronde des industriels européens a mis à son actif:
- "Europe 1990: un agenda pour l'action" dont on retrouve l'essentiel dans le "Livre blanc de la Commission Européenne" de Jacques Delors qui est la base de l'Acte Unique.
- "Remodeler l'Europe" qui a déterminé en 1991 le traité de Maastricht, quelques mois plus tard.
- "Vaincre la crise" recommandant les recettes présentées par Jacques Delors en 1993 dans son "Livre blanc sur la croissance, la compétitivité et l'emploi": dérèglementation, flexibilité du marché du travail, compétitivité internationale,etc.
- "Un enseignement pour les Européens", en 1995, rapport à l'origine de la "Déclaration de Bologne" sur le démantellement progressif des systèmes publics d'enseignement trop fondés sur l'instruction générale au détriment de l'employabilité industrielle.
-"Une pleine réalisation du Marché unique", en 1997, que l'on retrouve comme "Plan d'action pour le Marché unique" adopté au sommet d'Amsterdam: libéralisation des télécommunications, des transports et de l'énergie; brevetage du vivant avec octroi de monopoles (!) en biotechnologies, etc.
-"Les pensions en Europe: un appel à la réforme", en 2000, recommandant des systèmes de capitalisation, afin que les fonds de pension privés puissent partout capter ces énormes ressources financières (détenues en France par le système de répartition de la Sécurité Sociale).
Les rapports de ce type ont alimenté le discours des hommes politiques et des médias
au point de rendre l'opinion européenne convaincue de la nécessité absolue d'un libéralisme croissant dans les sociétés humaines, au détriment de toute régulation de la part des Etats.
On peut trouver le développement plus approfondi de tous les élements ci-dessus, dans le remarquable ouvrage de Raoul Marc Jennar:
"Europe, la trahison des élites", Editions Fayard, 2004.
Autre lobby de poids, déjà évoqué:
Le TABD (Trans Atlantic Business Dialog)
Il regroupe les PDG des cent cinquante plus importantes entreprises européennes et américaines, et vient de mettre à son actif:
- Le Grand marché transatlantique
L’Union Européenne se prépare à imposer, à l’insu des peuples européens, un « Grand marché transatlantique » pour 2015, avec une recommandation d’exécution anticipée à 2010 pour les services financiers et les marchés de capitaux.
En effet, le 26 mars 2009, le Parlement Européen a signé une résolution visant à « Faire en sorte que les générations présentes et futures continuent d’être engagées dans ce partenariat » avec les Etats-unis. (Partenariat qui n’est autre que le « Grand marché transatlantique »).
Ce partenariat doit toucher des domaines tels que: « les services financiers, les marchés des capitaux, l’aéronautique, l’économie digitale (vie privée, sécurité, droits de propriété intellectuelle), la politique de concurrence et la coopération en matière de régulation ».
Il vise à « instaurer la libre circulation des marchandises, des capitaux, des services et des personnes ».
Il doit prendre effet dès que le « traité de Lisbonne sera définitivement adopté ».
Les signataires de cette résolution sont le PPE ( Parti Populaire Européen, regroupant les Droites européennes, et donc l’UMP de Nicolas Sarkozy fait partie), l’ADLE-ELDR (Libéraux démocrates européens, c’est-à-dire, les différents partis centristes européens, donc le Modem de François Bayrou), le PSE (Partis Socialistes Européens, dont les Socialistes français sont membres). Seuls les députés de la GUE (Gauche Unie Européenne, dont les députés communistes français sont membres), et les Verts s’y sont opposés. (Mais GUE et Verts sont très minoritaires au Parlement Européen).
Le procés verbal des actes de la résolution en question se trouve consigné sous la référence:
http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?type=REPORT&reference=A6-2009-0114&language=FR
C’est dire l’importance de l’élection européenne du 7 juin prochain!
L’histoire de cette coopération (US/UE) n’est pas nouvelle. Dans le passé, les tentatives américaines n’avaient pas manqué, et ce, dès le début de la « guerre froide », mais le Général De Gaulle, ou Mendès France, tout comme François Mitterrand ou le groupe communiste s’y étaient, à l’époque, opposés.
Ainsi, en octobre 1966, De Gaulle avait déclaré : « Certains, s’exaltant au rêve de l’Internationale, voulaient-ils placer notre pays, comme eux-mêmes se plaçaient, sous l’obédience de Moscou. D’autres, invoquant, ou bien le mythe supranational, ou bien le péril de l’Est, ou bien l’intérêt que pourrait trouver l’Occident atlantique à unifier son économie, ou bien encore l’utilité grandiose d’un arbitrage universel, prétendaient-ils que la France laissât sa politique se fondre dans une Europe fabriquée tout exprès, sa défense dans l’OTAN, sa conception monétaire dans le Fonds de Washington, sa personnalité dans les Nations Unies, etc. Certes, il est bon que de telles institutions existent et nous pouvons avoir quelque intérêt à en faire partie, mais si nous avions écouté les apôtres excessifs, ces organismes où prédominent _tout le monde le sait _ la protection politique, la force militaire, la puissance économique, l’aide multiforme des Etats-Unis, ces organismes n’auraient été pour nous qu’une couverture pour notre soumission à l’hégémonie américaine.
Ainsi, la France disparaîtrait, emportée par les chimères ». (Conférence de Presse à l’Elysée, du 28 octobre 1966).
On peut trouver un développement plus approfondi de l'historique, ainsi que des éléments factuels évoqués, dans le blog de Jean-Luc Mélenchon (10 Mai).
Dans le droit fil de la restauration conservatrice commencée aprés De Gaulle, figure également , en dépit des apparences, l'ancien banquier Georges Pompidou lorsque celui-ci permit au Royaume uni et à la City d'entrer dans l'Europe, au nom des trois branches, allemande anglaise et française, de son ancien employeur le Groupe Rotchild. Il fit ainsi perdre à la France le leadership que De Gaulle lui avait assigné en son sein, comme unique puissance nucléaire et représentante de l'Europe au conseil de sécurité, à l'écart de toute subordination dans l'OTAN. La politique actuellle n'est que la que la poursuite de cet aveuglement.
Si les responsables politiques, de gauche comme de droite, avaient su, durant plusieurs décennies, conserver l’indépendance vis à vis des Etats-Unis, les événements se sont malheureusement accélérés depuis 1995 pour aboutir à ce projet finalisé de « grand marché transatlantique ».
Si nous laissons le champ libre à ce grand projet de « marché transatlantique », dans la lignée du traité de Lisbonne, aprés le NON à l’Europe libérale de mai 2005, la démocratie n'a plus de sens. (Voir, à ce sujet, le site trés instructif de Etienne Chouard: on y comprend mieux pourquoi la ratification par le parlement d'un traité, où tout ou partie du contenu a été rejeté par referendum, est anti-constitutionnel et ridiculise nos institutions ainsi que ceux qui en ont la charge!)
Si nous laissons faire, nous serons, de plus, soumis à l’hégémonie américaine… d’autant que l’entrée de la France dans l’OTAN (faite dans notre dos, sans notre accord par Nicolas Sakozy) ajoute une dimension militaire et stratégique à la dimension économique de ce « grand marché transatlantique ».
S’il reste encore une solution, c’est d'abord, par un vote massif contre tous ceux qui sont responsables de la situation de crise actuelle, montrer que nous existons en tant que Peuple citoyen et responsable, c’est enfin, désavouer massivement la politique actuelle (tant intérieure qu’extérieure) du pouvoir.
Si nous voulons que le traité de Lisbonne soit de nouveau soumis à un référendum populaire, il nous faut choisir nos députés européens parmi ceux qui le revendiquent. Ceci permettra que ce fameux traité ne puisse être appliqué (si d'aventure l'Irlande capitulait), et que le « grand marché transatlantique » qui lui est corrélé devienne caduc. Ceci permettra de préserver notre indépendance.
Ecrit par : Anis | 20.05.2009
@Anis
Votre éclairage historique est très intéressant.
Politiquement, cette analyse fait écho à Hadrien sur la position du Modem : Bayrou ne peut incarner une rupture du système dans sa dimension libérale. Je trouve qu'il ne s'en cache pas, sans s'en vanter : il plaide plutôt pour que ce système soit "moralisé" en évitant les abus de pouvoir, la collusion et les profits personnels de quelques-uns; la présence de Corinne Lepage sur sa liste montre par ailleurs (à moins de soupçonner un calcul politique) l'idée d'introduire l'écologie comme contre-pouvoir nouveau au monde de l'argent, mais toujours dans le respect de ce système libéral. Ce n'est pas si loin que ça des choix tactiques de NS, mais pour ce dernier la dimension de calcul politique est bien plus avérée.
Par ailleurs, et sans connaître les éléments précis que vous exposez, je suis depuis fort longtemps surpris de la mainmise des économistes et acteurs financiers sur le pouvoir politique, plus en Europe d'ailleurs qu'en France (voir ma remarque sur le principe de financement des énergies renouvelables). Ce qui va de pair avec une marchandisation extrême de la société. Les médias nous présentent l'actualité sous cet angle presque exclusif. Notre ministre de la défense parle de ses objectifs de vente d'armes à l'étranger : il veut dépasser 6 milliards d'euro. C'est fou ! Le plus surprenant est que je sois le seul que ça choque. Cette société de marchands en collusion avec le système financier n'est pas à éradiquer totalement, mais elle a trop de pouvoir et nous mène aux catastrophes à venir (dont une crise écologique qui durera plusieurs générations tel que c'est parti).
Petite analyse personnelle : l'attitude fondamentale à combattre, c'est celle consistant à ériger l'argent en raison d'être du système. Il est nécessaire, mais cela ne lui donne pas un statut de causalité pour toute notre organisation sociale et politique. C'est la politique qui doit être la finalité, en portant des valeurs, des idées, des visions pour un modèle de société : l'argent est un élément de l'action, pas de la réflexion politique.
C'est ce paradigme qu'il faut arriver à changer pour mettre en place - enfin - une politique écologique.
Merci à vous, Corinne, pour avoir abordé un sujet si intéressant.
Ecrit par : Quidam | 21.05.2009
@ Quidam,
Je crains que mon commentaire sur la "révolution conservatrice...au Modem" n'ait guère été saisi.
Je distingue, comme vous, les deux axes que vous évoquez dans la politique actuelle:
- une allégeance, une fidélité à une oligarchie de conservateurs fortunés
- une communication tournée vers les attentes supposées (j'adore le "supposées"!) des français
Les deux pôles ne sont, de fait, rien d'autre que les deux tendances historiques droite/gauche, survivance d'une aristocratie et d'un tiers-état.
Cette dichotomie historique fut considérablement remaniée au XIXe siècle par l'émergence d'une bourgeoisie issue des révolutions sur l'ancien continent et sur le nouveau. L'extinction des privilèges de l'ancienne aristocratie a fait place peu à peu à peu, non à l'égalité figurant au frontispice de notre république, mais à une nouvelle dichotomie: celle du capital et du travail, c'est à dire des investisseurs et des salariés. Tout comme dans l'ancien régime, où l'aristocratie comportait noblesse et haut clergé, la nouvelle aristocratie du capital (oligarchie de conservateurs fortunés, diriez -vous) comporte capitalistes et hauts dirigeants qui font cause commune.
Les derniers arrivés (hauts dirigeants) font marcher la boutique dans le sens requis et sont rétribués à ce titre, dans le privé, à des niveaux leur permettant d'accéder eux-mêmes à cette oligarchie de conservateurs fortunés. C'est la raison pour laquelle nombre de hauts fonctionnaires ont suivi cette voie lucrative. Jean Peyrelevade appartient, de fait, à ceux-là.
C'est à la lumière de cet intérêt bien compris qu'il convient d'analyser la thèse constante de son livre: préserver la rentabilité du privé.
En effet, toute entreprise viable produit une plus value sur le travail. Lorsque ré-investie, elle donne lieu au phénomène de croissance. Dans cette "boucle vertueuse", les prélèvements nécessaires sont:
- les éventuelles ressources en matières premières
- les salaires dûs individuellement aux services des travailleurs
- les impôts et charges dûs collectivement aux services du domaine public
En défenseur des intérêts de sa classe, Jean Peyrelevade n'a pas de mots assez durs pour fustiger les deux dernières dépenses qui sont autant de freins à la croissance exponentielle ... des bénéfices, comme s'ils constituaient une fin en soi effaçant tout débat sur le partage de la richesse créee.
On notera au passage, de façon paradoxale, que c'est la même logique que met actuellement en oeuvre... le gouvernement chinois pour ratrapper les Etats-Unis. Le dernier rapport (2009) sur l'Europe de la fondation Schumann met en évidence cette courbe de croissance exponentielle de la Chine dont le PIB dépassera celui des Etats Unis en 2018, dans 9 ans à peine...si les choses vont jusque là.
C'est bien là l'idéologie néoconservatrice qu'a développé le capitalisme anglo-saxon: on a pu faire pénétrer dans les esprits qu'il était inconvenant de réclamer autre chose que ce que la loi du "libre marché" abandonne au travailleur. On aboutit ainsi aux sommets de l'absurdité lorsque l'ancien patron de Vivendi s'est vu gratifié de 274 millions en quittant ses fonctions, nonobstant ses rémunérations régulières, laissant derrière lui une entreprise en crise.
Il est clair que François Bayrou, et avec lui le MODEM, se défendraient de telles visées. C'est pourtant ce à quoi concourt sa pensée économique, trés proche de celle de Jean Peyrelevade, comme on s'en aperçut durant la campagne présidentielle. Sans doute est-ce la raison pour laquelle il reste muet au plan économique, durant ces élections européennes, aprés les scandales révélés par la crise financière. Je n'aurai pas la cruauté de rappeler les positions atlantistes et hyper(sinon ultra)-libérales de François Bayrou comme jeune émule UDF du tandem Giscard-Barre, dont il se réclamait encore il y a peu.
Pour être complet, on ne saurait oublier le premier des prélèvements cités plus haut, celui sur la nature, qui a donné lieu à un autre type de revendication: la revendication écologique, qui fait partie des éléments de bien-être auquel chacun doît avoir accés. Si cette revendication apparaît aujourd'hui comme récente, ce n'est pas faute d'avoir existé dans le passé, mais elle était tue tant qu'elle ne touchait que la partie la plus défavorisée de la population: la pollution des détritus au moyen-âge ou celle des houillères dans les corons du Nord faisaient plus de ravages mortels que la pollution carbonée de nos villes aujourd'hui.
En tout état de cause, on voit bien que l'économie et l'écologie ne sont que des chapitres du grand livre de la politique au sens ethymologique grec du terme. Dommage que l'on ne s'inspire pas davantage de la Constitution d'Athènes. Comme se plait à le rappeler Etienne Chouard, ce n'est pas par hasard si le siècle de Périclès fut aussi l'apogée de la démocratie athénienne: Les membres de l'Assemblée étaient tirés au hasard, pour une représentation équitable des intérêts de la population, et le gouvernement était pour moitié tiré au sort, pour moitié élu.
On trouve une sorte de synthèse de tous ces aspects éco- dans la vision humaniste qu'expose l'économiste Jacques Généreux dans ses deux derniers livres (de mémoire: "Les véritables lois de l'économie", et "Le socialisme nèomoderne"). Ah! néo- , quand tu nous tiens...
Ecrit par : Hadrien | 21.05.2009
Pour prendre les choses sous un autre angle, il m'apparaît trois attitudes face à la crise :
- des mesures qui restent dans le périmètre financier et marchand tel qu'on le pratique depuis les années 80 ( c'est depuis ce temps-là que les dirigeants d'entreprise, de connaisseurs-entrepreneurs, ont été remplacés par des financiers), c'est sur cette ligne que sont les dirigeants européen
- des volontés de réformer le système pour qu'il ne dérive plus aussi spectaculairement, mais en ne remettant pas en cause son bien-fondé; j'ai l'optimisme (ou la naïveté) de croire que les USA en sont là
- des changements plus profonds, avec deux sous-familles : l'approche démocratique que je trouve surtout incarnée par Mélenchon et Cohn-Bendit pour ces européennes, et la rupture prétendûment révolutionnaire du NPA.
Comme le souligne Hadrien, la remise en cause de l'impot sur la nature, que pronent les écologistes, amène nécessairement à la troisième voie; et à regarder l'histoire récente, le Modem n'y va pas et ne veut ni ne peut y aller.
Mais c'est pour cela que je sui sur ce blog : je préfère les propos de Corinne Lepage à ceux de Bayrou.
Ecrit par : Quidam | 21.05.2009
Et oui à se demander sincèrement si le Modem mérite d'avoir Corinne Lepage ...
Ecrit par : enoch | 22.05.2009
@enoch et les autres
(pardon à Corinne de monopoliser l'espace de discussion de son blog !)
A ceci près que le Modem est un nouveau parti, ce qui fait qu'on le regarde dans cette discussion au travers du parcours de ses principales personnalités, et non sur ce qu'il est en tant que parti. Il faut tout de même lui laisser le temps de se constituer, et de proposer des orientations peut-être différentes du passé de ses membres, et également en dehors de l'ambition présidentielle de Bayrou : on a le droit d'évoluer. Le fait que Corinne Lepage soit au Modem montre une ouverture intéressante; même si son précédent billet sur les usines à virus que sont les élevages hors sol a reçu un écho dans la presse par José Bové; son billet sur la corruption est proche des thèmes d'Eva Joly, ce qui fait qu'en effet, le Modem ets a priori un peu surprenant
(Petite parenthèse, les écolos durs sont quand même décourageants par moment...)
Donc, je regarde avec intérêt le Modem : l'initiative est courageuse et intéressante et les suspicions que nous émettons, ne l'oublions pas, nous le faisons sur le blog d'une de ses plus haute personnalité : allez faire la même chose ailleurs...
Corinne, je crois que vous avez un certain nombre de réflexions "utilisable" pour le positionnement à venir du Modem... mais peut-être ne faisons-nous qu'arpenter des terrains déjà fort connus en interne de cette jeune formation.
Ecrit par : Quidam | 22.05.2009
merci pour ces comemntaires;
Jena Peyrelevade a ses analyses ; j'ai les miennes et son livre n'est pas le programme officiel du MODEM.
Si vous lisez vivre autrement que je viens d'écrire vous verrez une analyse économqiue sensiblement différente.
mon choix n'est pas une posture ni encore moins une communication. Il est le résultat d'une vie largemetn dédiée à la défense de l'environnement et à la lutte contre ceux qui polluent et maltraitent sans jamais vouloir assumer leur responsabilité.
La voie d'uen évolution soutenable me parait als eule possible pour notre société et le seul programme qui constitue réellement une troisième voie.
Ecrit par : corinne lepage | 22.05.2009
Je suis totalement en accord avec ce texte, avec ces phrases, avec cette attaque frontale contre tout ce qui est dogmatique (et passe pourtant pour du pragmatisme...) chez Nicolas Sarkozy.
Seulement voilà, même si je trouve que sur la forme le commentaire d'hadrien est insupportablement anarchique, je rejoins ce qu'il dit. François Bayrou n'avait franchement pas un programme bien fourni à la dernière élection (ce qui ne m'a pas empêché de voter pour lui, un peu par peur des candidats "farfelus" du PS et de l'UMP), mais il aurait pu être résumé en une expression simple: "le programme de l'ump, version allegée".
-la détaxation partielle des heures supplémentaires (qui empêchera cette année la sécu de faire reculer son légendaire trou béant...), que je sache F. Bayrou l'avait incluse dans son programme. Certes elle était encore plus partielle que celle proposée par l'UMP, mais elle n'en était pas moins une des mesures les plus mises en avant par le candidat en 2007.
-le bouclier fiscal, lui aussi, a été défendu (ou en tout cas non combattu, "qui ne dit mot consent") par François Bayrou, lors de sa mise en place.
Sans oublier que depuis quelques jours Mr bayrou parade dans les médias en ne faisant aucune proposition, pire encore, en ne faisant aucune critique sur la politique concrète du gouvernement (il préfère s'en tenir à un rôle d'analyste en loisirs présidentiels). A croire qu'il voudrait le poste de Président, mais sans rien changer au reste (ministres, chantiers en cours, etc...). Et les rares fois où il se risque à faire quelques critiques, il s'en prend aux mesures qu'il aurait lui-même mis en place s'il avait accedé au pouvoir.
Le double jeu du Modem et de son leader ne prend plus sur moi, et pourtant je me suis accroché, comme d'autres. Jamais aucun propos écolo dans la bouche de F. Bayrou qui vous prend constamment comme caution, comme le dit enoch, il a bien de la chance de vous avoir dans son parti. Toujours des attaques extrêmement vagues contre un gouvernement qui s'apprête à instaurer une justice à l'anglo-saxonne (aucune opposition là-dessus...), toujours des "je ne veux pas heurter la tradition socialiste" et des "je critique le gouvernement mais je reste de droite, tout en étant de gauche mais sans les idées". A vouloir ménager la chèvre et le chou (ce que les autres font, mais en parallèle d'un réel projet), le Modem a déjà perdu toute sa gouaille. Dommage, me reste le rassemblement écolo européen...
Ecrit par : el_zozo | 22.05.2009
Je note une certaine convergence des auteurs des commentaires... et nous sommes tous des lecteurs du blog d Corinne Lepage.Significatif.
Ecrit par : Quidam | 22.05.2009
@ Corinne Lepage,
J'entends bien que J. Peyrelevade a ses analyses, vous avez les votres et F. Bayrou a les siennes, aucune ne se confondant avec le programme économique officiel du MODEM. Mais alors, quel est-il ?
Comme la plupart des gens, j'ai la faiblesse de penser que l'écologie, l'économie, l'économie, etc. sont des chapitres de la politique qu'il convient de relier entre eux pour en faire un livre.
Je suis personnellement soucieux de connaître tous les aspects de la politique d'un mouvement, pour me faire une idée de la cohérence et de la finalité du tout. Je connais votre credo en matière d'écologie, je connais le credo économique de J. Peyrelevade qui n'est pas étranger au MODEM, ce qui m'inquiète d'autant que je ne sais rien de la synthèse de tout cela par son leader incontesté, hormis des propos moralistes suffisamment vagues pour que je les partage mais qui ne constituent pas une politique.
Vivre autrement..., parfait !
Abus de pouvoir..., j'en conviens, mais j'entends aussi le reste:
Sarkozy: l'erreur historique...celle d'avoir raté le virage libéral, en étant trop social, trop laxiste ou trop interventioniste (bref, ce que F.Bayrou reprochait également à Ségolène Royal, entrevue sur BFM TV).
En ces temps de crise financière et de mondialisation économique débridée qui va jeter les peuples les uns contre les autres, sous la seule loi de la concurrence échevelée, cette (absence de) vision économique fait froid dans le dos!
Je crois l'avoir déjà évoqué: dans la course à la croissance par la concentration maximale des profits, le système libéral conçoit les peuples des pays émergents comme l'armée de réserve du capitalisme. Selon la fondation Schumann dans son rapport sur l'état de l'Union, le PIB total en Chine pourrait croiser et dépasser celui des Etats Unis, en 2018, tout en conservant revenu par tête trés inférieur à celui des pays développés pendant de nombreuses années, ce qui maintiendra une concurrence salariale insoutenable pour le reste du monde, si les choses vont jusque-là...
Or, personne ne se soucie d'une régulation dans ce domaine, tant qu'elles n'en sont pas là..
La catastrophe économique et sociale risque donc d'avoir lieu, pour des milliards de gens, bien avant la catastrophe écologique de quelques degrés à la fin du siècle.
Ecrit par : Hadrien | 22.05.2009
cher Hadrien
vous avez sans doute raison, mais le drame est que l'un n'empêche aps l'autre et que le "miracle chinois" se fait sur le dos de la vie des hommes comme sur celui des ressources . or les limites ont atteintes pour les uns comme pour les autres. c'est donc le modèle qu'il faut changer
Ecrit par : corinne lepage | 23.05.2009
Etant moi-même adhérent de Cap 21 et du Modem je confierai à nos aimables interlocuteurs que les idées de Corinne Lepage font leur chemin parmi ces soi-disant "affreux libéraux" ou "conservateurs " centristes.
Je m'étonne tout de même de retrouver bien des idées reçues et des clichés sur Bayrou et le Modem, qui me font penser que vos informations "à la source" (par exemple sur le site du Mouvement Démocrate) sont assez faibles.
Lisez aussi le livre de JFK ("l'Alternative") et demandez-vous si cet homme pourrait rallier un suppôt "honteux" du néoconservatisme, tel que le serait Bayrou selon vous. Et JFK n'a pas l'air trop bête...
Ecrit par : hérisson | 23.05.2009
Je trouve les points de vue d'Hadrien et Anis constructifs : au moins indiquent-ils, pour des personnes soucieuses de l'environnement (sinon ce ne serait pas sur ce blog), quelles sont les attentes qui paraitraient cohérents de la part du Modem.
Les réponses de Corinne Lepage et de Hérisson, qui montre un peu ses piquants, vont dans le sens que nous espérons tous : tant mieux, mais bien sûr l'électeur que je suis (et favorablement disposé à l'égard du Modem qui plus est) attend de voir ce qu'il en est pur le discours officiel du parti.
Juste un point sur les crises chinoise / économique / sociale : un retour à des niveaux haut du prix du pétrole fera exploser le système. Or ce retour est inévitable dans 10 ans au plus, d'autant que les majors ont gelés pas mal d'investissements depuis un an. Ce qui est une bonne nouvelle écologique en soi, mais un ferment de catastrophe à ce que cela découle d'un contexte libéral et non d'une volonté de ré-orientation qui accompagne ce mouvement. Le risque de voir le chaos déjà présent dans le pays pillés arriver jusqu'à nous est imminent de ce coté là, avant les effets planétaires de dégénérescence des cycles longs de la planète.
Ecrit par : quidam | 23.05.2009
Chère Madame,
J'écoute toujours très attentivement vos chroniques lors de l'émission « GREEN BUSINESS » à la radio BFM car vous mettez toujours en lumière ce qui n'est pas dit ou fait en ce qui concerne les énergies renouvelables.
Si jamais, vous vous décidiez de vous présenter aux Présidentielles 2012, alors soyez assurée de mon vote pour vous. Après Angela Merkel, pourquoi pas vous ?
Ecrit par : Isabelle CEJBA | 25.05.2009
Bravo Corinne. Bien joué. Suis certaine que tu ne t'es pas trompée de campagne électorale ! Pas d'amalgame des genres mais un objectif.
Amicalement,
Dolorès Baudelot
Ecrit par : BAUDELOT Dolorès | 12.06.2009
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