17.03.2008
Corinne Lepage: le champ du non-dit des élections municipales
Au-delà des résultats, en termes purement politiciens, des élections municipales, il n'est pas inintéressant de regarder, sous l'angle de la science politique, le contenu des débats, virtuels et réels, et le champ du non-dit et du débat officiel.
Tout d'abord, dans la problématique local /national.
Il est clair que les maires, quel que soit leur couleur politique, qui ont affiché de bons bilans ont ,à de rares exceptions près , été réélus à des scores excellents dès le premier tour. En second lieu, les programmes des différents candidats et les débats locaux qui les ont accompagnés ont quasi exclusivement portés sur la gestion municipale avec, de fortes ressemblances quoi qu'on en dise entre les programmes. Sans doute, l'importance donnée au logement social, le poids du développement économique, la politique des transports, la prise en compte du développement durable font-ils l'objet de variations mais, force est de constater que les divergences sont montées en épingle et les convergences cachées pour alimenter une bataille qui est davantage de personne que de politique. Et pourtant, il n'est pas possible de dire que le positionnement pour ou contre le gouvernement a été absent. Sa prégnance résulte :
-de la politisation de ce scrutin donnée par le président de la république, au départ de la campagne
-de même, de l'instrumentalisation faite par les différents partis d'opposition du gain de villes présentées comme autant de victoires arrachées au gouvernement
-enfin de la présence constante du premier ministre et de différents ministres à la fois comme candidat et pour soutenir des candidats.
Tout ceci entraîne une forme de confusion, qui permet en définitive de dire tout et son contraire, sans que les vrais débats de fond aient pour autant progressés.
Car, pendant que les citoyens débattaient de leur future mairie focalisant l'intérêt des médias sur le local, les grandes questions qui agitent le monde n’ont fait que s'aggraver sans que pour autant elles pénètrent le moins du monde dans la campagne.
-Gravité d'une crise financière internationale qui a vu la faillite de Carlyle, prélude à une crise économique liée à la récession américaine
-Gravité de la crise énergétique avec un baril de pétrole qui s'envole sans que nos gouvernements ne l'aient réellement prévu et aient décidé de lancer un plan massif en faveur des énergies renouvelables qui représentent de plus un des rares domaines de nouveau développement industriel pour la France pour l'Europe.
-Gravité de la crise de confiance à l'égard des experts et des décideurs publics que le succès du film et du livre de Mme Robin, le monde selon Monsanto vient illustrer.
- Difficulté de remettre d'aplomb le couple franco-allemand et de permettre à l'Europe de jouer réellement un rôle politique alors même que la montée en puissance des fonds souverains et de la suprématie financière de la Chine, de l'Asie , de la Russie et des pays producteurs de pétrole sont en train de bouleverser l'équilibre des pouvoirs dans le monde. Sur tous ces sujets qui bouleversent déjà - et ce n'est rien encore - la vie de nos concitoyens il n'en a pas été question alors même que c'est l'essentiel.
Car en définitive, moins d'un an après l'élection brillante du président Sarkozy, nos concitoyens manifestent une réelle volonté de pouvoir s'exprimer tant sur la conception que se fait le président de son rôle et de sa manière de l'exercer que sur les grands choix qui ont été et qui sont faits. Mais, la question ne leur était pas posée puisqu'il s'agissait d'élections locales et pourtant, dans un camp et dans l'autre, ils étaient pressés de se manifester par rapport à ce début de présidence même s’il leur était constamment rappelé qu'il s'agissait d'élections municipales. Cette situation explique peut-être la faible participation électorale à ces municipales.
Mais, malheureusement, dans les stratégies politiques des principaux responsables, la présidentielle de 2012 est déjà dans toutes les têtes. Dans la mesure où cette élection éclipse toutes les autres, est la mère de tous les clans et de toutes les chapelles, le débat politique de fond est vidé puisque seule compte la compétition suprême en fonction de laquelle toutes les autres élections doivent être pensées. Cette affirmation se vérifie dans les choix d'alliance ou d'exclusion fait par un certain nombre de dirigeants non pas pour des raisons locales, non pas pour des raisons de programme politique ou d'opposition sur des questions de valeur, mais pour des raisons de stratégie liée à l'élection présidentielle. Cette dérive de nos institutions d'autant plus graves qu'elle se produit à une période de l'histoire ou de nombreuses nations et particulièrement la nôtre ont des efforts et des réorientations considérables à fournir ce qui ne peut se faire que dans un climat de cohésion nationale, d'accord sur les valeurs essentielles de justice sociale auquel manifestement nous tournons le dos.
D'où, une forme de narcissisme de la classe politique qui pense beaucoup plus à elle-même qu’à nos concitoyens et qui mesure les signaux locaux largement dus à de bonnes politiques publiques en termes de bonus pour un camp ou pour l'autre. La réforme des institutions, y compris le renforcement du rôle du Parlement qui n’est bien évidemment pas un groupe de pression comme l’a affirme un proche du président de la république est à l'ordre du jour. Elle devra aussi s'intéresser au mode de participation des citoyens sur les grands sujets qui les passionnent et/ou sur les solutions des grands débats qui décident de leur avenir. Ainsi, au moins, une place sera-t-elle laissée aux vrais sujets pour lesquels l'opposition ne se fait plus entre la droite et la gauche mais entre le conservatisme et le sens du progrès humain
12:04 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : corinne lepage, élections




