22.10.2007
L'environnement, le Grenelle et l'Europe
Nul ne sait en cette heure, ce que seront les mesures concrètes, chiffrées et financées qui seront annoncées en fin de semaine après cinq mois de préparation du Grenelle de l'environnement. Mais, au-delà des mesures, qu'elles soient du domaine du symbole fort comme le moratoire sur les OGM, les incinérateurs ou les autoroutes -- il est illusoire d'invoquer l’EPR qui est déjà en construction -- ou du domaine de la technique et de la fiscalité, c'est bien dans l'approche globale et sa remise en cause ou non qu'il faudra juger du résultat.
La vraie question est celle de savoir pourquoi la France reste si hostile à la restructuration écologique qu’impose la situation et que prépare la réglementation européenne.
Comment comprendre, alors que le Grenelle serait dans toutes les conversations et dans toutes les préoccupations, que la France vienne de vivre deux crises graves avec Bruxelles. La première, à propos des nitrates, du fait de notre refus aggravé d'appliquer non seulement la directive mais les arrêts de la cour de justice. L'autre, plus récente, puisque le 17 octobre , la commission a menacé la France d'une action devant la Cour pour n'avoir pas pris les mesures d'application de la directive sur la performance énergétique des bâtiments qui date de décembre 2002.
Comment espérer qu'un changement de cap et des mesures réellement structurantes puissent venir du Grenelle alors que nous sommes incapables d'appliquer même tardivement les orientations européennes a fortiori d'anticiper comme vient de nous le rappeler fort justement Jacques Barrot à propos du transport dans un article publié dans le monde du week-end ?
Comment, étape encore plus difficile, la France mauvaise élève de l'Europe pourrait-elle prendre des initiatives lors de la présidence pour accélérer un changement de cap qu'elle se refuse à choisir ?
La difficulté n'est plus dans l'état d'esprit de nos concitoyens puisque ,sondages après sondages, nous constatons la volonté d'agir, et ceux avec des le résultats tout à fait corrects par rapport à la moyenne européenne.
Elle peut être d'ordre politique et liée à la culture d'une génération politique encore très réticente, si l'on s'en tient aux premiers débats qui ont suivi la communication de Jean louis Borloo à l'assemblée nationale.
Mais la difficulté est surtout d'ordre économique. Notre offre industrielle est largement inadaptée à l'économie qui naît de la crise écologique . Ou plus clairement encore, nous n’avons pas ou peu d’intérêt économique, ou tout au moins d’intérêts économiques pesant au niveau des décideurs politiques qui plaident en faveur d’un changement de paradigme.
De même que la commission Attali réfléchit aux blocages à la croissance en France ,il eût été encore particulièrement utile de rechercher les causes de notre inadaptation économique aux besoins du développement durable,plutôt que de s'intéresser uniquement aux outils susceptibles de jouer sur les effets.
Si nous sommes en retard et finalement réticents au développement du solaire ou de l'éolien, c'est parce que notre offre nationale industrielle est nucléaire.
Si nous si nous n'avons pas développé les technologies permettant une réelle efficacité énergétique dans les bâtiments, c'est parce que nous avons fait le choix du chauffage électrique pour trouver des débouchés à notre production nucléaire et qu’il fallait consommer le plus possible.
12:48 Publié dans MEDIAS | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : environnement, grenelle, europe, corinne lepage
10.08.2007
Pollution en Chine: l'Europe complice
La question de la pollution en Chine est une question extrêmement intéressante à plus d'un titre. D'une part, du fait de la proximité des Jeux Olympiques, le sujet est récurrent et il a très récemment mis l'accent sur les tripatouillages auxquels la Banque Mondiale avait apparemment accepté de procéder, à la demande de la Chine, pour cacher le caractère dramatique de la pollution alors même que le Comité Olympique avait décidé de placer sous le signe de la durabilité les prochains jeux.
La fiabilité des rapports des grands organismes internationaux en matière d'environnement et plus généralement de santé publique est ainsi interpellée et, l'interrogation devrait s'étendre à d'autres organisations comme l'OMS dont les rapports avec l'AIEA dans le domaine de la pollution nucléaire sont plus que douteux.
Mais, la gravité de la situation chinoise jette également une lumière particulièrement crue sur les conséquences environnementales et sanitaires d'une croissance démesurée. Non seulement, la Chine est probablement le premier état du monde dans lequel des révoltes d'ordre écologique sont régulières, mais encore le nombre de morts prématurées liées à la pollution atmosphérique atteint le chiffre astronomique de 750 000 par an. Ce chiffre ne tient évidemment pas compte de la mortalité et de la morbidité liée à la pollution chimique qui dans certaines régions, et en particulier au voisinage des fleuves qui sont transformés en véritables égouts chimiques, atteint des proportions catastrophiques.
Or, nous avons aussi notre part de responsabilité en tant que consommateurs européens de cette situation, puisque nous achetons des produits chinois fabriqués avec des produits toxiques, interdits en Europe, parce qu'il sont bon marché sans en nous préoccuper, peut-être du fait d'une certaine ignorance, ou de leurs conséquences tant sur notre santé que sur celles des Chinois qui les fabriquent. Un récent scandale a conduit à la mise à mort d'un responsable chinois, convaincu de corruption, accusé d'avoir couvert des productions toxiques. Le sujet n'est pas conjoncturel, il est structurel. Il serait plus que temps que l'Union Européenne applique aux produits importés les mêmes règles que celles qu'elle impose aux produits de fabrication européenne. La santé des Européens y gagnerait comme celle des Chinois ainsi que leurs ressources naturelles.
Ce sujet pose également la question des modalités de calcul de la croissance.
Le sujet des indicateurs est un sujet qui m'est cher et, j'étais honorée de retrouver sous la plume d'Al Gore les mêmes préoccupations quant aux modalités de mesures du progrès économique. En termes de PIB, le coût de destruction des ressources chinoises est évalué entre 5 et 8 %, selon les études. Ainsi, la réalité de la croissance chinoise doit-elle s'apprécier en fonction d'une soustraction entre le taux de croissance de l'ordre de 10 à 12 % et le taux de destruction des ressources de l'ordre de 5 à 8 %.
Lorsque l'humanité aura acquis une maturité suffisante pour changer son mode de calcul, alors peut-être peut-on espérer que les choix publics et privés seront moins déraisonnables.
Enfin, cette question fait apparaître les conflits lourds entre des les intérêts publics divergents. D'un côté, les Jeux Olympiques, l'image de la Chine, la nécessité de plus en plus intégrée par les autorités de s'insérer dans un développement compatible avec les matières premières , l'énergie et accessoirement la capacité de vie des Chinois. D'un autre côté, une volonté de croissance accélérée pour faire accéder la Chine au rang de deuxième, voire de première puissance économique mondiale. Le poids financier de la Chine actuelle, qui est devenue le banquier du monde et en particulier des États-Unis, la capacité de rachat des entreprises occidentales, renforcent bien évidemment le choix en faveur d'une priorité donnée à la deuxième branche de l'alternative.
La question posée est celle de savoir jusqu'où, en terme physique comme en termes politique et social, un tel choix pourra s'exercer.
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