28.04.2008

Corinne Lepage : l'exode climatique

Le changement climatique devient un enjeu géostratégique majeur, dans lequel nous sommes tous perdants à terme, car l’humanité est en péril, il y aura avant ce terme hypothétique des gagnants et des perdants. Et la folie humaine, ou plutôt l’appât du gain pour les uns, du pouvoir pour les autres et ce sont souvent les mêmes, est prête à oublier le risque qu’il y a, à l’évidence, à faire croître les émissions de gaz à effet de serre, pour augmenter la production de gaz et de pétrole ou encore de déforester pour produire des agrocarburants.

Lors d’un colloque qui s’est tenu la semaine dernière en Tunisie sur l’impact du changement climatique en Méditerranée, la question de la fonte de la banquise et de l’accès possible aux ressources  fossiles immenses et matières premières  que le sous sol de l’Arctique recèle et que revendiquent la Russie, le Canada, les Etats-Unis, le Danemark et la Norvège a été largement débattue avec la perspective que la première conséquence de l’adaptation au changement climatique soit de trouver le moyen de faire croître au-delà des prévisions du GIEC les plus pessimistes nos émissions de gaz à effet de serre.

Mais quelle autorité pourra dire à ces géants du monde que nous ne sommes pas suicidaires !
Car, dans certaines régions, et en particulier en Méditerranée , les effets du changement climatique se font déjà sentir et le problème de l’eau est croissant conduisant progressivement à compter en unité d’eau les produits alimentaires produits et exportés et à faire des choix. Car les pays de la Méditerranée seront , après la banquise et les populations du grand nord, et avec les iles de l’AOSIS, le Bangladesh une des zones les plus touchées par l’élévation de la température. Quel statut reconnaître aux 200 millions de réfugiés climatiques qui se préparent et quelle instance pourra les indemniser. Le moment n’est il pas  venu de créer un statut international et un fonds d’indemnisation alimenté par les Etats producteurs de pétrole et de gaz qui ne cessent de s’enrichir  et les Etats émetteurs de gaz à effet de serre qui ne modifient pas leurs comportements, les uns et les autres contribuant l’exode de ces nouveaux apatrides !

Dans l’actualité déjà, la menace de famines à une échelle impensable devient une réalité de plus en plus menaçante, mettant en péril non seulement des centaines voire des millions de vies humaines, mais également l’équilibre social et politique de nombreux pays, dont certains sont fondamentaux à l’équilibre du monde. Si le changement climatique est unes des causes de cette situation, il est une cause dont l’impact ne va cesser de croître, changeant les équilibres dans les productions agricoles du monde à moyen terme et aggravant la gravité de la situation des zones arides où la sécheresse ne cesse de chasser les populations vers les bidonvilles sans avenir. Cette situation a été aggravée par les grands financiers internationaux, qui, au motif qu’il fallait des devises, n’ont cesser de pousser, voire de contraindre nombre de pays à abandonner l’agriculture vivrière au bénéfice de cultures voire de monocultures dépendantes de marchés mondiaux où la spéculation ne cesse de jouer. Le résultat en a été l’exode des paysans, la perte de toute indépendance alimentaire et des rentrées de devises aléatoires. D’où un virage à 180 degrés recommandant aujourd’hui de relancer une agriculture locale …mais les sols sont épuisés et asséchés et il faudra des années pour essayer de rebâtir une agriculture de proximité, à condition qu’elle soit possible. Ces grands organismes sont ils prêts à réparer par une aide adéquate leurs erreurs de jugement ? Quoiqu’il en soit le riz et les céréales manquent aujourd’hui conduisant certains Etats comme l’Egypte, l’Inde , le Vietnam et le Brésil à interdire toute exportation. Aux Etats Unis, deux grandes chaînes , Cotsco , 4éme distributeur américain, et Sam’club ont décidé de limiter le nombre de grands sacs de riz pouvant être livré à chaque client, en raison de l’envolée des cours. La situation pourrait bien devenir la même pour le blé et d’autres céréales, car la folie des agrocarburants a rajouté encore au problème. Pour faire rouler les voitures, surtout au nord, mais aussi au Brésil, certains sont prêts à sacrifier l’alimentation de base de tout une partie de l’Humanité.

Sans doute, certains agriculteurs sont-ils gagnants à court terme grâce à la hausse des cours, mais à quel prix pour les autres !
S’ajoute enfin, un phénomène nouveau dont il faut s’inquièter tout particulièrement : une spéculation massive s’organise sur les matières premières alimentaires par la mise en place de nouveaux produits dérivés, à l’instar de ceux qui ont fait le succès que l’on connaît des subprimes. Une financiarisation massive du marché se met en place par l’achat par anticipation , semble –t il des quatre années qui viennent de production de céréales aux Etats Unis et par l’acquisition massive de silos, pour disposer des lieux de stockage des récoltes. Ainsi, non seulement tout ou partie de ceux qui portent la responsabilité de la crise financière actuelle referaient leur pelote, après avoir été renfloués par les banques centrales, mais en plus, ils disposeraient de la capacité d’affamer une partie de l’humanité et de faire payer l’autre.
Une telle perspective est insoutenable et ne peut que conduire à remettre sans délai –et c’est en train de se produire- à l’ordre du jour prioritaire des Etats la sécurité alimentaire, c’est-à-dire l’indépendance alimentaire, revenant sur le mythe d’un marché mondial sans limite. Les crises alimentaires et climatiques sont un facteur de remise  en cause de la mondialisation telle que nous l’avons connue. Si nous sommes optimistes, nous pouvons espérer qu’elle se transformera en planétarisation

Chronique France-Culture du 28 avril

 

07.08.2007

Grenelle de l'environnement: la contribution de Corinne Lepage au groupe Climat

 Monsieur le Président du Groupe CLIMAT
 


 PARIS, le 30 juillet 2007


Monsieur le Président,

Je me permets de vous faire parvenir les propositions que je souhaite apporter à la connaissance du groupe que vous présidez dans le cadre de la préparation du Grenelle de l’Environnement.

Je vous en souhaite bonne réception.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma parfaite considération.

 Corinne LEPAGE


 
Dispositions énergétiques et climatiques générales


1. Lancer un plan national d’adaptation au changement climatique pour en limiter l’impact.
2. Etablir un plan national de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 15 % en 5 ans (2007-2012), DOM, ROM, TOM, COM inclus.
3. Mettre en place un véritable service public d’accès à l’autonomie énergétique pour les collectivités et les particuliers et favoriser les économies d’énergies.
4. Développer les ENR comme une composante stratégique de la politique énergétique de notre pays avec l’objectif de créer 100 000 emplois dans un délai de 3 ans.
5. Investir dans un développement très volontariste des énergies renouvelables (solaire, éolien), et la biomasse (cultivée de façon soutenable sur le plan social et environnemental) pour améliorer la capacité d’autonomie énergétique des régions, des communes et des particuliers.
6. Développer des réseaux de chaleur collectifs de source renouvelable tant dans le résidentiel que dans le tertiaire par les aides adaptées aux opérateurs. Favoriser les chaufferies bois-énergie, notamment dan les communes et régions forestières.
7. Créer un comité de pilotage national de l’éolien adossé au Conseil Supérieur de l’Energie.
8. Rééquilibrer le bouquet énergétique français avec un calendrier de sortie du nucléaire pour ce qui n'est pas fourniture de puissances électriques importantes en volume.
9. Moratoire sur le nouveau réacteur nucléaire EPR et remise à plat d'ITER.
10. Porter la part du nucléaire à 50 % de l'électricité en 2020 et refuser, sans référendum préalable, d'étendre le parc nucléaire français pour devenir le fournisseur nucléaire de l'Europe Évaluer l'intérêt de poursuivre le retraitement des déchets nucléaires.
11. Rééquilibrer l'investissement dans la recherche publique au bénéfice des énergies renouvelables au minimum à égalité avec le nucléaire.
12. Taxer la surconsommation énergétique des immeubles de bureaux et des commerces.


Dispositions économiques générales


13. Etablir la vérité écologique des prix en intégrant progressivement dans le prix final tous les impacts sociaux et environnementaux (par exemple en intégrant l'impact environnemental dans le coût du transport) et moduler la TVA en fonction de l'impact environnemental et social.
14. Créer un livret épargne climat dans un premier temps pédagogique puis effectif comptabilisant le poids carbone et autres GES des produits et services. Ce livret fixera un seuil d'émission individuelle. En deçà, les particuliers seront crédités, au-dessus taxés avec un mécanisme de rachat via une banque carbone.
15.  Favoriser l'émergence du commerce équitable et consolider les certifications et labellisations. Encourager l'alter-consommation.

 

 

Faire de l'habitat économe une obligation.


16. Lancer un plan national de rénovation de l'habitat social intégrant une plus grande efficacité énergétique et financé par une avance Sur la réduction des coûts de fonctionnement des bâtiments.
17. Généraliser le système de cautionnement des loyers par les pouvoirs publics pour un accès au logement des personnes en difficultés économiques.
18. Conditionner l'obtention du permis de construire pour les bâtiments publics neufs à des normes environnementales strictes Faciliter l'accès à la propriété de maisons écologiques.
19.  Favoriser l'autonomie fonctionnelle et énergétique des bâtiments Élaborer une norme pour la construction de bâtiments à énergie positive et instaurer un taux de TVA minimale pour ces constructions. Favoriser la réalisation de quartiers écologiques neufs ou réhabilités (voire d'éco-villes) avec Une préoccupation conjointe environnementale, énergétique, de mixité sociale et d'insertion urbaine.
20. Transposer la loi Malraux pour la rénovation de l'habitat ancien des villes et villages à destination sociale en intégrant l'efficacité énergétique.
21.  Intégrer les logements adaptés au vieillissement de la population ou au handicap dans les programmes d'urbanisme

 

Transports


22. Encourager l’usage alternatif à l’automobile individuelle (co-voiturage, auto-partage), l'inter modalité entre les modes de transports (parcs relais), et la gestion de la mobilité (plans de déplacements de zones d’activité/entreprises/école/administrations/universités).
23. Instaurer un moratoire sur la construction des autoroutes et transférer les sommes prévues sur le développement massif des transports collectifs, du ferroutage et du fluvial. Développer un système de la taxe à la tonne/kilomètre pour tout le transport routier y compris le transit.
24. Inciter l'acquisition de véhicules à faibles impacts.
25.  Moduler la TVA sur les voitures avec une offre à 5,5 % pour les dix voitures les moins polluantes du marché (émission de C02 et polluants locaux), à 19,6 % pour les véhicules émettant moins de 160 g et 33 % pour les véhicules dépassant ce seuil.
26.  Rendre obligatoire le filtre à particules sur tous les véhicules diesels (PL, transports en commun et véhicules particuliers).
27. Rendre obligatoire la norme de 120 g/C02/km pour les flottes captives de toutes les collectivités publiques et de l'État.
28.  Créer un prêt à taux 0 ou offre de location-achat sans intérêt"pour les ménages à faible revenu qui souhaitent remplacer leur véhicule ancien par un modèle émettant moins de 120 g de C02 Offrir un crédit d'impôt et une prime pour tout utilisateur d'une voiture qui passerait à un moyen de locomotion sans C02 (vélomobile ou vélo).
29.  Poursuivre et accentuer la politique· de prévention et de sécurité routière.