20.04.2009

Corinne Lepage: refuser et imaginer

Pour cette dernière chronique pour cause de campagne électorale- mais ceux qui le souhaitent continueront à trouver une chronique hebdomadaire même heure même jour sur mon blog, je voudrais poser une question simple : ceux qui oeuvraient pour que la crise n’entraîne aucun changement majeur dans les orientations antérieures et la répartition des richesses ne sont-ils pas en passe de gagner la partie ?

Rappelons que deux camps s’affrontent :

·       le camp de ceux qui considèrent que la crise est systémique et qu’il convient de trouver des sorties de crise qui répondent à la fois à la crise écologique croissante ( une large partie des scientifiques consultés récemment considèrent que l’objectif de limiter à 2° l’augmentation de la température à la fin du siècle est impossible à atteindre) , à la crise sociale et à la crise économique.

·       Le camp des bénéficiaires du système qui sont aussi les responsables de son explosion, qui n’ont cessé de chercher à maintenir leur pouvoir en revenant le plus vite possible à l’équilibre antérieur à la crise.

 

Or, les seconds ne sont-ils pas en train de gagner la partie ?

L’annonce par 4 grandes banques américaines  d’un retour aux profits au cours du premier trimestre 2009 et la volonté de Goldman Sachs de rembourser au plus vite l’Etat américain pour recouvrer sa liberté en matière de rémunération sont des signes avant-coureurs. La remontée des bourses témoigne d’une reprise de confiance des milieux financiers alors que l’économie réelle continue à aller mal, voire très mal et que les annonces de licenciements se multiplient.

Ainsi, les banques auraient-elles obtenu des contribuables qu’ils les sauvent sans qu’en contrepartie un effort massif de financement de l’économie réelle ne soit accompli et sans que les règles du jeu ne soient changées ?

Il est d’autant  plus permis de se poser la question que le sommet de Londres apparait de plus en plus comme une magistrale opération de communication qui ne touche rien au fond des choses : sans même revenir sur le caractère plus que risible des listes publiées, le fait que la question des fiducies n’ait pas été abordée en témoigne. La fiducie est une disposition juridique qui permet à une personne (le disposant) de transférer de manière légale à un tiers (le fiduciaire) un bien que ce dernier doit gérer et rendre au bout d'un temps convenu et dans des conditions déterminées. La fiducie est donc un transfert temporaire de propriété. Son but est de  permettre aux groupes internationaux et aux grosses fortunes, à travers la création de sociétés "coquilles" implantées dans des paradis fiscaux, de garantir la confidentialité de leurs opérations, de limiter leurs responsabilités ou d'échapper aux fiscalités nationales ou aux droits de succession. De même, le caractère fictif de nombre d’opérations réalisées dans les paradis fiscaux n’a pas été mise en question. Quant à la question des agences de notation et rémunérations du monde la finance, Londres en est resté aux vœux dont personne ne sait s’ils ne resteront pas pieux..

En bref, rien de nouveau sous le soleil, ou bien peu.


De même, s’agissant de l’évolution soutenable, rien n’a été décidé, malgré les objurgations de Ban Ki Moon, soulignant que rien n’était plus urgent pour notre survie que cette question. Il suggérait en sus de la proposition du PNUE de consacrer 1% du PNB de chaque Etat à l’économie verte- ce que seule la Corée du sud fait- de supprimer les 320 milliards de dollars de subventions annuels des Etats aux énergies fossiles , ce qui réduirait les émissions de GES de 6% et augmenterait le PIB mondial de 0,1%. 

Ainsi, non seulement rien n’a été fait sur les sujets majeurs, mais de surcroit la crise semble utilisée pour renforcer les dérives passées. Ainsi, le travail est toujours considéré comme un coût qu’il convient de réduire en profitant de la crise pour procéder à des délocalisations supplémentaires, renforçant ainsi, du fait du chômage, les effets délétères de la situation économique.

Ainsi, l’effondrement des cours des grandes entreprises est une occasion de rachat à bas prix par des fonds spéculatifs  du capital de ces mêmes entreprises, ouvrant ainsi encore davantage la porte à des opérations futures de restructuration, de délocalisation et donc de chômage supplémentaire pour les pays européens, sans parler de l’affaiblissement supplémentaire du rôle des Etats , désormais appelés à être des garants de dernier ressort des banques sans aucun avantage corrélatif pour leur population.

Ainsi, la crise est l’occasion mise à profit par les Etats créanciers de la planète et des spéculateurs en mal d’investissements pour acquérir à bas coût des terres immenses en Afrique, à Madagascar, voire en Amérique du sud, pour assurer la nourriture à venir dans ces Etats et mettre la main sur la production alimentaire, ce qui prépare évidemment des drames de la faim dans les pays « conquis » et des risques géostratégiques considérables .

 Dès lors, l’équilibre entre les nations et à l’intérieur des Nations est –il en voie de bouleversements croissants avec un risque de voir aggravées les causes de  la crise actuelle.

Quelles réponses faire à cette situation ? Refuser et imaginer.

Ne pas considérer la bataille comme perdue et au contraire, relier, notamment au sein de la société civile et des entreprises qui s’inscrivent dans la nouvelle économie, tous ceux qui luttent pour un changement de paradigme.

Développer encore et toujours l’esprit critique et la contre information pour éviter le lavage de cerveaux et la désinformation dans lesquels nous baignons ; écoutez France Culture plutôt que de regarder les mêmes icônes et les mêmes images à la télévision.

Revenir, pour paraphraser Einstein , à l’idée fondamentale selon laquelle on ne peut résoudre les problèmes du monde en utilisant les instruments qui les ont crées

Tribune France-Culture du lundi 20 avril

16.02.2009

Corinne Lepage: Profits records de Total et crise

Le super bénéfice de Total est le plus important  jamais réalisé par une entreprise française avec près de 14 milliards d'euros, en hausse de 14 % par rapport à 2007, pour un chiffre d'affaires de 179,98 milliards d'euros. Cela pourrait être une excellente  nouvelle si l’origine de ce profit et son utilisation s’inscrivaient dans un développement durable. La question de sa taxation éventuelle ne se poserait alors pas.

Certes, de nombreux parlementaires UMP se sont immédiatement opposés à une telle initiative  en raison de l’importance de l’impôt acquitté en France par Total. Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP a affirmé : «  13 milliards de bénéfices, ça veut dire environ 13 milliards d'impôts sur les sociétés pour l'État. » .

Malheureusement, c’est faux. Le chiffre de 14,1mds d’impôts que le groupe s’attend à payer en 2009 concerne le monde et pas seulement la France.  Certes, l’impôt payé par Total en France est secret. Mais, une société paye ses impôts dans les pays où les filiales réalisent les bénéfices. Or  les "impôts du résultat opérationnel net" sont de 14,5 milliards d'euros pour l'amont, (localisé hors de France) et de 143 millions pour l'aval.

UFC que choisir évalue à 5% les profits de Total réalisés en France et en 2007 et certains évaluent à 500 millions d’euros l’impôt sur les sociétés payé par Total.  Quoiqu’il en soit, même avec les 140 millions de prime à la cuve, tant que l’opacité régnera sur la réalité de la contribution de Total au budget, ce type d’argumentaire n’est pas sérieux et la question de la contribution de Total à l’effort collectif est évidemment posée, mais dans des termes différents.

 La situation florissante de Total n’est pas unique puisque, son grand rival américain, Exxon Mobil a annoncé 45 milliards de dollars de profits qui ont été  aussi accueillis par une avalanche de critiques outre-Atlantique et pour les mêmes raisons.

"Total ne tire pas les fruits de son innovation, mais d'un simple effet de rente. Ce sont la hausse du prix du baril et les marges de raffinage qui ont permis ces superprofits alors que les consommateurs ont payé en 2008 des prix historiquement hauts", explique François Carlier, directeur adjoint des études à UFC-Que choisir.

Autrement dit, ces superprofits ont été directement ponctionnés, et sans aucune justification économique dans les poches des contribuables-usagers .Un exemple particulièrement choquant est celui de la Guadeloupe où la filiale de Total, SARA est un des accusés majeurs dans la critique de la vie chère en raison de son monopole de fait.  On peut ajouter à l’effet de la rente, les économies réalisées sur la sécurité qui sont apparues dans l’affaire de l’Erika et sans doute d’AZF ou encore le comportement social de Total en Birmanie par exemple. Or  Total a reversé 4,9 milliards de dividendes à ses actionnaires en 2008 (4,5 milliards avaient été reversés en 2007) soit une  hausse de 10 % sur un an.

Ces dividendes correspondent à un taux de distribution de son bénéfice net de 37 %.C’est donc une illustration du maintien d’un système qui nous conduit à la faillite, en affaiblissant constamment la part des revenus salariaux par rapport à celle des actionnaires. C’est de la redistribution à l’envers !

Mais il y a plus. Les engagements d’investissements ne sont pas acceptables. Tout d’abord, l’investissement dans les capacités de raffinage est maintenu à un niveau très insuffisant dans le but de permettre  une marge de raffinage très élevée. Ensuite, Total refuse d’investir massivement dans les énergies renouvelables alors que son produit, dont nous sommes dépendants conduit le monde à sa perte. Bien au contraire, la politique des pétroliers a été de nier le changement climatique et pour certains, dont EXXON de financer de fausses controverses scientifiques pour transformer en hypothèse ce qui est malheureusement une réalité.

Cette même politique a conduit à encourager l’industrie automobile à maintenir le moteur à explosion et à faire du lobbying pour éviter toute réglementation sérieuse. L’industrie pétrolière porte une large part de responsabilité dans le naufrage actuel de l’industrie automobile.

Dès lors, le seul comportement  civique et soutenable de Total serait de nous aider à sortir de l’économie carbonée dans laquelle il nous a enfermés, en faisant  des profits immenses. Cela ne signifie ni racheter ses propres actions comme il l’a fait des années durant, ni distribuer des dividendes sur des profits en définitive injustifiés. Au 1er janvier 2007, ils avaient 2,5 milliards de cash, au 1er janvier 2008,  7 milliards. Et, au 1er janvier 2009,  12,3.

De quoi investir massivement dans la recherche développement pour les énergies renouvelables, aider par des pépinières, de jeunes entreprises de ce secteur à se développer, investir dans une nouvelle industrie automobile décarbonée, investir dans la sécurité et le raffinage des installations existantes. Et accepter de réduire les profits en faisant exactement coïncider la baisse du prix à la pompe avec la baisse du prix du baril , mesure qui aurait bien davantage aider les familles que la seule prime à la cuve.

Malheureusement, tout ceci parait bien utopique.

Entre le nucléaire qui parait plus prometteur en terme de profits que le renouvelable et la bataille pour garder une cassette d’autant plus indécente que les revenus des entreprises et des ménages baisse, il semble que la messe ne soit à nouveau dite, ne laissant plus que le choix que d’un impôt sur le super bénéfices pour alimenter la décarbonisation de l’économie.

Tribune France Culture du lundi 16 février

 

11.02.2009

Corinne Lepage: manifestation 29 janvier

04.01.2009

Corinne Lepage: crise et Etat de droit

L'avenir nous dira si l'année 2008 figurera dans les livres d'histoire au même titre que l'année 1929. Un sujet au moins devrait nous faire réfléchir : celui du rôle de l'État de droit et du maintien de l'ordre juridique dans une situation de crise mondialisée. Un des risques les plus grands est incontestablement que les Etats se révèlent incapables de maintenir l'ordre du droit dans une période aussi troublée. Or, une des particularités de la crise économico- financière actuelle est de faire apparaître une série d'infractions et de fraudes massives dans le domaine financier qui bien évidemment doivent être particulièrement sanctionnées. La multiplication des class actions dans l’affaire Madoff en témoignent. Mais au-delà, une double question se pose :

· faut-il considérer avec Paul Jorion que le capitalisme financier génère en lui-même une incitation à la fraude et en tirer les conséquences sur le plan de l'organisation future ou considérer au contraire qu’il ne s'agit que d'infractions individuelles qui ne justifient pas d'autres sanctions que de nature individuelle ?

· Plus généralement, le détournement des règles prudentielles, la cupidité dont des personnes physiques et morales ont pu faire preuve, indépendamment d’infractions caractérisées , ne constituent –ils pas de véritables fautes commises à l'encontre de millions de personnes, dont il serait particulièrement choquant qu'elles restent impunies , au moins au plan civil.

Car, c'est en réalité tout le système de réglementation financière internationale qui est en cause : ou bien, ce système a été conçu pour permettre précisément de passer à travers les règles de prudence et pour organiser des fraudes notamment grâce aux paradis fiscaux .Dans ce cas, c'est le système qui doit être abandonné et ses principaux concepteurs recherchés. Ou bien, ce qui est arrivé était imprévisible dans sa globalité et dans ce cas, la nouvelle régulation devra bien évidemment faire en sorte qu'une telle situation ne puisse reproduire. Dans les deux- là cas, nous avons besoin d'un État de droit au niveau international, qui comporte une régulation, un contrôle et des sanctions ce qui suppose un juge international pour les appliquer. De même que l'humanité a été capable de créer un tribunal pénal international pour sanctionner les crimes contre l'humanité, de même elle doit être capable de créer une justice pénale internationale pour sanctionner les infractions qui concernent l'immense majorité des humains, qu'il s'agisse d'infractions financières, y compris bien sûr la lutte contre le crime organisé et les mafias de tout poil, ou d'infractions concernant les biens communs de L'Humanité, c'est-à-dire les ressources naturelles et l'équilibre de la planète.


Or, c'est précisément au moment où nous avons le plus besoin d'un ordre juridique et plus précisément de l'ordre juridique qui s'applique aux plus puissants que , comme le notait très justement Jacques Attali dans un hebdomadaire de cette semaine, que le droit s'effrite et est piétiné par ceux, précisément, qui ont le devoir de l'appliquer .Qu'il s'agisse du non-respect des contrats privés par des organismes financiers refusant de rembourser les déposants, des banques suspendant sans raison des crédits déjà accordés, du contournement par les banques centrales des règles de contrôle monétaire, les exemples sont multiples. Plus grave encore, les lois concernant le droit de la concurrence, les règles budgétaires sont écartées de facto et non des jure. Entendons-nous bien : il ne s'agit pas nécessairement de critiquer l'opportunité des choix politiques consistant à faire un virage à 90° de remettre à l'honneur une politique keynésienne. Ce qui est contestable , c'est de le faire en dehors de processus légal, permettant ainsi à chaque État de s'affranchir et des conventions internationales dont il peut être partie et des règles nationales qui gouvernent l'État de droit.


Ainsi, l'effort que constitue l'élaboration du droit comme organisation de la société est-il anéanti ouvrant la porte retour de la barbarie. En effet, l'exemple venant d'en haut, pour quelle raison les citoyens s'estimeraient ils devoir obéir à des règles qu’ils seraient les seuls à respecter ? pour quelle raison accepteraient-il encore une justice de plus en plus répressive à leur égard alors qu'elle ignore les infractions majeures qui mettent en péril la vie de millions de personnes ?


Faute de considérer que le renforcement du droit et de la justice est un impératif majeur dans la période de très fortes tensions dans laquelle nous sommes entrés, les gouvernements prendraient un risque immense : celui d'ajouter à la crise économique et financière, aux menaces de crise sociale, un risque de véritable chaos social. Espérons que l’année 2009 fera triompher la sagesse sur la facilité.

Tribune France-Culture du lundi 29 décembre

15.12.2008

Corinne Lepage: Et si la crise de la jeunesse était en réalité celles des générations antérieures ?

Les événements de Grèce ont alimenté la presse et le monde politique jusqu’au président de la République lui-même, sur le point de savoir s’il y avait un risque de contagion et sur les moyens de l’éviter. La question est d ‘autant plus justifiée que des points communs existent avec la France qu’il s’agisse des difficultés des jeunes d’accéder à l’emploi et d’être rémunérés décemment, des réformes libérales imposées au forceps par le gouvernement Caramanlis , une répression forte en 2006 contre les jeunes s’opposant aux privatisations, des «  affaires »  qui minent la confiance : « la corruption , les scandales, la pauvreté, les crimes de bourse, les dessous de table de Siemens » résume le quotidien gratuit free post.

Mais, si au lieu de considérer que le problème était dans la génération montante pour admettre qu’il est dans la nôtre, peut – être aurions nous une chance d’améliorer le sort de l’une et de l’autre.

 

Pour réfléchir, posons nous  la question de savoir quel serait le comportement de la jeune génération aux manettes vers 2025 si elle se comportait vis-à-vis de notre génération comme nous nous comportons vis-à-vis d’elle même. Que se passerait-il si pour payer l’adaptation au changement climatique que nos choix déraisonnables ont entraîné, ils divisaient nos retraites par deux ? Que se passerait-il si, au motif des économies nécessaires dans le budget de l’Etat, ils décidaient que les personnes au-delà de 75 ans ne peuvent plus accéder à certains soins lourds dans les hôpitaux ?
Nous trouverions cela scandaleux et contraire aux grands principes républicains.

 

Or, quels sont nos choix actuels ? Ne sont ils pas précisément les mêmes mais décidés  à l’encontre des jeunes qui se révoltent ?

 

 La réforme menée dans l’éducation, qu’il s ‘agisse de la maternelle déconstruite alors que notre système est un des meilleurs du monde et que le futur Président des Etats-Unis semble s’en inspirer , de la suppression des RASED, personnel spécialement formé pour aider les élèves en difficulté dans le primaire, du  nouveau lycée, de la réforme de la formation qui est ressentie comme un acte de mépris par les professeurs, semble avoir comme objectif la seule réduction des dépenses. L’occupation actuelle de nombreux établissements par les professeurs et les parents d ‘élèves montre une grande inquiétude. Ce n’est pas la nécessité de réformer qui est en cause, mais l’objectif de la réforme qui est comptable et non destinée à préparer l’avenir.

 

Car, précisément, c’est le nœud du problème. Non seulement nos choix actuels défavorisent pour le présent les jeunes et leur apparaissent à juste titre, inéquitables et injustes, mais encore ils sont directement contraires à leurs intérêts en tant que génération montante. En quelque sorte, ils perdent aujourd’hui et demain. Il ne faut donc pas s’étonner qu’ils se révoltent. Les révolutions ont toujours été portées par la jeunesse parce qu’elle aspire à plus de justice et à un monde meilleur, alors que les plus âgés sont plus conservateurs et plus enclins à subir le monde comme il est.

A cet égard, il y a une permanence avec deux faits nouveaux.

·    Depuis 30 ans, la machine inégalitaire s’est mise en route, c’est-à-dire que l’évolution ultra-libérale a accru les inégalités à l’intérieur des pays alors que le progrès social impliquait, évidemment, le choix inverse. Aujourd’hui, la pyramide des revenus aux Etats-Unis est au niveau de ce qu’elle était vers 1920, alors que la réduction des inégalités avait baissé entre 1933 et 1980. Si la situation est moins caricaturale en France, elle est, à moindre mesure analogue comme dans tous les pays industrialisés.
La croissance des revenus des actionnaires au détriment de celui des salariés frappe  évidemment davantage encore les jeunes dans leur immense majorité, puisqu’ils n’ont pas eu le temps de se constituer le moindre capital permettant d’en faire des actionnaires. De plus, si la  corruption, la fraude, les trafics d’influence et les mafias ne datent pas du XXIéme siècle, force est de constater que ces pratiques ont atteint un niveau industriel et non plus artisanal. Or, si des bandes composées de jeunes individus se sont parfaitement intégrées dans ce tissu délinquant, l’immense majorité de la jeunesse rejette une telle organisation de la société.  

·     Le deuxième fait nouveau est infiniment plus profond et plus grave encore. Pour la première fois, une génération, semble accepter que le sort de ses enfants soit moins bon que le sien et de surcroît, ne procède pas aux choix nécessaires pour qu’il en aille autrement.
Notre court-termisme est une agression permanente contre les jeunes. Or, la crise actuelle, sous tous ses effets, en est le produit .

 

Si nous voulons éviter  la guerre des générations, il est impératif de discuter de notre avenir commun. Il est plus que temps que des Etats généraux du futur se mettent en place pour permettre aux jeunes de définir , à pied d’égalité, le monde qu’ils désirent. 


Tribune France-Culture du 15 décembre