30.08.2009

Nouveau site Corinne Lepage

 

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Continuez de suivre l'actualité de Corinne Lepage sur son nouveau site à l'adresse suivante http://www.corinnelepage.eu/

30.03.2009

Développement durable: Cela ne doit pas être un cache misère selon Corinne Lepage

La semaine du développement durable qui vient de s'ouvrir a pour mérite de contraindre les entreprises et les acteurs à faire le point sur les progrès qu'ils ont accomplis ou qu’ils comptent  accomplir. Multipliant les salons et les manifestations, elle permet de découvrir les nouvelles éco-technologies, ce qui, dans la période de marasme actuelle, constitue incontestablement une bouffée d’oxygène.
 
Cependant, la crise de notre modèle de développement montre  de la manière la plus crue, combien il est à l’opposé d'un modèle soutenable. Ainsi, l'exemple des salariés de Clairoix, à Compiègne, est une illustration parmi beaucoup d'autres de ce qu’est un développement non durable, ne serait-ce que parce que non seulement l'usine va fermer, mettant au chômage plus de 1000 salariés, sans, en l’état de solutions de reclassement, mais encore et surtout parce que l'immense patrimoine que constitue le savoir-faire technique du personnel de cette entreprise, acquis en partie avec un partenariat, pour l'innovation, avec l'université technologique de Compiègne, va se dissoudre sans possibilité d’être transmis.

Cette double perte, sociale et culturelle, est le résultat du caractère particulièrement non durable du modèle financier qui sous-tend cette entreprise. Filiale d'une entreprise elle-même propriété d'une grande fortune allemande, continental Compiègne est  une entreprise bénéficiaire (17 millions d'euros de bénéfices l'année dernière) qui est victime d'une gestion financière calamiteuse qui a conduit la société holding à être débitrice de plus de 22 milliards d’euros,  en raison de montage type LBO que la crise a anéanti. Où est le caractère soutenable aux deux sens du terme  d'une telle organisation ?


Ainsi, parler aujourd'hui de développement durable a changé de sens. Il ne s'agit plus d'une formulation à la Jean Yanne du «tout le  monde , il est beau, tout le monde  il est gentil » qui veut concilier le social économique et l'écologique. Le greenwashing et la communication verte, qu'ils soient économique ou politique ont lamentablement échoué sur les rives de la réalité. Jusqu'à présent, et à quelques très rares exceptions près, notre développement est tout, sauf durable.

Nous pouvons enchaîner les semaines  du développement durable  les unes aux autres sans que cela ne change quoi que ce soit. D'une certaine manière, les comportements actuels des  dirigeants qui continuent à prétendre à  des rémunérations supplémentaires et exceptionnelles sans être moindrement gênés de procéder dans le même temps à  des licenciements et de bénéficier de l'argent public contribue à faire de la logorrhée autour du développement durable une immense plaisanterie.


Mais une plaisanterie de très mauvais goût pour deux raisons.


- elle risque de faire exploser en plein vol le seul modèle d’évolution possible en le décrédibilisant


- elle laisse supposer que le seul objectif est un retour ex ante que les bénéficiaires du système veulent - pour des raisons évidentes - obtenir en faisant du développement durable un alibi commode.
 
C’est la raison pour laquelle il est impératif de revenir aux fondamentaux de la soutenabilité , c’est à dire de la pérennité du modèle de développement. Il va de soi que les bases de l’économie que sont les règles de la gouvernance et le système financier sont primordiales puisque ce sont elles qui par leur goût pathologique pour l’immédiateté, l’investissement de très court terme et la rentabilité immédiate ont délibérément tourné le dos à tout espoir de durabilité.

Le choix en faveur de l’économie verte, qui est le seul de nature à s’attaquer en même temps à la crise écologique et à la crise de l’économie réelle, ne pourra se faire que lorsqu’il sera plus intéressant d’investir sur le long que sur le court terme, qu’il sera plus intéressant de favoriser le local et les PME plutôt que les multinationales qui ne poursuivent qu’un intérêt de profitabilité et non de développement économique. Et surtout, lorsque la priorité sera donnée aux nouveaux secteurs de l’économie verte qui ne demandent qu’à se développer, nouveaux matériaux, énergies renouvelables, chimie verte, mobilité durable, réseaux intelligents…au lieu de renflouer en permanence  les secteurs industriels les plus  efficaces en terme de lobbyisme , qui ne visent qu’à se maintenir le plus longtemps possible , quel qu’en soit le prix social ou environnemental.

L’économie doit être mise au service de l’homme et pas le contraire.


Mais les règles du jeu  ne pourront changer que pour autant que le rapport de forces changera et que l’Etat redeviendra le garant de l’intérêt général et non le défenseur d’un modèle profondément injuste et de plus en plus inéquitable et mortifère. Cela implique donc de revenir sur ce qu’est l’intérêt général et nous retrouvons là la définition d’une évolution soutenable. D’où le caractère essentiel à notre sujet de la question des libertés publiques et de l’agression à l’égard des contre-pouvoirs.

La désinformation, la régression de liberté de la presse, la déconstruction de la justice ont pour objectif de rendre  impossible le changement de rapport de forces et donc de choix politique.
Alors, oui à un développement authentiquement soutenable, qui traduit un changement de monde et offre le seul espoir réaliste de nous en sortir.

Non à un  cache misère qui se transforme  en alibi pour faire durer le système.

Tribune France-Culture du  lundi 30 mars

24.11.2008

Corinne Lepage: Le temps de la reconversion industrielle est venu.

La hausse du prix du baril jusqu’à 147 dollars voici quelques mois, et les annonces de plus en plus noires sur les scenarii climatiques ont transformé les comportement des consommateurs occidentaux bien avant que ne se fassent sentir les effets de la crise financière. Heureusement la faiblesse actuelle du baril, sans doute aussi artificielle et excessive que la hausse de l’année passée n’y change rien.

Artificielle dans la mesure où cette baisse apparaît comme la volonté de l’Arabie Saoudite de faire baisser les prix, pour éviter la rentabilité des énergies de substitution et de réaffirmer son rôle de « patron de l’OPEP ». Car, l’anticipation de la baisse de l’activité économique contribue à cette chute brutale mais elle ne l’explique pas.

Quoiqu’il en soit, la crise économique qui se traduit au niveau individuel par une baisse effective de pouvoir d’achat, une grande inquiétude pour l’avenir et un recours moindre au crédit n’est pas de nature à expliquer la situation tragique de l’industrie automobile.

C’est la représentation de l’automobile dans l’esprit de nos concitoyens qui a changé, l’acquisition d’une cylindrée puissante n’étant plus considérée comme le nec plus ultra en terme d’image de soi même . Au contraire, une petite voiture économe est valorisée sur le plan sociétal et dans le porte monnaie même si le prix de l’essence a baissé de 20% à la pompe (ce qui, au passage, n’est rien comparé à la baisse de deux tiers du prix du baril, d’où une rente qui explique les profits faramineux de Total). Dès lors, la consommation durable commence à devenir une réalité puisque la sobriété, c’est-à-dire la baisse de la quantité consommée devient un fait durable.

Manifestement, ni le politiques, ni les grandes entreprises des secteurs concernés n’ont pris la mesure de la révolution qui est en passe de s’accomplir. La schizophrénie des politiques consistant d’un côté, à prôner les économies d’eau, d’énergie, l’usage des modes alternatifs de transport, d’un autre côté à ne cesser d’encourager la consommation leur revient en pleine figure…

Tout se passe comme si, à aucun moment, il n’avait été envisagé que ces exhortations aient un effet. A fortiori, à aucun moment , les conséquences industrielles et économiques de ce renversement de valeur n’a été pesé ni anticipé. Il serait plus que temps, puisque les plans de relance succèdent les uns aux autres et que notre gouvernement après avoir annoncé haut et fort, voici quelques semaines, à peine, l’inutilité d’un tel plan , en annonce un, que la reconversion écologique soit le cœur de cible et que les politiques publiques soient mises en cohérence.

Il en va notamment ainsi de la demande d’aide des constructeurs automobile à l’échelle française comme à l’échelle européenne. S’il est évident qu’il faut traiter la question sociale, il serait fou d’allouer des sommes considérables simplement pour continuer les productions actuelles. Cela reviendrait à avoir subventionné les fabricants de bougies lorsqu’a démarré la production d’électricité !



Or, lobby automobile, soutenu par le lobby pétrolier, pour avoir refusé de proposer des produits économes en hydrocarbures, se trouve aujourd’hui confronté à une crise historique contre laquelle il cherche à lutter en mettant en avant la baisse du prix du pétrole et en continuant à promouvoir des modèles qui , aujourd’hui ne répondent pour l’essentiel plus à la demande sociale. Les constructeurs automobiles doivent devenir des prestataires de service de mobilité durable, ce qui signifie qu’ils devront créer de la valeur avec moins de véhicules, qui dégageront moins de marge parce que plus modestes, mais avec des fournitures de services nouveaux.


La reconversion écologique est un impératif.

Le refus de l’administration américaine d’aider l’industrie automobile est certes dramatique en terme social. Mais il va avoir pour conséquence l’obligation pour cette industrie de se transformer très rapidement. A cet égard, la proposition faite cette semaine par Solarworld de racheter Opel est un cas d’école particulièrement intéressant. Cette entreprise, qui a racheté voici deux ans la filiale solaire déficitaire de Shell pour en faire une entreprise rentable, propose la reprise de 4 usines allemandes d’Opel ainsi qu’un centre de recherche pour un milliard d‘euros dont 750 millions d’emprunt, le tout garanti par l’Etat. GM payerait 40000 euros par salarié. L’objectif est de transformer Opel en leader mondial des voitures propres. Le gouvernement allemand n’a pas encore arrêté sa position mais il va de soi qu’un tel investissement qui constitue en réalité une opération de reconversion serait infiniment plus rentable que la demande actuelle de l’industrie automobile européenne qui réclame 40mds d’euros, pour permettre le maintien d’une stratégie modifiée à la marge. Le new deal écologique, que je proposais pour ma part dans un ouvrage paru en 2006, impose un changement de cap, pas des ajustements à la marge.



Tribune France Culture du lundi 24 novembre

22.08.2008

Le temps de l'économie durable est arrivé, par Corinne Lepage

logo_monde.gifEn matière économique, la méthode Coué n'a guère d'efficacité. La récession à laquelle nous devons faire face devrait être l'occasion de mettre en place une révolution économique comparable à celle qu'a pu être, au moment de la crise de 1929, le New Deal. Certes, on pourrait objecter que ce n'est pas dans les périodes de récession que l'on peut changer les orientations, puisqu'il faut au contraire tout faire pour relancer la croissance, et par voie de conséquence privilégier les secteurs industriels traditionnels qui sont les plus conséquents en termes d'emplois.
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31.03.2008

Corinne Lepage: crise financière et développement durable

A l’aube de cette semaine du développement durable, il n’est pas inutile de s’interroger sur le rapport entre la crise financière et économique que nous vivons et le modèle de développement non durable dans lequel nous avons persisté, au-delà des bonnes intentions affichées . En effet, le passage d'un capitalisme économique à un capitalisme financier, la titrisation généralisée du système qui a permis aux établissements bancaires de sortir des règles prudentielles dans lesquelles les Etats et les organisme de régulation avait cru les astreindre, les exigences de plus en plus délirantes d’actionnaires pour obtenir des taux de rentabilité de 10, 15 et 20 %, une forme d'irresponsabilité généralisée d’un système bancaire roi du monde sont à l'origine de la crise actuelle.

Arrêtons nous un instant sur les conséquences économiques, sociales et environnementales de cette financiarisation de l’économie. La folie du court-termisme est à l'origine de l'incapacité des  entreprises de l'économie réelle à pouvoir investir comme certaines auraient souhaité le faire, dans de véritables politiques de développement durable. Comment en effet accepter des retours sur investissement de quelques années, voire de quelques trimestres lorsque les actionnaires exigent, avec des comptes-rendus trimestriels, des résultats à deux chiffres. De  la même manière, le système du LBO, qui permet à des actionnaires de rembourser dans des délais extrêmement courts des emprunts consentis pour acquérir une entreprise, et ce grâce à une politique qui vise à  vider les proies de leur actif et qui s'achève très généralement par des fermetures de sites et des licenciements tournent délibérément le dos à un développement durable sur le plan social. Enfin, cet aveuglement qui consiste alimenter la croissance par la destruction massive des ressources, à passer par pertes et profits les conséquences sanitaires et environnementales des pollutions et rejets de tout genre aboutit évidemment à faire supporter par la société civile les coûts humains et sociaux et financiers et à faire bénéficier les pollueurs des profits correspondants.

Dès lors, la société dans son ensemble et, au premier rang, les plus modestes et les Etats les plus pauvres a déjà largement payé le prix de cette globalisation financière, qui repose sur une captation des ressources collectives et une rente versée à ceux qui sont les plus irresponsables.
 En sollicitant les Etats pour les sauver de la faillite, les établissements bancaires les plus fragilisés, car les plus inconséquents posent un  problème politique, à plusieurs niveaux.


·   Tout d'abord,  le libéralisme et la dérégulation permanente  sont mis en cause. Le consensus  semble, au moins apparemment, au moins immédiatement (car on voit mal comment le système bancaire pourrait d’une part tendre la sébile et d’autre part refuser   les régulations) se faire autour d'une amélioration du système de régulation, des règles prudentielles et notamment de Bâle 2, du renforcement des pouvoirs des autorités nationales. Il s'agit donc de conforter des organes régulateurs et les Etats, ce qui traduit l'incapacité du système libéral à s'auto réguler.


·   Mais, la  réflexion ne doit pas s’arrêter là. Le libéralisme a pour corollaire la responsabilité des acteurs. Or précisément, les acteurs fautifs, personnes physiques et personnes morales, cherchent  à fuir leurs propres responsabilités.  Les traders qui ont perçu des sommes astronomiques, les dirigeants des entreprises qui ont choisi les actionnaires contre l'intérêt économique de leur entreprise et qui en ont été récompensés par des stocks options et des rémunérations  impensables,  les dirigeants des grands établissements bancaires qui sont aujourd'hui dans la tourmente, sont-ils prêts à assumer leur part de responsabilité ? Est ce aux contribuables d’assumer  le renflouement  des établissements de crédit qui ont contribué à l’appauvrissement généralisé dont ils sont  par ailleurs victimes ? Ni  les règles du libéralisme ni celles de la justice la plus élémentaire ne conduisent à une réponse positive.


·   Et pourtant. Au-delà de l'action des banques centrales pour essayer d’apaiser les tensions, il est plus que probable que le contribuable doive mettre la main au porte-monnaie. En effet, la gravité de la crise de confiance et les risques d’effets domino peuvent rendre inévitable une telle solution. Il reviendrait alors aux Etats et donc aux responsables politiques de définir les nouvelles règles du jeu et de sanctionner clairement les fautifs.

Il ne s'agit évidemment pas simplement d'adapter les règles prudentielles du système bancaires. Il s'agit de faire en sorte que le système financier accepte  en contrepartie de son sauvetage partiel, de modifier profondément le système de financement de l'économie réelle. Il s'agit que de nouvelles règles comptables intégrant les  économies externes soient mises en place et modifient les choix d’investissements.
Il s’agit que le rôle du système financier soit de faire fonctionner l’économie réelle à une époque où les besoins d’investissements pour sortir de la civilisation du pétrole sont immenses. Une troisième révolution industrielle doit être financée avec les immenses besoins qu'elle génère : recherche-développement mais aussi d'infrastructures liées aux énergies renouvelables, aux transports non polluants, à la chimie verte, à l'efficacité énergétique, aux villes zéro émissions de carbone. C'est à cette tâche que doit s'atteler le système financier international et non celle qui consiste n avoir pour seul objectif que de générer des profits à court terme et des enrichissements personnels qui mettent d’autant  plus en péril l’équilibre de nos sociétés qu’ils ne sont pas justifiés par des succès et qu’ils ne sont pas sanctionnés par les échecs.
Alors, la crise actuelle aura peut-être, en définitive, permis d'asseoir une des conditions majeures permettant de faire passer le développement durable d'un slogan à une réalité économique.

Chronique France-Culture du 31 mars

23.08.2007

Le développement durable, seule réponse aux trois crises de l'été

 Tribune parue dans Les Echos du 23 août 2007

La hausse du prix des matières premières agricoles, la controverse sur les conséquences en termes de santé et de pollution de la croissance chinoise, la crise financière liée aux crédits hypothécaires à risque américains (dont les crédits immobiliers) dite crise du « subprime », constituent les trois événements phares de l'été. Ils illustrent trois facettes du caractère non soutenable des orientations économiques et financières planétaires qui refusent de sortir d'un court-termisme suicidaire.

La hausse des prix agricoles vient de trois facteurs, tous d'ordre écologique. Elle résulte d'abord des conséquences du changement climatique sur les récoltes puisque que le stock n'a jamais été aussi bas. Elle est également liée au développement massif des biocarburants, qui, au Brésil et aux Etats-Unis, pousse les céréaliers à adresser à la filière énergétique, beaucoup plus rémunératrice, une quantité croissante de leur production. De ce fait, des aires qui étaient antérieurement affectées à un usage alimentaire ou occupées, comme au Brésil, par la forêt primaire sont désormais dédiées à un usage énergétique. Troisième raison : la demande alimentaire mondiale progresse, en particulier en Chine, alors que la production céréalière se réduit. Ces évolutions sont durables alors que la politique adoptée ne l'est manifestement pas. L'investissements massif dans des biocarburants de la première génération fait fi du fait que la déforestation représente aujourd'hui 20 % des émissions de gaz à effet de serre. Il est aberrant de déforester pour planter afin de produire des biocarburants destinés à lutter contre l'effet de serre. Cette politique ignore également les conséquences à bref délai de la réduction massive des disponibilités alimentaires de la planète et donc les conséquences en termes humains, économiques et géostratégiques de l'organisation planifiée d'une hausse des prix et d'une baisse de la production.

Second sujet d'actualité : les revers de la croissance chinoise. Dans un rapport récent, la Banque mondiale chiffre à 750.000 le nombre de morts prématurés en Chine du fait de la pollution et à près de 4 % le montant du PIB absorbé par la destruction des ressources. Il ne s'agit pas d'incriminer la Chine mais de prendre définitivement conscience du fait que nos instruments de mesure actuels du progrès économique sont devenus obsolètes. Ils n'intègrent pas la consommation des ressources naturelles renouvelables (utilisées bien au-delà de leur renouvellement) et a fortiori non renouvelables. Ils ne tiennent pas compte non plus des rejets de déchets et des polluants qui empoisonnent l'environnement et les humains. Or ces coûts deviennent de plus en plus importants

La crise financière mondiale trouve, quant à elle, sa source dans la volonté d'assurer une rentabilité immédiate élevée aux investisseurs institutionnels et aux fonds de retraite en contrepartie de niveaux de risques financiers élevés de moyen terme. Elle s'explique aussi par un déficit croissant de l'épargne américaine, déficit financé par le reste du monde, et principalement le Japon et la Chine, aujourd'hui. L'instabilité des places financières et du système bancaire international témoigne des ravages du court-termisme, les injections temporaires de liquidité exceptionnellement élevées menées par la BCE et de la Fed ces jours derniers ayant pour but d'éviter un écroulement brutal des prix des actifs financiers.

A ces trois phénomènes, une réponse commune doit être apportée. C'est du reste la seule réponse possible : faire de la soutenabilité, autrement dit développer une politique capable de s'intégrer dans le moyen et le long terme, sans conséquence irréversible ou grave sur l'environnement naturel et sur les hommes. Ne nous trompons pas. Il s'agit bien là d'une révolution dans la mesure où la soutenabilité implique un changement de paradigme : l'impact sur le moyen et le long terme doit devenir la pierre angulaire d'un choix, contrairement au bénéfice de court terme qui commande les arbitrages aujourd'hui.

Nous devons apprendre que les ressources naturelles ont un coût, que ce coût est élevé et doit être intégré dans les prix. Nous devons apprendre que le risque doit être supporté par celui qui le court et non par les collectivités publiques, a fortiori lorsque celui qui le court en dégage des profits alors qu'il en socialise le risque.

Nous devons apprendre que notre mode actuel de calcul du progrès économique est totalement faux puisqu'il fait l'impasse sur les coûts de ce progrès. Il ne comptabilise que les avantages en oubliant les inconvénients. La focalisation sur une croissance calculée sur le seul PIB nous entraîne dans une impasse avant de nous confronter à l'abîme.

Nous devons apprendre que le développement économique, y compris le développement industriel, se fera différemment en prenant appui sur les produits et services vitaux en ce début de XXIe siècle, c'est-à-dire les énergies renouvelables et toutes les nouvelles technologies respectueuses de l'environnement. A se focaliser sur les industries du XXe, au motif qu'elles restent aujourd'hui les grands employeurs, nous négligeons tout simplement de construire nos savoir-faire et donc nos emplois de demain.

Nous devons apprendre enfin qu'un choix, qu'il soit public ou privé, ne peut plus se faire sans que soit pris en compte les effets de court et de long terme, directs et indirects, et sans que les coûts s'externes soient internalisés. Pour essayer d'y parvenir, on pourrait imaginer la mise en place d'une autorité indépendante chargée de superviser l'utilisation des ressources et des rejets dans le cadre d'une comptabilité internationalisée ; l'instauration d'une mutualisation des risques par les activités fortement dépendantes de l'utilisation de ces ressources naturelles ou fortement émettrices de rejets entre les acteurs parties prenantes à ces activités.

Les crises que nous traversons doivent nous faire prendre conscience qu'il n'y a d'avenir pour l'économie que pour autant que l'économie devienne écologique. Seule une soutenabilité forte peut répondre à l'enjeu sans précédent auquel notre génération est confrontée : assurer la survie de l'humanité au sens physique comme au sens économique du terme.

CORINNE LEPAGE est avocate, ancienne ministre de l'Environnement.