17.04.2008
Corinne Lepage: Le Grenelle de l'environnement s'écrase sur le mur des OGM
Le vote par le Sénat en deuxième lecture du projet de loi OGM appelle trois réflexions :
- les conditions du vote démontrent une véritable parodie de démocratie puisque les sénateurs UMP comme le sénateur Legrand n'ont pas participé au vote et que l'opposition a quitté l'hémicycle. Un jour, les parlementaires qui ont voté ce texte et a fortiori ceux qui ont servi de porte-voix au lobby pro-OGM auront à répondre devant la nation française de leurs responsabilités historiques. En décidant de cacher les études sur la santé qui mettent en lumière les effets incontestables sur le foie et les reins de certains OGM, en prenant la responsabilité comme l'a fait le ministre de l'agriculture de nier tout impact sur la santé des OGM, la majorité UMP portera une responsabilité aussi lourde que ceux qui ont autorisé l'amiante mais ils ne pourront pas dire qu'ils ne savaient pas
-la modification de l'amendement 252 par la majorité parlementaire prend les Français pour des imbéciles. Il s'agit en réalité de renvoyer la locution "sans OGM" à une définition communautaire qui n'existe pas et donc, dans l'attente, de réserver cette définition à celle que le gouvernement voudra bien lui donner..... .
Mais, compte tenu du texte que ce même gouvernement a fait voter et compte tenu du fait que le Ministère de l'Agriculture ouvertement pro-OGM gardera la main sur le sujet et non le Ministère de l'Ecologie (on racontera un jour comment des responsables proches de ce ministère ont eu la peau du sénateur Legrand), il est clair que la France a voté un des textes les plus laxistes d'Europe à la différence du cadre allemand qui lui protège la santé et l'environnement.
La volonté de rupture dans le domaine de l'environnement en laquelle nous osions croire à l'issue du Grenelle de l'Environnement s'est écrasée sur le mur de la loi OGM. En effet, quel que soit par ailleurs le projet de loi qui portera les premières dispositions du Grenelle et dont j'espère qu'il comprendra de nombreuses dispositions pour réduire l'impact du changement du changement climatique, ce qui vient de se passer démontre que la majorité UMP est tout sauf sur une ligne de rupture en ce qui concerne ce sujet.
-Enfin, je regrette vivement que les sénateurs du groupe UDF/centristes n'aient pas suivi la position de François Bayrou à l'Assemblée Nationale puisqu'ils ont approuvé dans leur majorité le projet de loi....
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16.04.2008
OGM : lettre à François Fillon
Monsieur le Premier ministre,
Le 24 octobre 2007, ouvrant le Grenelle de l’environnement, vous déclariez : «Solennellement devant vous, je m’engage à ce que toutes les conclusions précises, concrètes et consensuelles soient mises en œuvre.»
Le 25 octobre, l’ensemble des négociateurs, y compris les représentants de la profession agricole et du gouvernement, concluaient à l’unanimité sur l’«adoption d’une loi sur les biotechnologies et les OGM avant la fin du printemps 2008», reposant notamment «sur les principes suivants : responsabilité ; principe de précaution ; transparence et participation ; libre choix de produire (règles de coexistence) et de consommer sans OGM». ................
08:59 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : corinne lepage, ogm
09.04.2008
Corinne Lepage: "le lobby des OGM a gagné" à l'Assemblée
PARIS, 09 avr 2008 (AFP) -
Le "lobby des OGM a gagné" et le projet de loi sur les organismes génétiquement modifiés en cours d'examen à l'Assemblée nationale "organise le droit à polluer et la rétention d'information", s'insurge mercredi l'ancienne ministre de l'Environnement Corinne Lepage.
Mme Lepage, qui se dit "catastrophée" et "scandalisée" par le texte, a indiqué à l'AFP que "le lobby des OGM a gagné, le Grenelle (de l'environnement) est enterré".
Après l'examen par les députés, estime Mme Lepage, "on avait deux ou trois avancées sur lequelles (le Premier ministre François) Fillon a déjà annoncé qu'on allait revenir".
Pour cette avocate spécialiste du droit de l'environnement, mobilisée de longue date contre les OGM, "le gouvernement est en train de prendre la responsabilité historique de mettre en cause la santé des Français".
Evoquant le rapport que lui avait commandé le ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo sur la gouvernance écologique, notamment sur l'expertise et l'information du public, elle estime que le texte sur les OGM "tourne le dos à toutes (ses) propositions".
Quant aux députés UMP, "ils ne veulent pas nous entendre parce qu'ils vivent sur une autre planète: les engagements du président de la République sont foulés au pied", a ajouté Mme Lepage.
AFP
17:06 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : corinne lepage, ogm
16.01.2008
Corinne Lepage: "Les conditions sont parfaitement réunies pour que cette clause soit activée"
Corinne Lepage, avocate, ex-ministre de l'environnement, présidente de Cap 21. Chargée d'une mission sur la « gouvernance écologique » par Jean-Louis Borloo, elle vient de rendre un premier rapport d'étape.
Que pensez-vous de la décision du gouvernement français d'activer la clause de sauvegarde sur les OGM ?
J'y suis tout à fait favorable. J'estime que les conditions sont parfaitement réunies pour que cette clause soit activée. Quelles que soient les contestations que certains ont pu émettre sur les termes précis utilisés par le sénateur Jean-François Le Grand, termes que pour ma part je partage, dans l'avis signé de tous figurent incontestablement des faits nouveaux qui concernent à la fois l'environnement et la santé. Par conséquent, l'existence même de ces faits nouveaux justifie parfaitement que la France mette en oeuvre la clause de sauvegarde.
Du reste, concernant le MON 810 cette clause a déjà été activée par l'Autriche, l'Allemagne, et la Hongrie..............
13:38 Publié dans MEDIAS | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Corinne Lepage, Ogm
14.01.2008
Corinne Lepage: OGM et clause de sauvegarde
Après la très sage décision prise par le président Sarkozy d’appliquer la clause de sauvegarde après l’avis rendu par le comité de préfiguration de la haute autorité, décision qui intervient après celle de l'Autriche, de l'Allemagne, de la Hongrie et quelques autres, la passion aurait dû retomber. Force est de constater qu'il n'en est rien, au contraire. Qu’entendons nous ? Des arguments d ‘autorité , un pseudo-débat autour d’un adjectif , voire une escalade verbale qui s’assimile à une guerre de religieuse de la part des pro-OGM . Comment expliquer cette situation ?
Tout d'abord, parce que malheureusement le débat médiatique se focalise sur les extrêmes, José Bové d'un côté, Bernard Accoyer ou le président de l'association des producteurs de maïs de l'autre, renvoyant à un faux débat totalement manichéen, destiné à créer un nuage de fumée dans lequel le citoyen ne peut que renvoyer les protagonistes dos à dos, sans que sa compréhension du sujet n’ait moindrement progressé.. C'est exactement ce qui s'était passé avec le nucléaire à la fin des années 70 dans l’instrumentalisation de l’opposition frontale entre le Greenpeace de l'époque et le président Syrota. Le résultat a été sans appel : pas de débat et l’opacité totale du système nucléaire civil.
Ensuite par ce que les partisans des OGM ont cru qu’ils parviendraient à gruger l'opinion publique en admettant un report des semis durant l’hiver pour mieux pouvoir planter au printemps, après avoir obtenu en toute urgence une loi qui leur convenait, sans que les sujets de fond puissent être abordés. Or, grâce au Grenelle et à la volonté de Jean Louis Borloo et Nathalie Kosciusko Morizet, le comité de préfiguration s’est mis en place et a travaillé, à partir des études existantes. Le contenu scientifique de l’avis, qu’aucun scientifique n’a remis en cause, et il aurait eu du mal, après l’avoir approuvé et compte tenu de son caractère objectif, est accablant . L’avis énonce les faits nouveaux s apparus depuis 1998 :
× Caractérisation de la dissémination à longue de distance ;
× Identification de résistance chez certains ravageurs cibles secondaires ;
× Eléments nouveaux sur les effets sur la faune et la flore non-cible
× Mais a contrario, la réduction de la production de mycotoxines
- Il souligne l’insuffisance des études et des connaissances concernant
× La Caractérisation moléculaires et biochimique
× La Méthodologie des études toxicologiques et écotoxicologique
× Le Dispositif de surveillance épidémiologique
× Le Dispositif de surveillance biologique
× L’Analyse économique au niveau des exploitations et des filières et prise en charge des externalités
Les éléments de portée sanitaire soulevés par le comité s’appliquent également aux éléments de transformation autorisés à l’importation dans l’Union Européenne. A plus long terme, il sera aussi important de prendre en compte les impacts écologiques des produits autorisés à l’importation.
Ceux qui, depuis des années luttent pour que les études sanitaires ne soient pas faites, et lorsqu’il en existe , qu’elles soient couvertes par le secret industriel et donc soustraites à la controverse scientifique, pour que la biovigilance ne soit pas mise en place , pour que des études économiques contradictoires évaluent l’intérêt des OGM, ont été mis à nus. D’où leur fureur et la levée de bouclier contre l’emploi de la locution « doute sérieux » , employée à juste titre avec courage par le Président Legrand, faux débat s’il en est qui a permis d’occulter le contenu scientifique de l’avis.
Ainsi en réalité, au moment où , enfin, le vrai débat scientifique sur l’impact des OGM sur l’environnement et la santé humaine, mais aussi sur leur intérêt économique et sociétal va enfin pouvoir s’ouvrir, le camp pro-OGM fait tout pour l’empêcher. . En réalité, force est de constater que durant des années, la technostructure chargée de mettre en place des OGM a qualifié tout ceux qui posaient des questions d’obscurantistes et à essayer de faire croire qu'il n'y avait aucun risque avéré et qu'il n'y avait que des avantages au développement des OGM. À partir du moment où objectivement il est démontré qu'il y a beaucoup d'incertitudes et une très grande ignorance, ignorance organisée par ceux là même qui souhaitent promouvoir les OGM de manière précisément à créer l’irréversibilité et à éviter que ne soit mis en lumière des éléments qui pourraient être défavorables au développement de leur activité, tout est mis en œuvre pour contrecarrer le progrès des connaissance et de la recherche.
En cela, le Président Legrand a eu totalement raison de rappeler le précédent de l’amiante , car le comportement du monde économico-industriel de l’agro-semence est identique à celui des professionnels de l’amiante qui ont lutté pendant près d’un siècle avec succès puisqu’ils ont pu continuer leur activité au prix de 350 à 500000 morts rien qu’en Europe). A savoir nier un quelconque risque, puis nier une quelconque preuve, puis nier un quelconque lien de causalité. Et dire que la doxa aujourd’hui consiste à dire que tout le monde savait… !
Mais si ce comportement n’est que la continuité de celui du XX ème siècle, comment comprendre que la FNSEA, qui se trouve représenter une profession aujourd’hui victime humaine et économique des pesticides, défende cette orientation en refusant de savoir les conséquences auxquelles elle s’expose ? On peut comprendre qu’une part très importante du monde rural, même si ce n’est pas celle qui est la mieux représentée, soit opposée à ce choix.
Et surtout, comment comprendre la position du président de l’Assemblée nationale et probablement d’une majorité de l’UMP ? En parlant de religion, mais le scientisme qu’il exprime en est assurément une, alors qu’il s ‘agit d’asseoir le débat scientifique sur une base contradictoire, et de tirer les conséquences de l’incertitude liée aux progrès de la connaissance M.Accoyer prend un immense risque. Un manque de réserve tout d’abord, mais celui encore plus grand de déconsidérer par avance le travail du législateur sur le projet de loi OGM. En exprimant un point de vue aussi sectaire et passionnel, il retire par avance à l’assemblée nationale la légitimité qu’elle tient de la représentation du peuple dans son ensemble , pour la réduire à l’expression de l’intérêt de la seule agro-chimie, pressée d’éviter que les conséquences d’activités dont le seul assureur aujourd’hui est le contribuable soient objectivement et scientifiquement établies avant de s’étendre.
Comme l’écrivait Hannah Arendt, il y a 50ans « il n’y a pas de raison de douter que nous soyons capables à présent de détruire toute vie organique sur terre. La seule question est de savoir si nous souhaitons employer en ce sens nos connaissances. C’est une question politique primordiale que l’on ne peut guère abandonner aux professionnels de la science ni de la politique « . On ne peut que se réjouir que le choix politique pour une fois coïncide avec le choix démocratique et que la volonté constamment réaffirmée par les consommateurs ces citoyens français de ne pas être des cobayes et des payeurs potentiels pour des OGM dont ils ne veulent pas ait été entendue. Rappelons que c'est à la suite de la décision prise par Alain Juppé en février 1997 de suspendre la mise en culture des OGM en France que l'Europe s'était dirigée vers un moratoire de fait l'année suivante, après il est vrai que le gouvernement de Lionel Jospin soit revenu sur cette décision et ait autorisée la mise en culture des OGM qui jusqu'à présent resté les seuls autorisés en France.
A l’heure où une immense majorité de français et d’européens continuent à manifester leur refus des OGM, où certains Etats dont l’Allemagne ont demandé que la législation soit revue pour intégrer cette opposition, où les Etats Unis sont entrés dans un profond changement, on ne peut que se réjouir de ce que la France ait enfin décidé de se donner le temps et les moyens du choix.
Tribune France-Culture du lundi 14 janvier
09:00 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Corinne Lepage, OGM
20.09.2007
Des règles de responsabilités pour les OGM
Tout le débat autour des OGM dépend d'une question et d'une seule. Qui est responsable ? C'est à partir de la réponse à cette question fondamentale que s'organisera le système. Ou bien nous entrerons dans un système vertueux, dans lequel chaque acteur aura intérêt, parce qu'il sera responsable à agir avec prudence et en s'entourant de toutes les précautions nécessaires. Ou bien nous resterons dans un système vicieux dans lequel au prétexte que les risques liés aux OGM restent largement inconnus, nul n'en est responsable. Ni les compagnies d'assurances qui considèrent qu’elles sont dans l’incapacité totale de mesurer l'aléa, ni les agriculteurs, puisqu’ils ne serait pas responsables de la pollution génétique, ni les compagnies agro-semenciéres qui campent sur la protection que leur offre le risque de développement qui est défini comme celui que l'état des connaissances ne permet pas de connaître. Mais, précisément, ces compagnies mènent un combat de lobbying sans précédent, pour éviter le développement d’une recherche publique sur l’impact notamment sanitaire des OGM et, dans l'immense majorité des cas, refuse de procéder elle-même à ces études, pourtant bien simples et peu coûteuses . Et, lorsque par extraordinaire une telle étude est faite, le combat consiste alors à opposer le secret industriel pour que ces études restent secrètes.
Dès lors, et à l'évidence, c'est bien la réponse à la question de la responsabilité qui commande le comportement des agents économiques et l’efficacité des dispositions prévues par les textes. .Il est évident que les règles de responsabilités doivent être fixées en amont et que l'essentiel de la responsabilité doit peser sur le producteur d'OGM en ce qui concerne l'impact sanitaire et être partagée avec l'agriculteur en ce qui concerne l'impact environnemental, sans oublier la responsabilité des pouvoirs publics, chargés de veiller sur la santé publique et la protection et ressources naturelles.
. Quel est l'intérêt d’ un tel dispositif ?
D’entrer précisément dans un cercle vertueux qui fera que chaque acteur aura tout intérêt à avoir pris les précautions nécessaires et donc d'appliquer scrupuleusement les dispositions tout à fait remarquables de la directive 2001 -18, dispositions qui restent aujourd'hui très largement lettre morte. Dispositions très exigeantes en termes d'études préalables, d'information et de participation du public ce qui signifie notamment l'ouverture à la controverse scientifique de résultats des études. Si, comme dans tous les autres domaines de l'activité économique le producteur des semences et à un moindre degré leur utilisateur est responsable des conséquences de toute nature liées à ce produit, il va de soi que les études seront faites convenablement, débattues scientifiquement et que le développement des OGM si développement il y a, se fera dans les conditions habituelles de protection des tiers de l'environnement. Le moratoire se fera automatiquement tant que ces études n'auront pas été convenablement menées et débattues ;
Cela ne signifie évidemment pas que la recherche ne pourra pas se poursuivre ; au contraire elle sera infiniment plus active sur les conséquences environnementales sanitaires des OGM et se poursuivra en site confiné sur la faisabilité de nouvelles plantes.
Le lobby OGM est sur une voie opposée : déresponsabilisation complète de sa technologie et de ses produits, poursuite et extension du régime dérogatoire au droit commun déjà obtenu en termes de contamination et de financement du surcoût de sa technologie mis à la charge de l’agriculture conventionnelle
Compte tenu de la qualité de notre terroir, de notre tradition gastronomique, de nos labels nos AOC, nous serions irresponsables, collectivement, à nous engager dans la culture des OGM , non seulement sans en connaître les risques, mais encore en acceptant, a priori, d'en supporter toutes les conséquences. Seule la responsabilité des producteurs et des utilisateurs de semence OGM peut permettre de concilier les potentialités de cette technologie, avec les droits de nos concitoyens de vivre dans un environnement sain et équilibré.
Corinne Lepage
La Croix - 20/09/07
15:52 Publié dans PRESSE | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : ogm
29.08.2007
Une haute autorité pour les OGM est-elle une bonne idée ?
Une haute autorité pour les OGM est-elle une bonne idée ? Il s'agit incontestablement d'une réponse à une vraie question qui est double.
D'une part, la commission du génie biomoléculaire du fait de sa composition, des liens qu'entretiennent un certain nombre de ses membres avec la précédente commission présidée par Axel Kahn, laquelle avait autorisé et de manière particulièrement laxiste l'expérimentation d'OGM en France, de la procédure qui laisse au ministère de l'agriculture la plénitude des pouvoirs et aux producteurs d'OGM le choix des experts, a incontestablement marqué ses limites.
D'autre part, l'absence de réel débat sur les OGM, l'information tronquée , l'absence d'études sur la santé, le refus d'ouvrir une controverse scientifique sur ce sujet sont autant de justifications à la demande des associations d'organiser un vrai débat publique avant le vote d'une loi.
Pour autant la haute autorité est-elle la réponse appropriée? d'une part, faut-il dédier à la seule question des OGM un tel organisme? ne serait-il pas davantage intéressant de disposer d'une haute autorité, composée de manière équitable et contradictoire, chargée de se prononcer sur les grands choix technologiques qui ne se limitent pas aux OGM. On peut penser en particulier aux nanotechnologies dont l'impact sur notre société sera bien plus considérable que les OGM. En second lieu, cette haute autorité est-elle chargée, dans l'esprit du ministre, de donner un avis scientifique ou de jouer un rôle de sage. En réalité, nous avons besoin de l'un et de l'autre. C'est la raison pour laquelle construction de cet ordre impliquerait à mon sens un organisme, qui pourrait du reste être et c'est la proposition j'avais faite, un conseil économique et social rénové sous la forme d'un conseil de la société civile. Mais, cet organisme disposerait d'un conseil scientifique indépendant, chargé précisément de l'étude scientifique du sujet. Par scientifique, il faut entendre bien évidemment l'aspect pluridisciplinaire du sujet. Mais, l'aspect scientifique n'épuise évidemment pas le sujet lui-même et le rôle de cet organisme serait de se placer d'un point de vue sociétal, le périmètre de la réalité du risque sanitaire et environnementale ayant été clairement déterminé par le conseil scientifique.
09:05 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : OGM
20.08.2007
Oui M. Barnier, parlons vraiment des OGM !
Tribune parue dans Le Figaro du samedi 18 août
Dans un article récent au Figaro, Michel Barnier, qui est, rappelons le ministre de l’agriculture et non de l’écologie ou de la santé, plaide pour un débat apaisé sur les OGM et sur la nécessité de continuer la recherche, faute de quoi les Etats unis et la Chine auront une avance irrattrapable sur l’Europe.
On peut partager les deux premières assertions, mais souligner que Monsanto dispose déjà de plus de 75% des brevets dans le monde et que par conséquent, de toutes façons, le retard, si retard il y a, est déjà plus que conséquent . Mais y-a-t’il retard ? S’il s ‘agit des plantes tolérantes aux herbicides et/ou pesticides, assurément. Mais est-ce un retard négatif, autrement dit le choix en faveur de ce type de plantes s’inscrit-il dans le développement durable ? On peut en douter pour trois raisons : la destruction de la biodiversité, l’impact sanitaire et la nécessité à moyen terme de recourir à des pesticides infiniment plus puissants pour détruire les repousses indésirables de ces plantes hyper résistantes. Dès lors, à moyen terme, le choix en faveur de ces cultures peut se révéler ravageur pour ceux qui l’auront fait, convaincus de l’accroissement d’une productivité qui se révèlera un miroir aux alouettes. En revanche, la recherche, indispensable, sur une technologie qui est , en réalité encore balbutiante, est indispensable mais pour permettre peut-être de mettre au point des espèces qui soient des solutions et non des nouveaux problèmes. A cet égard, nous sommes parfaitement dans la course, car les grands discours des leaders mondiaux de l’agro-semence sur la lutte contre la faim, par exemple, sont sans aucun rapport avec la réalité de plantes qui n’existent pas encore…faute de rentabilité suffisante.
Dès lors si on peut partager le souhait de voir la recherche se développer, encore faut-il savoir ce que l’on met derrière le mot recherche. Et la question ne vise pas seulement le type de plantes ; Elle vise également la question des effets que ce soit sur l’environnement ou la santé humaine ; le ministre rappelle que seul, en réalité, le MON 810 est cultivé en France. Mais, il oublie de rappeler que cette plante est interdite à la culture en Allemagne en raison de son instabilité et de sa dangerosité potentielle sur l’environnement. Un des premiers axes de recherche devrait donc être de réexaminer de manière très approfondie, les études sur le MON 810 et en attendant appliquer le principe de précaution inscrit dans la Charte de l’environnement, dont l’impact reste aujourd’hui …essentiellement médiatique. En ce qui concerne l’impact sur la santé humaine, encore faudrait-il que la recherche porte sur ce sujet …dont on peut qu’être stupéfait qu’il ne soit pas considéré comme majeur. Or, c’est là que le bât blesse. Le gouvernement s’obstine à refuser de financer les recherches sur ce sujet et continue à couvrir du secret industriel, en violation de la directive communautaire et des décisions de la Commission d’Accès aux Documents Administratifs, les très rares études sur l’impact des OGM sur les rats nourris pendant 90 jours, ce qui est le test de base en particulier pour les phytosanitaires. La contre-expertise, réalisée sur le MON 863, qui met en cause l’évaluation faite par Monsanto de l’absence de toxicité de cet OGM, a été rejetée par le gouvernement, qui s ‘en est tenu à l’avis de la Commission du génie Biomoléculaire qui ne voulait évidement pas se déjuger par rapport à sa première évaluation. Il n’en demeure pas moins que plus de 10 gouvernements européens ont pris une position contraire, pour exiger que la recherche soit enfin entreprise de manière indépendante sur l’impact sanitaire de cet OGM..Et de quelques autres .Ainsi, peut-on être demandeur de recherches, mais il ne s’agit pas nécessairement des mêmes.
Or, pour qu’il puisse y avoir un débat apaisé, encore faudrait-il que le débat ne soit pas biaisé. Pour qu’il en soit ainsi, le gouvernement ne peut continuer une politique de l’autruche qui consiste à ignorer le questionnement sur l’impact sanitaire des OGM. Il n’est pas possible, dans un débat digne de ce nom, de continuer à soutenir qu’il n’y a pas d’impact sanitaire prouvé…tout simplement parce que on ne l’a pas cherché. C’est la raison pour laquelle les ministères de l’écologie et de la santé doivent être impliqués directement dans le choix des sujets de recherche.
Pour qu’il y ait un débat apaisé, il faut tourner le dos à la farce qu’a constituée la conférence de consensus de 1998, où non seulement les décisions avaient été prises avant le débat, mais encore seul l’avis du député rapporteur a été publié, l’avis du panel de citoyens qui étaient contraire, oublié.
Pour qu’il y ait un débat apaisé, il faut arrêter de culpabiliser ceux qui sont réticents à l’égard des OGM au motif qu’un malheureux agriculteur a mis fin à ses jours, avant une manifestation prévue par les anti-OGM. Le fait que planter des OGM soit mal vu ne vient pas de la soi-disant pression des anti-OGM. Elle vient des silences sur le questionnement plein de bon sens de ceux qui demande à quoi cela sert de courir le risque et qui réclament des études sanitaires publiques ; elle vient du refus d’assurer le risque OGM et de le faire supporter par l’ensemble de la société qui a 80% est opposée aux OGM ; elle vient de l’absence de responsabilité de ceux qui commercialisent et plantent des OGM à l’égard non seulement de leurs voisins immédiats, mais de leurs voisins éloignés et plus généralement de leur voisinage.
Dès lors, un débat apaisé passe par la réponse à des questions essentielles pour le citoyen et non par une méthode coué et culpabilisatrice, destinée à fausser une fois encore, les termes du débat. La recherche sur les OGM est une occasion sans précédent d’engager une recherche à but d’intérêt général, économique, sanitaire et environnementale, dont la dimension éthique ne serait pas la moindre ; Le politique y retrouverait ses lettres de noblesse.
Corinne Lepage
Ancienne ministre de l’Environnement
Présidente de CAP21
11:40 Publié dans PRESSE | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : Corinne Lepage, OGM
10.02.2007
Une vidéo sur le danger des OGM déjà visionnée près de deux millions de fois sur Google Video France
19:55 Publié dans Web | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Corinne Lepage, OGM
14.11.2006
Entretien avec Corinne Lepage (Ouest-France)
Invitée au festival du film nature de Mûrs-Érigné, Corinne Lepage a répondu à nos questions.
Que pensez-vous de l'action de José Bové samedi dernier ?
Je suis un peu gênée. Du point de vue de la juriste, l'action est répréhensible. Je dirais toutefois que les torts sont partagés car l'Etat est en pleine illégalité. Il continue à donner des autorisations d'exploitation alors qu'il n'a pas le droit de le faire.
Quelle est votre opinion sur les OGM dans la recherche ?
Sur le plan médical, je n'ai rien à redire sur les recherches faites en laboratoire. En revanche, je suis en désaccord sur la culture de médicaments en plein champ.
Les OGM contribuent-ils à combattre la malnutrition en Asie ou en Afrique ?
Non ! C'est un mensonge total. Cela n'existe pas. Les OGM sont fabriqués pour les pays du nord, pas du sud. Je suis favorable à des recherches pour les pays du sud.
Ouest-France
11:49 Publié dans PRESSE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : blogs, blogs politiques, environnement, écologie, OGM, réchauffement climatique, présidentielle







