16/11/2010

Corinne Lepage : Nesterenko, la résistance à la désinformation

Si le décès de Soljenitsine a été présenté comme celui du Résistant au totalitarisme soviétique, celui de Nesterenko, survenu la semaine dernière  et passé sous un silence  quasi-total, aurait du être celui de la résistance à la désinformation et au mensonge. Membre de l'Académie des Sciences du Belarus, physicien de haut niveau international, il est le dernier des « liquidateurs » à disparaître , puisqu’il survola la centrale quelques heures après son explosion, à bord d'un hélicoptère qui larguait de l'azote liquide  au dessus du cratère  du réacteur 4. Son décès est du reste lié à cet épisode de sa vie qui a changé le cours de sa carrière. Dès 1986, et face à la fois au mensonge et à l’inaction du pouvoir soviétique, Nesterenko décide d'arrêter  les travaux scientifiques de l'Institut de l'énergétique nucléaire de la Biélorussie, qu’il dirigeait et de faire  étudier par les scientifiques de l’Institut , les conséquences de Tchernobyl aux fins  d’aider les populations sinistrées. Il subit alors les foudres du régime :  limogeage,  pressions du KGB. Il a même échappé à deux attentats. Il fonde ,en 1990,  avec le soutien d’Andrei Sakharov, ,Alès Adamovitch et et Anatoly Karpov  l’Institut indépendant de radioprotection "Belrad"qui  forme à la radioprotection les médecins, les enseignants, les infirmières.

Cet homme, qui mit en place un système de mesure de la radioactivité artificielle  révélant des contaminations huit fois plus élevées que celles que publie le Ministère de la santé biélorusse, a consacré sa vie à la lutte pour la vérité et le silence qui a entouré sa mort est à la mesure de celui auquel il s’est heurté durant sa vie. Il est tout un symbole à lui tout seul, celui de l’impossibilité de débattre du nucléaire sur des bases d'informations objectives et partagées.

Un tel débat est-il possible ? Il ne s'agit évidemment pas seulement de la désinformation systématique à propos de Tchernobyl et de ses victimes que l’on comprend en se souvenant que  l'Organisation Mondiale de la Santé ne  dispose pas du droit de fournir des informations sans avoir obtenu au préalable l'aval de l'agence internationale de l'énergie atomique.

Pour toute autre industrie, la multiplication des  incidents , dans de nombreux pays d'Europe occidentale, au cours de ces dernières semaines aurait donné lieu à une remise à plat du système de sécurité, voire à une interrogation plus large sur les conditions de fonctionnement de cette industrie, son rapport coût -avantage. Ainsi, indépendamment de la France avec ses multiples incidents et contamination de personnels, et notamment  l'incident du Tricastin , classé niveau 1 par l’ASN , en violation flagrante de l'échelle INES qui classe obligatoirement au niveau 3 des incidents , tout rejet à l'extérieur d’un site, la Belgique est aujourd'hui dans l'actualité. Un accident de niveau 3 s'est produit le 24 août à l'Institut des radioéléments  de Fleurus. Comme en France pour le Tricastin et comme d'habitude dès qu'il s'agit de nucléaire, l'alerte a été donnée en retard et les conséquences ont d'abord été minimisées par l'Agence fédérale belge de Contrôle nucléaire (AFCN). Mais, les faits sont tenaces ..  et la consommation des légumes du jardin et du lait est maintenant interdite…

 

Chronique France-Culture du lundi 1er septembre

 

En Espagne, les incidents se sont multipliés :  important incendie déclaré, le 24 août , à la centrale nucléaire Vandellos II (Catalogne) qui est arrêtée depuis, une trentaine d'incidents  depuis le début de l'année  En avril dernier, on a appris qu'une fuite radioactive avait eu lieu 6 mois plus tôt (!) à la centrale d’Asco I (Catalogne)

En Allemagne à Asse,  une contamination de grande ampleur émanant de 126 000 fûts de déchets nucléaires  stockés dans une mine de sel à toute épreuve menacerait de grandes nappes phréatiques.

En Ukraine, une fuite d'eau radioactive a provoqué l'arrêt d'un réacteur à la centrale nucléaire de Rivné (ouest de l'Ukraine)en juin, cependant que 6 jours avant, une fuite radioactive  à la centrale nucléaire de Krsko en  Slovénie  a entraîné une alerte européenne qui a été levée sans que personne ne sache vraiment ce qui s'était passé.

 Or, ces incidents non seulement peuvent avoir des conséquences sur la santé de personnes et les ressources sur de très longues périodes,  mais encore mettent en péril les activités économiques voisines, à commencer bien sûr par les activités agricoles. A-t on seulement envisager  ce que représenterait pour un pays comme la France, dont l'industrie agroalimentaire est une des premières au monde, une pollution radioactive importante sans même parler d'accident nucléaire.

Ainsi, il ne pourra y avoir de débat sur l'énergie et de prétention de l'industrie nucléaire à apporter une solution » durable » à la crise du XXIe siècle, sans qu’une réelle information, indépendante des acteurs de la filière, sur les coûts et les avantages, risques économiques et sanitaires inclus, puisse être débattue. Or même les coûts financiers réels sont inconnus, sauf dans le cas finlandais -parce que l'information vient d'un pays extérieur où la tradition de la transparence existe. Et dans ce cas,  le coût de l’EPR a augmenté de 50 % portant le coût du réacteur à 4 milliards et demi d’euros.

Sans une évaluation objective des coûts réels et potentiels, des avantages en terme d’emplois ou de fourniture d’énergie en comparaison avec les autres énergies en particulier renouvelables, l’industrie nucléaire ne cessera de se fragiliser car la chape de plomb n’est pas éternelle et le temps est venu de la comparaison entre les voies possibles sur des bases objectives et partagées et de la nécessité de justifier de ses choix. Paradoxalement,  les exigences de la finance parviendront plus vite à cette réalité que les exigences de la démocratie.

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09/11/2010

A Cancun, Corinne Lepage salue un accord inespéré qui représente une victoire du multilatéralisme

« Ce qui s'est passé à Cancun est aussi inespéré que plein d'espoir. Même si l'on est encore loin du compte pour éviter une hausse de la température au-dessus de 2°C, il faut se réjouir de l'accord de Cancun, qui marque la reprise du processus multilatéral de l'ONU. Cet accord est une claque aux climato-sceptiques et à tous les lobbys qui ont cherché à entraver la marche des peuples du monde vers une gestion collective du plus grand défi auquel ils sont confrontés.

 Ce succès inespéré est en grande partie dû à la présidente de la conférence, Mme Espinosa, qui a su rétablir la confiance par sa diplomatie et son sens des relations humaines. En établissant un processus transparent et ouvert, la présidence mexicaine a permis de créer le dynamisme nécessaire pour dépasser les obstacles et les a priori avec lesquels certains Etats étaient venus à Cancun.

 Cet accord n'est certes pas un accord avec des objectifs contraignants permettant d'envisager de rester en dessous des 2°C d'augmentation de la température. Il n'en demeure pas moins qu'en ancrant les engagements de Copenhague dans le processus onusien, cet accord ouvre la voie à une nouvelle phase beaucoup plus rigoureuse à Durban. Il permet également d'ores et déjà de mettre en oeuvre un fond vert, un accord sur les forêts, des engagements sur les modalités de vérification et de contrôle, et sur les transferts de technologie. Certes l'essentiel reste à faire pour définir les ressources qui alimenteront le fonds vert et pour s'assurer que les engagements seront tenus.

 Cet accord permettra le renforcement de toutes les politiques, notamment européennes, mises en place pour engager la lutte contre le changement climatique. Il faut espérer qu'il constituera également un signal fort en faveur des activités économiques liées à la sobriété énergétique et aux énergies renouvelables.

 En donnant une perspective claire, Cancun a inversé la spirale infernale dans laquelle Copenhague nous avait enfermés, mais il ne s'agit que d'une première étape et il faudra beaucoup d'énergie et de volonté pour transformer en succès définitif ce qui n'est qu'une première victoire. »

 Corinne Lepage est membre de la délégation officielle du Parlement européen à la Conférence de Cancun.

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02/11/2010

Liens

Quelques liens intéressants :

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