31.03.2006

La fin de la Ve République


 

La fin de la Ve République

(Avis de décès politique de la Vème République)


Avec le sens de la formule qu’on lui connaissait, le général de Gaulle rappelait qu’« une Constitution, c’est un esprit, des institutions, une pratique ».

Cet esprit de la Vème République, tel que l’avait voulu son fondateur, faisait du chef de l’Etat non seulement un arbitre et un garant des institutions, mais aussi un véritable capitaine de l’équipe gouvernementale lorsqu’il disposait de la majorité parlementaire. Le président de la République entretenait alors avec le peuple un lien de confiance privilégié dont le contrat implicite impliquait l’acceptation de tirer les conséquences politiques d'un acte de défiance du peuple. La démission du général de Gaulle en 1969, après l'échec du référendum, avait traduit dans les faits ce contrat moral. C’est en cela que les institutions de la Vème République apparaissent comme mixtes tenant, au gré des aléas du fait majoritaire, soit du régime présidentiel, soit du régime parlementaire.

Nous sommes aujourd'hui à front renversé. Le Parlement a de moins en moins son mot à dire, les votes de défiance successifs n’ont eu aucune traduction politique, la dimension plébiscitaire a disparu du contrat avec les Français pour ne laisser au chef de l’Etat qu’une irresponsabilité politique toute monarchique. Ni les élections régionales, ni les élections européennes, ni même le non au référendum, dont tous les commentateurs se sont accordés à dire qu'il constituait également un non au président de la république, n'ont eu quelque effet sur le plan politique. À travers la crise gravissime du CPE, qui constitue un bras de fer sans précédent entre un exécutif – dont la solidarité semble de plus en plus aléatoire – appuyé sur une majorité parlementaire en proie au doute et un front uni de l'opposition et des syndicats qui semblent s’appuyer sur une très grande majorité des Français, c’est le constat du décès de l’esprit et de la pratique gaullistes des institutions qui vient d’être signé.

Dans un régime parlementaire, le gouvernement serait retourné aux urnes comme ont pu le faire le Premier ministre britannique ou le Chancelier allemand confrontés à une grave crise politique. Dans un régime présidentiel, le président aurait certes pu imposer son point de vue, mais séparation des pouvoirs oblige, le débat parlementaire aurait été d'une autre ampleur.

Dans la Ve république tel qu’elle avait été conçue par le général de Gaulle, le président de la République aurait tiré les conséquences des votes précédents et aurait organisé sous une forme ou sous une autre un retour devant les électeurs afin de retrouver la légitimité politique nécessaire.
C'est précisément parce qu'il n'en est rien que nous sommes en face d'une crise de légitimité sans précédent et ce d'autant plus que les faiblesses inhérentes au système de nomination des membres du conseil constitutionnel ajoutent aux interrogations sur la légitimité démocratique de deux des piliers principaux de l’architecture institutionnelle.

Quelles que soient les suites au demeurant particulièrement risquées que ce passage en force, peut-être légal mais certainement illégitime, risque de provoquer, la nécessité d'une 6e république est désormais certaine. Indépendamment du débat autour d'un choix indispensable entre régime présidentiel et régime parlementaire, ma préférence allant au premier ne serait-ce qu'en raison de l'importance que représente pour le peuple français l'élection au suffrage universel du président de la République, ce sont les conditions de la démocratie participative au côté d’une démocratie représentative revigorée qui sont posées.

En ce début de 21ème siècle, il n’est plus acceptable que des questions aussi fondamentales que celles de l’emploi des jeunes et de l'avenir de la jeunesse soient traitées et tranchées sans que les intéressés ou leurs représentants aient à minima leur mot à dire. La constitutionnalisation de la représentation de la société civile dans un conseil économique et social totalement rénové sous la forme d'un conseil de la société civile, doté de pouvoirs réels d'expertise, de propositions, et de contrôle, est un impératif. De la même manière, la nomination des membres du conseil constitutionnel devra se faire par l'intermédiaire d'un vote de majorité au moins des 3/5 de l'assemblée nationale rendant ainsi obligatoire un accord de la majorité avec l'opposition sur des personnalités choisies non pour leur couleur politique mais pour leur autorité personnelle. Cela conférera un caractère indiscutable car légitime aux décisions rendues par cette autorité.
Ce n'est que lorsque la question de la méthode et de la procédure de prise de décision sera démocratiquement tranchée que les grandes réformes qui sont indispensables à la France pourront être enfin engagées. Il est temps de comprendre que la confiance ne se décrète pas mais qu'elle se mérite. Il est temps de comprendre que la réforme n'est pas une punition mais une amélioration de la situation du plus grand nombre et qu'en conséquence elle ne peut se faire contre mais seulement avec les citoyens.

Corinne Lepage

 

Félicitations

Corinne LEPAGE vient d’être distinguée par l’Organisation des Nations Unies (Programme des Nations Unies pour l’Environnement - PNUE) comme une des femmes ayant contribué de manière significative à la protection de l’environnement en étant intégrée dans le Who’s Who mondial des Femmes et l’Environnement du PNUE.

08:57 Publié dans Blog | Lien permanent | Envoyer cette note

30.03.2006

L'incapacité politique française est à chercher ailleurs

Ce matin, Pierre Luc Séguillon trouvait dans l'ultime recours au conseil constitutionnel la preuve de  l'incapacité politique française.
Pour ma part, je ne suis pas certaine que l'immixtion du juge dans le débat politique soit la preuve d'une faiblesse démocratique. Au contraire, dans un état de droit, que n'est pas tout à fait la France compte tenu de la place qu'y occupe encore les relations personnelles, le copinage, l'opacité, le clientélisme, il est normal que le droit, que dit le juge, l'emporte. Si le politique n'est pas d'accord avec le droit, il le change et c'est précisément ce qui caractérise un régime de séparation des pouvoirs.
L'incapacité politique française est à chercher ailleurs.
Elle est à chercher dans une délégitimation du politique, dans lequel les Français n'ont plus confiance à plus de 60 % et, dans une délégitimation supplémentaire de l'équipe actuelle qui est toujours en place après trois votes de défiance successifs et concordants du peuple français.
C'est donc en réalité dans nos institutions totalement inadaptées aux réalités politiques et sociologiques de ce début du XXIe siècle qu'il faut chercher une partie au moins de la cause de nos maux.
Sans doute, pouvons-nous à juste titre vitupérer contre les responsables de ce fiasco politique qu'est le CPE et souligner à quelles aberrations une politique qui se veut ouvertement machiste dans sa méthode peut conduire.
Mais, un peuple a finalement les dirigeants qu'il mérite et, le temps est bien venu de mériter mieux que ceux qui ne dirigent plus depuis trop longtemps.
La faiblesse de la société civile, c'est son inorganisation et son rejet viscéral de la classe politique qui constitue un miroir si négatif que de nombreuses personnes de qualité  refusent obstinément de s'engager de peur d'être assimilées à ce qui est devenu un objet de détestation.
Nous avons besoin de politiques de qualité pour nous représenter et c'est la raison pour laquelle le renouvellement de la classe politique passe obligatoirement par une montée en puissance de la société civile.
J'aurais, dans le cas de la campagne qui commence, l'occasion de formuler des propositions concrètes permettant précisément à ceux qui auraient le courage de se lancer en ce politique de pouvoir le faire.
Mais, les lamentations sur une classe politique en bout de course ne servent à rien si aucune solution de substitution n'est proposée.

27.03.2006

Ligue contre le cancer


Corinne Lepage lors de l'inauguration de la semaine nationale de lutte contre le cancer.

Lors du débat les personnes ont exprimé l'inquiétude grandissante des consommateurs sur ce qu'ils mangent et du lien qui existe avec les différentes pathologies dont ils souffrent et au premier chef sur le cancer.

18:20 Publié dans Blog | Lien permanent | Envoyer cette note

23.03.2006

Examen de conscience

La question des conditions de gestion de la crise du CPE est en train de l'emporter sur le fond du débat lui-même. En effet, le CPE s'il ne comportait pas le droit de licencier sans motif, ce qui est une aberration à la fois au regard du droit français et aux conditions de fonctionnement d'une entreprise normalement constituée et s'il avait vu réduire la période probatoire à six mois aurait constitue incontestablement un progrès par rapport aux successions de CDD et de stages peu ou pas rémunéré qui sont aujourd'hui proposés à notre jeunesse.

 

Mais, le débat s'est largement déplacé vers les conditions de la gouvernance et la généralisation d'une politique de passage en force sur tous les sujets de société. Nous ne sommes manifestement plus en démocratie lorsque les partenaires sociaux ne peuvent débattre des sujets qui les concernent et encore moins en décider . Nous ne sommes pas en démocratie lorsque 80 % des Français ne veulent pas d'OGM et que le parlement s'apprête à voter la loi la plus laxiste d'Europe (avec le soutien mou  du PS qui médiatise une opposition de façade dans les régions mais ne dépose aucun amendement au Sénat).

 

Nous ne sommes pas en démocratie lorsque le en matière de sûreté nucléaire, le gouvernement en revient à la situation des années 70 d'un lobby nucléaire tout-puissant, sans aucun contre-pouvoir, alors que seulement 8 % des Français (soit un score très inférieur à la moyenne européenne qui est de 12 %) sont prêts à investir dans le nucléaire.

 

Nous ne sommes pas en démocratie lorsque le lobby autoroutier est en train de d'obtenir, avant l'échéance de 2007, la relance de tous les vieux projets abandonnés dans les cartons depuis 30 ans, alors même que la priorité absolue des fonds publics devrait être le rail.
Les conditions de mépris dans lesquelles sont tenus les Français et en particulier les jeunes qui n'ont strictement aucune place dans le système institutionnel pour s'exprimer sont devenues insupportables et c'est ras-le-bol massif qui s'exprime dans les manifestations anti CPE.

 

Je ne peux pour ma part que me trouver du côté des jeunes qui sont notre avenir et à l'égard desquels un examen de conscience approfondi de notre génération serait particulièrement bienvenu.

 

En effet, comment nous sommes nous comportés lorsque nous regardons les dégâts environnementaux, sanitaires et même économiques si l'on s'intéresse à la dette publique, que notre mode de consommation a généré.

 

Cela ne signifie pas qu'il faille être d'accord avec le blocage des facultés lorsque une majorité d'étudiants qui est opposée ou  avec les actes de violence quels qu'ils soient.

 

Mais, globalement nous devons être solidaires nos enfants qui nous renvoient de manière très crue l'image de la société du tout-jetable à laquelle nous avons peu ou prou contribué.

 

Comprendre, puis chercher ensemble des solutions qui bien entendu ne peuvent se trouver qu'en étant pragmatique et réaliste et en partant de ce qu'est la réalité économique d'aujourd'hui.

 

Ceci ne nous dispense pas de rechercher l'intelligence collective, de dynamiser chacun et de rechercher globalement un projet collectif qui ne peut comme son nom l'indique être que le fruit d'une élaboration commune et non le fruit d'un diktat qui ne laisse la place au dialogue que dans la virtualité.
Le sujet le plus important aujourd'hui est bien celui-ci de définir les bases d'une nouvelle gouvernance qui implique une sixième république qui laisse toute sa place à la société civile.

 

Sans cette transformation initiale, qui permettra aux de mettre en place des réformes dans lesquelles les perdants ne sont pas toujours les mêmes, il est impossible que la confiance, base indispensable d'un redémarrage de la société française, puisse s'établir.

 

 

 

22.03.2006

25 mars

Corinne Lepage interviendra le samedi 25 mars sur le thème "L'environnement" lors de l'inauguration de la "Semaine nationale de lutte contre le cancer" . 

Cité des sciences et de l'industrie 

Programme complet et renseignements sur le site de la Ligue contre le cancer

13:30 Publié dans Blog | Lien permanent | Envoyer cette note

21.03.2006

21 mars

Corinne Lepage a répondu à l'invitation de Michel Fernet et d'André Bercoff et participera au repas du Press Club en présence des journalistes de l'association du Press Club

14:45 Publié dans Blog | Lien permanent | Envoyer cette note

La colère salvatrice

La colère  salvatrice
Les motifs pour se mettre en colère ne manquent pas. La désinformation intolérable autour du projet de loi sur les OGM où le ministre de la recherche a le culot de présenter comme une application du principe de précaution un projet de loi qui refuse même de rendre publiques les études sur la santé.
Le double langage du PS qui se traduit par la visite de Ségolène Royal à José Bové et l'adoption d'une position politique du groupe du Sénat qui soutient pleinement le projet du gouvernement
 La décision du conseil constitutionnel qui, sous couvert d'égalité, refuse que 20 % des femmes puissent siéger dans les conseils d'administration. Il est évidemment beaucoup plus conforme aux principes de l'égalité qu'il n'y en ait comme aujourd'hui quasiment aucune .
La multiplication des textes sur le nucléaire qui, font dire aux mots le contraire de ce qu'ils signifient et appellent transparence ce qui est opacité, autorité indépendante ce qui est l'expression même du lobby nucléaire.
Ajouter à cela le risque délibéré de conduire à une grève générale par simple amour propre et orgueil d'un premier ministre qui ne veut pas reconnaître il s'est trompé.
La colère ne sert à rien si elle ne débouche pas sur des propositions de changement, faute de quoi les mêmes causes produisant les mêmes effets, les raisons de la colère ne pourront que se reproduire.
C'est en fait le déficit démocratique qui est la cause commune de tous nos maux. Des élus, qui vivent manifestement sur une autre planète que la nôtre, et qui accusent les citoyens de tous les maux sans même se donner la peine de faire leur propre examen de conscience.
Pour parcourir la France à longueur de semaine, je voudrais témoigner de la profonde demande de changement qui émane de la population, du ras-le-bol généralisé sur le sentiment de n'être jamais écouté et jamais pris en considération et d'être confronté, chaque fois qu'une initiative est lancée, à une indifférence voire à une hostilité de la technostructure.
C'est tout cela est avec tout ceux, ils sont de plus en plus nombreux, qui nous rejoignent que je veux mettre la table pour obliger à ouvrir le débat et pour proposer nos propres solutions
 

20.03.2006

Corinne Lepage répond à Election-politique.com

Corinne Lepage, candidate à l'élection présidentielle, répond à Election-politique.com

Lire l'interview sur Election-politique.com

16.03.2006

AGENDA

 

25 mars

 

Corinne Lepage, interviendra à 10 h 45 sur le sujet "'Contrôle démocratique et application de la loi"
, Assemblée Nationale, Salon de la PAIX.

Ce débat sera présidé par Yves Guéna, ancien ministre, ancien président du Conseil Constitutionnel, président de l’Institut du Monde Arabe
et
animé par Arlette Chabot, directrice générale adjointe, chargée de l’information de France 2.

Avec :
Jean-François Burgelin, procureur général honoraire près la Cour de Cassation,
Jean-Paul Fitoussi, président de l’OFCE
Louis Gautier, conseiller référendaire à la Cour des Comptes,
Elisabeth Guigou, ancienne ministre, députée de Seine-Saint-Denis
Blandine Kriegel, écrivain, présidente du Haut Conseil à l’Intégration,
Corinne Lepage, ancienne ministre.

Les détails sur le site de l'Assemblée nationale

 

 

 

Toutes les notes