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29.11.2007
Corinne Lepage: nous devons sauver le Modem
Nous avons besoin du Mouvement Démocrate pour la vitalité démocratique de notre Pays ; les attaques qui se sont cristallisées au cours des dernières heures contre François BAYROU visent sans doute la personne au-delà de ce que le combat politique loyal devrait permettre mais surtout visent à empêcher la constitution de la seule force nouvelle de la vie politique française.
Des critiques peuvent toujours être faites.
Il n’en demeure pas moins que c’est la première fois qu’un parti politique élabore, directement avec ses militants, des statuts qui donnent lieu à des débats extrêmement importants.
C’est la première fois qu’un parti politique se donne la peine de ne pas confier les rênes à des apparatchiks et tente de définir de nouveaux rapports entre militants et élus, de telle sorte que les uns et les autres puissent être convenablement représentés et entendus au sein des instances dirigeantes.
C’est la première fois qu’un parti politique accepte de jouer le jeu, dans une totale transparence, de la réflexion sur l’équilibre qu’il convient de trouver entre l’efficacité politique et la démocratie interne.
Or, si précisément une telle profusion de propositions, de contributions, d’amendements arrive de la nouvelle génération militante du Mouvement Démocrate, c’est bien parce que l’espoir soulevé par la candidature de François BAYROU lors de l’élection présidentielle et qui a rassemblé près de 18% des français n’est pas retombé.
Nous avons maintenant la charge de faire vivre ce parti, et d’en faire effectivement un lieu démocratique à même d’offrir un véritable projet à nos concitoyens.
Car, et peut-être faut-il le rappeler, dans ces temps où il est bienvenu d’oublier assez vite ses convictions et son éthique pour asseoir sa carrière personnelle, la dignité de la politique, c’est précisément de proposer un projet et de défendre des convictions malgré les résistances et les freins au changement qui s’y opposent.
Le Mouvement Démocrate va être porteur d’un projet nouveau en ce qu’il sera l’expression d’une nouvelle forme de gouvernance et d’une véritable politique de développement durable.
En effet, et c’est là l’enjeu, nous allons devoir changer radicalement notre manière de vivre dans les années à venir. La société du carbone, des énergies fossiles, de l’automobile et du tout jetable touche à sa fin.
Cette révolution est particulièrement difficile à faire dans un pays comme la France, confrontée à de très lourdes difficultés, liées à un appauvrissement que l’on veut nier, à une montée des tensions et de la violence, à une inégalité croissante et criante entre nos concitoyens.
Le développement durable est précisément l’occasion de sortir par le haut de cette crise en déterminant ce que peut être un projet commun.
C’est précisément à cela que le Mouvement Démocrate doit s’employer sans se soucier des torpilles qui lui sont régulièrement adressées, avant même que le Congrès Constitutif n’ait lieu, torpilles qui sont probablement le signe d’une certaine inquiétude de tous ceux qui ne souhaitent surtout pas que la vie politique française change.
Corinne Lepage
15:28 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (74) | Envoyer cette note | Tags : Cap21, corinne lepage, modem
26.11.2007
Reflexions sur la justice
Avec la mise en examen de Jacques Chirac, qui constitue une forme de soulagement pour tous ceux qui n’osaient plus espérer que la justice puisse passer après 15 ans de mises en cause à répétition, on aurait pu espérer que la France commence à refermer une des pages les plus sombres de son histoire politico-financière. Jacques Chirac doit évidemment bénéficier du principe de présomption d’innocence, même si des affaires jugées l’ont visé ; mais, le fait qu'il s'agisse d'affaires très anciennes pose problème. Non pas comme l'a suggéré M. Mazeaud, parce que l'ancienneté des faits constituerait une cause de prescription. Il est pour le moins préoccupant, qu'un ancien président du Conseil Constitutionnel, même si sa proximité politique et amicale avec Jacques Chirac a été constante durant sa présidence, puisse avoir soutenu le caractère intouchable du président de la république et prétendre aujourd’hui que la suspension des poursuites durant son mandat devrait se transformer en une irresponsabilité pénale définitive. Tel serait le cas si les poursuites ne pouvaient pas reprendre après la fin de l'exercice du mandat. Le problème est autre et vient de ce que la justice ne passe que lorsque la personne concernée n'a plus de pouvoir ce qui donne un caractère de bassesse à ce qui doit être une oeuvre noble puisqu'il s'agit d'une oeuvre de justice. Dés lors, le statut pénal du chef de l’Etat se trouve reposé .Comme dans les autres démocraties,, avec les verrous nécessaires, le président de la république ne doit-il pas être poursuivi s'il a commis des infractions de droit commun, indépendantes de son mandat ?
Mais, le cas du président Chirac ressortit au passé. L’essentiel du sujet n’est pas là dans la mesure où malheureusement, non seulement nous ne sommes pas sortis de cette époque noire, mais bien au contraire nous nous y enfonçons.
· D'une part, les pratiques sont de pire en pire. Délit d'initiés à grande échelle, caisse noire de l’UIMM jetant la suspicion sur le financement des syndicats et révélant la poursuite des financements occultes en direction de politiques sont des faits extrêmement graves. S'y ajoutent désormais une tolérance en faveur de conflit d'intérêts permanents entre des personnes cumulant des fonctions publiques à des niveaux parfois très élevés et la représentation d intérêts purement privés. Ce mélange des genres permanents, qu’a minima les règles élémentaires de déontologie proscrivent, fait douter de la référence à l'intérêt général et banalise des comportements qui seraient non seulement répréhensibles mais impensables dans d'autres démocraties européennes. Nul ne peut douter qu'un certain nombre de décisions qui seront prises et auront favorisé les groupes ou personnes ainsi représentées seront un jour contestées et leurs auteurs questionnés. Mais, ceux-ci parient sans doute de la faiblesse croissante de l'institution judiciaire et malheureusement, ils ont peut-être raison.
· En effet, et c'est le deuxième volet, bien loin d'évoluer vers une pénalisation accrue de la délinquance politico-financière, nous nous en éloignons d'une part avec les projets de dépénalisation de la vie des affaires, d'autre part avec le symbole fort que constitue la mise à l'écart de fait du juge Van Ruymbeke. En effet, alors que le premier président de la cour d'appel l'avait blanchi et que les sanctions demandées à son encontre ont été réduites au minimum possible, un simple blâme, le CSM a jugé bon de ne pas se prononcer en attendant la fin hypothétique de l'affaire Clearstream qui ne finira peut-être jamais. Trois conséquences découlent de cette situation. D'une part, le juge Van Ruymbeke qui est un des meilleurs magistrats en matière de délinquance politico-financière, est condamnable et donc de fait mis dans l'impossibilité de continuer sa tâche de lutte contre la corruption. D'autre part, il s'agit d'un signal fort en direction des autres magistrats pôle financier désormais réduit à sa portion congrue de ne pas s'aventurer sur certaines terres hasardeuses.. Enfin, cette sanction possible valide le scandale résultant de ce que, grâce au secret défense invoqué de manière inadmissible dans cette affaire., par les gouvernements de droite comme de gauche, secret défense qui est à l'origine des déboires du juge Van Ruymbeke, le secret des rétro- commissions dont ont été bénéficiaires un certain nombre de responsables français sera gardé . Le contribuable sera une fois que plus appelé à payer les sommes auxquelles l’Etat risque, du fait de sa garantie de devoir payer, à la place de ceux qui auront bénéficié des commissions indues et seront donc doublement gagnants.
· Un tel scandale ne serait évidemment pas possible s’il existait en France un pouvoir judiciaire et un état de droit. Or nous nous en éloignons au lieu de nous en rapprocher. L’achèvement de la reprise en main de la magistrature par l'exécutif, symbolisé par les mutations et nominations récentes ainsi que l'absence de propositions en ce sens de la commission Balladur, rendent plus que jamais illusoire toute rupture dans ce domaine. Or, il ne s'agit pas seulement d'une entorse majeure à la démocratie et à l'éthique qui devraient guider nos réformes. Il s'agit également de faire perdurer une des causes de la faiblesse de la France au niveau international. En effet, nombres de marchés sont aujourd'hui perdus parce que précisément les garanties éthiques et judiciaires ne sont pas comparables en France et dans d'autres pays de l’union Européenne. Faute de l'avoir compris, nous nous exposons à des déconvenues croissantes sur le plan économique et à la montée en puissance d'un sentiment d'injustice qui est au coeur de la problématique française.
20:59 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : justice, corinne lepage
19.11.2007
La question du maintien de subventions publiques aux hydrocarbures doit être définitivement tranchée
Le débat sur le prix de l'essence est en fait un faux débat. La distorsion croissante entre l'offre et la demande d'hydrocarbures ne peut en effet conduire qu’à une hausse permanente du prix. Le très récent rapport de l’AIE (Agence internationale de l'énergie) prévoit que la demande mondiale, tirée par la croissance chinoise et indienne, devrait progresser de 55% d'ici à 2030. Pour tenir, il faudra consentir des investissements de l'ordre de 22.000 milliards de dollars pour améliorer les capacités de production et l'efficacité énergétique avec des conséquences évidentes.
D'abord le nombre de barils/jour nécessaire pour alimenter cette soif énergétique devrait atteindre 116 millions dans un quart de siècle, contre 84 millions de barils/jour en 2006. Or, il est plus qu'improbable d’y parvenir. Lester Brown* estime que sur les trois principaux pays producteurs de pétrole, 15 ont atteint leur pic de production et huit sont en croissance dont l'Arabie Saoudite pour laquelle de très fortes réserves pèsent sur la capacité de production supplémentaire. Au mieux, on pourrait éviter une réduction de la production globale à la condition qu'aucun des huit pays n’atteigne lui-même son pic dans l'immédiat. Certains estiment que le pic a été atteint fin 2005 ou qu’il le sera cette année. Quoi qu’il en soit, dans ces conditions, le prix ne peut que monter jusqu'à ce qu'un substitut au pétrole soit trouvé.
13:48 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : essence, pétrole, énergie
Que révèle la grève dans les universités ?
Il est pour le moins paradoxal que le monde étudiant se met en grève contre une loi votée voici plusieurs mois. En effet, de notre système démocratique, une loi votée est censée exprimer la volonté générale et sa remise en cause a posteriori par une catégorie de la population, même directement concernée, constitue en réalité une contestation de la démocratie représentative en lui-même. Cette situation traduit l’inadaptation croissante de la représentation nationale pour faire passer des réformes si, préalablement, le débat social ou sociétal n’a pas eu lieu. Paradoxalement, la proposition faite par le président de la république de contractualiser les grandes décisions du domaine de l'environnement entre cinq grands groupes représentant la société ( Etat, élus, syndicats, ONG, Entreprises ) devrait être étendue à tous les domaines de la société. Mais, si les étudiants ont l'espoir de le faire plier le législateur, c'est qu'ils ont à l'esprit le précédent du CPE, véritable tsunami institutionnel, puisqu’une loi votée et promulguée, a été et, de manière totalement inconstitutionnelle, déclarée inapplicable par le président de la république qui a immédiatement sommé le Parlement d’en voter une autre. Si de tels dérèglements non seulement admis mais suivis d’effets, alors tous les espoirs de remise en cause de textes votés sont permis et, la fiction juridique qui voit dans la loi l'expression de volonté générale les plus que du domaine de la virtualité.
Mais l'essentiel n'est là. Au-delà de l'agitation gauchiste incontestable dans les universités, le mouvement des étudiants traduit une très profonde angoisse que la loi Pécresse , qui est, pourtant, restée au milieu du gué, n'a pas réduite, voire au contraire a augmenté. Cette angoisse est profonde car elle se traduit un sentiment de déclassement, d’injustice et d’inquiétude pour l'avenir.
· Déclassement tout d’abord. S'engager dans des études universitaires n'est en aucune manière une garantie d'emploi et de progression sociale. En 1968, 6 % des étudiants n'avaient pas trouvé d'emploi dans l’année de sortie des études. Ils sont aujourd’hui 25 %. La misère étudiante, liée au prix du logement, à la faiblesse des bourses, au problème des emplois étudiants est un phénomène de société qui se reflète en particulier dans les conséquences médicales.
· Injustice ensuite devant un système de reproduction des élites de plus en plus inégalitaire. À l’inégalité financière s'ajoute le système de caste et ce que les élèves de la promotion Léopold Sedar Senghor de l’ENA ont appelé les héritiers généalogiques. Les enfants d'énarques représentent 0,01 % d'une classe d'âge, 4,4 % du total des élèves de leur promotion et 27 % des postes offerts dans les grands corps !
· Inquiétude enfin sur leur propre avenir. Avenir professionnel dans la mesure où les étudiants pressentent une aggravation du système français actuel où la satisfaction travail est une des dominantes : 40 % des salariés français sont satisfaits de leurs possibilités d'évolution contre 70 % aux Etats-Unis. Mais les salariés français de groupes étrangers se montrent beaucoup plus satisfaits que leurs collègues français. Ainsi, 63 % salariés français appartenant à des groupes français considèrent que leur situation se dégrade contre 38 % seulement de leurs collègues travaillant pour des groupes étrangers. Inquiétude sur leur avenir tout court. Du financement de la retraite de leurs aînés aux périls écologiques dont ils sont beaucoup plus conscients que les générations précédentes, nos jeunes générations sont les premières qui sont convaincues que leur vie pourra être plus difficile que celle de leurs parents.
Dans ces conditions, toute mesure qui pourrait accroître les difficultés à titre individuel est considérée comme une agression, qu'il s'agisse de la sélection, qui par définition exclut ce qui ne sont pas sélectionnés, de la valorisation de certaines universités, qui par définition en dévalorise d'autres, de la prime donnée à certaines matières qui par définition réduisent les moyens d'autres filières. L'intérêt collectif qui s'attache refaire de l'université française une des meilleures du monde, ce dont nous sommes bien loin si l'on s'en tient au classement de Shanghai, ou 3 universités et grandes écoles figurent dans les 100 premières, et, aucune dans les 50 premières, est perdu de vue ou tout au moins nombre d'étudiants craignent, à titre individuel, de faire les frais de cette politique.
Michel Crozier rappelle à juste titre que les systèmes d'éducation d'une société reflète le système social de cette société.
13:46 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : universités, pécresse, étudiants
18.11.2007
L’écologie politique doit être un vecteur de morale politique
Le Figaro - 17/11/07
Tribune co-écrite avec Yann Wehrling
«Ce n’est pas parce que les écologistes ont eu le tort d’avoir raison trop tôt qu’ils doivent considérer aujourd’hui leur tâche comme achevée». La tribune de l’ancien ministre, présidente de Cap 21, Corinne Lepage et de l’ancien secrétaire national des Verts, Yann Wehrling.
Après les annonces faites par le président de la République à l’issue du «Grenelle de l’environnement», une question redondante est apparue : à quoi servent désormais les écologistes ? En effet, dès lors que de nombreuses mesures proposées depuis des années par les mouvements politiques écologistes et par les associations sont retenues par le gouvernement, et qu’en définitive ces choix ont été faits apparemment sans que l’écologie politique n’y ait participé, on peut s’interroger sur l’utilité de mouvements écologistes sur le plan politique.
13:45 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : écologie politique
14.11.2007
Le prix de l'essence à la pompe
Vraies questions et fausses réponses
Le prix à la pompe s'envole et chacun d'entre nous se retrouve en quelque sorte piégé, puisqu'il n’y a aujourd'hui, pour beaucoup de nos concitoyens et en particulier ceux qui ont été contraints de choisir d'habiter une banlieue éloignée, sans transports collectifs à proximité, aucune solution alternative à celle de la voiture individuelle.
Le débat autour du prix de l'essence et de la part de TIPP est en réalité un faux débat, qui constitue un leurre pour éviter le vrai débat : celui de l'affectation de la rente pétrolière qu'elle soit publique ou privée.
Le débat sur le prix de l'essence est en fait un faux débat dans la mesure où il ne peut que monter. Tout d’abord, du fait du marché. En effet, la distorsion croissante entre l'offre et la demande d'hydrocarbures ne peut que conduire à une hausse permanente du prix. Le très récent rapport de l’AIE prévoit que la demande mondiale, tirée par la croissance chinoise et indienne, devrait progresser de 55% d'ici à 2030. Pour tenir, il faudrait consentir des investissements de l'ordre de 22.000 milliards de dollars, pour améliorer les capacités de production et l'efficacité énergétique, dont dont 5 milliards pour le pétrole, alors que jusqu’en 2006, aucun investissement lourd n’a été réalisé. Avec une conséquences évidente: le nombre de barils/jour nécessaire pour alimenter cette soif énergétique devrait atteindre 116 millions dans un quart de siècle, contre 84 millions de barils jour en 2006. Au mieux, pourrait on éviter une réduction de la production globale à la condition qu'aucun des huit pays dont la production pourrait encore croître (contre 15 qui ont atteint le pic) n’atteigne lui même son pic dans l'immédiat. Certains estiment que le pic a été atteint fin 2005 ou qu’il le sera cette année. Quoiqu'il en soit, dans ces conditions, le prix ne peut que monter jusqu'à ce qu'un substitut au pétrole soit trouvé.
Mais il n’y a pas que le marché. La question du climat oblige à intégrer les coûts externes tout d' abord pour réduire les quantités produites de CO2, c'est la taxe carbone, puis pour encourager l’évitement des émissions de CO2 en finançant les technologies favorables à l'environnement .Il peut donc y avoir taxation différenciée du carbone et de la consommation énergétique .Certains pays ont choisi l'énergie comme l'Autriche ou les Pays-Bas d'autres le CO2 comme le Danemark et l'Allemagne ,d'autres encore les deux comme la Finlande. De toute façon, taxation énergétique ou taxation du CO2 l'une et l'autre s'appliquent évidemment au pétrole. Ces taxes s'ajoutant au prix du marché, le prix global supporté par le consommateur ne peut que s'élever. Le centre international d'évaluation technologique a calculé le coût réel de l'essence incorporant les remises faites à l’industrie pétrolière, les coûts liés à la protection des approvisionnements, les subventions à l'industrie pétrolière et les coûts médicaux du traitement des maladies respiratoires liés aux gaz d'échappement. Le montant total de ces coûts indirects s'élève à 2,35 $ le litre ce qui ajouté au prix moyen du litre d'essence aux États-Unis en 2005 soit 53 cents met le prix du litre d'essence à 2,88 $ .
Dès lors, la question n'est pas tant celle du prix de l'essence que de l'affectation de la rente pétrolière.
Tout d'abord, s'agissant des bénéfices des sociétés pétrolières,entre 2002 et 2006, elles ont vu leur bénéfice global augmenter de 384 % et leur profit au de 92 milliards de dollars ou 317 % . Les taux de rendement versés aux actionnaires par les cinq plus grandes compagnies pétrolières mondiales, sont compris entre 20 et 30 % l'an durant cette période avec un taux de rendement extravagant de 34 et 35 % pour Exxon . En 2005, les egrandes pétrolières mondiales ont versé à leurs actionnaires 327 milliards de dollars sous forme de dividendes et de rachat d'actions. Cette somme aurait permis de construire, en Amérique du Nord ,109 raffineries ou encore de réaliser des investissements massifs dans les énergies renouvelables. 63 % des profits nets ont donc été versés aux actionnaires ,188 milliards sous forme de dividendes et 139 milliards sous forme de rachat d'actions. Gazprom a annoncé qu'il avait doublé son bénéfice net sur les neuf premiers mois l'année 2006 pour les porter à 13,43 milliards d'euros soit une augmentation de 96,72 % et pour 2006 Total a annoncé un bénéfice record de plus de 12,6 milliards d'euros et un chiffre d’affaires de 153,80mds de dollars. Il est bien évident que cette rente pétrolière, qui n’est en rien justifiée par les investissements réalisés, bien au contraire, doit donner lieu à une imposition spécifique et des obligations permettant précisément de financer les investissements de sortie du pétrole.
S'agissant des Etats, il est inadmissible qu'il continue à financer les hydrocarbures. Or, entre 1995 et 2001, dans l'Europe des 15, les subventions attribuées aux secteurs énergétiques ont représenté 125 milliards d'euros. En 2001,21 milliards ont été versés pour les ressources fossiles. Aux États-Unis l'industrie pétrolière et gazière a touché 26 milliards de dollars au cours des 10 dernières années. Et, si la France a arrêté de subventionner le charbon, elle continue à subventionner le pétrole à hauteur de 15 % du budget de la recherche énergétique. Il est inadmissible compte tenu des bénéfices des sociétés pétrolières que le contribuable continue à leur verser un centime. Ces sommes devraient être évidemment être investies dans les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique qui crée des effets immédiats pour le consommateur.
Par ailleurs, ce qui est choquant ce n'est pas que le prélèvement sur l'essence augmente, car cela est conforme à notre intérêt collectif de voir réduire les émissions de CO2 ; ce qui est inadmissible c’est que ces sommes ne servent pas à financer pour les particuliers à court et à moyen terme les solutions alternatives, mais qu'elles servent alimenter le budget général de l'État . .C’est là précisément que le consommateur citoyen est lésé, dans la mesure où l'effort qu'il consent ne sert en rien résoudre son problème. Des prêts à taux zéro pour acheter des voitures économes, en particulier hybrides, pour améliorer tous les modes de transport doux, pour réduire la facture de chauffage sont des solutions de court terme. Le financement des transports collectifs, des centrales de mobilité, la reconnaissance progressive d'un droit au transport alternatif, contrepartie de la délivrance du permis de construire devrait permettre dans les années qui viennent au consommateur est de ne plus être l'otage du prix l'essence mais sa véritable consommateur citoyen c'est-à-dire un acteur capable de faire des choix parce que le choix existe.
12:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : pétrole, énergie
06.11.2007
Jean-Louis BORLOO, Ministre d’Etat, Ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables, confie à Corinne LEPAGE une mission sur la gouvernance écologique
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Jean-Louis BORLOO, Ministre d’Etat, Ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables, confie à Corinne LEPAGE une mission sur la gouvernance écologique
Jean-Louis BORLOO, remettra à Corinne LEPAGE, ancien ministre de l’Environnement, présidente de Cap21, une lettre de mission sur la gouvernance écologique dans la perspective de la présidence française de
l’Union européenne :
- au 15 janvier 2008 : traduction juridique des orientations décidées par le Grenelle concernant l’information, l’expertise, la responsabilité et l’accès à la justice (propositions sur la transcription de la directive communautaire de la responsabilité environnementale),
- au 30 mars 2008 : propositions pour la présidence française et sur l’amélioration des conditions de participation des citoyens aux prises de décisions au niveau local, régional et national.
mercredi 7 novembre 2007 à 15h30
Ministère de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables
246 boulevard Saint-Germain
75007 Paris
16:40 Publié dans MON AGENDA | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : Corinne Lepage, gouvernance écologique, présidence française
05.11.2007
Les Marins pêcheurs
La tragédie des marins pêcheurs préfigure-t-elle notre propre tragédie collective ?
La détresse les marins-pêcheurs bretons est à la fois émouvante car ils ne réclament que de vivre et annonciatrice notre problématique économique actuelle.
On doit parler en réalité de double tragédie ?
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Les marins-pêcheurs sont les premières victimes d'une hausse du fioul qu'ils ne peuvent répercuter, en l'état actuel, dans les prix du poisson à la fois parce qu'elle est trop importante et par ce que le poisson pêché en mer est en concurrence directe avec le poisson d'élevage beaucoup moins cher, à la fois du fait de sa production industrielle et de l'absence de coût de transport.
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Les marins-pêcheurs sont également les premières victimes de la perte de biodiversité qui affecte la faune marine, conséquence à la fois de la surpêche à laquelle les mêmes martins-pêcheurs ne sont pas étrangers et la pollution extrême des mers contre laquelle ils constituent le seul rempart de nature économique.
Il s'agit donc bien d'une double tragédie qui affecte les martins-pêcheurs mais qui traduit la tragédie que vit le milieu marin avec la portée à la fois symbolique et physique qui s'attache à la disparition du poisson dont il convient de rappeler qu'il est à l'origine de la vie.
Le lien entre ces deux causes est évident car il traduit le rapport de notre société aux ressources naturelles et à ceux qui en vivent et qui supporte donc les premières conséquences économiques de la transformation à laquelle nous sommes confrontées. La situation des agriculteurs qui bénéficient aujourd'hui de hausse massive du cours des matières premières agricoles pourrait se révéler à l'avenir délicate pour des raisons très proches : hausse du coût de la production liée à l'envolée des prix du pétrole, appauvrissement des sols lié à l'intensification et à l'usage massif de pesticides ainsi qu'une menace sur l'alimentation en eau.
Plus largement, c'est toute l’organisation économique qui est aujourd'hui mise en cause à la fois du fait de sa dépendance au pétrole, du gaspillage massif de matières premières et de son court -termisme qui a empêché que ne soit mise en place des politiques de moyen et long terme évitant que ne soit sciée la branche sur laquelle système était assis.
Il est donc évident que nous sommes aujourd'hui en face de l'obligation de nous attaquer non pas aux effets de la situation, en accordant quelques subsides aux professionnels pour compenser une hausse du coût du fioul qui ne va cesser de continuer, mais aux causes c’est- dire à la fois, à l’inversion des raretés, à la nécessité de protéger et de réduire l'utilisation des ressources, et à l'évolution des professions vers une reconversion écologique.
Cela conduit tout d'abord à avoir une réflexion beaucoup plus large sur les coûts et les avantages collectifs d'une activité économique. Les marins-pêcheurs sont les gardiens de la mer dans la mesure où ils mènent une activité économique qui suppose le maintien de la qualité et de la quantité de poissons et donc la réduction massive des pollutions urbaines et industrielles. Ils ont été des acteurs majeurs de la lutte contre les pollutions de la Baie de Seine ou de la Méditerranée, des actions menées contre les marées noires et le sort des marins-pêcheurs de l'étang de Berre est à lui seul un symbole. Cette dimension devrait être prise en compte dans l'évolution que subit cette profession. Certes, la surpêche a conduit à une diminution des espèces telles que la reproduction n'est plus assurée et, la pêche de demain aléatoire. Mais, la dimension de protection des milieux qui est attachée aux métiers de la mer n'a jamais été prise en compte et elle devrait l'être.
Le coût du transport c'est-à-dire l'internalisation du coût du fioul dans le prix poisson est aujourd'hui posé. La pêche côtière ayant été réduite à sa plus simple expression, l'obligation dans laquelle se trouvent les bateaux d'aller pêcher toujours plus loin renchérit bien entendu le coût. C'est donc au renouvellement de la ressource qu’il faut s'attaquer, sans faire porter sur la profession de la pêche la totalité du surcoût lié à l'éloignement. De plus, la substitution d'un carburant qui pourrait être au moins pour partie des huiles végétales brutes détaxées pourrait contribuer à alléger au moins à court terme la facture. Mais, de manière plus générale, c'est la question du prix du poisson sauvage qui est posé, poisson sauvage devenu une ressource rare donc chère mais dont le prix ne reflète pas la vérité écologique, seule vérité qui serait à même de permettre, dans un système de marché, la meilleure allocation des ressources.
Ce sont donc bien les bases du développement économique, les modalités de calcul des prix en raison de l'obligation désormais d'internaliser les coûts externes et de répondre à la montée d’une pénurie, voire dans certains cas, d'une disparition des ressources, qui sont en cause.
La reconversion écologique, d'une ampleur sans comparaison avec celle que ce nous avons connu lors de la reconversion des années 70, devient le nouveau sujet.
Dans un livre à paraître cette semaine, intitulé le plan B, Lester Brown pose un plan mondial de 161 milliards de dollars par an, pour répondre aux objectifs sociaux et environnementaux de base, 68 milliards de dollars pour les premiers 93 pour les seconds dont 31 milliards de dollars pour protéger la biodiversité. Après l'Effondrement de Jared Diamond qui décrit comment les sociétés ont décidé de leur disparition ou de leur survie et l’ éco-économie du même Lester Brown, qui décrit ce que pourrait être une croissance durable, ouvrage paru en 2003, cet ouvrage est en réalité plein d’espoir. Dans une interview publiée dans le monde 2 de cette semaine, Lester Brown affirme : « au-delà de l'impact qu’a déjà le prix du pétrole sur le développement des énergies renouvelables, le monde est en train de se transformer en profondeur. Ce que je crois c'est que si nous arrivons inverser le cours des choses et je suis sûr que nous y arriverons nous allons vivre dans un très différent de celui que nous connaissons. Depuis des lustres, les sources énergie se sont mondialisées, délocalisant nos vies. Avec les énergies renouvelables, les sources vont se relocaliser, et la relocalisation de l'énergie ou entraînera celle de la production alimentaire ».
08:35 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : pêche, pétrole, mer, transport






