31.12.2007
Quels vœux pour 2008 ?
Au-delà des vœux individuels, de santé, de joies, de succès et de chaleur que je me permets de formuler à l’intention de chacun de nos auditeurs, je souhaiterai formuler des vœux collectifs à deux niveaux, qui du reste se rejoignent.
Le premier est celui du sens des responsabilités.
Face aux périls qui nous menacent , qu’il s’agisse de la violence à commencer celle du terrorisme islamiste, ou celui du risque de disparition de notre espèce, du fait du changement climatique et des risques sanitaires, il est plus que temps que le cynisme ambiant, l’égoïsme à courte vue et un prétendu sens de l’intérêt, s’effacent devant le sens des responsabilité, l’esprit de solidarité et la capacité à comprendre que la hiérarchie des priorités a changé et que sans approche globale des problèmes, nous ne pouvons que marquer contre notre propre camp.
Le second est davantage hexagonal.
Rêvons que 10 millions de Français écoutent France Culture et seulement 1 million regardent TF1 ! Notre pays en serait évidemment transformé. En effet, ce qui fait notre richesse collective, notre génie national, c’est-à-dire une forme d’esprit critique et d’idéalisme universaliste est en voie de disparition, sous l’effet conjugué du fameux « panem et circenses » remis à la sauce du barnum médiatique contemporain, qui sait si bien décerveler et faire consommer n’importe quoi, qu’il s’agisse de produits commerciaux ou politiques.
· Les jeux, tout d’abord, qui servent également à masquer le prix croissant du pain, sont devenus le « divertissement » permanent, entre téléréalité, peopolisation, et faits divers, tous destinés à nous écarter de toute réflexion critique, toute capacité de synthèse. L’infantilisation du consommateur-citoyen passe précisément par cette télévision qui favorise la facilité, la simplicité qui devient du simplisme lorsqu’il s‘agit de faire le point d’un sujet compliqué en 1minute 30, et la rapidité. Tout, tout de suite et facilement ! Le désir de l’enfant ! L’antithèse du réel ! Si seulement, les médias étaient utilisés pour développer l’esprit critique, former et non souvent désinformer, aider nos concitoyens à prendre la mesure et la compréhension du monde dans lequel ils vivent. Alors, nous oublierions une relative passivité qui conduisait le Général de Gaulle à nous comparer à des veaux, en espérant que la situation ne s’est pas encore dégradée depuis la fin des années 60
· Le pain, ou encore ce qui devrait être les conditions de vie, et qui souffre d’une double dérive, dans la mesure précisément où des caisses vides d’une part, une misère croissante et visible d’autre part font douter de la capacité de l’Etat à garantir le pain. Première dérive qui, pour cacher la croissance des inégalités économiques et sociales, entretient, grâce à la publicité, des désirs qui conduisent immanquablement à la frustration, au surendettement et à la désespérance chère à notre très médiatique président. Seconde dérive qui confond consommation et bien-être, plus et mieux et poursuit le mythe d’une croissance reposant sur des ressources infinies incompatibles avec les limites physiques de la planète.
Comment aider nos concitoyens à ne plus se laisser ainsi manipuler, à pouvoir réfléchir, à se faire un devoir de s’informer et à développer leur esprit critique ? Le succès de cet objectif permettrait une transformation en profondeur notre pays. La société de la connaissance, à laquelle nous aspirons et qui nécessite un esprit en éveil et inventif, pourrait devenir une réalité. Nos enfants et adolescents, qui passent des heures devant des émissions qui cultivent la violence, l’abêtissement et l’égoïsme, apprendraient, découvriraient le monde et ses réalités, partageraient d’autres valeurs que celles de l’argent qui achète tout et de la force virile qui l’emporte toujours. Notre Education Nationale cesserait alors peut-être d’être à la traîne. La presse écrite, qui joue un rôle essentiel dans la formation de l’opinion, retrouverait sans doute des lecteurs, avides de se faire une opinion et de ne pas être passifs devant les événements. Nos institutions ne pourraient plus tabler sur des citoyens vélléitaires, acceptant la disparition de tout contre-pouvoir et qui exigeraient une participation et une concertation qui ne soit pas de façade. Nous nous réapproprierions alors nos valeurs, sans bien sûr oublier les efforts de réforme que nous avons à faire, mais sans pour autant perdre notre âme, en confondant l’imitation des autres, pas du reste dans ce qu’ils ont de meilleur, et l’adaptation de notre propre modèle.
Comment y parvenir ? Comment sortir de la relative impuissance de tous ceux qui partagent l’analyse qui précède, mais qui, du fait de leur atomisation, ne peuvent agir ? D’abord, en exerçant pleinement leur droit d’expression en manifestant massivement auprès des antennes leur opinion et en le faisant savoir. En cherchant à rétablir le contact avec les journalistes, qui ont besoin de nous comme nous avons besoin d’eux. Ils sont victimes, pour l’immense majorité d’entre eux, du système et la liberté d’informer doit être défendue par les citoyens eux même, car c’est de leur propre liberté qu’il s’agit. L’affaire Dasquié constitue à cet égard un précédent redoutable. En faisant donc des questions d’information, de d’indépendance des médias, du pouvoir financier comme du pouvoir politique, du respect du pluralisme, de la déontologie de la publicité, une question centrale du débat politique. Alors pourrons nous reconquérir notre liberté de pensée qui ne peut s’exercer que pour autant qu’elle s’appuie sur des données sûres.
N’oublions jamais que la démocratie ne s’use que si on ne s’en sert pas !
Chronique France-Culture du 31 décembre 2007
09:00 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : Corinne Lepage, voeux
24.12.2007
Corinne Lepage: l'homélie de Nicolas Sarkozy
La véritable homélie prononcée par le président Sarkozy comme chanoine d’honneur de Saint jean de Latran quelques jours avant Noël met au centre de l’actualité le débat sur les racines chrétiennes de la France, fille aînée de l’Eglise en l’ opposant à sa tradition laïque. Le sujet n’est déjà pas mince, mais la portée des propos du président est infiniment plus grande surtout si ils sont rapprochés de son ouvrage, La République, les religions et l’espérance qui l’a inspiré dans ce discours puisqu’il s’y réfère.
Sans doute, on ne peut qu’abonder dans le sens du Président quand il considère que le vide spirituel contemporain dans les sociétés occidentales conduit à une forme de désespérance et lorsqu’il souligne la valeur exemplaire de la vie de ceux qui ont choisi de se consacrer aux autres, voire comme les moines de Thibérine de sacrifier leur vie. Cependant, dans la société de l’image et de la communication, on ne peut que s’interroger sur le choc de ces mots par rapport au poids des photos de la vie privée du président ou même à ses slogans de campagne.
Mais, l’essentiel n’est pas là. Il est dans la remise en cause implicite de la loi de 1905 et dans la défense d’une laïcité dite « positive » qui rappelle fâcheusement la laïcité ouverte revendiquée notamment par les islamistes.
Revenons au contenu de la loi de 1905, son histoire et l’équilibre auquel elle a abouti. C’est la Révolution française et plus précisément la Déclaration des Droits de l’Homme qui constituent la première étape de laïcisation de la société en reconnaissant des droits inhérents au citoyen, indépendamment de toute intervention divine et a fortiori religieuse. Le vote de la loi, aboutira à deux encycliques condamnant les lois de séparation « Vehementer nos » en 1906 et « une fois encore en 1907 ».
La neutralité de l’Etat à l’égard des religions est la condition du respect du pluralisme et du droit de chacun , dans la sphère privée, de croire ce qu’il veut , d’en déduire la pratique religieuse qu’il souhaite, y compris de ne pas croire. Liberté de conscience et libre exercice des cultes sont les piliers du système de la laïcité à la française, qui, bien loin d’empêcher la pratique religieuse, la reconnaît, mais refuse d’en privilégier aucune.. Cette égalité fondamentale de tous les citoyens exclut toute prise en considération de l’appartenance religieuse dans la vie civile et tout financement de culte quel qu’il soit.
Or, il naît des propos du Président une inquiétude , au-delà d’une rupture avec la tradition républicaine laïque. On concevrait mal que la religion catholique soit privilégiée par rapport aux autres et qu’étendre à toutes les confessions les remises en cause implicites de la loi de 1905 incluses dans le discours de Latran serait une menace pour la République. Par exemple, en critiquant le refus de reconnaître le caractère cultuel à l’action caritative, le président ouvre une boite de Pandore si l’on songe aux associations caritatives qui ne sont que les faux nez d’associations fondamentalistes. Soutenir les religieux chrétiens, sous cette banière particulière, à aller dans les universités, les banlieues, les institutions c’est encourager les autres confessions à en faire de même, avec les conséquences qui s’y attachent en terme de communautarisation et donc d’exacerbation des passions. Or, pour reprendre l’expression de M.Tribalat et J-H Kaltenbach, il serait préférable « de laïciser et républicaniser l’islam » Dés lors, la laïcité doit au contraire être utilisée pour soutenir les forces laïques musulmanes et tous ceux et celles, femmes en tête, pour qui la laïcité est précisément le moyen d‘émancipation sur lequel elles peuvent s’appuyer. La proposition présidentielle risque de conduire à une situation contraire.
Mais le plus sérieux est probablement compris dans la formule : » assumer les racines chrétiennes de la France et même les valoriser et défendre la laïcité ». Certes, la France a besoin d’assumer son histoire et de se relier à ses racines y compris chrétiennes, mais autres à commencer par les Lumières. Faut-il pour autant valoriser les racines chrétiennes et seulement défendre la laïcité ? Cette affirmation repose sur une opposition entre croyant et non croyant très contestable et repose sur une conception de la laïcité a minima. Ne pas être croyant ne signifie en aucune manière ne pas vouer sa vie aux autres, ne pas avoir d’idéal ou valoriser le matérialisme. La césure se fait entre générosité et égoïsme, respect et mépris de l’autre, solidarité et cynisme, pas entre croyants et non croyants. De même, les propos du Président selon lesquels « un homme qui croit est un homme qui espère » et serait donc « moins exposé aux contingences historiques et finalement à la facilité « sonnent de manière bien curieuse lorsqu’ils sont généralisés et appliqués aux kamikazes qui précisément croient et espèrent.
Quant à la laïcité positive, elle rejoint la revendication qui est celle de certains islamistes d’une laïcité dite ouverte. « Si Fouad Alaoui dénonce deux intégrismes ,l’intégrisme laïque et l’intégrisme musulman, je ne peux ni ne veux lui donner tort » écrivait le Président Sarkozy. Cette formule pour le moins contestable- car à supposer qu’il y ait un intégrisme laïque, il n’est évidemment pas de même nature que l’intégrisme musulman qui va jusqu’à tuer - est d’autant plus lourde de sens qu’elle fait un distingo subtil entre intégrisme et fondamentalisme , seul le second étant inacceptable. Or, la laïcité, conçue comme une règle de tolérance et de respect des croyances dans la sphère privée, de rigueur républicaine dans la sphère publique est probablement le seul outil positif dont nous disposons aujourd’hui pour progresser dans la voie de l’égalité , de la lutte contre l’intégrisme et dans la paix sociale. Remettre en cause la laïcité en en faisant un concept souple, destiné à épouser certaines demandes contemporaines émanant de différents cultes risque de nous conduire à une société communautariste , encore plus violente et dont le ciment commun issu précisément de notre histoire aura disparu.
11:29 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Corinne Lepage, laïcité
17.12.2007
Non-assistance à humanité en danger
Le blocage de George Bush sur le sujet du climat, contraire à la position de la Cour Suprême, mais qui trouve bien évidemment sa source dans la volonté de certaines sociétés pétrolières est un point central. Rappelons qu'Exxon a financé depuis des années le lobby de « la machine à nier », instrumentalisant des centaines de centres de recherche et d'association plus ou moins bidons dont l'objectif était identique : faire du changement climatique une hypothèse et non un fait. La proposition d'Al Gore de conclure un accord en laissant de côté les États-Unis avec comme objectif probable de stigmatiser cette attitude inadmissible mais ne permettait pas de faire réellement avancer la position internationale. En effet, les États-Unis ne sont pas seuls, malheureusement. Le Canada et l'Australie soutiennent une position très proche, pour des raisons d'intérêt économique immédiat cependant que les pays pétroliers et leurs alliés traditionnels ont toujours pris la position la plus favorable à l'or noir. Or, si l'on se place au niveau des résultats concrets, un accord a certes été trouvé mais sur la base de la position la plus faible c'est-à-dire celle qui ne contient aucun engagement précis. Lorsqu'on en est en effet à refuser de faire figurer les conclusions du GIEC autrement qu'en note de bas de page, pour être certain qu'aucun engagement concernant une réduction de 30 % des émissions de gaz à effet de serre en 2020 pour les pays industrialisés et de 50 % pour le monde entier en 2050 ne soient pris, il est clair que l'on est en présence d'un déni de réalité voire d'un cynisme poussé à l'extrême qui conduit a accepter, de mettre en péril ses propres enfants pour être certain de pouvoir soi-même accroître encore son propre confort.
Ce comportement est la négation même du politique dont la fonction , si elle existe, consiste précisément à organiser la vie de la cité pour lui permettre la pérennité. Cela signifie que la politique, au niveau international n'a strictement plus aucun sens, en ce qui concerne au moins un des périls majeurs qui menacent l'humanité. Cela signifie que les représentants des terriens, élus ou autoproclamés pour certains, font des choix qui s'inscrivent délibérément à l'encontre des intérêts premiers des populations qu'ils sont censés représentés. Cela signifie par conséquent que la représentation actuelle de la société internationale ne peut plus prétendre représenter les intérêts des femmes et des hommes présents et à venir, mais s'est soumise à d'autres maîtres du monde dont on se pose parfois la question de savoir s'ils ont encore conscience d'être des humains.
Dès lors c'est bien la question de la gouvernance mondiale lorsqu'il s'agit de questions planétaires qui intéressent tous les humains comme la question climatique qui est en cause. La faiblesse du conseil de sécurité de l'ONU est difficilement supportable lorsqu'il s'agit de guerre et de massacres impliquant des milliers, voire des centaines de milliers de personnes. Mais, elle ne l'est plus du tout lorsqu'il s'agit de la survie de l'humanité dans son ensemble. Cela signifie donc que c'est à la société civile de prendre son destin en main puisque ses responsables politiques ne sont pas capables de le faire pour elle.. Ce sont aux milliers d'associations de défense de l'environnement, de développement, de consommateurs, voire aux syndicats professionnels et au monde économique et financier dans la partie qui est demanderesse à une véritable révolution pour permettre la réorientation de l'économie, de s'organiser pour imposer le changement qui nous est refusé. Nous avons l'ardente obligation de refuser l'attitude suicidaire que quelques dirigeants ont décidé d'adopter. A la non assistance à humanité en danger, nous devons répondre par la mobilisation de toutes les consciences et les volontés humaines
13:43 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : kyoto, bali, climat, réchauffement climatique, corinne lepage
10.12.2007
Le contre-pouvoir financier
Parmi les dispositions les moins connues par nos concitoyens de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen figurent probablement l'article 14 aux termes duquel « tous les citoyens ont droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique ,de la consentir librement, d'en suivre l'emploi et d'en déterminer la quotité, l’ assiette ,le recouvrement et la durée « et l'article 15 qui rappelle que « la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration ». En effet, ces dispositions qui auraient pu établir le fondement d'un véritable contre-pouvoir de nature financière, au regard de l'étendue du pouvoir exécutif sont en réalité, dans notre système constitutionnel, bien loin d'avoir abouti un réel contre-pouvoir.
Sans doute, l'impôt est-il voté par le Parlement, ce qui est essentiel mais, le Parlement contrôle en réalité bien peu l'usage réel des fonds et, si la cour des comptes est, en application de l'article L. 111 -1 du code des juridictions financières est le juge des comptes des comptables publics, elle ne se préoccupe pas sauf exception des ordonnateurs, c'est-à-dire de ceux qui décident des dépenses. De surcroît, la réduction en 2001 du pouvoir des chambres régionales des comptes en terme de contrôle de gestion des collectivités territoriales a supprimé la seule réelle ouverture qui existait sur le contrôle des choix publics au niveau local.
Ce jugement sévère doit probablement être nuancé
-
-d'une part en raison de la nouvelle procédure parlementaire qui commence à permettre de rapprocher les moyens des objectifs pour un certain nombre de grandes politiques,
-
d'autre part du fait de la mise en place d'un audit financier de l'État,
-
enfin d’ une politique très volontariste manifestée par le Premier Président de la cour des comptes en ce qui concerne la nature des sujets abordés et les suites à donner aux remarques effectuées.
Il n'en demeure pas moins que nous restons loin d'un véritable contre-pouvoir financier, qu’il soit judiciaire ou politique.
Judiciaire tout d’abord. Il conviendrait que la Cour des Comptes voit ses compétences étendues de manière à ce que puissent être sanctionnés les choix déraisonnables et les politiques inefficaces qui constituent autant d’exemples de dilapidation des fonds publics. C'est la raison pour laquelle, dans le cadre d'une véritable réforme constitutionnelle qui accepterait de poser la question du pouvoir judiciaire, celui-ci devrait pleinement intégrer la juridiction financière, rapprochant en particulier le statut des magistrats des juridictions financières et le système de nomination de déroulement de carrière et de procédures disciplinaires sur celui des autres magistrats. Mais les ordonnateurs locaux et nationaux sont en réalité à l’abri de toute sanction réelle , en particulier du fait de la disparition de l’inéligibilité des comptables de fait qui représentait la seule mesure dissuasive au niveau local.
Politique en suite. La cour des comptes, dans ses formations administratives, devrait pouvoir être questionnée et mandatée par le Parlement et le conseil économique et social rénové c'est-à-dire devenu enfin le lieu de représentation de la société civile. Ainsi, le contrôle technique exercé sur l'exécutif pourrait-il être un considérablement renforcé et un suivi réel des observations de la Cour des Comptes pourrait-il être assuré. De plus, nous sommes dans la nécessité de disposer de nouveaux outils de pilotage et en particulier d'une comptabilité patrimoniale de l’État. Si nous souhaitons, comme en Grande-Bretagne, aller vers un indice de bien-être économique qui permettrait de relativiser l'utilisation du PNB, il est indispensable en effet de prendre en compte de nouveaux critères. La Cour des Comptes comme du reste feu le Commissariat au plan devrait pouvoir y être associé.
Mais l'essentiel est plutôt dans véritable politique d'évaluation de nos choix publics.. Nous avons besoin d'étude d'impact financière comme et nous avons besoin d'étude d'impact environnemental. Le temps est révolu où le seul dogme politique pouvait justifier l'utilisation de fonds publics, sans une évaluation précise des coûts et avantages économiques à court et à long terme des investissements publics qu’ils concernent la politique nationale ou la politique internationale de la France Or, nous en sommes loin.
Quelle évaluation économique et financière a –t-elle été faite pour justifier la construction de l’EPR à Flamanville ou de ITER à Cadarache et comment ces choix sont-ils justifiés par rapport à des utilisations alternatives de nos fonds publics, en particulier dans le secteur des énergies renouvelables ? Quelle évaluation financière de la décision prise de financer très largement l'acquisition par le Maroc d’un TGV ? Lorsque la France accepte, par différents canaux, de préfinancer ou de financer la vente de nos produits, quelle évaluation est-elle faite et quel rôle le Parlement joue-t-il dans cette décision ?
Un tel sujet paraîtra peut-être importun dans la mesure où il touche au domaine réservé du Président de la République en matière de politique extérieure de la France. Mais dans la mesure- et la venue à Paris du président Kadhafi en est un symbole particulièrement choquant- la France se montre capable de jeter par-dessus bord les valeurs universalistes que nous prétendons porter par ailleurs, voire de passer par pertes et profits la mémoire des victimes françaises du terrorisme, et ce, en considérant que l'économique pour l'emporter sur tous, ce qui est pour beaucoup très contestable,y- le minimum est que notre intérêt économique et d'emplois et pas seulement à très court terme soit assuré et donc mesuré, surtout lorsqu’il implique des investissements publics. Il est douteux qu'il en soit ainsi.
C'est la raison pour laquelle il serait plus que jamais nécessaire que les dispositions de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, dans leur plénitude, entre dans le domaine de la réalité et non dans celui de la virtualité.
14:20 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
03.12.2007
Corinne Lepage: la révolution n’est ni à gauche, ni à droite, elle est devant nous et nous la ferons ensemble
13:37 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Corinne Lepage, Cap21, Modem
La liberté de la presse
Je pensais parler de Bali mais, après avoir lu l'ouvrage de notre invité de ce matin, Mohammed Benchicou, j'ai changé d’avis pour rendre tout d’abord, très modestement hommage à tous ceux qui aujourd'hui dans le monde essayent de crier la vérité, au risque de leur liberté et pour certains de leur vie. On aurait pu penser que la mondialisation et la civilisation de l'information auraient pour corollaire une véritable liberté de presse dans le monde, l'ouverture des frontières virtuelles et géographiques aurait pour contrepartie l'impossibilité de faire taire les journalistes ,les organes de presse et plus généralement tous ceux qui défendent les droits de l'homme et la démocratie. Malheureusement, il n'en est rien et même si comme le répétait Nelson Mandela « on ne peut rien contre la volonté d'un homme », la mort est le prix payé par certains journalistes, la privation de liberté par d’autres.
Les nouveaux réseaux qui se créent entre intégristes et économie noire ou grise, dénoncés par Mohamed Benchicou,, entre corruption et réseaux mafieux qui empruntent souvent les mêmes circuits financiers doivent pour prospérer bénéficier de l’opacité et du silence. Dès lors, les pressions qu'elles émanent de dictateurs et de tortionnaires, de corrupteurs ou de corrompus, de groupes armés ou de mouvements intégristes de tous genres , ont toutes le même objectif : que leurs exactions restent méconnues du plus grand nombre faute de quoi la pression internationale, à défaut de pression nationale peut toujours se faire entendre. Ainsi, la semaine dernière, par exemple, une pétition d’internationale a circulé pour défendre une femme violée condamnée par un tribunal d’Arabie Saoudite, de même que des pétitions circulent régulièrement pour soutenir des femmes iraniennes ou des prisonniers politiques. Bien sûr, dans nos pays, nous semblons heureusement loin de ces préoccupations.
Mais, la faiblesse du droit à l'information en France, par rapport à la loi américaine ou anglaise, l'absence d'un accès très large aux informations et données publiques, qui permet par exemple dans les pays du nord de l'Europe d'accéder aux dépenses réalisées par tel ou tel ministre pour savoir s'ils ressortissent bien d'un intérêt général, nous éloigne dangereusement de la liberté d'information qui régne dans d'autres démocraties. De plus, la précarité de la situation de nombreux journalistes, le mauvais état de la presse écrite, la révérence à l'égard du pouvoir en place de certains médias les liens de dépendance capitalistique sans parler de la dépendance à l’égard des annonceurs ,rendent pour partie virtuelle l'information. La suppression d’émissions comme arrêt sur image, le départ de journalistes d'investigation, la tenue en main des rédactions de certaines grandes chaînes de télévision sont autant de facteurs qui font réellement douter de l'indépendance de l'information.
C’est pour cela que nous avons aussi des combats à mener pour assurer la liberté de la presse et surtout celle des journalistes. Nous ne mesurons pas à la fois la chance que nous avons par rapport à des pays où la presse est muselée et la limite de cette chance dans la mesure où la culture du fait divers qui éloigne les vrais problèmes, une certaine désinformation qui évite d'aborder le sujet qui fâche ou présente une vision très déformée de la réalité, règnent dans une partie de la presse française. Nous devons revenir au pluralisme et à l’indépendance de la presse, dans la forme proposée par le conseil national de la résistance, c'est-à-dire une indépendance par rapport au pouvoir politique comme au pouvoir financier.
Faute d'y parvenir, nous sommes constamment menacés d'être bien davantage des consommateurs y compris de la presse plus tôt que comme des citoyens.
Benjamins Barber, professeur de sciences politiques à l'université du Maryland , dans un ouvrage intitulé « comment le capitalisme nous infantilise », souligne la nécessité d'une souveraineté démocratique pour nous permettre d'exercer notre métier du citoyen. Or, ce métier ne peut être exercé qu'à partir de l'information et de la connaissance. L'abê la de la tissement comme la désinformation participent de l'hyper consumérisme qui cache au consommateur la réalité de sa situation de citoyens. Pour cette raison, plus que jamais, la confiance dans l'information qui ne peut venir que de la légitimité et du sérieux de celui qui la donne, est la condition de l'adaptation de nos démocraties aux défis contemporains. Dès lors, il est de l'intérêt des citoyens comme de celui des journalistes de retrouver cette confiance perdue entre les uns et les autres en déterminant de nouveaux types de rapports qui permettent de construire une alliance commune contre tous ceux dont l'intérêt évident est de flatter le consommateur pour lui éviter la moindre réflexion et permettre ainsi aux affaires de continuer. De même que les régimes totalitaires ne peuvent se maintenir sans le silence, silence qui s'étend même à Internet, si l'on en croit les récents événements de Chine ou du Pakistan, de même, nos démocraties , qui ont compris que le pouvoir politique passe par le pouvoir médiatique tentent d'étouffer l'indépendance de la presse. Dès lors que la communication, voire la publicité, dans le domaine commercial comme dans le domaine politique visent à remplacer l'information et la formation, c'est dans la nouvelle alliance entre journalistes et citoyens que pourra se faire l'adaptation du système démocratique au 21e siècle.
11:54 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : presse, médias





