31.07.2008
Nucléaire: «On veut banaliser les incidents»
Le progrès
Article du jeudi 31 juillet 2008
Nucléaire: «On veut banaliser les incidents»
Pour Corinne Lepage, présidente de Cap21 et vice-présidence du Modem, il y a une politique de sous-évaluation systématique des incidents nucléaires
>> Les incidents nucléaires se multiplient. Qu'en pensez-vous?
Ils révèlent des dysfonctionnements dans nos centrales, mais je ne suis pas sûre qu'ils soient vraiment là où on les cherche. Je suis en effet très intriguée par la forte communication autour de ce que l'ASN (1) classe comme incidents mineurs. Ou ils le sont vraiment, et je m'interroge sur cette nouvelle stratégie de communication car habituellement on ne parle pas des incidents mineurs. Ou bien ce ne sont pas des incidents mineurs et l'ASN doit revoir son classement des dits incidents.
>> Quel intérêt aurait cette stratégie de communication selon vous?
C'est une façon de banaliser la situation et d'habituer les Français à une succession d'incidents dans les centrales.
>> Est-il possible d'avoir une information fiable en matière nucléaire?
En l'état actuel, non. Parce qu'il y a énormément de désinformation et que beaucoup de villes dépendent du nucléaire pour leur développement économique.
Par conséquent, il y a des pressions fortes pour que les choses ne se sachent pas. Nous sommes devant une politique de sous-évaluation systématique des problèmes par l'ASN.
>> Faut-il alors s'inquiéter du parc nucléaire français?
Je ne dis ne suis pas inquiète au point de dire que les centrales françaises ne sont pas sûres. Mais nous sommes en face d'un parc vieillissant, qui recourt de façon de plus en plus importante à la sous-traitance. Cela a pour conséquence une moindre qualification et une culture moindre de la sécurité de la part des sous-traitants. Cela a aussi des répercussions sur le suivi de la santé des personnels.
>> En ces temps d'énergie très chère, peut-on s'autoriser une remise en cause du nucléaire?
Je prendrai la question autrement : nous avons un parc nucléaire et nous ne disposons nulle part d'une évaluation globale du coût avantage de la filière nucléaire pour la France. Or sur le plan économique, notamment pour l'agriculture, la filière nucléaire n'est pas sans conséquence. C'est choquant qu'à une époque où l'on évalue toutes les politiques publiques en profondeur, l'un des choix les plus structurants pour le pays ne soit pas évalué. C'est un sujet tabou.
Propos recueillis par Nathalie Mauret
(1) Autorité de sûreté du nucléaire
Fuite d'uranium: «Sortir du nucléaire» porte plainte
Le réseau « Sortir du nucléaire » a annoncé avoir déposé plainte contre X auprès du procureur de la République de Carpentras après la fuite d'uranium début juillet à l'usine Socatri (Vaucluse, groupe Areva) sur le site nucléaire du Tricastin. La plainte a été déposée pour exploitation en non-conformité à la réglementation d'une installation nucléaire de base et pour pollution des eaux.
Elle « a pour but de faire toute la lumière sur la gestion de crise catastrophique qui a suivi cet incident majeur » précise le réseau. Le parquet
de Carpentras avait ouvert une enquête préliminaire à la suite de la fuite de 74 kg d'uranium du site nucléaire du Tricastin dans la nuit du 7 au 8 juillet.
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25.07.2008
Corinne Lepage invitée d'Isabelle Autissier
Retrouvez Corinne Lepage le samedi 26 juillet sur France-Inter de 11h00 à 12h dans In extremis d'Isabelle Autissier
11:58 Publié dans MEDIAS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : corinne lepage
22.07.2008
Corinne Lepage: Le vote du Congrès hier interpelle à plus d'un titre.
Le vote du Congrès hier interpelle à plus d'un titre.
Tout d'abord, sur le plan juridique. S'il est vrai que la nouvelle constitution améliore la situation antérieure par la création de l'exception d'inconstitutionnalité, elle ne modifie pas vraiment l'équilibre des pouvoirs dans la mesure où c'est la majorité parlementaire et non le parlement qui voit ses pouvoirs renforcés alors que le droit d'amendement est réduit
En revanche, l'hyperprésidentialisation est actée par le droit de message, très symbolique, la réduction du rôle du premier ministre et aucune disposition sur le temps de parole du président dans les médias.
Les "avancées" dont ont cherché à se prévaloir en particulier les centristes de tous bords qui ont voté pour la réforme sont "pipeaulesques":
- referendum prétendument d'initiative populaire, verrouillé par la nécessité de l'aval de 200 députés et surtout 10% du corps électoral soit 4,5 millions de personnes. Quasiment impossible à obtenir.
- limitation du déficit public soit disant gagné par le Nouveau Centre qui ne correspond à rien car ce n'est qu'un objectif , sur 5ans et hors sécurité sociale
- pluralisme des médias et de l'expression politique qui exclut bien évidemment la représentation et tout système proportionnel, contrairement à ce que Michel Mercier a laborieusement essayé de soutenir à la tribune du Congrès comme s 'il y avait la moindre possibilité de débat sur ce point.
- droit de véto sur les principales nominations qui ne servira jamais car il faudrait que la majorité des 3/5 vote contre le président. Pour que cette disposition ait un sens, c'est le principe contraire qui aurait du être institué; obligation d'une majorité des 3/5 pour approuver la nomination .
En votant cette révision qui présidentialise encore plus le régime, les parlementaires ont abandonné tout espoir de voir rapidement une révision démocratique de la constitution en instaurant de vrais contre-pouvoirs, une représentation partiellement proportionnelle, et des outils réels de démocratie participative.
Mais le plus lamentable dans cette affaire est l'abandon des combats menés depuis des années par certains pour de dérisoires hochets ou pour répondre à des pressions de tous ordres. Le Parlement français ne sort pas grandi alors que la révision est présentée comme son renforcement.
Quant au MODEM, il aurait pu être le parti charnière qui faisant capoter le projet ou au contraire le faisant aboutir grâce à des avancées non négociables sur le la représentation politique, les nominations et la démocratie participative. L'occasion a été ratée puisque seuls deux sénateurs ont suivi la position des députés MODEM et de notre président et 4 se sont abstenus. Comme dans le vote sur les OGM, l'absence de position unitaire des élus MODEM ne peut qu'interpeller nos militants .
Il serait souhaitable qu'à l'avenir, pour les grands sujets , une consultation des militants précède les votes et que le Bureau Exécutif prenne une position , connaissance acquise du souhait des militants. Si la liberté de vote était choisie, elle devrait alors être expliquée et justifiée devant les militants.
Alors, le MODEM serait vraiment innovant dans son fonctionnement.
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07.07.2008
Corinne Lepage: la pieuvre nucléaire
La décision annoncée par le Président de la république de construire un deuxième EPR révèle s’il en était besoin, la gravité de la situation française au regard du fait nucléaire. Notre prisme de plus en plus déformé à l’égard de l’industrie nucléaire est en passe de nous plomber sur le plan intérieur comme sur le plan international.
Entendons nous bien. Il ne s’agit pas de sortir du nucléaire ou de contester le nucléaire a priori même si nos élites ont la fâcheuse habitude de nier tout inconvénient. Il s’agit de mesurer les ravages que le choix aujourd’hui de l’EPR va provoquer dans le domaine de l’économie, de la recherche, de la gouvernance,et de la politique étrangère.
Sur le plan économique d’abord, la réalisation d’un puis de deux EPR, sans aucune étude d’impact économique et sociale préalable aboutit à préférer créer 400 emplois là où la même somme, soit 2 fois 3,5 milliards d’euros aurait permis, si elle avait été investie dans les énergies renouvelables d’en créer entre 50 et 100 000. De plus, la création de ce deuxième EPR, alors qu’EDF elle-même indique que nous n’en n’avons aucun besoin avant 2020, va ruiner l’industrie et l’effort naissant en faveur du renouvelable, directement concurrent du nucléaire. Car le nucléaire ne nous apporte rien pour remplacer le pétrole dans le transport et a été un formidable encouragement au gaspillage énergétique, au retard français dans le développement de l’efficacité énergétique et l’industrie du renouvelable qui dopent l’économie de nos voisins. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, cette décision de surcapacité volontaire va tuer l’intérêt économique des énergies alternatives puisque EDF ou Suez devront vendre leur électricité nucléaire qui ne se stocke pas et a une efficacité énergétique très faible.
Alors pourquoi cette précipitation alors même que les immenses difficultés rencontrées par Areva dans la construction de l’EPR en Finlande comme à Flamanville justifierait au contraire une réflexion de fond sur la filière de troisième génération ?
Il faut chercher la réponse non pas dans une nécessité énergétique qui n’existe pas ou qui justifierait une solution en faveur des ENR mais dans le mécano financiaro-industriel consistant à permettre à Bouygues de mettre la main sur Areva après avoir marié GDF et Suez sur le dos des abonnés au gaz qui ont et continuent à payer la facture . Cette décision s’inscrit donc dans le choix de privatiser l’énergie y compris le nucléaire, la création d’un nouvel EPR étant destiné à orner la corbeille de la mariée. Or, cette privatisation nous fait courir un risque immense en terme d’indépendance nationale et de sécurité Alors que l’Allemagne s’interroge sur les fuites de radioactivité d’un de ses laboratoires souterrains, a-t-on imaginé ce que représenterait pour l’agriculture et l’industrie agro-alimentaire françaises un problème de cette nature ?
Mais, les effets pervers ne s’arrêtent malheureusement pas là. En effet, le fléchage de l’immense majorité des crédits publics vers le secteur nucléaire et le CEA privent de moyens des pans entiers de la recherche française en particulier dans les nouvelles énergies et focalisent par exemple sur le plateau de Saclay, les moyens quia auraient pu aller vers les universités.
Or, tout ceci se fait dans l’opacité qui est précisément une des grandes caractéristiques du choix nucléaire français. Si nous sommes si réticents à informer le public, si le secret défense joue un rôle si fort et en parfait décalage avec les pays démocratiques, c’est largement du au poids du nucléaire qui ne vit que du secret, refuse les informations sur les risques, sur les coûts réels et contamine l’ensemble de la société même s’il dispose d’un droit spécifique dérogatoire du droit commun non seulement sur l’accès à l’information amis aussi sur le droit de polluer l’air ou l’eau. Or, bien loin de s’améliorer, la situation se détériore et contribue à la malgouvernance française.
Enfin même la politique internationale est fortement impactée par le retour au tout- nucléaire.. Pomme de discorde en Europe où le choix français n’est pas majoritaire loin de là qui participe du différend avec Madame Merkel , accusée de ne pas relancer le nucléaire tout en défendant Siemens que Bouygues voudrait bien voir chasser. Instrument de la diplomatie française qui conduit à vouloir vendre des centrales à tous les pays du monde à commencer par ceux qui n’offrent aucune garantie ni en terme de sécurité ni en terme de dissémination et de devoir soutenir ces « clients « y compris dans les plus mauvaises causes. Après la responsabilité historique que nous portons sur les risques en terme nucléaire qu’ont fait courir au monde l’Irak puis l’Iran, nous souhaitons aujourd’hui doter la Libye, l’Algérie et pourquoi pas un jour la Syrie de centrales nucléaires. Toute décence et toute défense des droits de l‘homme s’effacent devant l’impératif commercial et les liens profonds que le nucléaire impose de tisser avec les acheteurs. Ainsi, la diplomatie du nucléaire tend à s’imposer faisant dans le domaine international comme dans le domaine interne l’alpha et l’omega de la politique française . Si l’industrie du nucléaire actuelle et future s’en réjouit, rien ne dit que la nation française y trouve son compte.
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