29.09.2008
Corinne Lepage: peut on imaginer une finance durable ?
La crise du système financier international, ou plutôt son explosion exige bien plus que l’extinction de l’incendie – à supposer qu’elle soit possible- comme l’a rappelé ce week-end Dominique Strauss Kahn. Si nous avions besoin d'expliquer ce qui signifie un développement non soutenable non durable, l'analyse de la faillite d'un système à laquelle nous assistons en serait un exemple parfait. Court- termisme, cupidité liée à l'absence de toute responsabilité, perte de toute référence à une finalité autre que le profit instantané, déconnexion à l'égard de l'économie réelle et des effets immédiats et futurs de ses propres actes…. Le » Allo, l'État bobo » qui apparaît comme étant aujourd'hui la seule réponse que le système financier américain, mais plus largement sans doute, ait trouvé à ses turpitudes, appelle évidemment une remise à plat .Certains représentants du monde de la finance tentent d'ores et déjà de le limiter à des codes de bonne conduite internes et à des modifications à la marge des règles prudentielles, lorsqu'il ne s'agit pas d'imaginer les plus-values qui pourront être constituées en rachetant à très bas prix les entreprises grâce aux liquidités injectées par les Etats ou les banques centrales.
Les contribuables ne pourront évidemment se contenter de ce genre de solutions et ce d'autant moins que la crise financière provoquant une crise économique, les salariés -- consommateurs -- contribuables vont triplement payer les folies d'un monde qui s'est cru sans limites et au-dessus des lois. Du .reste, le monde politique y compris les plus grands thuriféraires du libéralisme ne s'y est pas trompé en fustigeant « les responsables » comme si les défenseurs du système, n y'avaient pas leur propre part de responsabilité. Espérons que effectivement une partie au moins des milliards prélevés par le monde de la finance, à son propre bénéfice en particulier individuel pourra être renversé au pot commun, lorsque des infractions pourront être constatées , et ce, dans un but dissuasif. La justice américaine a, du reste déjà commencé.
Mais au-delà, la question se pose de savoir si dans le cadre de la crise systémique globale que nous subissons, il est possible de définir ce que serait une finance durable. Quatre noms paraissent constituer des pistes prometteuses :
- la confiance : elle est au coeur de la finance. C'est précisément la perte de confiance qui est à l'origine de l'explosion du système. Or, non seulement les banquiers ont perdu confiance entre eux, mais la société dans son ensemble a perdu confiance dans le système financier. La durabilité commence par la pérennité, donc la confiance dans la durée. C’est le rapport au temps qui doit changer, à commencer par la modification de l’actualisation et de l’appréciation du risque. C’est le contrôle exercé sur le système qui doit changer, par une réelle transparence notamment sur les profits dégagés, un contrôle des risques et de leur couverture, voire davantage.
- l'utilité : l'utilité de la finance ne se trouve pas dans la spéculation dans le financement de l'économie réelle. À l’heure où l'économie mondiale se trouve confrontée à une crise écologique et alimentaire sans précédent, où elle doit financer la construction d'un nouveau système qui est celui de l'après-pétrole, où les inégalités entre pays riches et pauvres et à l'intérieur de chacun des pays n'ont cessé de s'accroître, l'utilité du système financier doit être définie comme l'organisation du financement une transformation du monde dans lequel se joue sa survie. Au cours de ces dernières années, le système financier a joué au moins autant contre l'économie réelle que pour elle, et très certainement contre le progrès social défini comme un meilleur accès du plus grand nombre à des conditions de vie décentes. La finance casino permet à quelques uns de gagner mais au plus grands nombre de perdre. Un nouveau contrat doit être dressé par les sociétés avec le système financier pour que celui-ci tourne pour l'économie réelle et non pour générer du profit sur son dos. La finance ne s'intégrera dans la durabilité que pour autant elle se donnera cet objectif. À défaut,il lui sera imposé par ses créanciers c'est-à-dire les états , c’est-à-dire les citoyens.
- la responsabilité : aucune catégorie de la société ne peut prétendre à l'irresponsabilité. Au contraire, plus les profits sont grands, plus les responsabilités doivent l’être. On peut parfaitement admettre que les contribuables mettent la main au porte-monnaie pour sauver le système compte tenu des répercussions économiques et sociales qu'aurait son explosion totale. On ne peut en revanche admettre, ni pour le passé et encore moins pour l'avenir que le système dans son ensemble et les individus qui l'animent ne porte pas la part de leurs responsabilités. Cela implique une refonte totale du mode de rémunération de la finance, à commencer par le commissionnement totalement déconnecté des risques et les conséquences engendrées par l'opération financée. La conséquence de l’irresponsabilité folle du système doit être la suppression de tous les mécanismes qui l’ont permises
-l’éthique. Sans doute , nos auditeurs considéreront ils qu’éthique et finance sont inconciliables. Paradis fiscaux, commissions en tous genres, corruption et trafics, mafias de tout poil ne sont possibles que grâce à l’opacité financière. Les Etats auront comme première charge de s’assurer et justifier que les liquidités colossales –dont on ne trouve pas le dixième lorsqu’il faut remplir les objectifs du millenium - ne se retrouvent pas dans des profits réalisés sur de bonnes affaires ou ne sont pas détournées. Ce travail permettra peut être d'atteindre un certain nombre des objectifs défendus par transparency internationale pour réduire un des cancers des sociétés contemporaines : la corruption. Plus largement, certaines opérations dont les conséquences sociales sont inacceptables devront être régulé voire interdites : LBO ou spéculation sur le marché des matières premières alimentaires par exemple .
La cure, confiance, utilité, responsabilité, éthique permettrait d'imaginer une finance soutenable. Mais, imaginer n’est rien et la finance n’est qu’un outil au service du développement humain. C’est donc avant tout celui-ci qu’il convient de redéfinir
Tribune France-Culture du 29 septembre
07:34 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : corinne lepage
22.09.2008
Corinne Lepage : "Changer ou disparaître"
Tout d'abord la sémantique du bâton a gagné, celle qui permet de présenter le changement de paradigme du développement soutenable comme une punition et non comme une solution. Bercy ,en créant le vocable de taxe pique nique qui n' évidemment jamais existé et Bernard Accoyer en lançant l'expression du » concours Lépine des taxes » ont cherché à anéantir tout l'effort pédagogique du grenelle , qu'il haïssent - et c'est un élément du problème-Le mieux vivre en dépensant moins grâce à une réduction des dépenses énergétiques, de santé ou de transport que permet un développement durable a laissé la place à une forme de dictature fiscale que représenterait le signal prix, Madame Parisot allant jusqu'à qualifier la réforme de quasi-soviétique.
En second lieu, l'UMP, canal bloqué, refuse a priori la démarche Grenelle et par voie de conséquence tout ce qui s'y rattache. La présentation devant le Parlement de la démarche avait donné lieu à des échanges surréalistes de parlementaires dont l'horloge du temps s'est arrêtée en 1960, voire 1970.Nous avons aimé le vote de la loi OGM. Nous allons adorer la loi grenelle précisément parce qu'elle est ressentie par ces parlementaires comme une dépossession du droit de la classe politique de tout décider et que l'expression de la société civile au XXiéme siècle est a priori exclue. Le temps est loin du discours de Nicolas Sarkozy proposant en octobre que les grandes orientations locales puissent être décidées par le groupe des 5 incluant les ONG. Nous sommes en face d'un esprit réactionnaire et revanchard sur ce qui pouvait apparaître comme des conquêtes de la société.
Ensuite, le deux poids , deux mesures dés lors qu'il s 'agit d'écologie devient fatiguant. Deux exemples parmi tant d'autres :La taxe senior annoncée en même temps que la fiscalité verte n'appelle aucune réaction. La hausse vertigineuse du prix du gaz et de l'électricité qui pèse sur les plus modestes et qui a été présentée comme nécessaire compte tenu de la hausse des prix du pétrole a fait peu de bruit alors que si ce motif avait été exact , les prix auraient rebaissé ce que personne n'a réclamé. La réalité est que ces hausses ont été consenties pour favoriser GDF dans le cadre de la fusion et renforcer les marges d'EDF, ce qui n'apporte évidemment rien à la société française dans son ensemble ; Mais là aussi, motus et bouche cousue.
Mais l'essentiel n'est pas là. Ce qui est dramatique, c'est le manque de compréhension de la crise de système que nous vivons. Le développement d'une économie verte, énergies renouvelables dont le nucléaire ne fera jamais partie - au passage la gravité de la situation à Tricastin ne devrait pas être passée sous silence- nouveaux matériaux, chimie verte, nouvelles mobilités, dématérialisation accrue, renaturation et protection accrue de la biodiversité, développement d'une économie de la matière première secondaire est la seule solution pour redynamiser l'économie française et nous accusons d'ores et déjà un retard abyssal. On peut comprendre que le séisme financier -au demeurant parfaitement prévisible- soit une cause supplémentaire d'angoisse. On peut admettre , à la rigueur, que le discours se focalise sur les responsabilités d'une finance immorale , comme si les pratiques françaises étaient un modèle de vertu. .En revanche, on ne peut pas accepter de continuer dans un système de pensée et d'action qui barre de son vocabulaire l'anticipation et la prévision, qui fait comme si la croissance allait reprendre sur les mêmes base que par le passé, avec les industries et les procédés du XX éme siècle . La crise actuelle a un côté salutaire en ce qu'elle démontre , comme le reconnaît Georges Soros dans son dernier ouvrage, la « faillabilité radicale »des construction s humaines à commencer par celle d'un prétendu équilibre des marchés. Nous changeons de paradigme et d'ordre du monde. Les gagnants seront ceux qui auront su comprendre les incertitudes mais aussi les tendances lourdes de ce nouveau mode. La transformation de l'économie réelle , d'un système de gaspillage à une économie sobre en fait évidemment partie ;
Puisque l'état de notre dette ne nous permet pas, à l'inverse d'autres Etats de mener une politique de soutien , voire de relance, profitons en pour aider à l'accélération du changement dans les modes de production et de consommation.
Cela suppose d'abord de sortir de la schizophrénie ambiante dans laquelle le gouvernement prône à juste raison les économies d'énergie et où le prix incite au changement de comportement, et dans le même temps se plaint, par une forme de culpabilisation des contribuables des moindres rentrées fiscales liées à la baisse des ventes d'essence (moins 15% en août) Bravo ! Vivent les voitures encore plus économes, les centrales de mobilité permettant de systématiser le co-voiturage et les ventes de vélos. La politique proposée par Jean Louis Borloo avait précisément pour objet, par ces temps de portefeuille désespérément plat, d'inciter les consommateurs à pouvoir procéder à ces investissements, très vite rentable et générateurs d'économies, grâce au bonus. Et c'est ce que refuse Bercy au motif que le malus doit équilibrer le bonus et que le bonus marche trop bien ! Que ce serait-il passé sans bonus dans l'industrie automobile ? une baisse de l'activité très lourde ressentie dans d'autres pays. Certes, nos constructeurs se plaignent de la faiblesse des marges sur les petites voitures. Mais mieux vaut de faibles marges que pas de ventes du tout !
En fustigeant la seule politique capable de préparer l'avenir dans ces temps particulièrement troublés, nul ne peut douter que les responsables se sont tirés une balle dans le pieds , ce qui n'est pas grave, mais en ont tiré une dans celui de la société française, ce qui l'est infiniment plus.
Corinne Lepage
Chronique France-Culture - 22/09/08
11:33 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : fiscalité écologique, bonus-malus, grenelle, environnement, borloo
15.09.2008
EDVIGE: Café-débat le mardi 16 septembre
EDVIGE et autres fichiers de police
Café-débat le mardi 16 septembre à 19 heures
avec:
Jean Pierre Dubois, président de le Ligue des Droits de l'Homme
Hussein Bourgi, président du Collectif contre l'Homophobie
Corinne Lepage, présidente de Cap21, vice-présidente du Modem
Jean-Luc Roméro, conseiller régional, président ECLS
Sandrine Bélier, représentante France Nature Environnement
Fréderick Getton, président de Centr'Egaux
Débat animé par Nicolas Voisin- Nuesblog
Bar l'Entrepôt
7/9 rue de Pressensé
Paris 75014
Entrée libre
Débat organisé par Cap21, Aujourd'hui Autrement et Centr'Egaux
14:08 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : corinne lepage, edvige
Corinne Lepage : Edvige Acte 2
La mobilisation contre le fichier Edvige et le lancement par la ministre de l’intérieur d’une concertation doit permettre de poser la question de tous les fichiers et des nouveaux rapports à établir entre liberté et sécurité du fait de la révolution technologique contemporaine.
Tout d’abord, revenons à la réalité d’Edvige. Il ne s’agit de ficher ni les terroristes reconnus ou en puissance qui figurent dans le fichier CRISTINA, ni les délinquants, délinquants présumés et même personnes concernées par les actes de délinquances, victimes y compris qui figurent dans les fichiers STIC et JUDEX. Alors, de qui s‘agit-il ? De la police politique propre à notre heureuse démocratie, qui certes préexistait à EDVIGE, et d’une nouvelle police sociale permettant de ficher tous ceux qui seraient , un jour susceptible non plus comme du temps du décret de 1991de porter atteinte à la sécurité de l’Etat , mais simplement de troubler l’ordre public : manifestants, opposants à un incinérateur ou à une autoroute, parents d'élèves ou citoyens manifestant contre la fermeture d'une école ou d'une maternité, militants des droits de l’Homme etc…Il est évident que la police doit pouvoir travailler mais les fichiers existants le lui permettent .
La remise en cause d’ EDVIGE ne vise pas seulement à retirer les mentions intolérables relatives à la santé et à la sexualité, à l'environnement, ni même à la situation fiscale ou patrimoniale – on rappellera que selon un sondage publié par le figaro, 80% des personnes interrogées y étaient opposées- ; elle ne vise pas seulement à faire disparaître le ficher les personnalités, la légitimité et la légalité du fichier des renseignements généraux étant de toute façon très sujette à caution. La question est celle de la multiplication des fichiers et de l’absence de contrôle réel qui peut être exercé sur eux. La disparition d’EDVIGE sous sa forme actuelle est indispensable, ce qui permettrait de supprimer le contrôle politique sur les responsables syndicaux, associatifs, politiques et religieux. D’un mal sortirait déjà un bien, c’est-à-dire la disparition des moyens de pression prêts à l’emploi d’un gouvernement à l’égard de ses opposants.
Il conviendrait alors de poser la question de la nécessité d'un fichier supplémentaire et de sa combinaison avec le STIC et JUDEX sans parler des innombrable autres fichiers existants. Rappelons que lors des débats sur le STIC et JUDEX en 2006, la police avait justifié l’utilité de ces fichiers par la nécessité de disposer d’éléments relatifs aux procédures en cours. C’est le même argument qu’a utilisé M.Gachet, porte parole du Ministère de l’intérieur pour justifier EDVIGE. Qu'en est-il réellement ? Rappelons aussi les conclusions du rapport BAUER remis en 2006 au ministre de l’intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy. A cette époque, le STIC comptait 4 ,7 millions de fiches de mis en cause , 32 millions d’infractions et 22 millions de victimes et le fichier JUDEX à l’époque ,comptait 8 339 000 fiches et 2 833 000 personnes mises en cause. La fusion des deux fichiers , même s’il existe très probablement des doublons conduisait à 7, 5 millions de personnes fichées, soit 15% de la population. Combien aujourd'hui ?
Or, le rapport Bauer soulignait les graves atteintes aux libertés fondamentales auxquelles il n’a en rien été porté remède :
· dysfonctionnements graves dans le droit d’accès puisque plus d’un cinquième des dossiers vérifiés ont fait l’objet de suppression ou de constat d’erreurs.
· Absence de transmission des données favorables par le Parquet permettant un effacement en cas de relaxe ou de non-lieu
· Délai d’attente de réponse à la CNIL par les services de police de l’ordre de deux ans alors que le décret prévoyait 4 mois.
· Utilisation des données par des fonctionnaires à titre privé en échange
Les propositions du rapport Bauer étaient nombreuses pour améliorer la protection des libertés publiques : droit d’accès et de rectification pour les particuliers, contrôle du droit d'utilisation, amélioration du fonctionnement de la CNIL par exemple.
Or, non seulement ces compositions n'ont pas ou peu été prises en compte, mais encore l'utilisation des fichiers dans le cadre des enquêtes administratives, y compris par des sociétés de sécurité privée s'est encore accrue, EDVIGE venant en quelque sorte couronner le tout.
Il est donc indispensable de remettre sur la table la question globale des fichiers de police, sans oublier cristina, couverts par le secret défense mais dont il convient de s'assurer qu'il ne subisse pas des dérives permettant au nom de la lutte contre le terrorisme de contourner les garanties dont bénéficieraient les citoyens regard des autres fichiers, pour un tout autre but que le terrorisme.
Pour y parvenir, il convient de respecter rigoureusement les règles mises en place par la cour européenne des droits de l'homme. D'une part, il convient de renforcer les missions, les moyens, et les pouvoirs de la CNIL. Elle devrait être nommée dans les mêmes conditions que le conseil constitutionnel, disposer du droit de rectification des fichiers et être dotée de moyens conséquents.
D'autre part, les fichiers de police ne devraient être constitués que pour autant qu'ils sont nécessaires, dans leurs finalités comme dans leur contenu. Cette simple règle contraindrait à justifier de la nécessité d'un fichier supplémentaire par rapport à STIC et JUDEX, et à restreindre si tel était le cas , leur contenu au strict nécessaire. On voit mal la nécessité des données relatives à la vie privée ou du fichage politique ! De même, doit être justifiée l'utilisation du fichier et un enregistrement contrôlé par la CNIL de cette utilisation.
Enfin, les droits des citoyens comportent un droit d'accès direct à leur fiche, sauf justification particulière, un droit de rectification du contenu et un droit à l'information sur l'existence de la fiche.
Si le projet de loi avait cette ambition, alors d'un mal pourrait jaillir un bien. Mais, rien n'est moins sûr ce qui prouve s'il en était besoin que la défense des libertés publiques qui n'exclue évidemment en rien la nécessité de la sécurité publique, est une conquête permanente
Tribune France-Culture du lundi 15 septembre
07:30 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : corinne lepage, edvige
12.09.2008
Corinne Lepage invitée des 4 vérités
Corinne Lepage invitée de François Laborde dans les 4 vérités sur France2 le mardi 16 septembre.
Au programme: Modem et développement durable, Les Verts, Cohn-Bendit, européennes..........
13:42 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : corinne lepage
08.09.2008
EDVIGE: Corinne Lepage demande un referendum d'initiative populaire
Un referendum d’initiative populaire contre Edvige
La France se trouve dans une position particulière puisque nous ne luttons pas pour faire progresser nos libertés mais pour éviter qu’elles ne régressent. Les exemples ne manquent malheureusement pas et les tentatives régulières d’atteintes à la laïcité avec la bénédiction -si j’ose dire- du gouvernement et en particulier de la chancellerie conduisent à une attitude constamment défensive, sans capacité de faire progresser la laïcité comme valeur commune d’intégration dans la société et de respect de toutes les croyances individuelles. Rappelons quelques étapes de ce feuilleton :
· l’affaire Bouziane et le jugement heureusement annulé refusant de condamner un imam qui prônait de battre les femmes , au motif qu’un juge français n’était pas juge du Coran,
· la tentative de faire interdire l’incinération d’un de nos concitoyen qui l’avait demandé au motif que la Coran l’interdisait,
· le jugement qui revient en appel le 22 septembre de faire annuler un mariage pour absence de virginité,
Voici un report d’audience qui aurait été autorisé pour cause de ramadan. Sans doute, la chancellerie s’en défend, mais les explications de l’avocat du prévenu paraissent très convaincantes et plus que vraisemblables. Or, la loi française permet de répondre à la question. Si l’état de santé du prévenu n’est pas satisfaisant, une expertise médicale l’établira et le tribunal décidera ou non d’ajourner. Ainsi , les droits de la défense seront-ils parfaitement préservés.
Il faut mettre un terme à ces coups de butoir successifs et aux petits arrangements, à l’hôpital ou dans les piscines, car, à terme des réactions violentes à la hollandaise sont possibles .Nous avons la chance d’avoir une laïcité que la Cour européenne des droits de l’Homme ne cesse de soutenir comme un élément de respect de l’égalité des doits. Le conseil d’Etat l’a récemment affirmé en refusant la nationalité française à une femme qui portait la burqa, marquant ainsi un net infléchissement de sa jurisprudence. La laïcité, et Fadela Amara vient de le rappeler, c’est la condition de l’égalité des femmes.
Mais l’actualité de la défense des droits et libertés, c’est bien sûr le fichier Edvige que je m’honore d’ avoir été une des premières à le contester devant le conseil d’Etat . Le monde politique et journalistique pourtant directement concerné , semble découvrir avec stupéfaction cette mise en fiche de nos concitoyens et il y a de quoi.
Les méthodes de la stasi ou du KGB d’une part, de la gestapo d’autre part reviennent en mémoire et personne n’aurait pu penser qu’un tel système apparaîtrait en France.
Le système consistant à ficher le cinquième environ d’une population, n’a pas de précédent. Surtout lorsqu’il s‘agit d’établir une présomption de culpabilité y compris sur des jeunes de 13 ans et cela à vie ; Y compris lorsqu’il s’agit pour le pouvoir en place de disposer d’un fichier complet de tous les responsables passés, présents et futurs allant jusqu’à leur sexualité et leurs fréquentations. Le texte est d’autant plus liberticide qu’il s’intègre dans une réforme générale du Renseignement, qui centralise l’information au plus haut niveau et couvre du secret défense une part très importante des renseignements . Or, l’accès aux informations figurant sur le fichier ne seront possibles que par la CNIL, dont on connaît la faiblesse des moyens et qui pourra dans certains cas se heurter au secret défense rendant impossible l’accès au fichier. Vivent la démocratie et le respect des libertés individuelles !
Ce texte n’a rien à voir avec le décret du 14 octobre 1991, signé par Edith Cresson, qui excluait qu’une catégorie de personnes soit visées ,qui interdisait les renseignements de nature politique , racial ou philosophique et n’avait jamais permis le fichage des personnalités même si celui-ci était toléré, par une habitude toujours dénoncée, jamais abandonnée.
Il y a donc une innovation très importante qui concerne toute la société. La très forte mobilisation du monde associatif est un indice de ce que nous ne sommes pas tout à fait asphyxiés et encore capables de réaction sur des sujets non économiques ou sociaux. Même la télévision belge a consacré une émission sur l’inquiétude que suscitait en Belgique le fichier Edvige . Bel exemple démocratique à l’heure de la présidence européenne ! Alors, en sus du recours devant le conseil d’Etat, pourquoi ne pas lancer un referendum d’initiative populaire pour exiger une loi interdisant ce type de fichage. L’article 11 de la constitution le permet désormais, même si il a mis des conditions draconiennes à son usage, sans doute en espérant que le système ne pourrait jamais fonctionner. En effet, il faut un dixième du corps électoral et un cinquième des membres du Parlement pour obtenir le referendum. Mais, peut -être que le chiffre colossal de 4,5millions de citoyens exigeant ce referendum pourrait être atteint ce qui mettrait les parlementaires en face de leur responsabilité puisque plus de deux cents d’entre eux devraient signer. L’avantage de lancer une telle initiative serait multiple : pédagogie autour du fichage et ses conséquences, mobilisation de la société civile autour d’un outil mis à sa disposition, obligation de la classe politique de se positionner pour ou contre Edvige. Il s’agirait d’une voie nouvelle de dialogue entre la société et le pouvoir, celle-ci étant par une voie qui n’est pas celle de la rue comme pour le CPE mise en capacité de tracer une ligne jaune qui ne peut être franchie sur ce qu’elle considère comme inacceptable.
Nous sortirions tous grandis d’une telle initiative.
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05.09.2008
EDVIGE: Corinne Lepage invitée de Mots Croisés
Corinne Lepage invitée de Mots Croisés le lundi 8 septembre à partir de 23h. Thème de l'émission: le fichier EDVIGE
13:13 Publié dans MEDIAS | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : corinne lepage, edvige
02.09.2008
Corinne Lepage: Nesterenko, la résistance à la désinformation
Si le décès de Soljenitsine a été présenté comme celui du Résistant au totalitarisme soviétique, celui de Nesterenko, survenu la semaine dernière et passé sous un silence quasi-total, aurait du être celui de la résistance à la désinformation et au mensonge. Membre de l'Académie des Sciences du Belarus, physicien de haut niveau international, il est le dernier des « liquidateurs » à disparaître , puisqu’il survola la centrale quelques heures après son explosion, à bord d'un hélicoptère qui larguait de l'azote liquide au dessus du cratère du réacteur 4. Son décès est du reste lié à cet épisode de sa vie qui a changé le cours de sa carrière. Dès 1986, et face à la fois au mensonge et à l’inaction du pouvoir soviétique, Nesterenko décide d'arrêter les travaux scientifiques de l'Institut de l'énergétique nucléaire de la Biélorussie, qu’il dirigeait et de faire étudier par les scientifiques de l’Institut , les conséquences de Tchernobyl aux fins d’aider les populations sinistrées. Il subit alors les foudres du régime : limogeage, pressions du KGB. Il a même échappé à deux attentats. Il fonde ,en 1990, avec le soutien d’Andrei Sakharov, ,Alès Adamovitch et et Anatoly Karpov l’Institut indépendant de radioprotection "Belrad"qui forme à la radioprotection les médecins, les enseignants, les infirmières.
Cet homme, qui mit en place un système de mesure de la radioactivité artificielle révélant des contaminations huit fois plus élevées que celles que publie le Ministère de la santé biélorusse, a consacré sa vie à la lutte pour la vérité et le silence qui a entouré sa mort est à la mesure de celui auquel il s’est heurté durant sa vie. Il est tout un symbole à lui tout seul, celui de l’impossibilité de débattre du nucléaire sur des bases d'informations objectives et partagées.
Un tel débat est-il possible ? Il ne s'agit évidemment pas seulement de la désinformation systématique à propos de Tchernobyl et de ses victimes que l’on comprend en se souvenant que l'Organisation Mondiale de la Santé ne dispose pas du droit de fournir des informations sans avoir obtenu au préalable l'aval de l'agence internationale de l'énergie atomique.
Pour toute autre industrie, la multiplication des incidents , dans de nombreux pays d'Europe occidentale, au cours de ces dernières semaines aurait donné lieu à une remise à plat du système de sécurité, voire à une interrogation plus large sur les conditions de fonctionnement de cette industrie, son rapport coût -avantage. Ainsi, indépendamment de la France avec ses multiples incidents et contamination de personnels, et notamment l'incident du Tricastin , classé niveau 1 par l’ASN , en violation flagrante de l'échelle INES qui classe obligatoirement au niveau 3 des incidents , tout rejet à l'extérieur d’un site, la Belgique est aujourd'hui dans l'actualité. Un accident de niveau 3 s'est produit le 24 août à l'Institut des radioéléments de Fleurus. Comme en France pour le Tricastin et comme d'habitude dès qu'il s'agit de nucléaire, l'alerte a été donnée en retard et les conséquences ont d'abord été minimisées par l'Agence fédérale belge de Contrôle nucléaire (AFCN). Mais, les faits sont tenaces .. et la consommation des légumes du jardin et du lait est maintenant interdite…
Chronique France-Culture du lundi 1er septembre
En Espagne, les incidents se sont multipliés : important incendie déclaré, le 24 août , à la centrale nucléaire Vandellos II (Catalogne) qui est arrêtée depuis, une trentaine d'incidents depuis le début de l'année En avril dernier, on a appris qu'une fuite radioactive avait eu lieu 6 mois plus tôt (!) à la centrale d’Asco I (Catalogne)
En Allemagne à Asse, une contamination de grande ampleur émanant de 126 000 fûts de déchets nucléaires stockés dans une mine de sel à toute épreuve menacerait de grandes nappes phréatiques.
En Ukraine, une fuite d'eau radioactive a provoqué l'arrêt d'un réacteur à la centrale nucléaire de Rivné (ouest de l'Ukraine)en juin, cependant que 6 jours avant, une fuite radioactive à la centrale nucléaire de Krsko en Slovénie a entraîné une alerte européenne qui a été levée sans que personne ne sache vraiment ce qui s'était passé.
Or, ces incidents non seulement peuvent avoir des conséquences sur la santé de personnes et les ressources sur de très longues périodes, mais encore mettent en péril les activités économiques voisines, à commencer bien sûr par les activités agricoles. A-t on seulement envisager ce que représenterait pour un pays comme la France, dont l'industrie agroalimentaire est une des premières au monde, une pollution radioactive importante sans même parler d'accident nucléaire.
Ainsi, il ne pourra y avoir de débat sur l'énergie et de prétention de l'industrie nucléaire à apporter une solution » durable » à la crise du XXIe siècle, sans qu’une réelle information, indépendante des acteurs de la filière, sur les coûts et les avantages, risques économiques et sanitaires inclus, puisse être débattue. Or même les coûts financiers réels sont inconnus, sauf dans le cas finlandais -parce que l'information vient d'un pays extérieur où la tradition de la transparence existe. Et dans ce cas, le coût de l’EPR a augmenté de 50 % portant le coût du réacteur à 4 milliards et demi d’euros.
Sans une évaluation objective des coûts réels et potentiels, des avantages en terme d’emplois ou de fourniture d’énergie en comparaison avec les autres énergies en particulier renouvelables, l’industrie nucléaire ne cessera de se fragiliser car la chape de plomb n’est pas éternelle et le temps est venu de la comparaison entre les voies possibles sur des bases objectives et partagées et de la nécessité de justifier de ses choix. Paradoxalement, les exigences de la finance parviendront plus vite à cette réalité que les exigences de la démocratie.
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17:26 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : corinne lepage, nucléaire





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